NEPAL – Janvier 1982 – Etape 3

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     Série de cartes postales. Les dernières roupies, par la même occasion, partent en petits cadeaux. Il me restera juste assez de monnaie népalaise pour, le jour du départ, payer le taxi, la taxe d’aéroport et placer les ultimes roupies dans quelque tronc d’œuvres.

Aujourd’hui, le temps n’a guère favorisé les sorties. Les nuages masquent les montagnes.

Départ cependant à 8h30, dans la voiture conduite par un Népalais. Première étape : Bhadgaon. Son ancien nom, Bhaktapur, figure encore sur certains panneaux.

Une fois franchie la porte qui ouvre sur le Durban (c’est à dire la place sur laquelle donne le palais royal, si J’ai bien compris les explications), on débouche sur une vaste esplanade où s’élèvent, outre le palais aux 55 fenêtres dont la partie supérieure n’est que dentelle de bois, une multitude de temples dont celui de Pashupatinath avec ses sculptures érotiques, le temple de Batsala avec ses cloches, le temple de Durga avec son escalier encadré de cinq paires de sculptures.

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Après avoir emprunté une petite rue étroite, on arrive sur une place où se dressent deux temples remarquables. L’un connu sous le nom de Nyatapola, est le plus haut temple du Népal. Le roi Bupatindra aurait demandé aux habitants de Bhadgaon de participer à sa construction et aurait lui-même porté trois briques pour donner l’exemple. Un exemple qui a galvanisé la population de la cité dont les membres ont dû, chacun, porter beaucoup plus que trois briques car autrement jamais le temple n’aurait acquis la fière allure qu’il conserve encore aujourd’hui.

Ici également, les marches qui accèdent à la partie sacrée de l’édifice (gravissant les 5 paliers qui en constituent le socle) sont encadrées de 5 paires de statues aux dimensions impressionnantes : Jaimal et Patta, lutteurs locaux, les éléphants, les lions, les griffons, puis deux déesses à tête d’animal (Singhini et Bahini). Et au-dessus, cinq toits en pagode. Le nom du temple (Nyatapola Deva) signifie paraît-il temple aux 5 étages.

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Le second temple s’appelle Bhaivaranath. Plus ancien que le premier il est également plus animé puisqu’à son pied les fidèles apportent en permanence leurs offrandes.

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Près du Bhaivaranath, des marchands vendent des pantalons et des vestes posés en vrac à même le sol. Des femmes passent. Elles portent des robes en tissu noir bordées d’un galon rouge et, par-dessus, un large châle d’étoffe blanche. Les plus jeunes sont souvent très belles.

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Je n’avais jamais remarqué comme aujourd’hui à quel point certains visages de femmes âgées de cette région évoquent ceux des lndiennes d’Amérique du Sud.

L’une des ruelles mène sur une nouvelle place où des potiers ont étalé leur production. Ailleurs ce sont des écheveaux de fil rouge. Enfin voici la place des temples Bhimsen et Dettatreya. A l’extrémité, un monastère hindou également appelé la maison des paons à cause de la présence répétée de ce motif dans la décoration des fenêtres. Depuis la terrasse, à l’étage, très belle vue sur la ville.

En quittant le monastère, je croise une procession. D’abord des enfants qui portent des bannières, puis viennent des musiciens et enfin des femmes vêtues de rouge, qui chantent en tenant dans leurs mains une offrande.

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Banepa, où nous nous rendons ensuite, ne mérite pas un détour. Nous continuons vers Dhulikhel d’où l’on voit en général toute la chaîne de l’Everest. Hélas il pleut aujurd’hui, les nuages encombrent le ciel et bouchent entièrement l’horizon..

A signaler que chaque fois que l’on passe sur un pont, le chauffeur (de religion hindoue) trace des signes sur son front avec ses doigts.

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Le voyage au Népal s’achève le lendemain matin. Kathmandu pleure sous la pluie. Dans un moment, l’avion s’envolera pour Bénarès et une autre découverte. C’était janvier 1982, c’était le Népal, c’était un monde différent, particulier par ses couleur, sa culture et sa beauté.

Que sont devenus les Népalais de cette époque ? Les enfants croisés dans les ruelles, sur les places et dans les monastères ont-ils été épargnés par le séisme des jours derniers ?

Bien que très bref, ce voyage comme tous les autres était une fenêtre ouverte sur un monde différent, beau, attachant. Un monde qui attend notre aide pour se reconstruire après le tremblement de terre qui vient de faire tant de victimes !

Mais que sont aujourd’hui devenus les enfants ?

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Pour revoir les deux articles précédents :

NEPAL – Janvier 1982 – Etape 1

NEPAL – Janvier 1982 – Etape 2

– Cliquer sur « Népal – carnet de voyage » pour voir un recueil de photos du Népal prises au cours de ce voyage.

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Texte et photos © Jean-Michel Touche

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NEPAL – Janvier 1982 – Etape 2

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     De bonne heure aujourd’hui, départ pour DAKSHINKALI. La route file et s’élève assez vite. Au passage on peut voir la Bagmati, rivière sacrée, sortir de la montagne par une étroite gorge qu’enjambe un pont suspendu. La légende raconte que cette gorge aurait été taillée par un certain Manjushri afin de laisser s’écouler le lac qui occupait toute la vallée de Kathmandu.

La brume voile le paysage et pourtant, au fur et à mesure que nous nous élevons (ce n’est toutefois pas encore la haute montagne) la vue devient de plus en plus saisissante, de plus en plus belle.

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Les villages Jalonnent la route: maisons de briques rouges ou ocres devant lesquelles s’étendent des terrasses semées de blé (alternant selon la saison avec le riz.) Parfois, c’est un champ de moutarde avec ses fleurs dorées. Au détour de la route voici brusquement la chaîne de l’Himalaya. Elle émerge du brouillard, masse illuminée par le soleil, impalpable, féérique… La découverte de ce panorama coupe le souffle.

La route continue de tourner. Sur la gauche, au creux d’une petite vallée, serpente un minuscule canal à peine plus large que les falajs omanais.

Enfin nous arrivons a Dakshinkali. Des pèlerins nombreux se dirigent vers le temple situé en contrebas. Ils viennent offrir à la déesse Kali le sang qui l’apaisera et leur assurera sa protection. Ils confient qui une chèvre, qui un poulet, à des bouchers qui officient dans une enceinte de petites dimensions. Une fois l’animal égorgé et le sang offert à Kali, les fidèles se retirent pendant que d’autres jettent des poignées de riz.

Sur la gauche, un curieux bas relief aux couleurs criardes représente un squelette au sexe en érection. Devant le sanctuaire de Kali, des prêtres récitent des prières à l’intention des gens qui le leur demandent. Ailleurs, c’est une petite salle où les pèlerins remettent leurs affaires en ordre.

Il y a là également deux sâdhus. Le premier est un adorateur de Shiva. Il porte un trident orné de clochettes et de morceaux de tissu. Il a tout à fait l’air d’un brave vieux, goguenard au possible. Il se met à danser devant moi, les yeux plissés et malicieux, en chantant une incompréhensible chanson. Un Népalais traduit: « Le sâdhu affirme que tu es très riche et que tu seras généreux… »  Ses yeux pétillent plus encore lorsque je lui donne ce qu’il espère et attend.

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L’autre sâdhu, immobile, littéralement « posé » sur un parapet, remue à peine les yeux. A côté de lui, dans une assiette, quelques images pieuses et des offrandes.

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Les pèlerins ne cessent d’affluer. Nombre d’entre eux, à l’exemple de cette femme, fument le hash..

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Sur la route du retour, arrêt en contrebas d‘un monastère et d’un temple bouddhiste (Khadoga Yogini). Photos d’un groupe d’enfants et de leur mère. Plus loin, voici Shikara Nayaran où un temple hindou côtoie un monastère bouddhiste. Deux jeunes moines vêtus de rouge me font visiter la salle de prière ornée de thang-kas (peintures sur soie). Au fond, la bibliothèque laisse entrevoir une quantité de livres assez grands et épais aux feuillets non pas reliés mais simplement pliés, écrits en Thibétain car il s’agit d’un monastère lamaïste.

Dernière halte de la matinée : Kirtipur. Un guide me fait visiter son village avec, pêle-mêle, un temple bouddhique, un temple hindo-bouddhique et un temple hindou.

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.Beaucoup de balcons très endommagés, mais Kirtipur m’a passionné car J’ai eu l’impression de voir vivre les Népalais, dans la rue comme dans le temple où des musiciens interprètent une musique sacrée pendant qu’est célébré un sacrifice. Je suis même étonné de voir des femmes se laver, la poitrine nue, sans la moindre gêne et sans paraître redouter l’air froid et piquant de ce mois de janvier.

L’après-midi, promenade assez longue à travers le village de Chapagoan. Tout comme à Kirtipur, j’ai l’impression de partager Ia vie de tous les jours des villageois. Chapagoan est moins beau que Kirtipur mais il est néanmoins intéressant de s’y promener. Beaucoup de très jeunes enfants me sourient et me lancent le seul mot d’ang1ais qu’ils connaissent: « bye bye ».

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. . . récit à suivre  en cliquant sur  NEPAL – Janvier 1982 – Etape 3

Pour revoir l’article précédent :  NEPAL – Janvier 1982 – Etape 1

Et pour voir un recueil de photos du Népal prises au cours de ce voyage, cliquer sur Népal – carnet de voyage

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Texte et photos © Jean-Michel Touche

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NEPAL – Janvier 1982 – Etape 1

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     Le récent séisme dont a été victime le Népal ravive le souvenir de ce pays où j’ai eu la chance de pouvoir me rendre voici maintenant plus de trente ans.

Parti du Sultanat d’Oman pour un périple plus vaste en Asie, Kathmandu était l’une des étapes importantes de ce voyage.

Du fond de la mémoire, éclairé par des photos dont les années ont beaucoup dégradé la qualité des films, a ressurgi la découverte de ce pays. Je voudrais la partager avec vous comme une sorte d’hommage au peuple népalais victime de ce violent tremblement de terre et des ces avalanches qui viennent de faire tant de victimes.

Voici donc le récit de cette découverte, en plusieurs épisodes. Vous excuserez la qualité des photos : il n’y avait aucun laboratoire photo en Oman. Il a fallu développer les films avec les moyens du bord, ils en ont souffert.

Depuis Mascate il fallait à peine un peu plus de deux heures d’avion pour gagner Dehli, davantage pour atteindre le Népal.

Après quelques jours passés à Dehli pour visiter la ville ancienne, je m’envolai le 23 janvier 1982 pour Kathmandu.

Le vol était moins saisissant que le trajet d’Amritsar (Pendjab) à Srinagar (Cachemir) au cours duquel l’avion perd peu à peu de l’altitude et se déplace à hauteur des parois montagneuses enneigées. Ici, point d’émotion de ce genre mais simplement la vision des terrasses aménagées au flanc des montagnes.

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Le temps d’accomplir les formalités de Police, de prendre un visa contre 144 roupies népalaises et de poser les bagages à l’hôtel, l’après-midi est déjà bien avancé. Mais comment résister à l’envie de commencer la découverte de Kathmandu?

La première visite sera pour Patan et Pashupatinath. Arrivé à Darbar square, c’est le coup de foudre. Cette place, de dimensions restreintes, rassemble des beautés mises en valeur par la foule népalaise dans laquelle se noient les quelques touristes présents.

Je manque de mots pour décrire ce que les photos feront, j’espère, avec plus précision. Et pourtant il faudrait s’arrêter des heures pour regarder ces bois sculptés, ces portes ouvrant sur le bain royal, ces statues en bronze doré, ces temples, ces divinités en bois, ces toits de pagodes en forme de branches de sapin. Cela pourrait être affreux… et c’est merveilleux. Il y a sur cette place un extraordinaire équilibre artistique.

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Patan, autrefois appelée Lalitpour, se trouve à six kilomètres de Kathmandu. C’était alors la capitale du Népal.

Pashupatinath, sanctuaire on l’on vénère Shiva sous la forme du sacrificateur, est situé de part et d’autre de la rivière Bagmati, bien que le temple principal s’élève sur la rive droite. Sur cette même rive, un peu en aval et après le pont, voici les gaths où se déroule une crémation. Un peu plus loin, un corps enveloppé d’un linge blanc attend qu‘un bûcher soit préparé pour se consumer dans une ultime purification. De l’autre côté de la Bagmati, sur les pentes de la montagne, quantité de petits temples entre lesquels se promènent des singes.

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Vendredi 29 janvier 1982

9h30 : départ de Kathmandu, à pied, en direction de Swayambunath (l’un des plus vieux sites bouddhistes du monde). Ce stupa possède à son sommet une flèche en métal doré formée de 13 cercles et d’une base sur les 4 faces de laquelle sont peints des yeux incarnant le regard de Bouddha.

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On l’aperçoit de loin puisqu’elle se trouve au sommet d’une colline. Pour y accéder à pied depuis l’hôtel, il faut couper à travers les rizières et autres cultures par un étroit chemin de terre à peine plus haut que les rizières. Il relie entre elles les maisons. Un vrai labyrinthe au milieu duquel, bien sûr, je ne tarde pas à me perdre !

Encouragée par la persévérance, la chance me sourit enfin : voici la route principale, il suffit de la suivre.

La suivre, facile à dire car elle monte dur. Et ce n’est pas fini : une fois parvenu au pied de Swayambunath ii faut encore gravir un sentier dallé que ponctuent, tous les 10 mètres environ, 2 ou 3 marches.

Les vrais pèlerins, eux, accèdent au stupa en empruntant un escalier de 360 marches qui aboutit sur ce que l’on appelle le « Uajra » (ou « Dorie » en Tibétain) qui symbolise « L’Ultime Vérité ».

Arrivés là, les pèlerins se prosternent, touchent le Uajra pour ensuite se prosterner devant les statues de Bouddha. Ils déambulent autour du stupa en faisant tourner les moulins à prières.

Des lamas font eux aussi le tour du stupa, vêtus d’une robe rouge. D’une main ils mettent en mouvement les moulins à prières et de l’autre, dans leur dos, ils tiennent un chapelet.

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A côté du stupa, un temple-monastère lamaïste. Et sur la droite, un temple hindou dédié A Sitala, la déesse de la petite vérole. Les fidèles s’accroupissent auprès d’un prêtre qui psalmodie des formules rituelles et oint leurs têtes. Le rite est long. Les fidèles déposent leurs offrandes puis allument de petites lampes à huile.

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L’atmosphère est à la gaieté. Les enfants, souvent le derrière à l’air, jouent, pourchassent parfois les chiens mais jamais les singes. Ces derniers sautent sur les petits édifices religieux, chapardent les grains de riz offerts à Bouddha et se les disputent.

Les inévitables marchands de merveilles vous proposent toutes sortes d’articles y compris et même assez souvent du hash comme ailleurs on vous vendrait des glaces à la vanille ! Parmi eux, un vieux bonhomme tâche de vendre un petit moulin à prières pas bien joli. Un autre, appelé « Gainé », propose un violon de poche (un « saranghi »).

Au bout de deux heures et demie, retour à l’hôtel. L’après-midi, confirmation du billet Kathmandu—Bénarès auprès d’Air India puis flânerie dans les vieux quartiers. A présent, l’offre de drogue se fait plus insistante, de même que celle d’articles artisanaux (cadenas, poignards et naturellement statuettes de Bouddha.)

Promenade dans le marché aux légumes, entre le temple de Laxmi Narayan, le Kastamandir, le Nasal Devata au rez-de-chaussée duquel se trouve un marchand dans une échoppe, et le Biccha Bahal, ancien monastère. Le spectacle de la rue est étourdissant, tant par les formes et les couleurs, que les sonneries de bicyclettes et les klaxons des voitures.

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Revenant en arrière après une longue marche dans Bhimsentan, je me dirige vers le temple de Bhimsen, celui de Vishnou Mandir puis celui de Siva et Parvati. Le chemin vers Markham Tole passe devant les temples de Krishna Mandir, Kala Bhairava, Indra, Vishnou Narayan, Kakheswara et Mahendreshwar.

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NEPAL – Janvier 1982 – Etape 2

NEPAL – Janvier 1982 – Etape 3

Et pour voir un recueil de photos prises au cours de ce voyage, cliquer sur Népal – carnet de voyage

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Texte et photos © Jean-Michel Touche

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