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CROYANTS, NON-CROYANTS, ALLEZ VOIR « LA PRIÈRE »,

 

Un bien étrange film !

Il nous prend, nous malmène pourrait-on dire, par l’intrigue inattendue qu’il développe sous nous yeux. Nous sommes pris dans un état qui nous pousse à réfléchir, mais après, plus tard, en prenant le temps de le faire.

« La Prière » aborde deux choses très proches et pourtant différentes : la Vie et l’Existence.

La Vie, nous y sommes tous insérés. Jour après jour, elle est l’objet de nos joies et nos tracas, de nos satisfactions et nos difficultés, de nos soupirs et nos sourires, et plus encore. Elle est ce quotidien qui accapare notre temps et auquel nous nous donnons entièrement parce que souvent nous ne pouvons pas faire autrement. Et ce quotidien laisse bien peu d’espace ou de temps pour le reste.

L’Existence, pour sa part, est ce monde infini, illimité, non incarné, dans lequel notre pensée peut s’évader totalement, voire se perdre en chemin, à moins que l’on choisisse d’y chercher un itinéraire en fonction de ce que l’on souhaite découvrir et comprendre.

Les personnages du film balancent entre Vie et Existence !

« La Prière » ne s’épargne rien, pas même des passages inattendus qui montrent l’être humain tel qu’il est, avec ses peurs, ses énervements, ses attirances, ses besoins, ses désirs, son corps. Et c’est bien, car on voit dans ces passages que les croyants ne sont pas des bénis oui-oui mais des êtres comme tous les autres, avec des moments de force et des moments de faiblesse.

Le personnage principal du film (comme les autres) essaie de renoncer à son quotidien qui le mène à l’échec complet. Il pénètre petit à petit dans l’immensité de l’existence où il commence par se perdre, avant de réussir à s’approcher peu à peu de Dieu qu’autrefois il a bafoué et qu’aujourd’hui il veut rejoindre.

Ce film devrait intéresser ceux qui ne croient pas en Dieu au même titre que les croyants. Il montre en effet que celui qui avance vers le mystère de Dieu demeure entièrement libre et autonome, qu’il peut renoncer à tout moment, et que l’invitation qu’il ressent peut-être librement rejetée ou façonner une vie nouvelle.

° ° °

Cliquer sur  « La Prière » pour voir la bande annonce (après juste quelques secondes de pub)

 

Photos copie d’écran
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SAUVER NOTRE PATRIMOINE RELIGIEUX RURAL

 

Les priants des campagnes :
s’engager pour sauver notre patrimoine religieux rural

(Article d’info catho, rédigé par Marie Ordioni, journaliste à InfoCatho,
suite à une interview du 9 septembre 2017)

 

“Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux.”

Philippe de La Mettrie, président de cette jeune association,  nous a longuement, et avec passion, présenté le cœur de son engagement, et nous l’en remercions !

Le but de l’association “Priants des campagnes” est de contribuer, par toutes actions et tous moyens, humains, spirituels, politiques, juridiques, matériels et financiers, à la conservation et la sauvegarde de tous lieux de culte constitutifs du patrimoine cultuel et culturel de la France et de ses territoires, en particulier des églises et chapelles et ainsi leur conserver leur vocation de lieu de prière commune.

Nous devons avoir la fierté d’aller prier publiquement, l’enfouissement c’est fini ! Le primat de notre action, c’est la prière, et nous invitons tous ceux qui le souhaitent à nous rejoindre… mais comme nous sommes des êtres incarnés, il nous faut évidemment des moyens., nous avons besoin de “choses visibles”, qui nous touchent. Les églises nous permettent d’accéder à l’Invisible.

Nous croyons en la force de la prière commune fréquente dans nos églises de campagnes. Ainsi “habitées” par la prière, elles seront sauvegardées et maintenues comme lieux de culte. Nous croyons en outre que le patrimoine historique et civilisationnel qu’elles représentent constitue une telle richesse culturelle qu’elles doivent être entretenues et conservées, par un engagement spirituel et, si nécessaire, financier.

Dans un village, l’église est la mémoire des familles ! C’est pourquoi nous invitons tous les amoureux de ce patrimoine, qu’ils soient croyants ou non croyants, pratiquants ou non pratiquants, habitant les villes, grandes ou petites, ou la campagne, à nous rejoindre en manifestant leur soutien par adhésion ou aide quelconque.

Alors, concrètement, quels sont les différents engagements que nous proposons ?

Notre association a besoin d’adhérents pour avoir du poids avec les différents interlocuteurs. Mais pour nous, il s’agit en premier lieu de promouvoir la prière dans le maximum d’églises de nos campagnes et petites villes. Marquer le début de la prière par le son des cloches est une manifestation de notre foi ; sans faire de prosélytisme, les chrétiens, et les catholiques en particulier, ont le devoir de manifester au monde leur attachement à la prière commune et fréquente. C’est pourquoi, nous recommandons de faire sonner quelques instants les cloches de l’église en début et/ou en fin de prière.

Si les catholiques manifestent ainsi leur attachement à leurs lieux de prière, ils seront sauvegardés.

Je suis touché par ce “blanc manteau d’églises” (l’expression est de Raoul Glaber et date du XI°siècle) qui recouvre la France et forme comme un immense monastère invisible… Monastère qui nous est confié à nous, laïcs, et il nous appartient de permettre le maintien de rites tels que l’Angélus.

Et je rêve d’un jour où les 42.000 églises de France seraient éclairées à la même heure pour une même prière : cela se verrait, cela s’entendrait ! Si les catholiques retournent prier dans leurs églises, cela se saura !

 

Philippe de La Mettrie

 

Retrouvez l’association :
www.priantsdescampagnes.org  ou
«  priantsdescampagnes@gmail.com »

PÂQUES, TEMPS D’ABANDON DU QUOTIDIEN

 

Temps d’abandon du quotidien, Pâques est le moment où nous sommes invités à réfléchir au-delà de ce que nous vivons chaque jour.

Un temps pour nous ouvrir à ce qui nous dépasse, ce mystère du Christ à la fois Dieu et Homme, chemin, vérité et vie pour les chrétiens, mais invraisemblable pour ceux qui refusent ou ne parviennent pas à croire.
On entend souvent dire, sous cette forme ou d’une autre manière plus moqueuse : « Vous croyez que Dieu existe mais vous n’en savez rien. »

Oui, c’est vrai.
L’inverse également !
Il faut cependant être conscient que dans notre vie il y a beaucoup plus de choses que l’on croit que de choses que l’on sait.

Le train arrivera à l’heure (on ne le saura qu’une fois qu’il sera arrivé).
Il fera beau demain (on ne le saura qu’après la journée de demain).
J’ai voté pour le meilleur des candidats (je ne le saurai qu’une fois qu’il aura terminé son mandat).

Le temps de Pâques est celui, très particulier, durant lequel le Christ nous devient tout proche, comme un rayon de soleil qui va traverser la grille de nos habitudes pour nous permettre de nous élever et de nous introduire à l’entrée du mystère de Dieu.

 

Joyeuses Pâques à tous, dans le bonheur auquel nous ouvre la résurrection de Jésus.

DONNER SA VIE, UN ACTE QUI NOUS DÉPASSE

 

Il y a peu de temps, à part sa famille, les membres de la Gendarmerie et ses amis, très peu de monde connaissait le Lieutenant-Colonel Arnaud BELTRAME. Aujourd’hui tout le monde regarde son visage avec admiration, reconnaissance et une émotion infinie.

« Je m’offre » !

Alors, au-delà des sentiments, du respect, des réactions que nous ressentons, se dessine autre chose. L’impression que nos pensées s’ouvrent sur un monde différent de celui qui marque notre vie « normale », notre vie de ce quotidien auquel nous sommes habitués, qui règle nos réactions et notre façon de gérer nos jours.

Au-delà de ces sentiments, c’est une pensée illimitée dans laquelle nous entrons. Une sorte de monde différent, sans mesure, sans limite, dont nous n’avons pas l’habitude. Une existence qui nous dépasse totalement.

L’acte sublime de cet homme nous fait réfléchir sur la vie d’être humain et sur celle qui vient ensuite (celle en laquelle nous croyons quand nous croyons en Dieu). Qu’a-t-il ressenti exactement, qui l’a poussé à offrir sa vie pour sauver celle d’une femme otage, ce que Mgr de Romanet a qualifié de « geste d’offrande, de don, de paix, d’humanité, de dépassement ». (La Croix, 26 mars). Nous pouvons l’imaginer sans pour autant le savoir vraiment.

En cette Semaine Sainte, ce don de soi nous invite à nous poser de nombreuses questions, notamment : pourquoi la vie ? D’où vient-elle ? Qu’en faisons-nous ? Où nous conduit-elle ?

En quittant cette terre nous entrons dans une existence illimitée, dans le grand mystère de Dieu auquel nous invite le Christ, mort sur la Croix puis ressuscité, Lui qui était à la fois pleinement Homme et pleinement Dieu.

Le geste splendide du Lieutenant-Colonel Arnaud BELTRAME est une vision différente de la vie et de son sens à laquelle il nous ouvre. Cela fait partie de tous les remerciements que nous lui devons.

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Photo copie d’écran

 

A lire sur le blog de François-Xavier Bellamy un très beau texte paru dans Le Figaro du 26 mars 2018, et que vous trouverez en cliquant sur « En l’honneur de l’honneur… »

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Le « OUI » de JOSEPH

Réflexions de Philippe de La Mettrie
Président de «  Priants des campagnes »

 

(Évangile selon St Matthieu , 1 ; 18-25)

L’homme que je suis cherche plus volontiers dans les évangiles l’exemple des hommes qui ont dit « oui » au Christ, sans pour autant négliger la foi extraordinaire des saintes femmes qui ont suivi Jésus. 

C’est pourquoi cet évangile sur Saint Joseph résonne en moi. Il m’inspire des réflexions propres non seulement à faire grandir en moi la dévotion envers saint Joseph, mais aussi, et plus intimement, à m’interroger moi-même, sur le « oui » que je dis, ou que je ne dis pas, à Dieu chaque jour de ma vie.  Car, c’est à chaque instant, chaque jour, que Dieu m’appelle et attend mon « oui ».

Joseph nous offre, dans ce seul récit, un merveilleux témoignage de foi,  Il n’est que justice d’exalter cette adhésion totale à la volonté de Dieu et de lui rendre hommage, lui l’oublié, le délaissé du nouveau testament.

L’évangéliste n’évoque pas le sentiment éprouvé par Joseph quand il eut connaissance de l’état de Marie : est-ce une confiance absolue en elle ? ou une grande déception ? sinon un doute douloureux, blessé par ce qu’il apprend de la conduite, supposée, de celle qu’il épouse ?

Alors qu’il eût pu le faire dans le contexte de la société juive de l’époque, « Joseph, son mari, qui était un homme juste … ne voulait pas la dénoncer publiquement, résolut de la répudier sans bruit» (1)

Evitant ainsi de livrer la réputation de Marie au jugement de la réprobation publique, il choisit de ne pas la répudier en public, ce qui est déjà un acte de charité.  C’est-à-dire qu’il renonce à juger, à la condamner, et à la faire condamner par la société de son temps.  Il manifeste ainsi le respect dû à la personne de Marie.  En même temps, il refuse l’application littérale et systématique de la loi juive à cette époque, la loi de l’ancienne alliance, celle de Moïse – décrite dans le Deutéronome.  Il me semble que Joseph a déjà dit OUI à la nouvelle alliance du Christ, non encore annoncée.

Mais Dieu lui demande plus. Dieu va lui demander plus qu’un acte de charité. II lui demande par l’intermédiaire de l’ange qui lui apparait en songe un engagement plus radical, celui dans lequel la foi et l’obéissance sont indissociables.

Notons qu’il n’est pas relaté un dialogue entre l’ange et Joseph, comme nous le voyons dans l’annonciation à Marie. Joseph est, en quelque sorte, privé de droit de réponse. La grandeur de sa réponse à Dieu n’en est que plus éloquente.

« Une fois réveillé, Joseph fit comme l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui sa femme ». Cette phrase lapidaire de l’évangéliste donne  une force particulière à la décision de Joseph: Ici, point d’hésitation, c’est le OUI total. Pas de « OUI mais », pas de « OUI peut-être », pas de « OUI demain » ; pas de : « je vais réfléchir ».

Ce OUI, donné chaque jour, est sans doute le premier pas à franchir pour quiconque veut avancer sur le chemin étroit de la sainteté.

Dieu a voulu associer Joseph à ce mystère de l’incarnation de son Fils en lui confiant cette charge de père nourricier. Certes, il fallait à Jésus une famille, un père et une mère, une « sainte famille ». Mais après le OUI de Marie, il fallait non seulement un « père » mais aussi et surtout un homme qui adhère au dessein de Dieu en prononçant, lui aussi, un OUI radical. Pour qu’advienne son règne, Dieu ne peut se passer de la coopération de l’homme et de la femme. Or, qui d’autre que le couple formé par l’union d’un homme et d’une femme, indissociables dans la création (« Homme et Femme, Il les créa ») symbolise le mieux                             l’Humanité ? En la personne de Marie et de Joseph, même s’ils sont choisis au sein du « Peuple élu », c’est à chacun de nous mais aussi à l’Humanité entière que Dieu lance son appel à le suivre.                                    Jésus, dans son enseignement, élargira à « toutes les nations », donc à l’humanité entière, cet appel à écouter sa parole et à la mettre en pratique.

Proposant ces réflexions à un prêtre ami, à la retraite, celui-ci me fit la remarque suivante : « Vous oubliez, dans votre commentaire, la liberté que Dieu laisse aux hommes et aux femmes de le suivre ou de ne pas le suivre, et il a laissé Joseph libre de son choix. »

Je me penchai alors à nouveau sur cet évangile de Saint Matthieu pour y déceler cette liberté laissée à Joseph, qui m’avait sans doute échappée. Je lus alors plus attentivement les mots prononcés par l’ange :   « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ta femme ; car ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint …….. »

En effet, Dieu, qui parle à travers l’ange, ne donne pas un ordre impératif à Joseph. C’est plutôt une invitation, une exhortation à ne pas craindre, et Il lui en donne aussi les raisons : «  ….car ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint …. »  Dieu connait les pensées de Joseph, son trouble, son doute, mais aussi sa connaissance de la prescription souvent reprise dans le Deutéronome : «Tu feras disparaître le mal du milieu de toi ».  Dieu ne lui impose pas un choix ; Il lui accorde pleine liberté de croire ou de ne pas croire en les paroles de l’ ange, donc de poser ou de ne pas poser un acte de foi.

Cette formulation de l’ange nous éclaire d’ailleurs sur la motivation première de Joseph de répudier Marie,  certes en secret, mais de la répudier quand même: la peur, la peur de prendre en conscience une décision à contre -courant  des convictions bibliques de son peuple, sans doute préférant se conformer à la loi juive en vigueur, même atténuée par la confidentialité du renvoi qu’il avait envisagé.

Mais tout change après le songe : Sa foi lui donne la force d’agir en vérité, à contre-courant des codes formels et rigides de l’ancienne alliance, où la lettre prend le pas sur l’esprit.

Ne suis-je pas moi- même, ne sommes-nous pas timides, voire timorés ou lâches, pour ne pas oser penser, parler, et agir, 2000 ans après Joseph, à contre-courant des idéologies déicides de notre société, dans nos choix de vie pour suivre le Christ ?

 

Philippe de La Mettrie,

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KTO UN CŒUR QUI ÉCOUTE, vendredi 22h10

 

Vous n’avez rien à faire vendredi soir 15 décembre à 22h10 ?

Alors venez sur KTO et rencontrons-nous dans le cadre de l’émission

UN COEUR QUI ECOUTE

dans laquelle m’a invité Cyril Lepeigneux.

 

LE TABLEAU RETOURNÉ (conte de Noël)

Un conte écrit en 1996, étrange (mais un conte se doit de l’être, à quoi servirait-il autrement ?), à découvrir petit à petit avant Noël.

Vous plaira-t-il ? Je ne puis le dire… mais je l’espère !

 

1

LA DÉCOUVERTE DU TABLEAU

Entrez donc, monsieur, vous le verrez mieux de l’intérieur.”

Gabriel rougit de surprise, se redressa, sourit, répondit “Oui, euh! non. Enfin oui, pourquoi pas ?” et il pénétra dans la galerie.

– Ce tableau vous intrigue, n’est-ce pas ? Ça fait plusieurs fois que je vous vois l’examiner.

Un peu gêné d’avoir été remarqué, Gabriel se contenta de sourire. Depuis des semaines, c’est vrai, il faisait fréquemment un détour afin de passer devant la galerie Félicien et de s’arrêter un moment pour regarder cette grande toile sombre, empreinte de mystère. Il se sentait attiré par cette composition curieuse dont il cherchait à deviner le sens, mais les reflets de la vitre masquaient en grande partie les détails essentiels.

Suzanne son épouse, à qui il avait tenu à montrer le tableau un jour où le vent d’est soufflait désagréablement, l’avait vivement refroidi en décrétant tout à trac :

– Mais c’est horrible, mon ami, ça n’a ni queue ni tête, ce tableau. D’abord qu’est-ce que ça représente ?

– Je n’en sais trop rien, avait répondu Gabriel. Mais avouez que c’est étrange : on dirait qu’il se passe quelque chose, un événement exceptionnel, mais que le peintre a voulu seulement éveiller notre curiosité et puis… plus rien, comme si nous devions rester sur notre faim.

– Ce que je trouve étrange, rétorqua Suzanne, c’est l’effet que produit cette chose sur vous.  Alors écoutez, mon ami, regardez-la tant que vous voulez, mais moi je suis gelée, je rentre.
Puis  elle avait ajouté, un rien autoritaire, “Vous venez ?”

Gabriel avait souri comme d’habitude car il souriait beaucoup, mon grand-père. C’est un homme qui ne se fâchait jamais. “Allez devant, Suzanne, je vous rejoins.”

° ° °

Gabriel et Suzanne sont mes grands-parents. Des grands-parents adoptifs, en réalité, car mes parents m’ont recueilli petit enfant sans savoir très exactement d’où je venais. J’ignore tout de mes origines mais qu’importe : ma vraie famille c’est celle avec laquelle je vis. Voilà, vous savez tout de moi. Je ne trouve rien d’autre à dire parce que vraiment, quand je me regarde dans une glace, je ne vois guère de traits particuliers à vous signaler. A l’exception peut-être de mes cheveux bruns et bouclés qui tranchent sur la blondeur naturelle de mes parents. Ah! j’oubliais : mon père se prénomme Gervais et ma mère Felicity (elle est Anglaise). Moi, c’est Hubert.

° ° °

Mais revenons donc à ce jour de printemps où Gabriel put se pencher tout à loisir sur ce curieux tableau.

– Puis-je vous offrir une tasse de thé ? proposa l’homme de la galerie.

– C’est trop aimable, je ne voudrais pas abuser…

– Pas du tout, pas du tout. Permettez-moi de me présenter : René Félicien. Je suis le propriétaire de cette galerie et mon père l’était avant moi.

Mon grand-père se présenta à son tour et les deux hommes se serrèrent la main.

– Je suis très heureux que vous soyez ici, cher Monsieur. Figurez-vous que ce tableau m’intrigue et je me réjouis de l’intérêt que vous semblez lui porter.

Gabriel, amateur de peinture averti, ne comprenait rien à cette toile. L’opacité qui ombrait fortement le tableau ne correspondait à aucune école, aucune époque, aucun style.

– De quoi s’agit-il exactement ? finit-il par demander.

– Je n’en sais rien. J’ai trouvé ça dans un grenier, au milieu de quelques belles pièces. Apparemment, personne n’en connaissait l’existence. Au premier abord j’ai pensé qu’il s’agissait d’un tableau de la Renaissance abandonné sans soin et meurtri par les siècles. Regardez tous ces personnages. Malgré cette espèce de croûte sombre qui gâche la toile, n’évoquent-ils pas les fresques dont regorgent les musées de Sienne et de Florence ? Et cet homme, au premier plan sur la gauche, voyez comme il se détache du reste de l’œuvre.

Gabriel porta son attention sur un jeune homme que les reflets de la vitre empêchaient de voir depuis la rue. Un beau jeune homme au visage d’une finesse extrême, qui se tenait debout, sur la gauche de la toile. Il portait un vêtement de couleur indéfinissable et son visage penché du côté gauche paraissait regarder quelque chose ou quelqu’un. Mais il n’y avait rien à l’endroit où se posait son regard.

– C’est étrange, n’est-ce pas ? On dirait que le peintre n’a pas eu le temps de terminer la scène.

– C’est curieux, très curieux ! fit mon grand-père de plus en plus excité.

 

Le tableau, fort sombre, représentait un paysage de nuit. Le jeune homme au beau visage se détachait sur une masse foncée, une sorte de rocher à côté duquel se dressaient des cyprès. De la partie supérieure droite du tableau descendait une longue colonie de personnages qui avançaient en dessinant des sinuosités, sans que l’on parvînt à distinguer les traits des hommes et des femmes qui composaient cette foule en marche.

– Incroyable, s’exclama Gabriel, ce tableau nous cache quelque chose. De quoi peut-il bien s’agir ? Et ce jeune homme aux yeux tournés vers on ne sait quoi… ou on ne sait qui…, comme il est beau! Comment avais-je pu ne pas le voir depuis la rue ? Vous allez rire : il me rappelle…  Ah! oui, c’est stupéfiant.… Sait-on le nom du peintre ?

– J’ai cherché longtemps et j’ai fini par trouver quelque chose. Mais là encore c’est le mystère. Regardez, cher Monsieur, là, en bas à droite. Vous ne voyez rien ?

Les deux hommes s’accroupirent, mon grand-père chaussa ses lunette tandis que René Félicien releva les siennes sur son front et montra du doigt une zone du tableau que Gabriel se mit à fixer attentivement.

– Ça y est ! s’écria Gabriel dans un état d’excitation avancé. Ça y est, je le vois. Mais je ne distingue pas tout. Voyons, on dirait “Umbr…o, Umbr…a” quelque chose.

– Félicitations,  Monsieur, moi je n’étais pas arrivé à lire quoi que ce soit.

– Attendez, attendez, reprit Gabriel. Voilà, j’y suis. C’est “Umberto da…”

– Da quoi ?

– Da… rien. Il n’y a rien d’autre. Enfin si, peut-être. mais le reste du nom est caché par un trait de peinture brune. Je suis certain que quelqu’un a voulu masquer partiellement le nom du peintre.

– Ah ! Monsieur, Monsieur… bégaya René Félicien, c’est inouï, je possède ici une autre toile signée “Umberto da…” mais de façon beaucoup plus lisible. Et comme sur celle-ci le reste du nom a été masqué par une peinture épaisse. Ah ! Monsieur, venez voir.

René Félicien se précipita vers l’arrière de la galerie, déplaça fébrilement plusieurs toiles et finit par trouver celle qu’il cherchait. Il la prit avec soin, la tint à bout de bras un bref instant puis l’installa sur un chevalet. Il tourna ensuite sa belle tête grisonnante vers mon grand-père et demanda :

– Qu’en dites-vous ?

Gabriel resta muet de saisissement, incapable de prononcer le moindre mot.

– Alors, Monsieur, qu’en pensez-vous ?

René Félicien ne tenait plus en place. Il marchait de droite à gauche, de gauche à droite, s’approchant de mon grand-père, prenant ensuite du recul pour admirer l’œuvre qu’il venait de tirer de ses trésors.

Gabriel murmura : “C’est extraordinaire…”

Posée sur un chevalet, une jeune femme peu vêtue regardait timidement les deux hommes, dans une attitude pudique. Et cette jeune femme ressemblait à s’y méprendre à la Vénus de Botticelli.

 

René Félicien et mon grand-père ne cessaient de pousser des petits “Oh !” et des petits “Ah !” Quand ils reprirent leurs esprits ils se penchèrent pour déchiffrer la signature. A n’en pas douter c’était bien “Umberto da…”, comme sur la grande toile de la galerie. Les deux hommes pensaient la même chose, et d’émotion, eux qui ne s’étaient jamais rencontrés auparavant, ils s’embrassèrent. C’est vous dire l’effet qu’avaient produit sur eux ces deux toiles !

Le tableau de la jeune femme, comme la grande toile mystérieuse, avait souffert de l’agression du temps, des taches d’humidité dessinaient comme les contours d’un puzzle sur le corps laiteux. René Félicien avançait par instants la main pour essuyer la toile mais la retirait immédiatement par pudeur.

 

– A votre avis, Monsieur Félicien, demanda mon grand-père, cette toile est-elle antérieure ou postérieure à celle de Botticelli ?

René Félicien fit une moue, écarta les bras, se racla la gorge et dit “Ça va vous paraître fou, cher Monsieur, j’aurais tendance à dire que cette toile est antérieure.”

– Alors… qui donc est Umberto ?.
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.A

La suite dans quelques jours.

© Jean-Michel Touche

Seco,d épisode : cliquer sur   LE TABLEAU RETOURNÉ (2)

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