Table ronde sur la Trisomie 21 (Mairie 16ème, 21 mars 2016)

AFFICHE

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Un ancien médecin militaire au service des plus démunis.

Le témoignage que vous allez lire vient de m’être envoyé par un ami, ancien médecin militaire, le Docteur Bernard DAUBA-ETCHEBARNE.

Passionnant !

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Atteint par la limite d’âge ( 59 ans ) après 38 ans passés dans le Service de Santé des Armées ( dont 17 déménagements et 10 ans de séjours outre-mer ) , je m’interrogeais sur la manière de poursuivre mon activité médicale ; elle se réalisera au Cabinet Médical Interministériel ( Affaires Etrangères -Coopération ) où j’exercerai pendant 6 ans à titre de contractuel .
A l’approche du terme de cette seconde expérience professionnelle également imposée par la limite d’âge de 65 ans ( c’est ainsi dans l’administration ) , je ne souhaitais pas interrompre totalement le cours de ma pratique médicale .
C’est ainsi qu’ayant quitté les Affaires Etrangères le 12 janvier 2007, je donnais mes 1 ères consultations au Centre Médical Europe le 24 janvier du même mois .

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Le Centre Médical Europe ( C.M.E. ) a été créé en 1959 par le Docteur DUPUY , ancien médecin particulier du Maréchal JUIN , à l’issue de sa carrière militaire . Avec quelques médecins militaires retraités, il crée le C.M.E. au rez-de-chaussée du 44 rue d’Amsterdam, dans le 9ème arrondissement de Paris, sous la forme d’une association loi de 1901 agréée et conventionnée par la sécurité sociale et plus de 80 mutuelles.
53 ans plus tard, le Centre occupe les 6 étages du N° 44 , fonctionne avec près de 250 médecins représentant la plupart des spécialités médicales et chirurgicales, doté de l’imagerie , d’un laboratoire , de cabinets dentaires, fournissant au total 2500 à 3000 consultations par jour.
Si , à la création du Centre , les patients étaient essentiellement des cadres des différentes administrations civiles et militaires, des chefs d’entreprises et leurs collaborateurs , des commerçants installés dans le voisinage , avec la création de la C.M.U. ( couverture médicale universelle ) puis de l’A.M.E. ( Aide Médicale d’Etat au profit des sans-papiers venus en France pour des raisons économiques, sanitaires , politiques …….. ) , elle s’est considérablement modifiée, de telle sorte que près de 120 nationalités consultent au C.M.E.

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Après plus de 5 ans d’exercice , à mi-temps mais intense , je suis heureux d’exercer une pratique médicale singulière qu’il aurait été regrettable d’ignorer , me donnant parfois le sentiment de vivre une nouvelle aventure médicale et me faisant prendre conscience , par la somme des misères physiologiques et humaines auxquelles je suis confronté , du « cocon professionnel  » dans lequel j’avais exercé jusqu’alors , y compris , lors de mes séjours ultra-marins et en opérations extérieures tant il est vrai , comme dit la chanson , que  » la misère est moins dure au soleil  » .
L’intérêt professionnel de l’exercice actuel de mon métier réside dans une médecine très diversifiée avec de lourdes pathologies, souvent multiples. La possibilité d’accès rapide à de très nombreux spécialistes, à l’imagerie, au laboratoire, procure un confort intellectuel très appréciable. Les actes administratifs sont réduits à l’inévitable : arrêts de travail , déclarations d’accidents de travail , de grossesses , protocoles de soins à 100% , certificats de coups et blessures , constats de séquelles présumées d’actes de tortures physiques et psychiques pour les patients demandant l’asile politique adressés par l’O.F.P.R.A. ( Office de Protection des Réfugiés et Apatrides ) ou France Terre d’Asile .

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La difficulté , avec ce type de patients défavorisés, est de parvenir à distinguer les vraies détresses , les plus nombreuses, qu’il s’agit impérativement d’aider, de celles exposées par des patients astucieux cherchant à abuser des différentes aides médico-sociales proposées par notre pays assurément généreux : échanges de cartes vitales , ( la photo , de mauvaise qualité , étant inexploitable ), demandes pressantes de médicaments pour les membres de la famille restés au pays, vagabondage médical de certains drogués consultant divers médecins pour obtenir leur produit de substitution ( dont ils sont devenus également dépendants ), qu’ils peuvent ensuite revendre à l’unité à bon prix et qui me vaudra une menace de mort pour un refus .

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La difficulté réside aussi dans le fait de ne pouvoir toujours apporter de réponse satisfaisante, durable, à la situation parfois inextricable de ces femmes battues, d’autres, (lorsque ce ne sont pas les mêmes) découvrant leur séropositivité, leur grossesse, alors qu’elles viennent d’être abandonnées par leur conjoint. Je n’oublie pas ces hommes, ces femmes avec enfants, sans papiers, hébergés temporairement chez un parent, un ami, de préférence de la même tribu, ethnie, clan, ou en hôtel de passage, cherchant un emploi, par définition au noir, en attendant une hypothétique régularisation… et la crainte permanente d’être arrêté et mis en centre de détention avant une possible expulsion . Je reste enfin frappé par le nombre de demandes d’I.V.G. ( dont ce n’est parfois pas la 1ère : de l’ordre de 200.000 en France chaque année ), de la part de femmes , certaines mineures, méconnaissant les bases de la physiologie de la reproduction, les exigences de la contraception, pratiquée ainsi à postériori contrairement à l’esprit de la loi VEIL, certes discutable, mais destinée initialement à traiter les situations de détresses particulières sinon douloureuses et en réalité détournée de ses objectifs initiaux .

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Tel est mon vécu professionnel actuel, parfois difficile mais passionnant !

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Dr. Bernard DAUBA-ETCHEBARNE

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