ESI HALLE SAINT-DIDIER

Dans le cadre des articles destinés à faire
connaître les personnes en grande
précarité, voici le premier,
consacré à l’ESI de la
Halle Saint-Didier.

ESPACE SOLIDARITÉ INSERTION SAINT-DIDIER

Situé dans le 16ème arrondissement de Paris, l’ESI Halle Saint-Didier est un établissement public du Centre d’Action Sociale de la Ville de Paris, créé en 2001.

Vous trouverez en pièce jointe la fiche technique présentant cet établissement, son rôle et ce qu’il propose aux personnes en état de grande précarité (cliquer sur  FICHE TECHNIQUE ).
Comme vous pourrez le voir, il ne s’agit pas d’un endroit où l’on peut simplement s’asseoir et attendre qu’il fasse moins froid, mais bien au contraire un lieu ou professionnels et bénévoles apportent avec talent et dévouement une aide sociale, d’hygiène, médicale, juridique, psychologique, etc.

C’est également un endroit où l’on s’efforce d’apporter des moments de détente et de joie à ceux qui en manquent cruellement, comme le montrent les photos suivantes.

Merci à Nguyen Thi Tuyet Dung, la directrice de ce centre, et toutes les personnes autour d’elle qui  s’occupent de femmes et d’hommes en grande difficulté,  pour leur travail assidu et l’humanité de leur assistance.

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Merci à la Direction de l’ESI St-Didier
qui a fourni la fiche technique
et les photos.

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VŒUX POUR 2017

Comment donner de la valeur
à l’année 2 0 1 7  ?

 

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Après une année ambigüe, dramatique pour les habitants du Moyen Orient, difficile pour beaucoup, marquée par la violence de la nature et trop souvent par celle des humains, que sera l’année 2017 ?

Question à laquelle, bien sûr, il est difficile de répondre.

Alors voici une idée sur laquelle réfléchir : aider les autres à être heureux est une manière de l’être soi-même. Pour les chrétiens, cela s’appelle « Aimez-vous les uns les autres ».

Sur cette base, que 2017 soit pour tous une année d’expériences enrichissantes, de rencontres heureuses, de paix, une année avec, comme fleurs pour les jardins de nos vies, d’innombrables sourires.

Et toutes mes amitiés à celles et ceux que je ne peux plus joindre que par l’intermédiaire de ce blog car vous êtes trop nombreux pour que je sois en mesure de vous écrire individuellement !

Jean-Michel

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Photo © Jean-Michel Touche

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TROP DE JOUETS ?

Trop de jouets ? Qu’à cela ne tienne !

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La Mairie du 16ème arrondissement organise en ce moment une collecte de jouets jusqu’au 25 novembre.

Si vos enfants ou petits-enfants encombrent leurs placards (et les vôtres) avec quantité de patins, jeux de construction, ballons ovales ou ronds, poupées, legos, billes, patinettes, peluches, voitures, trains, maquettes (et que sais-je encore…  j’allais oublier cordes à sauter, puzzles, skate-boards, sarbacanes et petits soldats, ouf  !), une solution : en porter une bonne partie dans les centres qui collectent des jouets encore en bon état, qu’ils remettent en forme si nécessaire et donnent de votre part aux enfants qui n’en ont pas.

Cela coûte seulement le temps de les mettre dans des sacs et de les porter à ces centres de collecte.

Si vous habitez dans le 16ème arrondissement de Paris, n’hésitez pas, portez-les à la Mairie du 16ème, 71 avenue Henri-Martin. Vous ferez des heureux !

Merci par avance !

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JEUDI, DAVID S’EN EST ALLÉ . . .

 

david-4En apparence, ce n’était pas un homme comme un autre. Un peu comme s’il avait oublié qu’il était un être humain.

Le froid, la chaleur, le vent, la pluie, la solitude aussi, avaient avec le temps repeint son visage en meurtrissant ses traits.

Oublié de la vie, exclu des hommes ordinaires, perdu dans un univers qui n’était plus le sien, locataire en plein air, à qui David pouvait-il bien ressembler ?

Son monde à lui était en quelque sorte inabordable. Que pensait-il ? A quoi rêvait-il ? Que désirait-il ? Allez savoir.

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Et pourtant !..

Et pourtant quand nous nous approchions de lui, un simple « Bonsoir David » prononcé à voix très basse suffisait pour qu’il se retourne, émerge du monde dans lequel il avait plongé et ouvre les yeux.

-Ah, disait-il pendant qu’un sourire se dessinait sur ses lèvres et dans ses yeux, c’est vous !

Alors il prenait vie. Sous les étranges vêtements dans lesquels il se serrait l’hiver ou transpirait l’été, il nous regardait chacun son tour et donnait l’impression de renaître. Nous aussi, nous partagions cette impression. C’est le miracle de ces rencontres entre êtres humains, quand on oublie notre environnement personnel et que nous ne sommes plus que des hommes ou des femmes en train de s’estimer mutuellement.

Sur ce plan, David était un exemple.

Oui, il buvait. Il buvait beaucoup, énormément. Il y avait toujours une bouteille de vin ou des canettes de bière à côté de ses jambes ou de ses bras. Mais que reste-t-il à faire quand toutes les blessures de la vie marquent votre corps, quand vous avez perdu tout fil avec la société pour des motifs que nous ne connaissons pas, quand le seul contact qui vous reste est celui du trottoir sur lequel vous dormez ?

Et voilà qu’avec son visage presque caricaturé, David était devenu un être attachant. Nous l’aimions comme un jeune frère qui n’aurait pas eu de chance. Lui aussi nous aimait. Quand nous partions après avoir passé un moment en sa compagnie, il disait : « Déjà ?.. »

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Cette fois, c’est lui qui est parti. Un arrêt cardiaque. Tous ceux qui l’ont connu et aimé en éprouvent un mélange de tristesse et de confiance dans cette vie nouvelle qu’il a rejointe auprès de notre Père à tous, cette vie depuis laquelle, à présent, il peut veiller sur nous.

A Dieu, David.

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Texte et photos © Jean-Michel Touche

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QUAND LES REMUNERATIONS DEVIENNENT FOLLES

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     Diriger une entreprise requiert des qualités que tout le monde ne possède pas. Piloter à travers les secousses de l’économie un gros bateau porté par des centaines ou des milliers de salariés n’est pas un talent donné à tout le monde. Il est donc important de rechercher des acteurs possédant les compétences nécessaires.

On comprend que ces talents particuliers soient généreusement rémunérés. Mais jusqu’où ?

Comment expliquer des niveaux sidérants comme ceux atteints notamment dans le monde de l’automobile ? Le quasi doublement de la rémunération de Carlos Tavares, président du Directoire de Peugeot Citroën, fait beaucoup parler, et cela se comprend : 5,2 millions d’euros en 2015 contre 2,7 millions en 2014 ! Après tout, pourquoi pas, s’il s’agit de rémunérer le redressement de l’entreprise. D’autant qu’une prime de 2.000 euros en moyenne a été versée à chaque salarié.

Pourtant on est en droit de se demander où se trouve la justification d’un tel écart. La compétence du dirigeant ne fait pas de doute, mais 8.000 suppressions de postes tout de même chez PSA !

Il est vrai que du côté de Renault-Nissan, la même question se pose avec un salaire de dirigeant qui, lui, atteint les 15 millions ! (Voir Libération du 24 mars 2016)

On comprend aisément la réflexion de Fabienne Gâche, déléguée CGT chez Renault : « Ceux qui expliquent aux autres qu’il faut qu’ils se serrent la ceinture ne manquent pas de s’attribuer des salaires extravagants et qui coûtent de plus en plus cher à l’entreprise.»

Car le résultat d’une entreprise ne dépend pas uniquement de l’excellence de sa gestion mais aussi de la qualité du travail de ses salariés. A quoi serviraient les idées et les choix d’un chef d’entreprise si le travail de ses salariés était de mauvaise qualité ? Chacun doit apporter la meilleure contribution possible. C’est à ce moment qu’on se pose la question des écarts de rémunération.

Des lecteurs penseront que l’auteur de cet article est un homme de gauche. Pas du tout. Mes idées sont plutôt de droite (encore que la division entre la gauche et la droite paraisse de plus en plus artificielle,  la vérité n’étant pas le propre de l’une et l’erreur le propre de l’autre.) Il s’agit simplement de bon sens. Ces rémunérations extrêmes dans un pays qui compte un si grand nombre de chômeurs sont mal venues et choquantes. Comme choquantes sont les folles rémunérations de certains footballeurs.

Elles conduisent à se poser une autre question : que fait-on avec une rémunération d’un tel niveau ? Où va l’argent ? Une partie en impôts, d’accord. Mais le reste ? Finance-t-on des fondations, comme le font certains des plus riches aux Etats-Unis ? Fait-on des dons importants à des organisations qui agissent en faveur des plus pauvres ? Peut-être. Et pour le reste ? Si l’on possède trois voitures, on ne va pas s’en acheter une quatrième puis une cinquième. Des montres de luxe, on n’en remplit pas ses tiroirs. Alors, à quoi cela sert-il ?

Il est vrai que l’être humain a trois besoins : être, avoir et paraître.

Nous avons besoin de disposer (avoir) de ce qui est nécessaire pour exister (être). C’est avec le troisième besoin (paraître) que  commencent les excès. Sommes-nous plus heureux parce que nous paraissons extrêmement riches tandis que tant de femmes et d’hommes sur terre  mènent une vie de galère ?

A chacun sa réponse.

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MARAUDE DANS UN FRIGIDAIRE

Maraude du 17 février 2016

 

Rendez-vous place Possoz pour la maraude du soir, avec Etienne, Vivien et Hélène, jeune étudiante en 3ème année de formation d’assistante de service social.
(Les noms des maraudeurs ont été changés.)

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1er arrêt

Florine et Florina ont déjà refermé leur abri de cartons, de même que Daniel. Paulo, lui, est enfoui sous des couvertures, nous ne le verrons pas apparaître.

Il suffit de dire « Bonsoir Florine » pour qu’un grand carton à l’usage de toit se soulève et que le visage souriant de Florine apparaisse. Florina, qui dort, se redressera quelques minutes plus tard. Florine se moque toujours (aimablement, il faut le dire) des visiteurs que nous sommes et utilise le mot « Père Noël », suivi d’un immense éclat de rire. Nous sommes toujours surpris de la bonne humeur de cet homme, comme d’ailleurs de la plupart des Roumains que nous rencontrons. Sans doute parce qu’ils affrontent la rue et les intempéries en couple.

A deux, on est plus forts !

A notre demande, Florina sort la photo d’elle avec ses deux fils, prise dans leur école en Roumanie. Elle est fière de les montrer et cela se comprend. Quand on les voit en costume cravate, comment imaginerait-on que leurs parents vivent en France dans la rue ?

De son côté, Daniel n’est pas seul sous ses cartons. Il nous présente son épouse, Maria-Anna, venue le rejoindre. Nous ne la verrons pas beaucoup parce que le froid l’incite à rester au fond de leur abri. Soupe, œufs durs, café, chaussettes etc.

Dernière approche de Paulo, toujours caché sous ses couvertures. Nous le laissons dormir.

 

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2ème étape : non loin de la place du Trocadéro.

Nous y trouvons Alex (j’espère ne pas me tromper de prénom), qui a été signalé lundi par l’équipe Tournée Rue. Alex fait la manche à côté d’un magasin d’alimentation. Il a le visage triste et parle à voix très basse, pas facile à entendre. Il confirme avoir une femme et un petit enfant qui, eux, bénéficient d’un logement, et lui-même dormirait dans un foyer ? Nous restons un moment avec lui puis le quittons afin de poursuivre notre tournée.

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3ème étape : Palais de Tokyo

Personne, place d’Iéna. Nous allons immédiatement au Palais de Tokyo. Devant l’entrée du péristyle, un gros bloc noir projette des rayons de lumière blanche vers le ciel (intérêt extrêmement relatif !) et, surtout, inonde le voisinage de bruits qui ressortent davantage du rugissement de lion malade que d’une composition musicale. Horrible ! Mais évidemment, des goûts et des couleurs…

Emile et Adam, seuls occupants des lieux, ne donnent pas l’impression d’apprécier ces déflagrations aussi toniques qu’un cri de dinosaure ! Emile nous apprend que Polleck s’est installé pour la nuit en bas de l’avenue du Président Wilson, là où résidait Ali jusqu’en novembre.

Quant à Martin, ils ignorent où il a pu se rendre.

Après avoir discuté un moment avec eux, nous regagnons la voiture pour nous rendre auprès de Polleck qui dort, enfoui dans un sac de couchage au-dessus de la bouche de chaleur sur laquelle se réfugiait Ali. Il ne supporte pas le bruit du truc noir, devant le palais de Tokyo, et comme il ne pleut pas il a choisi pour ce soir la bouche de chaleur. En face de lui, un superbe fauteuil en simili cuir noir, presque un siège royal !

Moins en forme que d’habitude, il bougonne un peu. Je ne dirai pas que nous envions sa bouche de chaleur, mais le froid s’intensifie et nous avons encore du monde à voir. Aussi, après lui avoir rempli deux tasses de thé, remis divers ingrédients et proposé des chaussettes ainsi que des gants, nous lui souhaitons une bonne nuit et partons.

Dans la voiture, nous parlons tous beaucoup et c’est très sympathique.

 

 

Copyright  2012 JMT

4ème étape

LCL : surprise, la banque a installé des pots munis de branches stylisées, de couleur, sous les arcades, sans doute pour empêcher toute occupation nocturne des lieux. Adieu Florian, qui aimait y dormir, adieu Georges. Seul Frank a pu mettre son sac de couchage devant l’entrée, ainsi que sa grosse valise. D’après lui, Florian serait à Wagram. Pour Georges, il n’a aucune information.

Pietaterre : Maria nous accueille avec de grands sourires, de même que Sanders. Pas de Paul pour l’instant.

– Il va revenir, affirme Maria.

Avec l’accord de la CSVP, Sanders reçoit deux billets de 50 euros. Il avait manifesté quinze jours auparavant son intention de retourner en Roumanie, voyage pour lequel il avait besoin de 200 €, somme dont il ne disposait pas. Message : on t’aide pour la moitié de ton voyage aller et la moitié du voyage retour. Si on lui avait dit : « Voici 100 € pour ton voyage », il l’aurait sans doute interprété comme notre intention de le renvoyer en Roumanie pour qu’il n’en revienne pas !

Sanders paraît heureux, d’autant plus qu’il semble avoir des contacts qui lui permettraient peut-être de travailler un peu. A voir avec lui lors d’une prochaine maraude. Quant à Maria, elle précise être revenue avec Paul, son mari, depuis quatre jours, après un vivifiant séjour en Roumanie.

La sérénité des Roumains sans abri, encore une fois, est quelque chose qui étonne.

Paul arrive juste au moment où nous venions de quitter Maria et Sander. Serrements de mains et nous partons. La température ne monte pas !

 

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Traversant la chaussée, nous nous approchons de Philippe qui nous a repérés et nous attends sous l’entrée de Zara Home. Un Philippe apparemment en bonne santé, qui se lève à moitié dans son sac de couchage et fait à Hélène son galant baisemain spécial dames. Tout en prenant une partie de ce qui lui est proposé, il cherche à impressionner Hélène avec ses 23 ans de prison derrière lui et la cinquantaine d’années qui l’attend.

Alors que nous sommes en pleine conversation, un couple passe, s’arrête juste à côté de nous et regarde la scène. Un monsieur plus très jeune, une casquette sur la tête, et sa fille. Surpris, ils demandent si nous faisons partie d’une association. « Non, nous sommes simplement paroissiens de Notre-Dame de Grâce de Passy et nous faisons des maraudes le mercredi. »

– Ah bon ? de Notre-Dame de Grâce de…

– Oui.

– Mais, ici, c’est Saint-Honoré d’Eylau ?

– Oui, mais cela n’empêche pas que…

Le père et sa fille s’étonnent, alors pour les rassurer on leur dit que St-Honoré d’Eylau fait plein de choses pour les personnes en précarité, et notamment Hiver Solidaire.

– Ah ! Oui, ça, on le sait.

Après un court échange, le père et sa fille s’en vont en nous souhaitant une bonne soirée.

– Oh, dit le père en faisant deux pas en arrière, il y a quelqu’un, là-bas, il faudrait y aller. On vient de le voir.

Et il nous montre du doigt une forme allongée.

– Oui, c’est soit David, soit Moussa.

– Vous les connaissez tous ? Celui-ci, il a une chaise roulante.

– Alors pas de doute, il s’agit de Moussa.

Nous conversons quelques minutes de plus. Père et fille approuvent quand on leur dit qu’à force de rencontrer ces hommes et femmes qui vivent dans une telle précarité, on se prend d’amitié pour eux. Ils nous quittent avec de grands sourires sympathiques.

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Coup de froid. Un petit vent malicieux se met à souffler : une véritable ambiance de frigo, et même au-dessous.

Bye-bye Philippe, nous poursuivons la tournée.

 

L’entrée de Gérard Darel est vide. Pas de David. A-t-il bénéficié d’un hébergement pour ces nuits de froid ?

Un peu plus loin, Moussa dort sur une bouche de chaleur, son fauteuil roulant près de lui. Il dort mais se réveille. Il ne lève pas la tête mais prend tout ce qui lui est proposé. Quand on lui demande où est le pigeon qu’il gardait jalousement contre sa poitrine, quinze jour auparavant, il bredouille des mots que nous ne comprenons pas.

De plus en plus frigorifiés, nous décidons d’arrêter pour ce soir, d’autant que demain une journée chargée attend Etienne et Vivien.

 

Nous raccompagnons Hélène près d’une entrée du RER, place de l’Etoile, et regagnons nos quartiers après une maraude peut-être réfrigérante mais très sympathique (et comme presque toujours, des rires joyeux avec Philippe). Hélène demande à refaire des maraudes avec nous, elle sera la bienvenue.

Merci encore à tous les trois pour cette maraude où les sourires nous ont tenu le cœur au chaud !

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Texte et photos © Jean-Michel Touche
Les photos n’ont pas été prises au cours de cette maraude.

Maraude du 13 janvier 2016

Copyright  2012 JMT

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Maraude à la fraîche, ce soir.

La température retrouve ses habitudes hivernales et le froid s’est installé lorsque nous partons, Aude au volant de sa voiture, Judith chargée de ce qu’elle a préparé pour le dîner de nos amis sans-abri, Thibaut venu découvrir ce que sont les maraudes, et Jean-Marie.

Maraude fraîche peut-être, mais « maraude aux chaussures » ! En effet, un chausseur-cordonnier de la rue du Faubourg St-Honoré m’a remis, la semaine dernière, trois paires de chaussures quasiment neuves (tailles 41, 42/43 et 43/44), pour nos sans-abri, après que je lui aie demandé au culot s’il n’avait pas « des ratés de fabrication ou des chaussures invendables. » Nom du magasin : « Le Bottier de Saint Germain », 201 rue du Faubourg Saint-Honoré (8ème). Qu’il soit chaudement remercié !

 

° ° °

Mais revenons à notre tournée.

Personne sous l’arcade de l’immeuble à l’angle de l’avenue Paul Doumer et de la rue Scheffer. Paulo, que nous avions vu mercredi dernier, a déserté la place (à moins qu’il n’ait décidé d’arriver plus tard, mais cela serait contraire à ses habitudes.)

Poursuivant notre itinéraire, Aude passe place d’Iéna : personne sur les bouches de chaleur devant le musée Guimet. Nous allons donc au Palais de Tokyo où, sous le péristyle, nos amis polonais peuvent s’abriter du vent et de la pluie.

Emile, assis sur un fauteuil de bureau un peu déglingué, discute avec Polleck à moitié emmitouflé dans son sac de couchage. Allongé devant la grande vitre voisine, Adam s’est comme envolé dans ses rêves.

Emile parle sans arrêt, pas toujours compréhensible car, désirant s’exprimer trop vite, il bégaie un peu. Quant à Martin, parti se restaurer aux Invalides (Restau du Cœur ?), il revient quelques minutes plus tard, en pleine forme. La soupe d’Aude et les petits plats spécialement préparés par Judith font des heureux. Il est vrai que ce soir le contenu des sacs est plutôt abondant… et appétissant. Quant aux chaussures, une première paire trouve preneur en la personne d’Emile, ravi de cette aubaine.

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Quittant le Palais de Tokyo, nous prenons la direction de l’avenue Victor Hugo. Premier arrêt devant LCL. Surprise : Georges est parti depuis quatre jours. Sans doute a-t-il trouvé une solution car, la semaine précédente, il n’avait pas encore assez d’argent pour payer le bus pour la Roumanie. Franck n’est pas encore arrivé. Seuls Florian et Lionel occupent les lieux. Calme et souriant, Florian se redresse et commence à converser tout en acceptant le contenu des sacs, mais toujours avec modération. La plus grande paire de chaussures le met en joie, il se l’approprie immédiatement : le 43/44 lui convient parfaitement.

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De l’autre côté, Lionel, récemment revenu en France, sourit lui aussi comme à son habitude. Mais un sourire plus timide qui semble masquer quelque chose. Lorsque nous lui demandons des nouvelles de ses enfants, son visage s’allonge et se raidit.

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deux petites photos de son petit garçon et sa petite fille, il nous fait comprendre qu’il a très récemment perdu sa mère et que ses enfants, qui lui étaient très attachés, ne cessent de pleurer en pensant à elle.

– Vous leur téléphonez souvent ? lui demandons-nous.

De la tête Lionel fait signe que non.

– Pourquoi ?

– Pas d’argent pour acheter une carte de téléphone, parvient-il à expliquer.

Sa tristesse fait mal au cœur. Comment peut-il y avoir de telles différences entre les hommes, certains bénéficiant de tout, d’autres ne disposant de rien ? Nous lui donnons un peu d’argent pour lui permettre d’acheter cette carte grâce à laquelle il pourra parler avec ses enfants. Son visage change une fois encore. Ses yeux se remplissent de larmes qu’il s’efforce de retenir et dans son émotion il se confond en remerciements, prends nos mains et les serre avec affection. Nous ne sommes pourtant pas les sauveurs du monde !

C’est gênant de se faire remercier de cette manière, pour si peu. Ces deux ou trois minutes que nous venons de vivre font penser à une fenêtre qui s’ouvrirait pour nous faire pénétrer au cœur d’un homme. Il n’y a plus de sans-abri d’un côté et de gens du 16ème de l’autre, seulement une sorte d’arc en ciel entre des êtres humains. Cela se vit mais ne s’explique pas…

 

° ° °

 

Etape suivante : Philippe devant Zara Home. Au passage, nous constatons que les vitres de la cabine Autolib sont presque totalement détruites.

Jamais Philippe n’a parlé avec une voix aussi brouillée. Le comprendre relève du défi à l’audition. Pourtant nos relations de longue date nous aident à interpréter ce qu’il nous annonce.

– J’ai un cancer. Du coup, c’est du rouge, du rouge, du rouge.

Il ne donne cependant pas l’impression d’avoir bu. A Thibaut il précise que, en plus de ses années de prison d’autrefois, il lui en reste une grosse cinquantaine à faire. Voilà sa vie telle qu’il la voit.
Pourtant Philippe aime rire et nous ne nous en privons pas, les maraudes devant être un moment de joie et non de tristesse. Inévitablement lorsque nous tentons de partir il octroie aux dames un élégant baisemain.

– Les dames ont de la chance, Philippe.

Aussitôt Thibaut et moi avons droit à un baisemain quasiment royal. Comme ça, pas de jaloux !

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° ° °

Quelques photos avec Aude et Judith avant de reprendre le cours de la maraude pour nous approcher de David. Mais comme la semaine précédente David dort profondément, arrosant le quartier d’un ronflement d’une sonorité exceptionnelle qui pourrait rivaliser avec les percussionnistes de Strasbourg. Inutile de le réveiller, d’autant que nous commençons à avoir froid.

Après avoir déposé à côté de lui œufs durs et petits fromages, nous traversons pour rendre visite à Vali et Sanders devant Pietaterre, en l’absence de Maria et Paul retournés voir leurs enfants en Roumanie pour les fêtes. Vali ne paraît pas bien gai. Il passe ses journées seul dans le quartier, à faire la manche et à revenir le soir devant Pietaterre. Heureusement pour lui, Sanders vient lui rendre visite en début de soirée. Sanders qui garde un souvenir formidable du dîner du 17 décembre à la mairie du 16ème et qui est ravi de la photo qui lui est remise, où il se voit en grande conversation avec sa voisine.

° ° °

 

Le temps passe, le froid perdure, nous nous en allons pour un dernier arrêt avenue Kléber. Peu de monde au village roumain de Cap Gémini : seulement Maria la grand-mère avec de l’autre côté Nick et son épouse. Maria s’est entourée la tête d’écharpes noires pour se protéger du froid. On pourrait croire qu’elle porte le voile mais ce n’est pas le cas.

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Nick essaie la paire de chaussures qui reste. Elle lui va à merveille et il lui attribue tous les compliments qu’il connaît en français.

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Nous distribuons presque tout ce qu’il reste dans les sacs avant de les quitter.

C’est la fin de la maraude, il n’est pas très tard mais il ne fait vraiment plus très chaud et Aude nous conduit sur le chemin du retour.

 

° ° °

 

Cette soirée a été à la fois un moment de rigolade (comment qualifier autrement notre conversation avec Philippe ?) et d’émotion avec la réaction de Lionel. C’est le mystère de ces maraudes dont il est impossible de revenir indifférent.

Merci à Aude, Judith et Thibaut pour leur implication pleine de sensibilité.

Copyright 2012 JMT

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Photos ©Thierry L. et Jean-Michel Touche
Texte © Jean-Michel Touche

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Remarque :  les noms des maraudeurs ont été modifiés.

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