LA MANTE RELIGIEUSE (film de Nathalie Saracco)

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Un film tout à fait exceptionnel !

(Sur les écrans à partir du 4 juin 2014)

 

 

LE SUJET

Jézabel, jeune femme au regard très étrange, bisexuelle, artiste, rejette le monde, rejette l’existence, se rejette elle-même et se méprise. On verra d’ailleurs à l’écran la trace laissée par une tentative de suicide. Elle semble n’être autre chose que la personnification du mal.

Le père David, qu’elle rencontre à l’occasion du décès de son père, semble au contraire, avec ses faiblesses dont il prend conscience et dont il pleure devant Dieu, n’être autre chose que la personnification de l’amour et du bien. Mais pas n’importe quel amour : celui qui vient de Dieu et que le Père David lui rend de tout son être.

La rencontre de la jeune femme et du prêtre est une spirale à la fois violente et passionnante.

N’en disons pas davantage sur l’histoire afin que vous découvriez par vous-mêmes ce récit hors du commun.

 

LE FOND

Le tourbillon qui se forme, à la manière dont se forment les cyclones, emporte Jézabel et le Père David – et nous-mêmes, spectateurs – dans une sorte d’entonnoir. Les premières scènes paraissent plutôt trash mais sont nécessaires pour nous mettre à l’unisson de ces deux personnages. Peu à peu, cet entonnoir se rétrécit. La partie romanesque de l’histoire se fond jusqu’à disparaître pour nous entraîner au plus profond de Jézabel et du Père David, au plus intime, jusqu’à leur âme.

Car c’est bien là que se situe la performance, l’excellence de ce film : il nous conduit dans les âmes de deux êtres profondément vivants, l’un par le bien l’autre par la tentation et un mal-être agressif. Il nous plonge dans les racines de la misère humaine mais aussi de la miséricorde.

Miséricorde : « La miséricorde ne craint pas d’approcher l’être en proie au vice ou tombé dans la déchéance ; elle ne redoute ni la contamination ni le qu’en dira-t-on. Elle ne classe jamais le pécheur dans l’irrécupérable ; elle ne désespère pas en désespérant de lui ; elle lui redonne constamment sa chance sans limitation. » (Théo, édition 2009, page 899c)

Autre définition (Littré édition de 1882) : « Sentiment par lequel la misère d’autrui touche notre cœur. »

Misère de l’être humain… miséricorde de Dieu. C’est magnifique !

Le visage de la miséricorde surgit dans la nuit, tout à la fin… mais voyez-le par vous-mêmes.

 

LA REALISATION

Une mise en scène qui porte plus que tout sur les regards, celui surprenant et tueur de Jézabel (remarquez bien ses yeux, c’est assez exceptionnel…) et celui, lumineux, du père David.

Des acteurs possédés par les personnages qu’ils incarnent.

Des moyens subtils pour nous faire comprendre le caractère totalement déjanté de Jézabel grâce à ses tableaux (assemblements de traits et de couleurs donnant l’impression de cassures rassemblées pour former des visages ou des corps aussi déjantés que la peintre), des moyens subtils également pour nous faire approcher de la miséricorde grâce au visage sublime et d’absolue bonté de Geneviève Casile en Mère Supérieure d’un couvent de Carmélites.

 

CE QU’IL FAUT SAVOIR

Présentant son film lors d’une projection en avant-première au cinéma Saint-André des Arts, le 3 juin, Nathalie Saracco parle de l’expérience proche de la mort qu’elle a connue à la suite d’un dramatique accident de voiture, expérience dont elle est sortie profondément marquée et désireuse d’exprimer le plus profond d’elle-même : sa foi.

En douze jours elle écrit le scénario de « La mante religieuse », cherche un financement libre qui ne l’obligera pas à modifier son film pour le rendre commercial mais lui permettra au contraire d’aller jusqu’au bout de ce qu’elle tient à dire.

Ce film magnifique, qui met le spectateur en présence de ses propres forces et faiblesses, sans jugement, sans contraintes, mais au contraire le laisse libre dans la manière dont il recevra le message, a marqué la jeune Mylène Jampanoï (Jézabel dans le film) : enceinte, elle a décidé qu’elle ferait baptiser son enfant et qu’elle se ferait baptiser le même jour.

 

Quelques liens pour en savoir plus sur ce film, et notamment les acteurs :

KTO (Un cœur qui écoute)    Première     Le Figaro     Allociné

Voir aussi l’article de Caroline de Fouquières.

J.M.T.

VOUS N’AVEZ ENCORE RIEN VU

… Surprenant Alain Resnais !

Sorti le 25 septembre dernier, VOUS N’AVEZ ENCORE RIEN VU ne paraît pas avoir soulevé l’enthousiasme des spectateurs, puisque seulement la moitié d’entre eux semble l’avoir aimé, certains parlant même d’ennui.

Il s’agit pourtant d’un film qu’on pourrait qualifier de « rare » car il ne ressemble à rien, dans lequel il faut se laisser aspirer sans résistance (les plus anciens se souviendront de « L’année dernière à Marienbad »), entrer dans cette pensée intrigante, curieuse, sans vouloir à tout prix comprendre où nous mène ce récit tiré d’ « EURYDICE », une pièce de Jean Anouilh.

Chacun peut le ressentir à sa manière, l’aimer ou non.

A partir du mythe d’Orphée et Eurydice, l’éternelle histoire de l’amour à la fois si lointain et si proche se noue sous nos yeux. Découverte de l’émoi qui naît soudain, sans raison dirait-on, et sans qu’on en devine l’origine, mis en évidence par des liens anciens qui peuvent bouleverser, voire blesser jusqu’à la mort, quel que soit l’âge et le moment de la vie où se révèlent ces émotions. La manière d’exprimer ce récit à trois couples (et parfois quatre, impossible de vous dire comment, il faut voir le film) est certes déroutante si l’on prend l’intrigue au pied de la lettre. Peut-être le réalisateur a-t-il voulu souligner ainsi le caractère éternel et universel de cette énigme qu’est l’amour ?

« VOUS N’AVEZ ENCORE RIEN VU » ne se raconte pas. Il faut le voir, on pourrait même dire le vivre.

Oui, chacun peut y sentir ses propres battements de cœur. Voilà la grandeur de ce film à la mise en scène troublante, dérangeante, porté par le jeu superbe des acteurs : Pierre Arditi, notamment, mais aussi le remarquable Mathieu Amalric, et surtout Anne Consigny dont les yeux possèdent une extraordinaire puissance d’évocation, à travers la manière dont ils sourient, dont ils pleurent et dont ils évoquent cet amour qui restera toujours un don mystérieux.

Quand toute la salle (clairsemée il est vrai) reste assise et silencieuse durant le générique de fin en écoutant Sinatra chanter « It was a very good year« , comment douter de l’émotion qui agite encore les spectateurs ?

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(Cliquer sur le titre de la chanson pour l’écouter)

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