Chrétiens d’Orient

Un déjeuner avec le Père Pascal Gollnisch, organisé par le Groupe « Rencontre-Découverte avec un prêtre », a été l’occasion de mieux connaître L’Œuvre d’Orient », ses objectifs, son travail incessant pour aider les chrétiens de cette partie du monde à vivre leur foi dans la Paix et dans leur pays, comme l’exigeaient les manifestants, le 14 novembre dernier, après l’attentat contre la cathédrale de Bagdad du 31 octobre.

Fondée en 1856 par le baron Cauchy et des professeurs laïcs de la Sorbonne sous le nom de « L’œuvre des écoles d’Orient », « L’Oeuvre d’Orient est au service des chrétiens d’une région du monde où se concentrent d’importants défis de notre temps. » (relevé sur le site de l’Oeuvre d’Orient).

Alors que nous vivons nous-mêmes notre foi (ou notre absence de foi) sans que cela nous pose le moindre souci sécuritaire, essayons d’imaginer ce que serait notre vie si nous devions nous cacher pour aller prier, s’il nous fallait économiser nos réactions de peur qu’un mot de trop ne déclenche des foudres, ou si nous nous trouvions dans l’obligation d’afficher une croyance sans partager la foi.

Le site de l’Oeuvre d’Orient propose des articles passionnants sur la diversité des Eglises d’Orient, la situation des chrétiens d’Orient et les chrétiens d’Orient en France, ainsi qu’une riche bibliographie.

Parmi les moyens d’agir suggérés au cours de ce déjeuner, le Père Pascal Gollnisch a souligné l’importance de créer des liens entre nos paroisses « latines » et les chrétiens d’Orient en France, ainsi que la sensibilisation de nos politiques et organismes internationaux (députés, Europe, Unesco, Onu) pour que soient respectés les droits des minorités (sans mettre l’accent sur les seuls chrétiens, car d’autres minorités religieuses souffrent, au même titre qu’eux.)

Cette démarche, a souligné le Père Gollnisch, s’inscrit dans le message de Benoît XVI pour la célébration de la journée mondiale de la Paix, le 1er janvier 2011, où l’on peut lire notamment : « … j’invite les catholiques à prier pour leurs frères dans la foi qui souffrent violences et intolérances, et à leur manifester leur solidarité. […] Dans l’univers mondialisé caractérisé par des sociétés toujours plus multi-ethniques et multi-confessionnelles, les grandes religions peuvent représenter un important facteur d’unité et de paix pour la famille humaine. »

On notera l’esprit de totale et confiante ouverture de Benoît XVI qui écrit non pas le christianisme, mais « les grandes religions ».

On en trouvera le texte complet sur le site de l’Eglise Catholique en France. Ce texte, qualifié de « mini encyclique », est également édité chez Téqui (2,50€) en vente à La Procure.

Merci à l’œuvre d’Orient et tous les autres mouvements et associations qui, outre leur action en faveur de nos frères de là-bas, nous invitent à ne pas oublier que les catholiques ne sont pas tous « latins »,  et à ouvrir les yeux pour exiger que les minorités religieuses puissent toutes vivre leur foi dans la paix et dans leurs pays.

Photo du Père Gollnisch : site de l’Oeuvre d’orient
Photo manifestation : JMT

L’avenir des chrétiens d’Orient est… en Orient

C’est bien ce qu’ont voulu affirmer les chrétiens de toutes obédiences,
venus manifester à Paris, le 14 novembre 2010.

 

Il y avait beaucoup de monde sur l’Île aux Cygnes qui s’étire au milieu du lit de la Seine, ce dimanche 14 novembre, en dépit du temps menaçant.

Arméniens, coptes, araméens, chaldéens et syriaques… et chrétiens d’Europe, bien sûr, venus eux aussi témoigner leur solidarité avec l’Eglise souffrante.

Au milieu de drapeaux bigarrés et de banderoles demandant l’arrêt de la violence, une foule de plus en plus nombreuse écoute dans la dignité une jeune femme rappeler le climat de violence dans lequel vivent les chrétiens d’Irak. Puis, pendant que nous faisons silence, elle lit le nom de chacune des 53 victimes de la tuerie de Bagdad, dans l’Eglise Syriaque Catholique Al-Najat de Bagdad. Pour chaque nom prononcé, une rose est lancée dans la Seine.

Personne ne parle. Recueillement parfait.

La foule se met ensuite en mouvement en direction du Trocadéro, sans prêter attention à la pluie qui tombe par moment.

Un long cortège où les jeunes, nombreux, scandent des slogans qui, tous, demandent l’arrêt de la violence :

« Justice, paix et protection, oui !   Non, non, non à l’extermination ! » Ou « Irak, Irak, Irak, arrêtez le massacre !  Justice, justice, pour les chrétiens d’Irak ! » Ou encore « La valise, le cercueil, ils disent non ! Justice, paix et protection, ils disent oui ! »

Le nombre des manifestants a considérablement grossi à l’arrivée au Trocadéro.

 

 

Ce qu’il est important de souligner, c’est la dignité dans laquelle s’est déroulée cet événement, et l’absence totale de tout slogan contre l’islam. Au contraire, les deux orateurs qui prirent la parole soulignèrent que de nombreux imams vinrent témoigner leur solidarité aux chrétiens de Bagdad, au lendemain de la tuerie du 31 octobre.

De nombreux sites présentent la situation des chrétiens d’Orient (car l’Irak n’est pas le seul pays où souffrent les chrétiens pour le seul motif de leur foi). Notamment Aide à l’Eglise en Détresse, Alléluia France ou encore l’ Œuvre d’Orient,

Si vous souhaitez apporter votre soutien aux Chrétiens d’Irak, vous pouvez participer à l’opération « 1000 lettres pour nos frères d’Orient » (cliquez sur le lien pour tout savoir).

Aide à l’Eglise en Détresse propose L’OPERATION SIMON DE CYRENE, une action à la fois très originale et très belle : faire jeûne et pénitence pour « porter » un prêtre. Plus ce 11.500 personnes s’y sont déjà engagées.

Si la lettre des petites sœurs de Jésus à Bagdad ne vous a pas déjà été envoyées par des amis, vous la trouverez ci-dessous. Lisez-la. Ne serait-ce que par respect pour celles et ceux, de tous âges, qui ont trouvé la mort le 31 octobre à Bagdad, du seul fait de leur foi en Jésus Christ.

Et ensuite, pensons à l’Eglise d’Orient, nous qui avons dans notre pays la  liberté de croire avec la religion de notre choix, ou de ne pas croire.

LETTRE DES PETITES SŒURS DE JESUS A BAGDAD

Chers frères et sœurs de partout,

Nous voulons commencer cette lettre par vous remercier de tous les messages de communion et de solidarité que nous avons reçus. Il y a beaucoup de catastrophes naturelles en ce moment dans le monde qui font des victimes bien plus nombreuses que chez nous, mais la cause n’en est pas la haine, c’est ce qui fait toute la différence.

Notre église est habituée aux coups durs, mais c’est la 1ere fois que c’est aussi violent et sauvage et surtout la 1ere fois que cela se passé a l’intérieur de l’église, d’habitude ils font exploser des bombes dans la cour des églises. L’église Notre Dame du Salut est une des 3 églises syriaques catholiques de

Bagdad, la plupart des gens qui la fréquentent sont des chrétiens de rite syriaque originaires de Mossoul ou des 3 villages chrétiens syriaques proches de Mossoul : Qaraqosh dont sont originaires nos ps. Virgin Hanan et Rajah Nour, Bartolla et Bashiqa dont est originaire ps. Mariam Farah. Grâces à Dieu aucune d’elles n’a eu de parents proches tués ou blessés gravement.

L’église a été prise d’assaut le Dimanche 31 Octobre après midi, juste après le sermon du Père Tha’er qui célébrait la messe. Le père Wasim, qui est le fils d’une cousine de ps. Lamia, confessait au fond de l’église près de la porte d’entrée, le père Raphael était dans le chœur. Les attaquants étaient de très jeunes gens (14-15 ans) non masqués, armés de mitraillettes, de grenades et ils portaient une ceinture explosive. Ils ont tout de suite ouvert le feu, tuant le père Wasim qui tentait de fermer la porte de l’église, puis ils ont tire aveuglement après avoir ordonne aux gens de se jeter a terre, de ne plus bouger et de ne pas crier. Certaines ont réussi a envoyer des messages par téléphone portable pour donner l’alerte, mais après les assaillants tiraient sur toute personne qu’ils voyaient utiliser son portable. Le père Tha’er qui continuait à célébrer a été tue à l’autel dans ses habits sacerdotaux, son frère et sa mère ont été tués également.

Après, cela a été le massacre, nous ne pouvons pas raconter tout ce que les gens nous ont dit, même les enfants qui criaient étaient tués. Certaines personnes s’étaient réfugiées dans la sacristie en barricadant la porte, mais ils sont montes sur la terrasse de l’église et ont jeté des grenades par les fenêtres de la sacristie qui sont en hauteur.

Tout ceci laisse penser que c’était une attaque bien préparée et qu’ils avaient eu de l’aide a l’extérieur, comment ont-ils pu forcer le barrage de police(dans la rue qui va a l’église) et connaître le chemin de la terrasse etc..? Ils ont mitraillé également les appareils d’air conditionné pour que le gaz en s’échappant asphyxie les gens qui étaient proches.

Ils ont mitraille la Croix en se moquant et en disant aux gens : “ dites lui de vous sauver “, ils ont aussi prié l’appel à la prière : Allah akbar, la ilah illallah… Et a la fin quand l’armée a été sur le point d’entrer, ils se sont faits exploser. L’armée et les secours ont mis presque 2 heures à arriver, ainsi que les américains qui survolaient en hélicoptère, mais l’armée n’est pas entraînée à gérer ce genre de situation et ils ne savaient pas bien quoi faire. Pourquoi ont-ils mis si longtemps à arriver?

Tout s’est termine vers 10 h 30- 11h du soir, cela a duré très longtemps et nous pensons que beaucoup de personnes sont mortes suite a l’hémorragie de leurs blessures.

Après, les blesses ont été emmenés dans différents hôpitaux et les morts a la morgue. Les gens ont commence à arriver pour savoir ce qui s’était passé et prendre des nouvelles de leurs proches, mais l’église était interdite d’accès et les gens ont commencé a aller d’hôpital en hôpital à la recherche de leurs proches, nous avons vu des gens qui ont cherché leur proche jusqu’à 4 h du matin pour finalement le découvrir à la morgue.

Le lendemain ont eu lieu les obsèques dans l’église chaldéenne voisine, l’église était bondée, c’était très impressionnant, il y avait 15 cercueils alignés dans le chœur, les autres victimes ont été enterrées dans leur village ou séparément, selon les cas. Des représentants de toutes les communautés chrétiennes ainsi que du gouvernement étaient là, notre patriarche a parlé ainsi que le porte-parole du gouvernement et un religieux, chef d’un parti islamique ( Moammar el Hakim). La prière a eu lieu dans une grande dignité et sans manifestations bruyantes. Le père Saad, responsable de cette église avait aidé les gens à prier à mesure qu’ils arrivaient, avant que ne commence la cérémonie. Les 2 jeunes prêtres ont été enterrés dans leur église dévastée, il y a un cimetière sous l’église, avant d’être enterrés on a fait entrer les cercueils dans l’église pour qu’ils lui fassent leurs adieux.

Au début, nous ne savions rien des victimes, nous ne connaissions personne directement, sauf le père Raphaël, prêtre très âgé, nous sommes allées à cet hôpital pour le visiter et visiter les blessés qui y étaient. Ce sont les familles qui nous conduisaient de chambre en chambre ainsi que les cadres de l’hôpital qui nous indiquaient les blessés. Par hasard tous étaient des femmes ou des jeunes filles, toutes blessées par balle, ce n’est pas comme dans une explosion ou on peut se faire arracher un bras ou une jambe. Nous sommes restées à côté d’eux sans parler beaucoup, c’était eux qui parlaient ou leur famille, chacun revivait son histoire en nous la racontant. Comme l’attaque a eu lieu un Dimanche à la messe, des membres d’une même famille ont été tués ou blessés, certains en protégeant leurs enfants.

Nous avons été frappés par leur calme et leur foi quand ils racontaient, nous sentions que c’était des gens revenus d’un autre monde et qu’à ce moment là, plus rien ne comptait que la rencontre proche avec le Seigneur, ils ne pensaient plus à rien et priaient seulement, et cela a duré 5 heures…

Le Vendredi après midi les jeunes de plusieurs paroisses sont venus pour aider à déblayer et nettoyer un peu, et le Dimanche suivant le 7 Novembre tous les prêtres syriens et chaldéens de Bagdad qui étaient libres ont célébré la messe dans cette église vide et dévastée sur une table de fortune, il y avait peu de monde car cette messe n’avait pas été annoncée, nous n’y sommes pas allées car nous ne l’avons pas su, c’était très émouvant.

Il y a un sursaut de foi et de détermination surtout chez les prêtres restant à Bagdad qui disent : ils veulent nous chasser et nous exterminer mais nous sommes là et nous resterons, depuis 14 siècles vous n’avez pas pu en finir avec nous. L’histoire des chrétiens d’Iraq est une longue histoire de persécutions, de martyrs, de chrétiens chassés et déplacés.

Nous pensons à la phrase du psaume 69 : « Plus nombreux que les cheveux de la tête, ceux qui me haïssent sans cause » et nous pensons surtout à Jésus, haï sans raison, alors qu’il passait en faisant le bien.

Nous terminons cette lettre avec le cri d’un enfant de 3 ans qui a vu tuer son père et qui criait : « çà suffit, çà suffit », avant d’être tué lui aussi ; oui vraiment avec notre peuple, nous crions aussi : çà suffit.

Vos petites sœurs de Bagdad,

Alice et Martine.

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