JOYEUSE FÊTE DE LA PENTECÔTE

Lorsqu’arriva la Fête de la Pentecôte, ils étaient tous réunis.
Un bruit soudain se fit entendre dans le ciel, comme une violente rafale.

Ils virent comme un feu qui se divisait, et sur chacun d’eux se posait une des langues de ce feu.
Tous furent remplis de l’Esprit Saint
et ils se mirent à parler en d’autres langues
dans lesquelles l’Esprit Saint leur donnait de s’exprimer.

Ils étaient tous stupéfaits
et se demandaient les uns les autres
ce que cela signifiait.

(Extrait Actes, chapitre 2)

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Photos © Jean-Michel Touche

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PASSAGE D’EPHRATA – Conte de Noël (7ème et dernier épisode)

 

Copyright 2012 JMT

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Paris, le 25 décembre au matin

Le jour se levait et donnait à la ville cet air un peu défraîchi que prend tout petit matin aux yeux des mal-éveillés.

Ils débouchèrent du passage d’Éphrata, sur­pris de retrouver les vitrines encore illuminées, les réverbères enveloppés de brume, les sans-abris couverts de vieux cartons.

Marie, la première, passa la tête, suivie d’Emmanuel qu’elle regardait avec admiration depuis qu’elle avait découvert le sens de son prénom. Le professeur venait ensuite, précé­dant de peu Geneviève et Jean-Baptiste.

– Et Samuel ? s’enquit Jean-Baptiste en re­gardant derrière lui.

– Samuel ? Il est resté là-bas, répondit le professeur.

– Pourquoi ?

– Peut-être sa mission est-elle achevée ? Peut-être même est-elle confiée à quelqu’un d’autre ?

– À qui ça ? s’étonna Jean-Baptiste.

– J’ai mon idée… murmura le professeur.

Un couple, qui avait copieusement fêté Noël, traversa le boulevard entre deux feux. La femme riait aux éclats, faisant des mouli­nets avec son sac. L’homme titubait un peu. Il avait l’alcool triste et pleurait, prononçant des propos incohérents, promettant de ne plus jamais… Et il s’arrêtait net.

– Plus jamais quoi ? interrogeait la femme en riant de plus belle.

– Non, plus jamais !…

° ° ° ° ° ° ° ° ° °

Coup de klaxon furieux. Bruit de freins. Portière qui s’ouvre.

Un homme qui se précipite vers le couple renversé, un hurlement de femme !

Des cris ! En fait, plus de peur que de mal. La voiture ne les a que frôlés.

L’homme et la femme se relevèrent péni­blement, s’appuyant sur Jean-Baptiste et le professeur arrivés en courant.

– Salaud ! hurla l’homme à l’intention du chauffeur. « On vit dans un monde de salauds, mon vieux ! » reprit-il en se cramponnant à Jean-Baptiste. « Tout le monde ment, mon vieux, tout le monde se fout de tout le monde. Mais pourquoi… pourquoi ? Je te demande un peu ! »

C’était un grand type, jeune encore, qui pesait au bras de Jean-Baptiste.

– On nous ment, mon vieux, continua-il en essuyant son manteau de la main pour effacer les traces de sa chute. « Noël ? Je t’en fous, ouais ! On nous promet la fête, le réveillon, le rêve. Mais y a rien, mon vieux après la bouffe, y a rien du tout ! Tu te retrouves tout seul. Une fois que tu as donné ton fric, tu n’intéresses plus personne. »

La femme le rejoignit, fou rire éteint, ma­quillage délavé, regard triste.

– Allez, viens. C’est Noël quand même, non ?

– Non ! C’est fini, Noël ! Il n’y a plus de Noël ! Ça n’a jamais existé, Noël. C’est fini, je te dis.

Jean-Baptiste se mit à rire. « Je crois au contraire que tout commence », confia-t-il à l’oreille de l’homme. « Venez, tous les deux ! »

Impressionnés par son calme, surpris par l’éclat presque lumineux de son sourire, l’hom­me et la femme le suivirent et marchèrent avec lui en direction de la vitrine du magasin puis du passage d’Éphrata.

– Où nous conduis-tu ? interrogea la fem­me.

– Allez, répondit Jean-Baptiste en les invi­tant à pénétrer dans la ruelle étroite. Allez, marchez tout droit et vous découvrirez la révélation de Noël. Quand vous serez parvenus à Ephrata, vous comprendrez tout.

Alors sans se retourner, sans plus rien dire, le couple, et à sa suite un flot de passants sur­gis d’on ne sait où, se mit en marche. Tous s’engagèrent dans le passage étrange au bout duquel un enfant nouveau-né, dans les bras de sa mère, les attendait.

 

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Ainsi s’achève  PASSAGE D’EPHRATA

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© Jean-Michel Touche

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Episode 1
Episode 2
Episode 3
Episode 4
Episode 5v
Episode 6

Pour en savoir davantage sur Noël

 

 

 

 

PASSAGE D’EPHRATA – Conte de Noël (épisode 6)

Copyright 2012 JMT

À grandes enjambées, le professeur qui avait momentanément disparu, revint près d’eux.
– Je viens de parler avec les soldats. Ce sont des Romains, dites donc. Surprenant, hein ? Mais ce qui va vous surprendre davantage, c’est quand vous saurez pourquoi il y a tous ces gens.
– Et pourquoi ? demanda Jean-Baptiste aga­cé, qui faillit ajouter « Monsieur Je-sais-tout. »
– Je vous le donne en mille : c’est un recen­sement.
– Comment ça, un recensement ?
– Un recensement… quand on recense des gens… expliqua le professeur.
– Oui, merci, je sais ce que c’est !
– Alors pourquoi vous me le demandez ?
– Ce que je voudrais savoir, c’est un recen­sement de quoi ?
– Eh bien… un recensement de tous les gens de la région. C’est l’empereur qui l’a ordonné.
– Je ne comprends strictement rien à ce que vous racontez, fit Jean-Baptiste.
– Un recensement ? s’exclama Geneviève. Mais alors… le photographe avait raison ?
– Tu veux m’expliquer ? fit Jean-Baptiste qui s’énervait. C’est agaçant, à la fin, tes sous-en­tendus.
– Recensement… Noël… Ça ne te rappelle rien ?

*      *
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13-09-20-arcachon-379

Il faisait nuit à présent, et les étoiles tapis­saient le ciel. Se penchant pour poser un châle sur Marie et Emmanuel, Geneviève aperçut une lueur sur sa droite. Elle se leva et voulut se diriger vers cette lumière tremblotante, mais elle heurta quelqu’un.

Interdite plus encore qu’effrayée, Geneviève recula et s’assit à même le sol. À quelques pas de là, deux formes humaines, courbées pour se faire aussi petites que possible, avançaient tout doucement vers la lueur qu’elle avait aperçue. La première tenait l’autre par la main et sem­blait la guider.

– Dépêche-toi, fit une voix d’enfant. Tu traî­nes toujours. Je te garantis qu’on ne va pas res­ter longtemps. Si les parents s’aperçoivent de notre absence, tu vas voir ce qu’on va prendre.
– Quand ils sauront ce qui se passe, les pa­rents, ils ne diront rien, répondit l’autre dont la voix indiquait qu’il n’était guère plus âgé.

Il y eut un silence durant lequel les deux formes demeurèrent immobiles. Puis l’une des voix reprit : « Allez, Benjamin, accélère au lieu de raconter des idioties comme d’habitude. C’est pas tes affaires d’interpréter les prophè­tes. On n’a même pas fait Bar-Mitsva. On n’a rien à dire. Et j’aurais jamais dû t’écouter, avec tes idées folles. Il y en a partout, des gens. Pourquoi tu veux voir ceux-là plutôt que les autres ? »

– Parce que la mère va avoir un bébé, c’est toi qui me l’as dit.
– Et alors ? C’est pas le premier. Nous aussi on a été bébés. Et Rachel, elle n’attend pas un bébé, peut-être ?
– Oui, tu as raison, Samuel. Mais là, je pense que c’est lui, l’envoyé, le Messie, celui que l’on attend.
– Tu m’agaces, Benjamin, à pressentir toujours quelque chose. Si tu continues, on rentre à la maison et tu ne sauras rien du tout. Voilà !

On entendit un profond soupir, signe d’une certaine lassitude, puis l’autre enfant s’excusa : « Ce n’est quand même pas ma faute si je devine les choses au lieu de les voir. »

Cette remarque énerva le premier garçon qui tira son frère brusquement par la main. Le jeune aveugle perdit l’équilibre et s’affala de tout son long. Sa tête heurta sans doute une pierre, car il se mit à pleurer doucement. Geneviève distingua nettement l’aîné. En plus jeune, il ressemblait à s’y méprendre à Samuel, le photographe.

– Pardon, Benjamin, murmura la première voix.

Geneviève ne vit pas la suite. La fatigue et les moments intenses qu’elle venait de vivre eurent raison de ses forces. Revenant vers Jean-Baptiste, elle s’assit à côté de lui et s’endormit, la tête contre son épaule, tout près de Marie et Emmanuel.

Il n’y avait plus que Jean-Baptiste à rester éveillé. Même le professeur dormait, rythmant ses songes par un ronflement ample et sonore.

Penché en avant, les coudes sur ses genoux et la tête entre ses mains, Jean-Baptiste regar­dait droit devant lui. A vrai dire il ne regardait rien. Il cherchait à comprendre la raison de ces événements.

À l’image de Geneviève et des autres, tout Bethléem dormait : les voyageurs, venus de partout, éreintés par une route longue et fati­gante ; les habitants du village que ces arrivées successives avaient épuisés ; et même les sol­dats de l’occupant détesté, qui n’en pouvaient plus d’avoir tantôt canalisé les groupes venus se faire recenser, tantôt surveillé les plus bruyants et chassé les marauds en quête de rapine.

Pourtant dans une grotte éloignée, seul endroit qui autorisât l’intimité dont il avait besoin, le petit couple que cherchaient Benja­min et Samuel ne dormait pas. Lui, le mari, il se sentait gauche et presque étranger devant sa jeune épouse qui allait enfanter. Elle, une jeune femme, encore presque une enfant, tenait ses mains posées sur son ventre. Et pourtant « Elle sourit, n’est-ce pas ? » demanda Benjamin que son frère avait caché derrière un épineux.

– Mais comment le sais-tu ? Ce n’est pas possible, tu vois, ma parole !
– Non, Samuel, tu le sais bien. Comment t’expliquer ? Peut-être que le Tout-Puissant attend de moi quelque chose et me permet de voir… ce que toi tu ne vois pas ?
– Arrête, prétentieux ! Tu te rends compte de ce que tu dis ?

Benjamin tourna la tête vers son frère, l’air navré. Depuis ses premiers souvenirs, il savait que son Dieu attendait quelque chose de lui.

Mais il ignorait quoi. Et la remarque acerbe de Samuel le blessait, lui qui se voulait ouvrier et rien d’autre. Ses yeux sans regard étaient un océan noir qui ne reflétait rien. Mais ses lèvres… ses lèvres ! Le sourire qu’elles por­taient donnait à son visage la beauté du ciel, l’espérance de la lumière, la grâce de la vie. Benjamin rayonnait, lui qui disait si souvent que nous ne sommes rien mais que l’amour de Dieu a formé l’homme à partir de la poussière de la terre et de son propre souffle.

– Pourquoi parles-tu ainsi, lui demandait parfois sa mère qui serrait contre son sein cet enfant si fragile dont l’éclat du sourire mas­quait l’ingratitude du visage.
– Je ne sais pas, répondait-il. Mais la brûlure que je sens, vient du Seigneur. Cela, j’en suis certain.
– Tais-toi, tonnait Moshé, le père. Tu vas t’attirer les foudres d’Elohim.

Tournant vers son père ses yeux sans vie, Benjamin le regardait avec son âme. Et il l’aimait.

Or ce soir-là, il était persuadé qu’il allait se passer quelque chose de très important. Quel­que chose qui allait changer la face de la terre. Et il se lamentait de constater que son frère tant aimé ne voyait rien, ne comprenait rien.

– Tu te rappelles, Samuel, ce qu’il a lu, Ya­cob, à la synagogue ?
– D’abord, on est trop jeunes pour aller à la synagogue.
– Oui, évidemment qu’on est trop jeunes pour entrer avec les autres. Mais rien n’empê­che de s’installer à côté et d’écouter, crétin !
– Et qu’est-ce qu’il a entendu, près de la synagogue, Monsieur Je-sais-tout ?
– Eh bien, Yacob, il a lu dans le rouleau le passage de Michée, le prophète : « Et toi, Beth­léem Éphrata, petite entre les milliers de Juda, de toi sortira pour moi Celui qui dominera sur Israël. » Et même qu’après il a dit que nous pouvions être fiers d’habiter ici, parce que c’est chez nous que naîtra Celui que les prophètes ont annoncé.
– D’abord, tu es trop petit pour compren­dre.
– Je suis peut-être trop petit, mais c’est bien Bethléem Éphrata, ici, non ? Et je te dis que le bébé qui va naître, c’est lui. La preuve, Yacob a conclu avec une phrase d’Isaïe : « La jeune fille deviendra enceinte, elle enfantera un fils, et elle lui donnera le nom d’Emmanuel. »
– Et alors, ricana Samuel, tu sais peut-être son nom à ce bébé qui n’est pas encore né ?
– Eh bien, on verra, tu seras peut-être bien étonné.

Ébranlé par l’assurance de son frère, Sa­muel se tut.

Tandis que les deux enfants approchaient de la grotte, il se fit brusquement une grande lumière, et l’ange du Seigneur qu’ils n’avaient jusqu’alors jamais rencontré, se tint près d’eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa clarté.

Samuel s’arrêta net et tomba les genoux à terre, pendant que Benjamin s’avançait en courant vers la source de cette lumière qui illuminait son âme.

De l’endroit où ils se tenaient, Marie et Emmanuel s’éveillèrent ainsi que leurs pa­rents, pendant que s’élevait dans la campagne une voix puissante et musicale qui annon­çait : « Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie. Aujourd’hui un Sauveur vous est né, le Messie de Dieu. Vous le trouverez enveloppé de langes et couché dans une crèche. »

– Venez, on va voir, s’écrièrent Emmanuel et Marie en tirant leurs parents par la main.

Geneviève se leva, intriguée mais confiante. Jean-Baptiste, de son côté, commença par résister. Tout cela ne lui disait rien qui vaille. Pourtant, devant l’insistance de ses enfants, il accepta de les suivre en précisant cepen­dant : « On restera à l’écart. »

Déjà plusieurs voyageurs, éveillés égale­ment par la voix majestueuse qui annonçait la grande joie, avaient quitté leur campement de fortune pour se diriger vers la grotte qu’éclai­rait une lumière douce et vive à la fois. Ils formaient un arc de cercle devant la grotte, et la plupart d’entre eux s’étaient accroupis. Tout devant se trouvaient Samuel et Benjamin. Le petit aveugle s’était assis familièrement sur les genoux de la jeune mère.

– Benjamin ! souffla Samuel. Faut pas te gêner ! Reviens !…
– Approche, toi aussi, Samuel, proposa l’époux de la jeune mère, qui se tenait à côté d’elle. Viens le voir. Et vous aussi, dit-il à la petite Marie et à Emmanuel qui avaient laissé Geneviève et Jean-Baptiste pour venir contem­pler l’enfant radieux.
– Comment il s’appelle ? demanda Samuel.
– Emmanuel, Dieu-avec-nous, répondit Marie, le visage illuminé. On l’appelle aussi Jésus, le-Seigneur-sauve.

À ce nom, Benjamin se tourna vers Samuel qui s’était accroupi à côté de lui. Il faillit lui ti­rer la langue, mais il sentit monter en lui une si grande vague de bonheur qu’il chercha la main de son frère et la prit dans la sienne. La petite Marie ne put retenir une exclamation. « Em­manuel ! Ça alors ! Comme mon frère ! »

Un peu à l’écart sur un petit tertre, Jean-Baptiste ne comprit pas pourquoi des larmes lui montaient aux yeux. Des larmes toutes simples, chaudes et douces sur ses joues. Un vrai bonheur. Il s’avança à son tour, prit place parmi les nomades, et s’assit, toute réticence vaincue.

Lui, l’esprit fort, le sceptique, lui qui sou­riait devant la foi (naïve, disait-il) de sa mère, lui qui estimait que si Dieu existait, il faudrait lui demander des comptes pour toutes les souffrances du monde, voilà qu’il rendait les armes sans combattre. Car ce que voyait Jean-Baptiste allait bien au-delà du nourrisson dans sa mangeoire. Ébloui, il contemplait une fres­que largement ouverte et suivait du regard cet enfant, fils de l’homme, Jésus Christ, dont le parcours terrestre s’achevait sur une croix. Ce qu’il ressentait, Jean-Baptiste ne l’avait encore jamais éprouvé. Aucune joie, aucun plaisir, même le plus intense et le plus fou, ne pouvait se comparer à cette émotion d’une extraordi­naire profondeur qui transcendait son être et le faisait vibrer sur des notes jamais entendues, imperceptibles à l’oreille humaine, et sur des lumières d’un éclat extrême… Jean-Baptiste, le temps d’une seconde, peut-être plus, peut-être moins, se sentit pris par Dieu et transporté dans l’extase.

Émerveillés qu’ils étaient, tous, par l’enfant de la crèche, personne ne vit Jean-Baptiste illuminé de l’intérieur, personne ne vit son corps devenir translucide pour s’effacer devant son âme qui répondait à Dieu. L’enveloppe se transfigurait pour laisser passer l’essence même de l’être, comme la chair d’une mère s’efface devant l’enfant qui vient au monde.

Le temps de cette extase, Jean-Baptiste comprit que l’homme est appelé à plus grand que lui-même. Au-delà de l’enfant minus­cule, d’une faiblesse extrême, il fut pénétré par l’amour, devint amour, uni à l’infinie puis­sance du Créateur qui ne demande qu’à aimer et être aimé.

Alors tout prit un sens. La naissance, la vie, la mort, le sourire d’un mendiant, l’éclat de lu­mière dans la prunelle de l’incroyant, l’ombre qui recouvre l’épaule du pêcheur et la folie de l’orgueil devant la vacuité de l’homme quand il se prend pour Dieu.

Durant ce temps infiniment petit par rap­port à l’infiniment grand, Dieu se glissa dans l’âme de Jean-Baptiste ; l’infiniment grand se faisant humble et aimant.

– Dis, murmura le souffle discret de Dieu, je t’invite. Répondras-tu à mon invitation ?
– Comment en serais-je capable ? s’entendit répondre Jean-Baptiste.
– Il suffit que tu le désires. Ton désir te don­nera des ailes.
– Alors oui, je le veux, répondit tout à la fois le commissaire, le mari et le père.

A suivre….

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© Jean-Michel Touche

 

Épisodes précédents :

Episode 1
Episode 2
Episode 3
Episode 4
Episode 5
Episode 6
Episode 7

Pour en savoir davantage sur Noël

JOYEUX NOËL

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Copyright 2012 JMT

Chaque année, plusieurs occasions nous sont proposées pour mettre nos pensées au clair, nous retirer un moment d’un quotidien de plus en plus oppressant, de plus en plus accéléré, de moins en moins réfléchi car il faut aller vite, même si nous ne savons pas où nous allons.

Alors prenons le temps de penser, rien que penser, en laissant nos préjugés de côté, quels qu’ils soient.

Croyants ou non, que cette fête de Noël nous apporte le désir de paix et de fraternité dont notre humanité a aujourd’hui tellement besoin !

AMIS, JOYEUX NOËL !

LA BIBLE POUR LES PLUS JEUNES

LA GRANDE HISTOIRE DE LA BIBLE
EN DESSINS ANIMÉS
Sur un scénario de Paule AMBLARD

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Il a fallu trois ans de travail pour la création de ce premier DVD de la Bible Animée.
Il ouvre une grande série consacrée à l’histoire des personnages de la Bible en présentant trois grandes figures :

Noé

noe

Daviddavid

                                                                                  et Jonasjonas

La réalisation extrêmement soignée est un merveilleux outil de culture biblique et d’éveil spirituel. L’image expressive et poétique est accompagnée d’un univers sonore très fouillé et du souffle de la musique qui nous font vivre l’histoire.
Des dessins animés à voir et à revoir.

Pour les enfants à partir de quatre ans.

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cp_bible_animee-modifie-3BONUS
Et en bonus dans ce DVD, 2 dessins animés d’Éveil à la Foi pour les tout-petits: L’Annonciation et La Nativité.

Et à télécharger gratuitement une très belle application pour Iphone, Ipad et tablettes Androïd, avec des jeux et des enseignements simples et ludiques pour l’adulte et l’enfant. Des heures de jeux pour s’approprier l’histoire biblique.

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Enteleki est une maison de productions chrétiennes. Fondatrice d’un studio de dessins animés, sa vocation est d’enseigner une tradition biblique sous une forme moderne pour les enfants de 4 à 100 ans.

  

CONTACT PRESSE
contact@enteleki.fr
enteleki@free.fr

http://www.enteleki.fr

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Comme les lépreux de l’évangile

Homélie prononcée par Gwenolé Jeusset(1), Franciscain, le 9 octobre 2016

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« On n’enchaîne pas la parole de Dieu » nous dit Saint Paul. Elle nous gêne parfois parce que nous sommes toujours tentés d’avoir un christianisme facile. On a la foi catholique, on n’a pas de peine à dire le credo, mais on oublie par exemple le sermon sur la montagne, ou le chapitre 25 de St Mathieu décrivant le jugement dernier sur l’accueil fait aux petits, aux étrangers. En ce moment, même certains  catholiques oublient qu’on n’enferme pas le christianisme dans des murailles de Jéricho, c’est un élan vers toutes les frontières à dépasser, en commençant par celle de soi.

 

bible-ancienneDans les deux lectures du jour ( Deuxième Livre des Rois, 5, 14-17, Naaman, le général syrien atteint de la lèpre  et  L’Evangile selon Saint Luc 17, 11-19, les dix lépreux guéris par Jésus) il est question d’un étranger : dans la première on nous parle d’un Syrien, – comme par hasard d’un  Syrien, et dans l’évangile, d’un samaritain.

Dans l’évangile, le Seigneur souligne la goujaterie de ses neuf compatriotes juifs et met en valeur, comme dans la parabole de Jéricho (mais ici dans un fait réel) un de ces êtres doublement exclus par les Israélites : lépreux et samaritain. C’est un message qui ne passait guère dans son temps mais aujourd’hui Jésus aurait peut-être encore plus de difficultés à oser tancer son entourage en disant que l’étranger est un modèle « Où sont passés les neuf autres ? ».

Pour nous, c’est un problème bien compliqué que l’afflux de personnes qui fuient la guerre et la misère, certes, mais l’évangile est là : l’étranger est notre frère, notre sœur, même quand ils gênent. « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli » recevez en héritage le royaume préparé pour vous… et celui qui ne les accueille pas est plutôt mal placé.

Parce que les hommes n’ont pas réussi à créer la paix civile dans beaucoup de pays, parce qu’on n’a pas réussi à donner les moyens de vivre au Tiers-Monde en lui payant à juste prix son minerai, parce que des dirigeants ont tenu en laisse leur peuple en s’enrichissant personnellement. On ne prépare pas un monde de paix pour les générations suivantes si on n’arrive pas à recevoir les réfugiés, dit le pape. Il faut sinon l’approuver, au moins l’écouter et entendre l’évangile que nous dit le successeur de Pierre :  « Si nous voulons la sécurité, donnons la sécurité ; si nous voulons la vie, donnons la vie ; si nous voulons des opportunités, donnons des opportunités. Le critère que nous utilisons pour les autres sera l’aune à laquelle le temps nous mesurera. (24 septembre 2015, discours devant le Congrès américain)»

 

Ce n’est pas nous qui pouvons résoudre le problème posé qui est immense, mais comment en parlons-nous ? Nous devons avoir un regard de compassion et encourager des mesures de compassion et de justice, nous ne pouvons pas suivre celles et ceux qui prêchent le rejet, sans trahir notre foi. Par expérience dans les pays où j’ai vécu, je sais que plusieurs sont rackettés parfois par leurs compatriotes. Je sais aussi que certaines gens, de chez nous, manquent de discernement, dans l’aide à apporter, mais cela ne peut être une excuse à ne pas changer notre regard si notre regard est un regard de rejet.

 

La parole de Dieu est parfois  comparable à un poil à gratter pour nous mener à Jésus. Le but, c’est lui et aujourd’hui si nous écoutons bien, nous sommes conduits au Christ via le prochain qu’on n’attendait pas.

Face au défi pour notre continent, nous sommes désarçonnés, nous nous demandons comment cela va se terminer. Nous sommes nous-mêmes comme les lépreux de l’évangile et comme eux nous devons nous tourner vers Jésus pour qu’il guérisse nos peurs et nous dise que faire. Et comme Naaman et le Samaritain, nous pourrons revenir sur nos pas en glorifiant Dieu à pleine voix.

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(1) : C’est en terre d’islam que le frère Gwenolé Jeusset a vécu l’essentiel de sa vie de prêtre.

img_38011Rencontre Sant’Egidio à Assise, 18-20 septembre 2016

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Alors, on critique l’Eglise de France ?

 

Souvenez-vous.
Il y a un peu plus de deux mille ans, une société s’est mise à cracher sur un homme. Ses paroles intriguaient et devenaient gênantes pour les bourgeois de la Foi. Déjà, on l’avait chassé d’une synagogue. Cela s’était passé à Nazareth. Certains, dit-on, avaient même voulu le jeter au fond d’un ravin. Vous ne me croyez pas ? Lisez Luc, chapitre 4, versets 14 à 30.

Avait-il été maladroit ? Avait-il utilisé des mots que personne n’avait voulu comprendre ?

A l’époque, les sondages n’existaient pas. Quel dommage ! Vous imaginez ce qui se serait passé, si 63% (1) des Hébreux avaient demandé l’éloignement total de ce fils de charpentier, un certain « Jésus » ? Cela aurait fait du bruit. Les seniors du Temple n’auraient pas eu besoin de se mettre en colère. Ce rabbi, un gars originaire de province en plus,  et ses sbires, les pauvres des milieux de basse classe du pays, n’auraient pas été accueillis à Jérusalem comme cela fut le cas. Le Service de Com du Temple aurait agi de telle manière que la foule, au lieu de disposer des manteaux et des rameaux en guise de tapis d’apparat et d’accueil sur leur chemin, aurait hué ce prétentieux ainsi que les malades, boiteux, indigents de toute sorte, et leur aurait rendu impossible l’accès à la capitale. On imagine de grands panneaux installés par les autorités avec ce message de la Communication Officielle : « STOP aux perturbateurs ! »

Le premier ministre du roi Hérode lui-même n’aurait pas manqué de monter sur une tribune afin de déclarer à l’aide d’un porte-voix : « Ce rabbi n’a qu’à prendre ses responsabilités ! » Entre nous, cela aurait pu déchaîner une rigolade générale parce que, justement, ce premier ministre qui avait affirmé vouloir aller jusqu’au bout d’une importante réforme sociale, n’était pas allé plus loin que le bout de ses pieds ! C’est vous dire la légèreté des propos des hommes politiques.

Enfin, passons !

Evidemment, le bouche-à-oreille local qui servait de presse à cette époque, faisant fi d’annoncer les caravanes pourtant nombreuses qui arrivaient à l’heure, n’aurait cessé de cracher sur ce gars vraiment embarrassant qui, non content d’avoir chassé les marchands affairés à vendre leurs bêtes aux pèlerins dans le Temple, les accusant d’en avoir fait « une caverne de voleurs », se permettait maintenant de guérir des aveugles et des éclopés, pour la plus grande joie des enfants qui s’écriaient « Hosanna au fils de David ». Fureur chez les maîtres de la loi. On les comprend. Quoi, une nouvelle expression de la foi ? Vous êtes malades. Et tous de vociférer. Peut-être que cela soulage ?

On les voit d’ici s’approcher du rabbi et lui lancer : « Dis-donc, toi, ça ne va pas, non ? Qui t’a chargé de faire ça ? » Pourtant ils n’osaient pas trop l’attaquer en face parce beaucoup de gens l’écoutaient et le suivaient, suspendus à ses lèvres.

Qui a eu l’idée de mettre la Com sur les rails ? Le doute subsiste. Toujours est-il que tous les moyens furent mis en œuvre. Sûr que si les grands quotidiens avaient existé à cette époque, ils se seraient acharnés en au moins six colonnes contre le rabbi. Et la population de Jérusalem, crédule comme on finit tous par l’être devant la presse, se serait retournée pour huer Jésus, exiger qu’on l’arrête, et crier au Garde des Sceaux : « Rendez-nous Barrabas », un type sinistre arrêté après un sacré coup de filet, auteur de multiples agressions, vols et tout ce que vous pouvez imaginer : l’ennemi publique numéro 1.

Sauf qu’après cette manif réunissant 63% de la population, c’est Jésus, le rabbi, qui passait pour l’ennemi public numéro 1. Incroyable, non ? Cet homme n’avait rien fait. La justice ne l’avait pas condamné. Mais la population, elle, l’avait fait. Pauvre foule, qui se laisse manipuler par la Com !

Cela fait penser à des événements d’aujourd’hui, vous ne trouvez pas ?

Bon. Je vous laisse faire votre enquête sur le sort réservé à Jésus. Allez-y, vous ne regretterez pas. Si vous n’avez pas de Bible, empruntez-en une à votre famille ou vos amis, et lisez des auteurs formidables : Matthieu, Marc, Luc et Jean. Si vous êtes dingues de spiritualité, choisissez plutôt Jean.
Vous allez voir, quand on réfléchit après les avoir lus, on est quand même rudement secoué par une vision des choses tout à fait nouvelle qui nous fait monter d’un cran dans l’adhésion à la vie, la Vraie Vie, celle qui est formidable, celle qui nous attend et que nous pouvons même découvrir depuis ici.

 

(1) Le Parisien du 20 mars 2016. : « Selon notre sondage, ils sont 63 % à estimer que l’archevêque de Lyon, visé par trois plaintes pour non-dénonciation d’agressions sexuelles, devrait démissionner en attendant que justice soit rendue. »

 

 

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