NEPAL – Janvier 1982 – Etape 2

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     De bonne heure aujourd’hui, départ pour DAKSHINKALI. La route file et s’élève assez vite. Au passage on peut voir la Bagmati, rivière sacrée, sortir de la montagne par une étroite gorge qu’enjambe un pont suspendu. La légende raconte que cette gorge aurait été taillée par un certain Manjushri afin de laisser s’écouler le lac qui occupait toute la vallée de Kathmandu.

La brume voile le paysage et pourtant, au fur et à mesure que nous nous élevons (ce n’est toutefois pas encore la haute montagne) la vue devient de plus en plus saisissante, de plus en plus belle.

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Les villages Jalonnent la route: maisons de briques rouges ou ocres devant lesquelles s’étendent des terrasses semées de blé (alternant selon la saison avec le riz.) Parfois, c’est un champ de moutarde avec ses fleurs dorées. Au détour de la route voici brusquement la chaîne de l’Himalaya. Elle émerge du brouillard, masse illuminée par le soleil, impalpable, féérique… La découverte de ce panorama coupe le souffle.

La route continue de tourner. Sur la gauche, au creux d’une petite vallée, serpente un minuscule canal à peine plus large que les falajs omanais.

Enfin nous arrivons a Dakshinkali. Des pèlerins nombreux se dirigent vers le temple situé en contrebas. Ils viennent offrir à la déesse Kali le sang qui l’apaisera et leur assurera sa protection. Ils confient qui une chèvre, qui un poulet, à des bouchers qui officient dans une enceinte de petites dimensions. Une fois l’animal égorgé et le sang offert à Kali, les fidèles se retirent pendant que d’autres jettent des poignées de riz.

Sur la gauche, un curieux bas relief aux couleurs criardes représente un squelette au sexe en érection. Devant le sanctuaire de Kali, des prêtres récitent des prières à l’intention des gens qui le leur demandent. Ailleurs, c’est une petite salle où les pèlerins remettent leurs affaires en ordre.

Il y a là également deux sâdhus. Le premier est un adorateur de Shiva. Il porte un trident orné de clochettes et de morceaux de tissu. Il a tout à fait l’air d’un brave vieux, goguenard au possible. Il se met à danser devant moi, les yeux plissés et malicieux, en chantant une incompréhensible chanson. Un Népalais traduit: « Le sâdhu affirme que tu es très riche et que tu seras généreux… »  Ses yeux pétillent plus encore lorsque je lui donne ce qu’il espère et attend.

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L’autre sâdhu, immobile, littéralement « posé » sur un parapet, remue à peine les yeux. A côté de lui, dans une assiette, quelques images pieuses et des offrandes.

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Les pèlerins ne cessent d’affluer. Nombre d’entre eux, à l’exemple de cette femme, fument le hash..

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Sur la route du retour, arrêt en contrebas d‘un monastère et d’un temple bouddhiste (Khadoga Yogini). Photos d’un groupe d’enfants et de leur mère. Plus loin, voici Shikara Nayaran où un temple hindou côtoie un monastère bouddhiste. Deux jeunes moines vêtus de rouge me font visiter la salle de prière ornée de thang-kas (peintures sur soie). Au fond, la bibliothèque laisse entrevoir une quantité de livres assez grands et épais aux feuillets non pas reliés mais simplement pliés, écrits en Thibétain car il s’agit d’un monastère lamaïste.

Dernière halte de la matinée : Kirtipur. Un guide me fait visiter son village avec, pêle-mêle, un temple bouddhique, un temple hindo-bouddhique et un temple hindou.

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.Beaucoup de balcons très endommagés, mais Kirtipur m’a passionné car J’ai eu l’impression de voir vivre les Népalais, dans la rue comme dans le temple où des musiciens interprètent une musique sacrée pendant qu’est célébré un sacrifice. Je suis même étonné de voir des femmes se laver, la poitrine nue, sans la moindre gêne et sans paraître redouter l’air froid et piquant de ce mois de janvier.

L’après-midi, promenade assez longue à travers le village de Chapagoan. Tout comme à Kirtipur, j’ai l’impression de partager Ia vie de tous les jours des villageois. Chapagoan est moins beau que Kirtipur mais il est néanmoins intéressant de s’y promener. Beaucoup de très jeunes enfants me sourient et me lancent le seul mot d’ang1ais qu’ils connaissent: « bye bye ».

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. . . récit à suivre  en cliquant sur  NEPAL – Janvier 1982 – Etape 3

Pour revoir l’article précédent :  NEPAL – Janvier 1982 – Etape 1

Et pour voir un recueil de photos du Népal prises au cours de ce voyage, cliquer sur Népal – carnet de voyage

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Texte et photos © Jean-Michel Touche

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NEPAL – Janvier 1982 – Etape 1

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     Le récent séisme dont a été victime le Népal ravive le souvenir de ce pays où j’ai eu la chance de pouvoir me rendre voici maintenant plus de trente ans.

Parti du Sultanat d’Oman pour un périple plus vaste en Asie, Kathmandu était l’une des étapes importantes de ce voyage.

Du fond de la mémoire, éclairé par des photos dont les années ont beaucoup dégradé la qualité des films, a ressurgi la découverte de ce pays. Je voudrais la partager avec vous comme une sorte d’hommage au peuple népalais victime de ce violent tremblement de terre et des ces avalanches qui viennent de faire tant de victimes.

Voici donc le récit de cette découverte, en plusieurs épisodes. Vous excuserez la qualité des photos : il n’y avait aucun laboratoire photo en Oman. Il a fallu développer les films avec les moyens du bord, ils en ont souffert.

Depuis Mascate il fallait à peine un peu plus de deux heures d’avion pour gagner Dehli, davantage pour atteindre le Népal.

Après quelques jours passés à Dehli pour visiter la ville ancienne, je m’envolai le 23 janvier 1982 pour Kathmandu.

Le vol était moins saisissant que le trajet d’Amritsar (Pendjab) à Srinagar (Cachemir) au cours duquel l’avion perd peu à peu de l’altitude et se déplace à hauteur des parois montagneuses enneigées. Ici, point d’émotion de ce genre mais simplement la vision des terrasses aménagées au flanc des montagnes.

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Le temps d’accomplir les formalités de Police, de prendre un visa contre 144 roupies népalaises et de poser les bagages à l’hôtel, l’après-midi est déjà bien avancé. Mais comment résister à l’envie de commencer la découverte de Kathmandu?

La première visite sera pour Patan et Pashupatinath. Arrivé à Darbar square, c’est le coup de foudre. Cette place, de dimensions restreintes, rassemble des beautés mises en valeur par la foule népalaise dans laquelle se noient les quelques touristes présents.

Je manque de mots pour décrire ce que les photos feront, j’espère, avec plus précision. Et pourtant il faudrait s’arrêter des heures pour regarder ces bois sculptés, ces portes ouvrant sur le bain royal, ces statues en bronze doré, ces temples, ces divinités en bois, ces toits de pagodes en forme de branches de sapin. Cela pourrait être affreux… et c’est merveilleux. Il y a sur cette place un extraordinaire équilibre artistique.

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Patan, autrefois appelée Lalitpour, se trouve à six kilomètres de Kathmandu. C’était alors la capitale du Népal.

Pashupatinath, sanctuaire on l’on vénère Shiva sous la forme du sacrificateur, est situé de part et d’autre de la rivière Bagmati, bien que le temple principal s’élève sur la rive droite. Sur cette même rive, un peu en aval et après le pont, voici les gaths où se déroule une crémation. Un peu plus loin, un corps enveloppé d’un linge blanc attend qu‘un bûcher soit préparé pour se consumer dans une ultime purification. De l’autre côté de la Bagmati, sur les pentes de la montagne, quantité de petits temples entre lesquels se promènent des singes.

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Vendredi 29 janvier 1982

9h30 : départ de Kathmandu, à pied, en direction de Swayambunath (l’un des plus vieux sites bouddhistes du monde). Ce stupa possède à son sommet une flèche en métal doré formée de 13 cercles et d’une base sur les 4 faces de laquelle sont peints des yeux incarnant le regard de Bouddha.

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On l’aperçoit de loin puisqu’elle se trouve au sommet d’une colline. Pour y accéder à pied depuis l’hôtel, il faut couper à travers les rizières et autres cultures par un étroit chemin de terre à peine plus haut que les rizières. Il relie entre elles les maisons. Un vrai labyrinthe au milieu duquel, bien sûr, je ne tarde pas à me perdre !

Encouragée par la persévérance, la chance me sourit enfin : voici la route principale, il suffit de la suivre.

La suivre, facile à dire car elle monte dur. Et ce n’est pas fini : une fois parvenu au pied de Swayambunath ii faut encore gravir un sentier dallé que ponctuent, tous les 10 mètres environ, 2 ou 3 marches.

Les vrais pèlerins, eux, accèdent au stupa en empruntant un escalier de 360 marches qui aboutit sur ce que l’on appelle le « Uajra » (ou « Dorie » en Tibétain) qui symbolise « L’Ultime Vérité ».

Arrivés là, les pèlerins se prosternent, touchent le Uajra pour ensuite se prosterner devant les statues de Bouddha. Ils déambulent autour du stupa en faisant tourner les moulins à prières.

Des lamas font eux aussi le tour du stupa, vêtus d’une robe rouge. D’une main ils mettent en mouvement les moulins à prières et de l’autre, dans leur dos, ils tiennent un chapelet.

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A côté du stupa, un temple-monastère lamaïste. Et sur la droite, un temple hindou dédié A Sitala, la déesse de la petite vérole. Les fidèles s’accroupissent auprès d’un prêtre qui psalmodie des formules rituelles et oint leurs têtes. Le rite est long. Les fidèles déposent leurs offrandes puis allument de petites lampes à huile.

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L’atmosphère est à la gaieté. Les enfants, souvent le derrière à l’air, jouent, pourchassent parfois les chiens mais jamais les singes. Ces derniers sautent sur les petits édifices religieux, chapardent les grains de riz offerts à Bouddha et se les disputent.

Les inévitables marchands de merveilles vous proposent toutes sortes d’articles y compris et même assez souvent du hash comme ailleurs on vous vendrait des glaces à la vanille ! Parmi eux, un vieux bonhomme tâche de vendre un petit moulin à prières pas bien joli. Un autre, appelé « Gainé », propose un violon de poche (un « saranghi »).

Au bout de deux heures et demie, retour à l’hôtel. L’après-midi, confirmation du billet Kathmandu—Bénarès auprès d’Air India puis flânerie dans les vieux quartiers. A présent, l’offre de drogue se fait plus insistante, de même que celle d’articles artisanaux (cadenas, poignards et naturellement statuettes de Bouddha.)

Promenade dans le marché aux légumes, entre le temple de Laxmi Narayan, le Kastamandir, le Nasal Devata au rez-de-chaussée duquel se trouve un marchand dans une échoppe, et le Biccha Bahal, ancien monastère. Le spectacle de la rue est étourdissant, tant par les formes et les couleurs, que les sonneries de bicyclettes et les klaxons des voitures.

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Revenant en arrière après une longue marche dans Bhimsentan, je me dirige vers le temple de Bhimsen, celui de Vishnou Mandir puis celui de Siva et Parvati. Le chemin vers Markham Tole passe devant les temples de Krishna Mandir, Kala Bhairava, Indra, Vishnou Narayan, Kakheswara et Mahendreshwar.

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NEPAL – Janvier 1982 – Etape 3

Et pour voir un recueil de photos prises au cours de ce voyage, cliquer sur Népal – carnet de voyage

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Texte et photos © Jean-Michel Touche

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BEAQUARELLE

 

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Etonnant sans doute pour un titre d’article sur ce blog.

Je ne vais pas vous en dire davantage, préférant vous inviter à cliquer sur ce lien (Béaquarelle) pour découvrir de très belles photos et de très belles aquarelles.

Bonne visite !

Si par la suite vous désirez retrouver ce site, vous pourrez utiliser un lien permanent dans la colonne de droite du blog (catégorie Peinture ou catégorie Photo) sous le nom de Béatrice Ringenbach (Béaquarelle).

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EN EGYPTE AVEC LE LOUVRE

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En Egypte avec le Louvre

Balade parmi les joyaux des Antiquités Egyptiennes du Louvre

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Les textes passionnants sur l’Egypte ne manquent pas, ni les romans. Si vous n’avez pas lu « Sinouhé l’Egyptien », de Mika Waltari, ne vous privez pas de cette merveille parue en finlandais en 1945 et en français en 1977.

« On reste baba devant les auteurs qui peuvent amasser tant de savoir… et sont à même de le restituer dans une œuvre attrayante, d’un bout à l’autre captivante. » (Jean Clémentin, Le Canard Enchaîné)

« Un des rares livres qui, avec les Mémoires d’Hadrien, fassent revivre le monde antique avec une troublante magie divinatoire. Un admirable roman puissant et poétique… » (P.-J. Franceschini, Le Monde)

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Mais cet article n’a pas pour vocation de vous parler de cet ouvrage. Entrez au Louvre, dirigez-vous vers l’aile Sully , passez devant le Louvre médiéval et entrez dans le secteur des antiquités égyptiennes. Deux parcours vous attendent : l’un thématique, l’autre chronologique.

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Et là, promenez-vous au milieu de ces trésors que produisirent les Egyptiens, entre quelques centaines d’années jusqu’à, pour certains, plus de 3000 ans avant JC.

En voici quelques-uns, afin de vous donner envie de les voir de vos propres yeux.

On y trouve tous les métiers, à commencer par les marins

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Puis les scribes, nombreux et variés…

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le regard perdu dans le lointain…

15-02-19-Louvre-Egypte-018-1(celui-ci date de la 5ème dynastie, entre 2.500 et 2.350 ans avant Jésus-Christ)

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Dans cette statuette assise en tailleur, peut-être aurez-vous reconnu le prêtre-lecteur Ounennéfer (19ème ou 20ème dynastie, entre 1295 et 1069 années avant JC).

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Et ce tout petit, connaissez-vous son nom ? On l’ignore. C’est un anonyme, un sans grade, un petit scribouillard. Et pourtant presque attachant par sa simplicité.

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Puis viennent les métiers de l’alimentaire

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Et les amphores pour le vin, il y a plus de 5.000 ans !

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Les serviteurs des cérémonies funéraires…

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… dont ces statuettes qui datent de 10 siècles avant J.C.

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Ensuite vient une diversité de représentations humaines ou divines, ou encore mêlant les deux.

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Le dieu Thot, « seigneur d’Hermopolis », honoré par un scribe du harem.

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Cette pleureuse au beau visage, une statuette en terre modelée comme il en existe peu, représenterait peut-être la déesse Isis pleurant Osiris, la main sur la tête en signe de lamentation.

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Tête du cercueil de la dame Kaâhâpy (remonte à la 25ème ou 26ème dynastie, entre 715 et 525 avant JC.)

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15-02-19-Louvre-Egypte-099-1Début du livre des morts du prêtre Min Pasenedjemib surnommé Toutou, un papyrus de 19 mètres de long.

Remarque : A l’exception de Sinouhé l’Egyptien, ces informations, comme toutes celles figurant dans cet article, proviennent des notes explicatives disposées à côté des vitrines.)

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15-02-19-Louvre-Egypte-163-1Tapéret prie le dieu soleil Ré qui darde sur elle ses rayons en forme de fleurs.

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Arrêtons là, mais avant de partir rendons visite à ce qui est sans doute l’une des plus belles pièces du Louvre…

Copyright  2012 JMT

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… ce scribe silencieux et énigmatique dont on peut se demander quel secret il cache derrière ce regard fascinant ?

 

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Photos © Jean-Michel Touche
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Maraude d’un 1er janvier

Maraude d’un 1er janvier

Il ne fait pas bien chaud lorsque nous nous retrouvons place Possoz, Madeleine et moi, pour une maraude. Le jeudi n’est pas notre jour habituel de tournée, mais tant pis : un jeudi 1er janvier, ça se fête. Même après le réveillon de la veille. Bien qu’il ait fait un froid à vous engourdir les mains, cette maraude fut un grand moment !

Copyright  2012 JMT

Pour notre première halte, deux formes étendues dans l’obscurité mais pas encore totalement endormies s’étonnent de nous voir approcher de leur campement, au pied de l’immeuble où se réfugiait un ancien ami de la rue aujourd’hui décédé.

Le premier à se redresser, Vali, a dû avaler un « réchauffant » plutôt alcoolisé. Il a la voix éraillée mais se reprend petit à petit. L’autre, avec sa capuche sur le crâne, me rappelle quelqu’un. Il ressemble… mais oui, c’est lui… c’est Petru, le voyageur intramuros qui ne reste pas longtemps au même endroit de peur, avait-il avoué lors d’une précédente rencontre, de se brouiller avec ses amis de la rue et de se bagarrer.

Vali, après un élégant baise main à l’adresse de Madeleine, farfouille dans la platebande de fleurs qu’il a créée sur le petit massif, entre la rue et l’immeuble, et qui l’abrite de la curiosité des passants. Il en tire un bouquet et l’offre à Madeleine avec délicatesse.

Ceux qui ont rencontré Petru, voici quatre ans, se souviennent de cet homme étrange, à la fois timide et provocateur, qui racontait sa jeunesse : un père qui lui faisait boire de l’alcool jusqu’à l’enivrer alors qu’il avait douze ou treize ans, un passage en prison douloureux, en Roumanie, pour avoir dérobé du pain et quelques aliments dans le sac d’un passant afin de nourrir sa mère… cette mère dont il dut s’occuper entièrement aux dernières années de sa vie pour la soigner, la nourrir, la laver. Quelle expérience de vie pour un adolescent !

Petru a la voix aussi émouvante que railleuse. Tout en croisant les poignets, il nous déclare presque en riant : « Je reviens de vacances. » Comprenez qu’il vient de passer quelques jours en prison. Il ne livrera pas de détail. Puis, les yeux comme perdus dans un autre monde, il laisse filer à la manière d’une confidence : « Je ne suis pas en France pour faire de l’argent, comme les autres. Je suis là parce que j’aime regarder, j’aime voir, j’aime Paris, les rues, tout. »

Et puis, en nous regardant avec son sourire un peu triste, il ajoute : « je bois et je dors… je bois et je dors… comme ça je vis dans mes rêves… »

Parler avec Petru, comme souvent avec les personnes de la rue mais plus particulièrement avec lui, c’est approcher un univers autre, totalement différent de notre environnement quotidien, un moment de réflexion sur l’existence et l’usage que nous en faisons.

Vali, de son côté, plus réaliste, nous montre un sac de pommes de terres et nous fait découvrir toute une installation : de quoi faire du feu avec du gaz (en fait une bouteille de White Spirit, mais également du bois qu’il fait brûler devant le garage de l’immeuble… vous imaginez l’approbation enthousiaste de la police !), un renfoncement dans lequel il stocke du matériel et notamment une poêle. On est cuistot ou on ne l’est pas !

Nous aurions pu passer la nuit avec eux, mais il y a d’autres amis à visiter. Adios Petru et Vali ! A bientôt.

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Tout en roulant vers une nouvelle étape nous voyons Josée, l’homme le plus pauvre de monde, allongé en plein sommeil sur le trottoir de gauche, immobile, pieds nus. Nous ne nous arrêtons pas mais nous pouvons prier pour lui qui vit dans ses haillons, ne demande rien, refuse tout, accepte le froid, et souvent s’enfuit quand on essaie de lui parler.

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Seconde étape : un bon moment avec nos amis Polonais : Valentin, Aleksy, Jean (que nous n’avions pas vu depuis peut-être un an), Henrick, Raymond et Eugenius.

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Pendant que les autres sont en grande conversation avec Madeleine et lui font sans doute un peu la cour, Henrick me livre ses confidences amoureuses, mais assez difficiles à comprendre parce qu’il parle à voix très basse et s’exprime dans un mélange de français et de polonais. Le tout constitue un monologue des plus approximatifs. Mais quelle importance ? Ce qui compte pour lui, c’est de se confier ou faire semblant. Alors continuez, Henrick, chaque fois que vous voudrez.

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Après un épisode de santé fluctuante, Eugenius donne nettement l’impression de récupérer. Il se laisse pousser la barbe et semble prendre plaisir à sourire. Valentin, lui, s’inquiète pour Philippe dont on ignore ce qu’il est devenu.

Madeleine a dû distribuer quelques produits d’hygiène, caleçons et chaussettes, mais comme je me trouvais toujours dans le « parloir » d’Henrick, je n’ai rien vu.

Les habitants du quartier se sont montrés sympathiques avec nos amis à qui ils ont donné profusion de restes de réveillons : des poches entières les entourent, remplies de bonnes choses.

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Le temps de réaliser des photos avec leur assentiment, et nous voici à nouveau en voiture.

Déception devant la nouvelle cabine téléphonique de Joseph, dans le quartier Victor-Hugo. Monsieur Joseph est aux abonnés absents ! Nous avons beau interroger Victor Hugo lui-même, celui-ci nous affirme ne pas avoir vu Joseph, même en feuilletant son roman « Les Misérables ».

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Hugo nous aurait certainement parlé de Damien, dans ce roman, s’il l’avait connu. Un Damien que nous découvrons emmitouflé sous un duvet épais d’où seuls se détachent le bout de son crâne puis, en regardant mieux, une partie de son visage d’un rouge éclatant. Il ne dormait pas encore totalement à notre arrivée, aussi nous lance-t-il un sympathique « Ah, c’est vous ! Bonsoir ! »

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Madeleine a droit à des sourires charmants. J’en récolte également quelques-uns. Damien a l’air joyeux.

– Non merci, répond-il à nos propositions de soupe, de thé et autres liquides, mais oui pour les œufs durs, les pains d’épice, bananes, fromages etc. pour le lendemain.

– Ah bon, on est le premier janvier ? Ah ça alors…

Madeleine et moi ne pouvons nous empêcher de rire, tellement il paraît surpris en l’apprenant. Il est vrai que cette date ne va pas changer grand-chose à son quotidien.

 

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Toujours sous le charme de sa jolie voix, nous lui disons au-revoir après avoir conversé avec lui et avoir installé au pied de la vitrine du magasin contre lequel il a trouvé refuge de quoi s’alimenter à son réveil le lendemain. Nous traversons ensuite l’avenue pour nous rendre devant une boutique de déco où Costel et Mihaela se sont aménagé un rempart contre le froid en remontant devant eux un vaste carton qu’ils ont accroché au haut de la porte du magasin avec un tendeur à vélo. Astucieux et pratique pour éviter les courants d’air vraiment froids cette nuit !

– Toc ! Toc ! On peut entrer ?

Un bras se dresse derrière le carton, comme dans un film d’espionnage ! Petit à petit apparaît le visage de Costel qui nous salue d’un grand sourire, puis vient celui de Mihaela dont le bonnet cache les yeux avant qu’elle ne le remonte pour voir qui est là. Grand sourire de sa part également.

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La vitrine, derrière eux, est envahie par un immense buisson de couleur rose, qui rehausse leur univers nocturne. Ils nous disent entretenir de bons rapports avec les personnes du magasin dont ils libèrent l’entrée à 7 h 00 chaque matin.

Copyright  2012 JMT

Inutile de leur souhaiter une « Bonne année ». Ils en ont été gavés au cours de la nuit du 31 décembre – 1er janvier ! Des passants se dirigeant vers l’Arc de Triomphe, d’autres en revenant, tout au long de la nuit, avec cette joyeuse formule : « Bonne Année !». Formule qu’à la longue ils ont fini par trouver lassante !..

Leur joie ? Leur départ pour la Roumanie, dans quelques jours. Et leurs enfants, confiés aux parents de Costel, qu’ils vont revoir avec le bonheur qu’on peut imaginer. Trajet en mini-bus. Retour, très certainement, mais à une date encore inconnue. Nous leur remettons des chocolats qu’ils pourront offrir à leurs enfants. Madeleine leur donne quantité de produits d’hygiène, et même des rasoirs pour Costel. La joie !

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Le temps passe, ce n’est pas la grande chaleur. Le temps de dire bye-bye à Costel et Mihaela, leur souhaiter un bon séjour en Roumanie, et nous repartons. Arrêt devant l’entrée d’un immeuble pour passer un moment avec Raymondea et Razvan (et leur chien qui, cependant, se fait discret et reste réfugié derrière un carton ; nous saurons qu’il existe mais ne le verrons pas.)

Longue conversation, distribution de pas mal de choses (les sacs s’allègent), ainsi que d’une belle couverture en laine, que des paroissiens ont donnée et qui se trouvait dans le placard de l’accueil. Maria a besoin d’un manteau, nous lui remettons un bon pour le vestiaire, et Madeleine lui confie quantité de produits d’hygiène et de beauté qu’elle glane dans les hôtels et dont raffolent celles et ceux qui en bénéficient grâce à elle.

Proposition d’une photo souvenir avant notre départ, puis nous retournons dans la voiture. En partant, nous constatons que Razvan et son épouse étudient attentivement le plan au dos du bon pour le vestiaire.

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L’heure tourne. Un peu plus loin nous trouvons un véritable village de Roumains endormis. Une bonne dizaine. Nous sommes accueillis par une sonate pour dormeurs et ronfleurs. Tels les bateliers ramant dans la Volga, les ronflements des uns emportent les autres dans un flot de rêves qui dessinent des sourires sur leurs lèvres malgré le froid. Serait-ce pour eux le seul moment joyeux de la journée ? Pour mieux se tenir chaud, ils sont serrés les uns contre les autres, bien à l’abri dans leurs manteaux et leurs duvets, la tête recouverte de capuches en laine.

Hors les ronflements, tout est calme. Toutefois, au moment où Madeleine s’approche afin de poser délicatement ce qui reste dans nos sacs, que nos amis trouveront demain, l’un d’entre eux, plutôt corpulent, se réveille. Il bénéficiera de la seconde couverture que nous avions emportée et qu’il installe immédiatement sur lui. Il nous apprend que Mihaela, l’indéracinable Mihaela, a dû retourner d’urgence en Roumanie parce que (si nous avons bien compris), sa fille et son gendre (ou son fils et sa belle-fille) sont brusquement partis de Roumanie pour se rendre en Espagne, abandonnant sur le terrain leurs enfants. Mihaela est donc allée s’en occuper. Reviendra-t-elle ? Oui, affirme notre informateur qui va tâcher de la joindre par téléphone.

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Voilà. Pour nos amis de la rue comme pour nous, la première journée de 2015 va s’achever dans une petite heure. Cette maraude aura été un grand moment émouvant, avec les retrouvailles de Petru et de Jean, l’inquiétude au sujet de Philippe (où est-il donc ?), la mine une fois encore illuminée de Damien, les sourires de Costel et Mihaela, ceux de Razvan et Raymondea rencontrés depuis environ un mois et pour qui ces visites prennent de l’importance par le lien humain qu’elles tissent. Il y a également le souci que nous nous faisons à l’égard de Mihaela, obligée de quitter un monde de précarité pour un monde de pauvreté.

Et pourtant, au sein de ce mélange de bonnes et moins bonnes nouvelles, allez savoir pourquoi, les deux maraudeurs de service ressentent une indéfinissable joie intérieure.

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Vous souhaitez savoir comment s’organisent les maraudes au sein de la paroisse Notre-Dame de Grâce de Passy ? Cliquez sur « Maraudes Notre-Dame de Grâce » et vous saurez tout !

(Noms et prénoms ont été modifiés)

Texte et photos © Jean-Michel Touche

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VŒUX SOUS FORME D’UNE PIECE DE THEÂTRE

La scène se déroule sur le Pont Bir Hakeim, au-dessus de la Seine, face à la Tour Eiffel

Copyright  2012 JMT

Saint Jean Bouche d’Or : Eh, vous, le passant qui passe, Je vous souhaite une Bonne année !

Le Français Déprimé : Bonne année ? Vous voulez rire ! A quoi ça sert, les vœux ? C’est nul. Nullissime, même. Pouvez en faire l’économie.

Saint Jean Bouche d’Or : Bon, d’accord, on sait bien que tous ne vont pas se réaliser, nos désirs les plus profonds ne se transformeront pas tous en réalité. C’est vrai…

Le Français Déprimé (interrompt Saint-Jean Bouche d’Or tout en faisant une grimace) : Alors… à quoi cela sert ? Vous pouvez me le dire? Vous voyez bien, vous n’y croyez pas vous-même.

Saint Jean Bouche d’Or : A quoi ça sert ? C’est tout simple. Je crois que ça sert à l’amour.

Le Français Déprimé : Alors ça, mon vieux, c’est la meilleure de l’année ! L’amour ! On aura tout vu dites donc, tout entendu. L’amour !.. Vous voulez me faire rigoler.

Saint Jean Bouche d’Or : Ben… pas forcément. C’est celui qui reçoit qui décide. Chacun de nous est invité par la vie à marcher sur un chemin qu’il n’a pas forcément choisi…

Le Français Déprimé (qui interrompt à nouveau Saint Jean Bouche d’Or) : Non mais vous êtes marrant, vous ! Vous êtes le premier à envoyer des vœux, et après vous dites qu’on n’a pas choisi le chemin sur lequel on marche. Faudrait savoir, mon vieux. Z’êtes pas bien logique, parole !

Saint Jean Bouche d’Or : Naturellement. Parce que vous ne m’avez pas laissé terminer. Je voulais dire que sur certains chemins, marcher seul c’est souvent l’angoisse, l’envie de reculer, de tout lâcher, de fermer les yeux et de dire Non !

Le Français Déprimé : Vous voyez bien…

Saint Jean Bouche d’Or (qui a envie de s’énerver mais ne s’énerve pas): Chut ! Laissez-moi vous expliquer. C’est vrai qu’on a parfois envie de tout laisser tomber. Je suis d’accord. Mais qu’un(e) ami(e) vous dise : « Je pense à toi et j’espère que tout ira comme tu veux », et soudain le soleil se lève, les nuages s’étirent pour s’effiler et ils laissent place à la lumière.

Là, il se produit un long silence, à peine troublé par un cycliste qui passe sous le pont en saluant les deux acteurs pendant qu’un couple de mariés chinois se fait photographier, elle en blanc et lui en smoking gris luisant de bonheur.

Saint Jean Bouche d’Or (qui reprend la parole et regarde en souriant le Français Déprimé) : D’où viennent ces battements de cœur qui parfois illuminent le chemin sur lequel nous marchons ? Des yeux, un sourire, un visage, des lèvres qui laissent deviner un murmure dans l’éclat d’un sourire, et nous voici debout, heureux, prêts à nous remettre en route. Celles et ceux qui font des maraudes le savent bien. Le sourire que nous donnent nos amis de la rue, ces « sans-abri » (mais pas sans âme) est en lui-même un trésor. Il est parfois des passants qui nous regardent, nous envient et même nous le disent.

Saint Jean Bouche d’Or (qui se tourne à présent vers les lecteurs du Blog) : Voilà ce que je souhaitais vous dire à toutes et tous pour ce début d’année. Ecartons les feuillages de la morosité, levons-nous, sourions et reprenons le chemin vers ce qu’il y a de plus profond et de plus éblouissant dans l’existence. Que l’on soit croyant ou qu’on ne le soit pas, donnons un sens à notre vie ! Allez, à tous, Bonne Année ! Pas vrai, l’ami ?

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Voix du sans-abri : Oui, à vous tous, BONNE ANNEE ! ! !

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Texte et Photos © JMTouche

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Noël, poème pour nous émerveiller !

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  L’ange que vous voyez, sonnant de la trompette,

Annonce au monde entier une grande nouvelle.

Oui, il est né le petit, en cette nuit si belle,

Pour qu’ici et ailleurs, sur toute la planète

 

La joie de vivre, d’être, libres de nos gestes,

Le bonheur d’exister et de s’en réjouir

Répandent un immense océan de sourires

Pour chacun ici-bas, qu’il soit riche ou modeste.

 

Amis, croyants ou non, prenez donc un instant

Pour laisser libre cours à ces pensées intimes

Qui ne durent parfois qu’un tout petit moment

Alors qu’on les voudrait immenses et sublimes.

 

Laissons-nous transporter jusqu’au plus grand mystère,

Celui de Dieu qui nous invite à nous aimer

Et nous donne son Fils afin que sur la terre

Nous puissions commencer à nous émerveiller.

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J.M.T.

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J O Y E U X   N O Ë L

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Texte et photos © Jean-MichelTouche

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