UNE MAGNIFIQUE HUMILITE !

La prière que vous allez découvrir ci-dessous est splendide d’ humilité, d’objectivité et de vérité.

Je vous laisse lire…

Seigneur, Tu sais mieux que moi que je vieillis,
qu’un jour je ferai partie des « vieux ».
Garde-moi de cette fatale habitude
de croire que je dois dire quelque chose
à propose de tout et en toutes occasions.

Débarrasse-moi du désir obsédant
de mettre en ordre les affaires des autres.
Rends-moi réfléchie mais non maussade,
serviable mais non autoritaire.
Il me paraît dommage de ne pas utiliser
toute ma vraie réserve de sagesse,
mais Tu sais, Seigneur…
que je voudrais garder quelques amis.

Retiens-moi de réciter sans fin des détails,
Donne-moi des ailes pour parvenir au but.
Scelle mes lèvres sur mes maux et douleurs,
bien qu’ils augmentent sans cesse
et qu’il soit de plus en plus doux
au fil des ans, de les énumérer.

Je n’ose pas te demander d’aller
jusqu’à prendre goût
au récit des douleurs des autres,
mais aide-moi à les supporter avec patience.
Je n’ose pas te réclamer une meilleure mémoire,
mais donne-moi une humilité grandissante
et moins d’outrecuidance
lorsque ma mémoire se heurte à celle des autres.

Apprends-moi la glorieuse leçon
qu’il peut m’arriver de me tromper.
Garde-moi.
Je n’ai pas tellement envie de la sainteté :
Certains saints sont si difficiles à vivre !
Mais une vieille personne amère
est assurément l’une des inventions suprêmes du diable.

Rends-moi capable de voir ce qu’il y a de bon
là où on ne s’y attendait pas
et de reconnaître les talents
chez des gens où on n’en voyait pas.

Et donne-moi la grâce pour le leur dire…
Amen !

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Prière écrite par une religieuse anglaise
du XVIIème siècle, et trouvée à la cathédrale de Canterbury.

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JOYEUSE FÊTE DE LA PENTECÔTE

Lorsqu’arriva la Fête de la Pentecôte, ils étaient tous réunis.
Un bruit soudain se fit entendre dans le ciel, comme une violente rafale.

Ils virent comme un feu qui se divisait, et sur chacun d’eux se posait une des langues de ce feu.
Tous furent remplis de l’Esprit Saint
et ils se mirent à parler en d’autres langues
dans lesquelles l’Esprit Saint leur donnait de s’exprimer.

Ils étaient tous stupéfaits
et se demandaient les uns les autres
ce que cela signifiait.

(Extrait Actes, chapitre 2)

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Photos © Jean-Michel Touche

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Deux textes sur Saint Benoît-Joseph Labre

 Saint Benoît-Joseph Labre

1 – Texte de Gaëtan de Salvatore

          Né le 26 mars 1748, Benoît-Joseph Labre est l’aîné des quinze enfants d’un couple de paysans aisés d’Amettes (Pas-de-Calais). Après avoir fréquenté l’école de son village, il complète son instruction auprès d’un de ses oncles paternels, curé d’Erin. Attiré par la prière et le recueillement, il veut d’abord devenir trappiste, mais devant l’opposition de sa famille, il y renonce et entre chez les Chartreux du Val-Sainte-Aldegonde. Cependant, les Chartreux le jugent trop austère et sujet aux angoisses et ne le gardent pas ; il essaie alors, mais sans plus de succés, la chartreuse de Neuville-sous-Montreuil (Pas de Calais), puis  la Grande Trappe de Soligny (Orne), et c’est finalement à l’abbaye de Sept-Fons (Allier) qu’il reçoit l’habit le 11 novembre 1769 et prend le nom de frère Urbain. Il côtoie les pauvres, les marginaux et rejette toute compassion vis-à-vis de lui-même. Portant une croix sur sa poitrine, un chapelet autour du cou et, dans son baluchon,  l’Evangile, le bréviaire, l’Imitation de Jésus-Christ et la Règle de saint Benoît, ce jeune pèlerin d’une grande austérité déroute les hommes d’Eglise qu’il rencontre.

Le 3 décembre 1770, Benoît arrive à Rome, visite chaque église. Il dort dans une infractuosité du Colisée. Distribuant le pain reçu à ceux qu’il estime plus pauvres que lui, il demeure à Rome jusqu’en 1771, puis se rend au sanctuaire marial de Lorette où on le découvre absorbé dans la prière, indifférent à la foule qui l’approche. Voyageant de basiliques en églises, il s’arrête à Naples, puis à Bari. Au Mont Cassin, Benoît retrouve les traces de son saint patron et il prie saint François à Assise. Il découvre la Suisse et ses sanctuaires, revient en France, part en Allemagne, à Compostelle et s’arrête de nouveau à Lorette, où il séjournera onze fois, après avoir parcouru bien d’autres pays encore, l’Autriche et la Pologne notamment.

À 28 ans, il rencontre le père Temple qui, pour l’éprouver, l’interroge sur les vérités de la foi et les enseignements de l’Église. Après de longs entretiens, le prêtre reconnaît la profondeur de la foi de Benoît. Il écrit à son sujet : « Benoît-Joseph vit en continuelle union avec Dieu et demeure en Sa présence ».

Il meurt le 16 avril 1783 à Rome, à l’âge de trente-cinq ans. Béatifié par Pie IX en 1860, il est canonisé par Léon XIII le 8 décembre 1881. C’est le patron des vagabonds, des mendiants, des sans-logis, des pèlerins et des personnes inadaptées, mais aussi des célibataires.

Verlaine écrit de lui : « Benoît Labre est une gloire immense du XVIIIe siècle. Quelle pierre d’achoppement pour nos titubantes cervelles d’aujourd’hui ! »

Comme le dit si bien Marie-Thérèse Avon-Soletti : « Dans cette figure de vagabond, les hommes de bonne volonté ont vu le Christ ». Elle ajoute que « Saint Benoît Labre se présente comme le prophète de la dignité de la personne humaine, qu’aucune déchéance humaine, qu’aucune loi humaine, qu’aucune volonté humaine, ne peut entamer. »

 

2 – Texte de Jean, séminariste

Pour lire cette étude, cliquer sur   Patron des SDF Benoît-Jospeh Labre

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CONNAISSEZ-VOUS SAINT BENOÎT-JOSEPH LABRE ?

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Saint Benoit-Joseph Labre est le saint patron des sans-domicile fixe, des pauvres et des exclus. Il a vécu toute sa vie sur les routes ou dans les rues de Rome.
Il a connu les moqueries et le rejet, mais il a toujours gardé un cœur joyeux, tout tourné vers Dieu, en s’occupant des plus pauvres.
Depuis sa mort, il a multiplié les miracles, continuant à venir au secours des pauvres dont il a partagé la vie.

Les plus pauvres ont aujourd’hui un lieu de recueillement et de mémoire des personnes de la rue à Sainte-Marie des Batignolles à Paris dans le 17è arrondissement avec l’intronisation dimanche 7 mai dernier d’une statue de Saint Benoit-Joseph. Cette statue a été réalisée par Daphné, sculpteur et paroissienne de Notre-Dame de Grâce de Passy, à la demande d’une de ses amies qui anime la conférence Saint-Vincent de Paul à Sainte-Marie des Batignolles.

Saint Benoit-Joseph nous laisse une belle prière “des trois coeurs”

 

Mon Dieu, accordez-moi,
pour Vous aimer,
trois cœurs en un seul.

Le premier, pour Vous,
pur et ardent comme une flamme,
me tenant continuellement en Votre Présence
et me faisant désirer parler de Vous,
agir pour Vous,
et, surtout, accueillir avec patience
les épreuves qu’il me sera donné
de devoir surmonter au cours de ma vie.

Le second, tendre et fraternel envers le prochain,
me portant à étancher sa soif spirituelle
en lui confiant Votre Parole,
en étant Votre témoin
comme en priant pour lui.
Que ce cœur soit bon
pour ceux qui s’éloignent de Vous,
et plus particulièrement encore s’ils me rejettent;
qu’il s’élève vers Vous,
Vous implorant de les éclairer
afin qu’ils parviennent à se libérer des filets du chasseur.
Qu’il soit, enfin, plein de compassion
pour celles et ceux qui ont quitté ce monde
dans l’espérance de Vous voir face à face …

Le troisième, de bronze,
rigoureux pour moi-même,
me rendant vainqueur des pièges de la chair,
me gardera de tout amour-propre,
me délivrera de l’entêtement,
me poussera à l’abstinence
et m’incitera à me défier du péché.
Car je sais que plus je maîtriserai les séductions de la nature,
plus grand sera le bonheur
dont Vous me comblerez dans l’éternité.

 

 

© Texte Florent du Peyroux
© Photos : Mathilde Duthoit

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LA CONFESSION

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PASSAGE D’EPHRATA – Conte de Noël (7ème et dernier épisode)

 

Copyright 2012 JMT

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Paris, le 25 décembre au matin

Le jour se levait et donnait à la ville cet air un peu défraîchi que prend tout petit matin aux yeux des mal-éveillés.

Ils débouchèrent du passage d’Éphrata, sur­pris de retrouver les vitrines encore illuminées, les réverbères enveloppés de brume, les sans-abris couverts de vieux cartons.

Marie, la première, passa la tête, suivie d’Emmanuel qu’elle regardait avec admiration depuis qu’elle avait découvert le sens de son prénom. Le professeur venait ensuite, précé­dant de peu Geneviève et Jean-Baptiste.

– Et Samuel ? s’enquit Jean-Baptiste en re­gardant derrière lui.

– Samuel ? Il est resté là-bas, répondit le professeur.

– Pourquoi ?

– Peut-être sa mission est-elle achevée ? Peut-être même est-elle confiée à quelqu’un d’autre ?

– À qui ça ? s’étonna Jean-Baptiste.

– J’ai mon idée… murmura le professeur.

Un couple, qui avait copieusement fêté Noël, traversa le boulevard entre deux feux. La femme riait aux éclats, faisant des mouli­nets avec son sac. L’homme titubait un peu. Il avait l’alcool triste et pleurait, prononçant des propos incohérents, promettant de ne plus jamais… Et il s’arrêtait net.

– Plus jamais quoi ? interrogeait la femme en riant de plus belle.

– Non, plus jamais !…

° ° ° ° ° ° ° ° ° °

Coup de klaxon furieux. Bruit de freins. Portière qui s’ouvre.

Un homme qui se précipite vers le couple renversé, un hurlement de femme !

Des cris ! En fait, plus de peur que de mal. La voiture ne les a que frôlés.

L’homme et la femme se relevèrent péni­blement, s’appuyant sur Jean-Baptiste et le professeur arrivés en courant.

– Salaud ! hurla l’homme à l’intention du chauffeur. « On vit dans un monde de salauds, mon vieux ! » reprit-il en se cramponnant à Jean-Baptiste. « Tout le monde ment, mon vieux, tout le monde se fout de tout le monde. Mais pourquoi… pourquoi ? Je te demande un peu ! »

C’était un grand type, jeune encore, qui pesait au bras de Jean-Baptiste.

– On nous ment, mon vieux, continua-il en essuyant son manteau de la main pour effacer les traces de sa chute. « Noël ? Je t’en fous, ouais ! On nous promet la fête, le réveillon, le rêve. Mais y a rien, mon vieux après la bouffe, y a rien du tout ! Tu te retrouves tout seul. Une fois que tu as donné ton fric, tu n’intéresses plus personne. »

La femme le rejoignit, fou rire éteint, ma­quillage délavé, regard triste.

– Allez, viens. C’est Noël quand même, non ?

– Non ! C’est fini, Noël ! Il n’y a plus de Noël ! Ça n’a jamais existé, Noël. C’est fini, je te dis.

Jean-Baptiste se mit à rire. « Je crois au contraire que tout commence », confia-t-il à l’oreille de l’homme. « Venez, tous les deux ! »

Impressionnés par son calme, surpris par l’éclat presque lumineux de son sourire, l’hom­me et la femme le suivirent et marchèrent avec lui en direction de la vitrine du magasin puis du passage d’Éphrata.

– Où nous conduis-tu ? interrogea la fem­me.

– Allez, répondit Jean-Baptiste en les invi­tant à pénétrer dans la ruelle étroite. Allez, marchez tout droit et vous découvrirez la révélation de Noël. Quand vous serez parvenus à Ephrata, vous comprendrez tout.

Alors sans se retourner, sans plus rien dire, le couple, et à sa suite un flot de passants sur­gis d’on ne sait où, se mit en marche. Tous s’engagèrent dans le passage étrange au bout duquel un enfant nouveau-né, dans les bras de sa mère, les attendait.

 

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Ainsi s’achève  PASSAGE D’EPHRATA

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© Jean-Michel Touche

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Episode 1
Episode 2
Episode 3
Episode 4
Episode 5v
Episode 6

Pour en savoir davantage sur Noël

 

 

 

 

PASSAGE D’EPHRATA – Conte de Noël (épisode 6)

Copyright 2012 JMT

À grandes enjambées, le professeur qui avait momentanément disparu, revint près d’eux.
– Je viens de parler avec les soldats. Ce sont des Romains, dites donc. Surprenant, hein ? Mais ce qui va vous surprendre davantage, c’est quand vous saurez pourquoi il y a tous ces gens.
– Et pourquoi ? demanda Jean-Baptiste aga­cé, qui faillit ajouter « Monsieur Je-sais-tout. »
– Je vous le donne en mille : c’est un recen­sement.
– Comment ça, un recensement ?
– Un recensement… quand on recense des gens… expliqua le professeur.
– Oui, merci, je sais ce que c’est !
– Alors pourquoi vous me le demandez ?
– Ce que je voudrais savoir, c’est un recen­sement de quoi ?
– Eh bien… un recensement de tous les gens de la région. C’est l’empereur qui l’a ordonné.
– Je ne comprends strictement rien à ce que vous racontez, fit Jean-Baptiste.
– Un recensement ? s’exclama Geneviève. Mais alors… le photographe avait raison ?
– Tu veux m’expliquer ? fit Jean-Baptiste qui s’énervait. C’est agaçant, à la fin, tes sous-en­tendus.
– Recensement… Noël… Ça ne te rappelle rien ?

*      *
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13-09-20-arcachon-379

Il faisait nuit à présent, et les étoiles tapis­saient le ciel. Se penchant pour poser un châle sur Marie et Emmanuel, Geneviève aperçut une lueur sur sa droite. Elle se leva et voulut se diriger vers cette lumière tremblotante, mais elle heurta quelqu’un.

Interdite plus encore qu’effrayée, Geneviève recula et s’assit à même le sol. À quelques pas de là, deux formes humaines, courbées pour se faire aussi petites que possible, avançaient tout doucement vers la lueur qu’elle avait aperçue. La première tenait l’autre par la main et sem­blait la guider.

– Dépêche-toi, fit une voix d’enfant. Tu traî­nes toujours. Je te garantis qu’on ne va pas res­ter longtemps. Si les parents s’aperçoivent de notre absence, tu vas voir ce qu’on va prendre.
– Quand ils sauront ce qui se passe, les pa­rents, ils ne diront rien, répondit l’autre dont la voix indiquait qu’il n’était guère plus âgé.

Il y eut un silence durant lequel les deux formes demeurèrent immobiles. Puis l’une des voix reprit : « Allez, Benjamin, accélère au lieu de raconter des idioties comme d’habitude. C’est pas tes affaires d’interpréter les prophè­tes. On n’a même pas fait Bar-Mitsva. On n’a rien à dire. Et j’aurais jamais dû t’écouter, avec tes idées folles. Il y en a partout, des gens. Pourquoi tu veux voir ceux-là plutôt que les autres ? »

– Parce que la mère va avoir un bébé, c’est toi qui me l’as dit.
– Et alors ? C’est pas le premier. Nous aussi on a été bébés. Et Rachel, elle n’attend pas un bébé, peut-être ?
– Oui, tu as raison, Samuel. Mais là, je pense que c’est lui, l’envoyé, le Messie, celui que l’on attend.
– Tu m’agaces, Benjamin, à pressentir toujours quelque chose. Si tu continues, on rentre à la maison et tu ne sauras rien du tout. Voilà !

On entendit un profond soupir, signe d’une certaine lassitude, puis l’autre enfant s’excusa : « Ce n’est quand même pas ma faute si je devine les choses au lieu de les voir. »

Cette remarque énerva le premier garçon qui tira son frère brusquement par la main. Le jeune aveugle perdit l’équilibre et s’affala de tout son long. Sa tête heurta sans doute une pierre, car il se mit à pleurer doucement. Geneviève distingua nettement l’aîné. En plus jeune, il ressemblait à s’y méprendre à Samuel, le photographe.

– Pardon, Benjamin, murmura la première voix.

Geneviève ne vit pas la suite. La fatigue et les moments intenses qu’elle venait de vivre eurent raison de ses forces. Revenant vers Jean-Baptiste, elle s’assit à côté de lui et s’endormit, la tête contre son épaule, tout près de Marie et Emmanuel.

Il n’y avait plus que Jean-Baptiste à rester éveillé. Même le professeur dormait, rythmant ses songes par un ronflement ample et sonore.

Penché en avant, les coudes sur ses genoux et la tête entre ses mains, Jean-Baptiste regar­dait droit devant lui. A vrai dire il ne regardait rien. Il cherchait à comprendre la raison de ces événements.

À l’image de Geneviève et des autres, tout Bethléem dormait : les voyageurs, venus de partout, éreintés par une route longue et fati­gante ; les habitants du village que ces arrivées successives avaient épuisés ; et même les sol­dats de l’occupant détesté, qui n’en pouvaient plus d’avoir tantôt canalisé les groupes venus se faire recenser, tantôt surveillé les plus bruyants et chassé les marauds en quête de rapine.

Pourtant dans une grotte éloignée, seul endroit qui autorisât l’intimité dont il avait besoin, le petit couple que cherchaient Benja­min et Samuel ne dormait pas. Lui, le mari, il se sentait gauche et presque étranger devant sa jeune épouse qui allait enfanter. Elle, une jeune femme, encore presque une enfant, tenait ses mains posées sur son ventre. Et pourtant « Elle sourit, n’est-ce pas ? » demanda Benjamin que son frère avait caché derrière un épineux.

– Mais comment le sais-tu ? Ce n’est pas possible, tu vois, ma parole !
– Non, Samuel, tu le sais bien. Comment t’expliquer ? Peut-être que le Tout-Puissant attend de moi quelque chose et me permet de voir… ce que toi tu ne vois pas ?
– Arrête, prétentieux ! Tu te rends compte de ce que tu dis ?

Benjamin tourna la tête vers son frère, l’air navré. Depuis ses premiers souvenirs, il savait que son Dieu attendait quelque chose de lui.

Mais il ignorait quoi. Et la remarque acerbe de Samuel le blessait, lui qui se voulait ouvrier et rien d’autre. Ses yeux sans regard étaient un océan noir qui ne reflétait rien. Mais ses lèvres… ses lèvres ! Le sourire qu’elles por­taient donnait à son visage la beauté du ciel, l’espérance de la lumière, la grâce de la vie. Benjamin rayonnait, lui qui disait si souvent que nous ne sommes rien mais que l’amour de Dieu a formé l’homme à partir de la poussière de la terre et de son propre souffle.

– Pourquoi parles-tu ainsi, lui demandait parfois sa mère qui serrait contre son sein cet enfant si fragile dont l’éclat du sourire mas­quait l’ingratitude du visage.
– Je ne sais pas, répondait-il. Mais la brûlure que je sens, vient du Seigneur. Cela, j’en suis certain.
– Tais-toi, tonnait Moshé, le père. Tu vas t’attirer les foudres d’Elohim.

Tournant vers son père ses yeux sans vie, Benjamin le regardait avec son âme. Et il l’aimait.

Or ce soir-là, il était persuadé qu’il allait se passer quelque chose de très important. Quel­que chose qui allait changer la face de la terre. Et il se lamentait de constater que son frère tant aimé ne voyait rien, ne comprenait rien.

– Tu te rappelles, Samuel, ce qu’il a lu, Ya­cob, à la synagogue ?
– D’abord, on est trop jeunes pour aller à la synagogue.
– Oui, évidemment qu’on est trop jeunes pour entrer avec les autres. Mais rien n’empê­che de s’installer à côté et d’écouter, crétin !
– Et qu’est-ce qu’il a entendu, près de la synagogue, Monsieur Je-sais-tout ?
– Eh bien, Yacob, il a lu dans le rouleau le passage de Michée, le prophète : « Et toi, Beth­léem Éphrata, petite entre les milliers de Juda, de toi sortira pour moi Celui qui dominera sur Israël. » Et même qu’après il a dit que nous pouvions être fiers d’habiter ici, parce que c’est chez nous que naîtra Celui que les prophètes ont annoncé.
– D’abord, tu es trop petit pour compren­dre.
– Je suis peut-être trop petit, mais c’est bien Bethléem Éphrata, ici, non ? Et je te dis que le bébé qui va naître, c’est lui. La preuve, Yacob a conclu avec une phrase d’Isaïe : « La jeune fille deviendra enceinte, elle enfantera un fils, et elle lui donnera le nom d’Emmanuel. »
– Et alors, ricana Samuel, tu sais peut-être son nom à ce bébé qui n’est pas encore né ?
– Eh bien, on verra, tu seras peut-être bien étonné.

Ébranlé par l’assurance de son frère, Sa­muel se tut.

Tandis que les deux enfants approchaient de la grotte, il se fit brusquement une grande lumière, et l’ange du Seigneur qu’ils n’avaient jusqu’alors jamais rencontré, se tint près d’eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa clarté.

Samuel s’arrêta net et tomba les genoux à terre, pendant que Benjamin s’avançait en courant vers la source de cette lumière qui illuminait son âme.

De l’endroit où ils se tenaient, Marie et Emmanuel s’éveillèrent ainsi que leurs pa­rents, pendant que s’élevait dans la campagne une voix puissante et musicale qui annon­çait : « Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie. Aujourd’hui un Sauveur vous est né, le Messie de Dieu. Vous le trouverez enveloppé de langes et couché dans une crèche. »

– Venez, on va voir, s’écrièrent Emmanuel et Marie en tirant leurs parents par la main.

Geneviève se leva, intriguée mais confiante. Jean-Baptiste, de son côté, commença par résister. Tout cela ne lui disait rien qui vaille. Pourtant, devant l’insistance de ses enfants, il accepta de les suivre en précisant cepen­dant : « On restera à l’écart. »

Déjà plusieurs voyageurs, éveillés égale­ment par la voix majestueuse qui annonçait la grande joie, avaient quitté leur campement de fortune pour se diriger vers la grotte qu’éclai­rait une lumière douce et vive à la fois. Ils formaient un arc de cercle devant la grotte, et la plupart d’entre eux s’étaient accroupis. Tout devant se trouvaient Samuel et Benjamin. Le petit aveugle s’était assis familièrement sur les genoux de la jeune mère.

– Benjamin ! souffla Samuel. Faut pas te gêner ! Reviens !…
– Approche, toi aussi, Samuel, proposa l’époux de la jeune mère, qui se tenait à côté d’elle. Viens le voir. Et vous aussi, dit-il à la petite Marie et à Emmanuel qui avaient laissé Geneviève et Jean-Baptiste pour venir contem­pler l’enfant radieux.
– Comment il s’appelle ? demanda Samuel.
– Emmanuel, Dieu-avec-nous, répondit Marie, le visage illuminé. On l’appelle aussi Jésus, le-Seigneur-sauve.

À ce nom, Benjamin se tourna vers Samuel qui s’était accroupi à côté de lui. Il faillit lui ti­rer la langue, mais il sentit monter en lui une si grande vague de bonheur qu’il chercha la main de son frère et la prit dans la sienne. La petite Marie ne put retenir une exclamation. « Em­manuel ! Ça alors ! Comme mon frère ! »

Un peu à l’écart sur un petit tertre, Jean-Baptiste ne comprit pas pourquoi des larmes lui montaient aux yeux. Des larmes toutes simples, chaudes et douces sur ses joues. Un vrai bonheur. Il s’avança à son tour, prit place parmi les nomades, et s’assit, toute réticence vaincue.

Lui, l’esprit fort, le sceptique, lui qui sou­riait devant la foi (naïve, disait-il) de sa mère, lui qui estimait que si Dieu existait, il faudrait lui demander des comptes pour toutes les souffrances du monde, voilà qu’il rendait les armes sans combattre. Car ce que voyait Jean-Baptiste allait bien au-delà du nourrisson dans sa mangeoire. Ébloui, il contemplait une fres­que largement ouverte et suivait du regard cet enfant, fils de l’homme, Jésus Christ, dont le parcours terrestre s’achevait sur une croix. Ce qu’il ressentait, Jean-Baptiste ne l’avait encore jamais éprouvé. Aucune joie, aucun plaisir, même le plus intense et le plus fou, ne pouvait se comparer à cette émotion d’une extraordi­naire profondeur qui transcendait son être et le faisait vibrer sur des notes jamais entendues, imperceptibles à l’oreille humaine, et sur des lumières d’un éclat extrême… Jean-Baptiste, le temps d’une seconde, peut-être plus, peut-être moins, se sentit pris par Dieu et transporté dans l’extase.

Émerveillés qu’ils étaient, tous, par l’enfant de la crèche, personne ne vit Jean-Baptiste illuminé de l’intérieur, personne ne vit son corps devenir translucide pour s’effacer devant son âme qui répondait à Dieu. L’enveloppe se transfigurait pour laisser passer l’essence même de l’être, comme la chair d’une mère s’efface devant l’enfant qui vient au monde.

Le temps de cette extase, Jean-Baptiste comprit que l’homme est appelé à plus grand que lui-même. Au-delà de l’enfant minus­cule, d’une faiblesse extrême, il fut pénétré par l’amour, devint amour, uni à l’infinie puis­sance du Créateur qui ne demande qu’à aimer et être aimé.

Alors tout prit un sens. La naissance, la vie, la mort, le sourire d’un mendiant, l’éclat de lu­mière dans la prunelle de l’incroyant, l’ombre qui recouvre l’épaule du pêcheur et la folie de l’orgueil devant la vacuité de l’homme quand il se prend pour Dieu.

Durant ce temps infiniment petit par rap­port à l’infiniment grand, Dieu se glissa dans l’âme de Jean-Baptiste ; l’infiniment grand se faisant humble et aimant.

– Dis, murmura le souffle discret de Dieu, je t’invite. Répondras-tu à mon invitation ?
– Comment en serais-je capable ? s’entendit répondre Jean-Baptiste.
– Il suffit que tu le désires. Ton désir te don­nera des ailes.
– Alors oui, je le veux, répondit tout à la fois le commissaire, le mari et le père.

A suivre….

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© Jean-Michel Touche

 

Épisodes précédents :

Episode 1
Episode 2
Episode 3
Episode 4
Episode 5
Episode 6
Episode 7

Pour en savoir davantage sur Noël

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