Charles de Gaulle Etoile – Chapitre 3

.

– III –

 

Ferdinand-Georges et ses souvenirs de jeunesse

.

Quand il fait froid, Ferdinand-Georges se terre dans les couloirs du métro. Il y a presque ses aises depuis le temps qu’il fréquente assidûment les stations. Il connaît les gens qui passent, ceux qui donnent volontiers une pièce, ceux qui détournent le regard pour ne pas voir la sollicitation et moins encore le solliciteur, ceux qui vous marcheraient dessus avec assurance, les flâneurs, les éternels pressés enfin, qui courent après le métro de retard qu’ils ne rattraperont jamais.

Il est vrai que Ferdinand-Georges n’inspire pas confiance. En le croisant, on se demande s’il ne va pas crier quelque insanité, voire piquer une grosse colère d’ivrogne.

Car Ferdinand-Georges boit. Le malheureux sait bien qu’il ne faudrait pas, que tout cet alcool qu’il ingurgite, s’il réchauffe son corps, le détruit peu à peu. Ça oui, il le sait, il s’en souvient. Enfant, il l’entendait souvent. Mais où ?

Ferdinand-Georges ne se rappelle pas bien les années de son enfance. Quelque part, il y a bien des petits bouts de souvenirs qui lui reviennent en mémoire. Mais l’alcool détruit tout. Oh! oui il le sait, Ferdinand-Georges, qu’il ne devrait pas tant boire. On le lui a dit. Mais qui et pourquoi ? Mystère ! Sa mémoire glisse dans les vapeurs alcoolisées de son cerveau.

Ferdinand-Georges connaît toutes les stations de Paris. Lorsque la Ratp prolonge une ligne, il se précipite pour voir le nouveau terminus. Il s’y rend avec des amis : la vie est meilleure à plusieurs. Ensemble, ils tâtent tous les bancs…quand il y en a… mais à présent on fait des bancs qui n’en sont pas. Allez donc vous étendre quand les baquets des sièges sont éloignés les uns des autres. C’est à croire qu’ils le font exprès, les ingénieurs de la Ratp qui aménagent les stations. Ah ils n’ont pas de problème pour dormir, eux. Ils peuvent bien dessiner des sièges modernes, et tout et tout, la nuit ils trouvent un lit douillet. Ils devraient quand même penser à ceux qui vivent à la cloche de bois, bon sang. C’est vrai, c’est un truc qui met Ferdinand-Georges hors de lui chaque fois qu’il y pense. Non mais alors…

Et quand il se fâche, Ferdinand-Georges, les mots dépassent sa pensée. Enfin, sa pensée… A ces moments-là, pour être précis, Ferdinand-Georges ne pense pas. Il râle. Malheur à celui qui le croise. Et si ce n’est pas un “celui” mais une “celle”, alors là, on peut la plaindre, la pauvre femme. Ferdinand-Georges devient tout rouge, on le devine malgré la barbe qui a envahi ses joues il y a belle lurette et contre laquelle toute tentative de débroussaillage serait vaine. Il devient donc tout rouge, peste, siffle, jure, crache, gesticule à croire qu’il va tout démolir.

Qu’un agent vienne à passer et il est bon pour l’embarquement, notre ami. L’agent se précipite pour demander du renfort, bientôt trois hommes encadrent l’énergumène et le coffrent dans un panier à salade pour l’emmener au poste.

Il faut voir le scandale qu’il fait une fois arrivé… Le grand jeu. Les agents de police, ça les amuserait plutôt. Mais le gradé de service n’apprécie jamais. La plupart du temps il commence par écouter l’ivrogne, puis ses sourcils se rapprochent, ses mains se posent sur le bureau métallique, il se lève et se met à crier à son tour.

Ferdinand-Georges, qui inspire la crainte partout où il passe, n’a pas l’habitude de se faire reprendre, si ce n’est au poste de police. Médusé, il lève les yeux vers le gradé qui vitupère à présent. Le clochard cherche ses mots, bafouille et finit par se taire.

En général le policier dit alors “Ha ! C’est pas trop tôt. J’veux plus entendre ta grande gueule ! Pigé ? ”

Il passe la nuit au poste sans dormir car la présence des autres prévenus l’indispose, lui qui a l’habitude de choisir ses amis et qui, là, serre très fort contre lui les trois euros qu’il possède, de peur que, s’il s’endormait, quelqu’un ne vînt les lui voler. Alors il ne dort pas. Il fixe la veilleuse, écoute les ronflements des autres, se dit “Tas d’hypocrites, vous faites semblant de dormir pour me tromper, et si je ferme un œil vous vous précipiterez sur moi.”

Le lendemain matin lorsque le gardien de la paix ouvre la porte, Ferdinand-Georges ne demande pas son reste et file vers la station la plus proche pour retrouver son monde.

Les jours de froidure, Ferdinand-Georges hante les couloirs du métro. Mais lorsqu’il fait chaud il adore vagabonder le long de la Seine. Evidemment ça peut ne pas être du goût de tout le monde car notre ami déteste l’eau. C’est un vieux réflexe, quelque chose qui ne se commande pas. Ni eau pour se laver, ni eau pour boire. “Et le vin, dit-il à ses amis, rigolard, le vin, c’est trop cher pour se laver avec.”

Donc, l’été, Ferdinand-Georges est quelqu’un… que l’on évite. Un grand détour. Question de parfum.

Parfois il s’interroge : “Quand même, comment se fait-il que j’aie une telle aversion pour l’eau ?” Lorsqu’il se dit ça, il se surprend à utiliser dans sa tête des mots qu’il trouve bien chics. Il a dû être chic, dans le temps, Ferdinand-Georges. Alors comment se fait-il qu’aujourd’hui…

A ces moments d’éveil, des bribes de souvenirs lui reviennent. Une femme qui se penche sur lui et caresse ses joues. Un visage souriant. Il se sent tout mou, tout fondu, plus rien à voir avec le Ferdinand-Georges vitupérant qu’il est la plupart du temps. Plus rien du tout. A ces moments-là il aimerait presque le monde. Tiens, s’il lui restait un petit fond dans sa bouteille – mais elle est vide – il en proposerait au premier passant venu.

Un visage, un visage et une voix. Ferdinand-Georges a chaud, il est bien, il est dans un bain, enfant, quelque part très loin dans le temps, dans l’espace. Une voix de femme lui parle. Puis tout se brouille. Alors Ferdinand-Georges pleure. Il verse des larmes sur il ne sait trop qui, il ne sait trop quoi. Peut-être sur lui, peut-être sur la laideur de la vie qui vous joue des chienneries de tours, peut-être sur autre chose. Il ne sait pas.

Au printemps, il entraîne Michel, son vieux copain. Soixante ans de dérive à eux deux. Ils vont aux alentours du jardin du Luxembourg. Et là, dès qu’ils voient les gardes en uniforme, ils les appellent et leur font un fier bras d’honneur. Fier parce que lointain, car ils n’oseraient le faire trop près. On ne sait jamais.

Heureux comme des gamins ils prennent la fuite en courant. Mais pas trop longtemps car ils manquent de souffle. Ils s’arrêtent au premier croisement, se cachent une minute puis reviennent lentement sur leurs pas pour voir si on les a suivis, ce qui ne se produit jamais.

– Tu vois, Michel, on court mieux qu’eux.

Parfois cette prouesse imaginaire leur donne l’idée de faire du jogging.

– Tu te rends compte, Michel, si on avait de l’entraînement, tout ce qu’on pourrait faire ?

– Oui mais pour le jogging on n’a pas la tenue qu’il faut.

– T’as raison. C’est surtout les souliers…

Ferdinand-Georges regarde alors ses vieux croquenots, remue les orteils, et conclut la conversation d’un puissant “C’est con !” avec un accent de philosophe.

.

(à suivre…)

.

 Pour retrouver les autres chapitres :

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Charles de Gaulle Etoile – Chapitre 2

.

– II –

La naissance de Wenceslaz

.

.

Mais revenons à cet hiver qui avait pris ses quartiers de si bonne heure cette année-là. Ça ne faisait pas les affaires de Vanoucha qui attendait un enfant pour décembre. Le médecin militaire avait été formel : la future mère ne devait prendre froid sous aucun prétexte. Vanoucha se désespérait de devoir rester de longs mois à l’abri du modeste logement, adulée par son colonel de mari et chouchoutée par Babouchka.

J’existe, tout de même, pensait-elle, je suis une femme. Et même… une femme jolie. Ce doit être vrai puisque Boris ne cesse de me le murmurer lorsque nous sommes seuls (mais c’est si rare… soupirs de la belle jeune Vanoucha…) Pourquoi faut-il que ce grand bêta de Fédor ne demande mon avis que pour ce qui concerne son détachement militaire mais jamais pour les grandes décisions de notre vie ? Et pourquoi Babouchka passe-t-elle son temps à me susurrer à l’oreille des choses sucrées comme si j’avais quatre ans, à poser un châle sur mes épaules au moindre courant d’air, à me mettre en garde contre Boris (mais il n’a jamais rien avoué, Boris, et je le vois si peu… nouveaux soupirs…)

Docile cependant, Vanoucha obéissait au médecin militaire et ne sortait pas. Les jours se succédaient et se ressemblaient beaucoup. Le froid avait pris possession de la région. Un froid intense qui s’engouffrait dans les moindres fentes, trouvait un chemin pour pénétrer dans les pièces et vous gelait les pieds si vous ne preniez pas la précaution de mettre doubles chaussettes.

Eperdument amoureux de sa ravissante épouse, Fédor veillait à ce que le poêle ne manquât jamais de bois et obligeait la belle Vanoucha à rester bien au chaud jusqu’à l’arrivée du petit. Et là il ferait chauffer plus encore car il n’était pas question, n’est-ce pas, que le nourrisson risquât de s’enrhumer.

Quand décembre pointa son museau de glace, le colonel dut restreindre le nombre de sorties de ses hommes car le vent devenait trop violent. Piotr avait manqué de revenir avec une oreille gelée, ce qui avait vivement impressionné Fédor Balgarine. Et lorsque Boris, le beau Boris aux yeux si bleus, avait perdu connaissance une nuit de tourmente alors qu’il faisait le guet, Vanoucha avait pleuré abondamment et le colonel avait décidé de faire rentre tout le monde.

– Mais Vanoucha, avait-il tenté de dire, pensez au danger que nous allons courir si tout le détachement abandonne son poste.

– Fédor Balgarine, mon bon ami, nous ne sommes plus en guerre. Croyez-vous que votre ennemi serait assez fou pour mourir de froid en tentant de s’introduire de ce côté-ci de la frontière ?

Le bouillant colonel, apitoyé par les arguments de Vanoucha, avait donné l’ordre de récupérer tout le monde et de servir double ration de vodka. Quant à Boris qui avait perdu connaissance, le beau Boris secrètement cher au cœur de Vanoucha, il avait eu droit à une soupe chaude à la table du colonel, servie par la belle jeune femme en personne.

Belle jeune femme qui s’arrondissait. La naissance approchait à présent et les formes de Vanoucha devenaient vraiment très généreuses.

– Madame la colonel, vous allez avoir un bel enfant !” s’exclama le jeune Boris qui reprenait des forces à la vue des sourire de Vanoucha. Et Fédor, à table lui aussi, regardait la scène en se disant “Cette Vanoucha, tout de même, quelle compassion pour mes hommes. Comme elle est bonne !”

De son côté, dans le cœur de Babouchka, ça faisait toc, et toc et encore toc car la vieille femme savait très bien ce que pensait chacun : Fédor se doutait que Vanoucha trouvait Boris à son goût, Boris éprouvait des sentiments très forts pour la colonel, et cette dernière n’était pas insensible au bleu si bleu des beaux yeux du jeune soldat mais elle redoutait la colère de son mari.

Babouchka craignait qu’une étincelle de vérité ne vînt un jour mettre le feu aux poudres.

Le temps de la délivrance approchait. Le colonel, n’ayant aucune confiance dans la capacité de Babouchka à mettre son fils au monde, car il ne doutait pas un seul instant que ce serait un garçon, annonça qu’il ferait venir une sage-femme. Une naissance dans un avant-poste, ça ne s’était jamais vu. Et ça serait bien la première fois qu’une sage-femme viendrait si près de la frontière.

Le petit remuait beaucoup, donnait force coups de pieds pour la plus grande joie de sa mère et celle de Fédor qui posait la main sur le ventre de son épouse et souriait béatement à chaque petit mouvement.

Un soir, Babouchka s’approcha de sa fille qui ne se levait plus depuis plusieurs jours. Elle la regarda fixement, prit son élan et lui dit : “Vanoucha, si c’est un garçon, vu que nous sommes bientôt fin décembre, il faudra l’appeler IESUS.”

Vanoucha ouvrit des yeux affolés, attira brutalement sa mère contre elle, pressa ses lèvres sur les lèvres de la vieille femme en pensant très fort pour qu’elle comprenne : “Tais-toi, ma Babouchka, tais-toi. Tu veux ma mort à parler ainsi ? Tu sais bien que Fédor est bon, malgré ses airs de soldat bourru, mais qu’il ne supporte pas que l’on parle de Dieu. Et tu viens me dire d’appeler mon fils Iésus. C’est fou, Babouchka, c’est fou. Je t’en prie, arrête.”

La Babouchka comprit. Mais Fédor, plus malin qu’on ne le pensait, avait deviné.

Le chef de l’avant-poste devint tout rouge. Puis tout blanc. Puis tout rouge à nouveau. Ses yeux se mirent à rouler de façon effroyable et il allait exploser dans une épouvantable colère de colonel de 1ère classe de l’Armée Rouge lorsque Vanoucha, mine de rien, sans le regarder, l’air le plus tranquille du monde, les yeux tournés vers le plafond, dit de sa belle voix, celle qu’elle prenait lorsqu’elle se voulait enjôleuse: “On l’appellera Wenceslaz, comme feu Papa.”

Ces mots prononcés ingénument eurent le don de casser net la violence verbale de Fédor qui sûrement eût été effroyable. Sa colère se bloqua dans sa gorge, elle se mit à lui tourner dans la tête, lui faisant rouler les yeux de plus en plus vite sous ses sourcils épais qui se fronçaient sur son nez. Il remua les oreilles, souffla par petits coups bruyants, toussa, éternua, pleura, bref Fédor fut une tempête à lui tout seul, mais une tempête intérieure.

Quand le colonel enfin se fut calmé, Vanoucha reprit à voix toute basse : “Wenceslaz, c’est joli Wenceslaz.” Puis elle s’endormit.

Le 25 décembre au matin, le petit Wenceslaz vint au monde sous les encouragements d’une énorme sage-femme que Fédor était allé chercher dans le premier bourg des environs, et sous le regard attendri de la vieille Babouchka, le tout accompagné par les gémissements de Vanoucha et les bruyants soupirs de Fédor Balgarine, interdit de séjour, qui faisait les cent pas dans le couloir, de l’autre côté de la cloison.

Deux fées, invisibles, se tenaient au chevet du berceau dans lequel on venait de poser le nourrisson. La fée de la musique et la fée du violon qui passaient par là et qui, devinant les préparatifs d’une naissance, avaient décidé de faire un don au petit. Las ! Il fallut, pas de chance, que la fée du violon glissât sur la glace qui recouvrait l’Amour et se blessât l’index, ce doigt si beau, si important, juste le doigt qu’il ne fallait pas car c’est lui qui transmet les dons.

Le pauvre Wenceslaz reçut une sorte de don inachevé qui devait faire de lui un fou de musique, un improvisateur génial, mais ses doigts, toujours, le trahiraient au moment où il atteindrait presque la perfection du jeu.

.

à suivre…

 Pour retrouver les autres chapitres :

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Interview exclusive des Santons de Noël !

Une occasion unique de parler avec les Santons de nos crèches !

Leur présence dans nos églises, en cette période de l’année, était une occasion unique d’aller à la rencontre des fameux  Santons de Noël.

A la fin de cet article-interview, vous pourrez cliquer sur un lien qui vous permettra de les voir dans leur rôle de santons, in situ, dans les crèches.

Le Blog : Merci de nous recevoir et de nous accorder cette interview exclusive.

Santon Joseph : En général, nous sommes plutôt de naturel timide. Mais aujourd’hui, nous voulons témoigner. Parce que chaque année, voyez-vous, les gens oublient un peu plus le sens de Noël. Beaucoup pensent d’abord à la fête. Comme ça.

Le Blog : Ah bon ? Pourtant, tout le monde sait bien que Noël, c’est la naissance de Jésus.

Santon Joseph : Eh bien, allez poser la question dans la rue, Monsieur, vous ne serez pas déçu ! C’est plutôt du genre gros business. Alors nous, les santons, nous essayons de rappeler le sens de cet événement exceptionnel en revenant chaque année dans une crèche.

Le Blog : On dit beaucoup de choses mais une crèche, en fait, c’est quoi, exactement ?

Santon Joseph : C’est une mangeoire, tout simplement, là où Marie a couché l’enfant après la naissance. Puis, avec le temps, le mot crèche a fini par désigner l’abri dans lequel nous nous sommes réfugiés, et tous les personnages avec nous.

Le Blog : Vous dites « nous », comme si c’était vous qui aviez vécu l’événement.

Santon Joseph : Evidemment ! Cela fait si longtemps que nous représentons Marie, Jésus et Joseph, qu’à force on finit par se prendre pour eux. C’est même un grand honneur et nous en sommes très fiers.

Le Blog : Oui, je comprends. Donc vous êtes arrivés en même temps qu’eux à Bethléem, un 25 décembre, juste pour la naissance ?

Santon Joseph : Pas du tout ! D’ailleurs, on pense aujourd’hui que Jésus est né entre 4 et 6 ans avant notre ère. En clair, on pourrait dire (le santon s’est mis à sourire) que Jésus-Christ est né… 4 ou 6 ans avant Jésus-Christ.

Le Blog : Evidemment, dit comme ça… Et la première crèche, alors, elle remonte à quand ?

Santon Joseph : C’est François d’Assise qui en a eu l’idée, en 1223. Il  l’a représentée à Greccio, en Italie, avec de vrais personnages et de vrais animaux, pour une messe de Noël célébrée dans une vraie grotte. Mais les crèches avec des santons comme nous, remontent au XVIème siècle seulement. Il faut reconnaître qu’un bœuf et un âne dans une église, ce n’est pas vraiment pratique. (Les deux santons bœuf et âne ont réprimé un fou rire en étendant les paroles de Joseph.)

Le Blog : Puisqu’on parle d’eux, justement, Luc n’y fait pas allusion dans son Evangile.

Santon Joseph : Vous avez raison. Mais on en parle dans l’évangile du pseudo-Matthieu.

Le Blog : Pseudo-Matthieu ? Jamais entendu parler !

Santon Joseph : C’est normal, il s’agit d’un évangile apocryphe que l’Eglise n’a pas reconnu. Mais Isaïe, lui, vous connaissez ?

Le Blog : Bien sûr !

Santon Joseph : Eh bien, si vous le relisez, vous trouverez ces mots : « Le bœuf a connu son maître et l’âne la crèche son maître. » (Is 1, 3)

Le Blog : Sans vouloir être indiscret, je reviens sur votre abri. Ce n’est pas trop rude ? Vous n’auriez pas préféré une chambre dans une auberge ?

Santon Marie (parlant pour la première fois) : Peut-être, pour le confort. Mais si le petit était né à l’auberge, jamais on n’aurait reçu la visite des bergers. Regardez comme ils sont nombreux, et joyeux !

En effet, un grand nombre de bergers, venus avec leurs moutons et leurs brebis, entouraient la crèche et, les yeux extasiés, contemplaient Jésus en silence.

Santon Joseph : Et le petit, Marie m’a expliqué qu’il est venu pour ça, voir les gens…

Santon Marie : Pas uniquement les voir, Joseph. Les voir, oui, mais surtout les aimer. Ah, si tous les gens qui font la fête à Noël savaient à quel point mon fils est venu les aimer, ça changerait bien des choses !

Le Blog : Puisque vous savez tant de choses, puis-je vous demander d’où vient le fameux arbre de Noël qu’on voit un peu partout. Il n’a pas de sens religieux, tout de même ?

Un Santon Berger (qui essayait de prendre la parole depuis un bon moment) : Eh bien, figurez-vous que cet arbre symbolise à la fois le Paradis et la Lumière dans les ténèbres !

Le Blog : Pas possible ?!

Le Santon Berger : Comme je vous le dis ! Autrefois, souvenez-vous, on représentait des Mystères, sur le parvis des églises. Le plus célèbre d’entre eux parlait du Paradis, on l’appelait Le Mystère du Paradis. Et pour incarner le Paradis, on mettait un sapin parce qu’il reste toujours vert et ne perd pas ses feuilles, lui, contrairement aux autres arbres.

Le Blog : En quelque sorte c’était l’arbre éternel ?

Le Santon Berger : Exactement. Et pour faire plus vrai, un accrochait aux branches des pommes rouges pour rappeler…

Le Blog : … ça, je sais : le fruit qu’Adam et Eve ont cueilli, malgré la recommandation de Dieu.

Le Santon Berger : C’est tout à fait ça. Depuis, on l’a orné de guirlandes et d’autres décorations à l’éclat peut-être trop ravageur.

Joseph, qui écoutait sans rien dire, a hoché la tête en acquiesçant.

J’avais encore mille et une autres questions à poser, mais Marie a repris la parole : « Excusez-nous, il y a de la visite. » En effet, une famille s’approchait de la crèche pour prier. Aussi ai-je remercié les santons et laissé la place à ces nouveaux visiteurs que l’enfant accueillit avec un grand sourire. Au loin, on pouvait deviner les rois-mages, la tête tournée vers le ciel. Ils suivaient des yeux une étoile brillante qui les conduisait vers la crèche.

A vous qui avez lu ces lignes et allez voir les crèches, JOYEUX NOËL, avec Joie, Espérance et Paix !

Pour découvrir à présent les santons dans leurs crèches, il suffit de Cliquer  ICI, et… bon voyage !

Interview exclusive

Photos  ©  Jean-Michel Touche

PUZZLE DE NOËL

Invitation à reconstruire la Crèche du Désert.

Pour vous accompagner en ce temps de l’Avent, le Blog des Messagers vous propose de reconstruire la Crèche du Désert, accidentellement éparpillée.

Cette belle Crèche se trouve à Notre-Dame de Grâce de Passy (rue de l’Annonciation, à Paris, dans le 16ème arrondissement)

Regardez bien la photo,  puis cliquez sur PUZZLE

Vous allez être transportés vers une page sur laquelle vous pourrez exercer vos talents de « reconstructeurs de Crèche » et remettre en ordre les pièces dispersées.


Arrivés sur cette page, peut-être serez-vous obligés de cliquer sur « Scatter », en haut à gauche de l’écran, avant d’obtenir les différentes pièces.
Une fois le puzzle terminé, vous verrez apparaître votre score (en minutes et secondes). Indiquez-le dans le sondage ci-dessous (rien ne vous interdit de vous entraîner avant de marquer votre meilleur temps.)
Si vous n’êtes pas le meilleur,  rappelez vous ce que disait Pierre de Coubertin à propos de l’essentiel qui n’est pas de gagner mais de participer.

Faites connaître ce jeu autour de vous : plus nous serons nombreux à faire ce puzzle, plus nous serons nombreux à contempler le Sauveur du Monde !