LA COLLINE DE PASSY ET SON MUSEE DU VIN

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Caché derrière une fringante façade à l’Italienne, logé dans des salles voûtées et des galeries au charme étrange, niché là où on ne l’attend pas, au fond de la rue des Eaux, le Musée du Vin est l’héritier de plusieurs siècles d’Histoire.

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Etrange colline de Passy ! Fermons un instant les yeux et rêvons, oubliant voitures, vitrines et piétons. Rêvons à ces années lointaines où les vignes couvraient en partie le domaine du couvent des Minimes, cet ordre fondé au XVème siècle par François Martorille, plus connu sous le nom de Saint François de Paule. Qui s’en souvient encore ? Pourtant, le clairet que produisaient les moines était un vin de qualité que Louis XIII appréciait, croit-on savoir, particulièrement quand il rentrait de chasse.

Copyright 2012 JMT

Pendant que le raisin mûrissait au soleil, les carriers, des mètres et des mètres plus bas, s’enfonçaient dans la roche. Armés de pic, ils creusaient des galeries au cœur-même de la colline et y taillaient des pierres dans le calcaire pour la construction de Paris.

 

Rêvons encore. Tandis que les carriers poursuivent leur travail, continuant de ronger la colline et d’y laisser de vastes carrières, les moines du couvent utilisent ces cavités pour y loger le fruit de leurs vendanges. Aménageant en celliers ce qui n’était jusqu’alors que des trous dans la roche, ils y placent leur vin et le laissent vieillir.

Copyright 2012 JMT

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Rêvons toujours, c’est permis, et tâchons d’imaginer la stupéfaction des ouvriers qui perçaient une rue en bas de la colline, lorsque soudain, sous leurs yeux ébahis, jaillirent les eaux d’une source jusqu’alors inconnue qui allaient donner son nom à cette nouvelle voie et, au fil des années, faire la richesse des thermes de Passy. Car on les disait « martiales », ces eaux, ferrugineuses et laxatives, et plus particulièrement recommandées dans les cas avérés de stérilité.

 

Arrive le temps de la Révolution. Les moines doivent quitter le couvent. Le raisin ne mûrira plus, sur les terres abandonnées du couvent. Fouettées par le vent, figées par le froid puis desséchées par le soleil, les vignes ne tarderont pas à disparaître. Les celliers s’endorment, s’enfonçant dans l’oubli. Les carrières aussi : il ne reste plus guère de roche à tailler dans les soubassements de la colline. Quant aux sources thermales, elles vont peu à peu se tarir, entraînant vers 1868 la fermeture définitive des Eaux de Passy dont on ne trouvera plus la moindre bouteille en pharmacie.

 

LE MUSÉE DU VIN, GARDIEN DES TRADITIONS

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Logé dans les anciennes carrières, le Musée du Vin est l’héritier de ce passé dont il conserve même un puits, témoin des sources thermales.

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Là où les moines d’autrefois conservaient leurs meilleures bouteilles, la Confrérie des Echansons de France a, voici plus de vingt ans, aménagé un musée dans l’esprit de ces musées des Arts et Traditions Populaires. Fidèle aux traditions, elle nous fait découvrir à travers des vitrines animées par des personnages de cire et des outils traditionnels, toutes les étapes nécessaires à la production et l’élevage du vin, depuis l’épierrage et le défonçage des sols jusqu’à l’examen de sa limpidité dans ces admirables taste-vin de bois, de faïence, d’étain et même d’argent, que les dégustateurs portaient ensuite délicatement à leurs lèvres. Sans oublier le spectaculaire foulage. Il se faisait autrefois à pied d’hommes ou de femmes qui enfonçaient leurs jambes nues dans la cuve et piétinaient le raisin pour en libérer le jus.

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Parmi les scènes qui nous attendent, figure celle de la classification des vins du Médoc et du Sauternais, (ainsi que le château Haut-Brion, dans les Graves), effectuée à la demande de Napoléon III, en 1855, et qui demeure en vigueur de nos jours, bien que parfois remise en question !

 

Là ne s’arrêtent pas les activités de ce musée différent des autres, qui dispose d’un restaurant et, bien sûr, d’une boutique. Car il propose également des cours de dégustation, véritables parcours initiatiques grâce auxquels on apprend à connaître la lente alchimie et la noblesse du vin qui n’est plus alors simple boisson à boire, mais fruit de la vigne et du travail des hommes dont on se prend à découvrir la couleur et la brillance, percevoir les arômes et goûter les saveurs.

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Texte et photos © Jean-Michel Touche

Article paru dans Passy Notre-Dame en mai 2009.

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JOYEUSES P Â Q U E S

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Blog  Le 3eme jour -1

Soyez en joie car,

même si le ciel est sombre,

La Lumière illuminera le monde.

 

Photos © Jean-Michel Touche

DERNIERES SOLDES

Dernières soldes d’hiver !

Espérons qu’il y en aura pour tout le monde ! . .

AV Fumier

 

Attention : retour marchandise impossible,
prenez vos précautions !

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Photo © Jean-Michel Touche

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Maraude du 13 janvier 2016

Copyright  2012 JMT

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Maraude à la fraîche, ce soir.

La température retrouve ses habitudes hivernales et le froid s’est installé lorsque nous partons, Aude au volant de sa voiture, Judith chargée de ce qu’elle a préparé pour le dîner de nos amis sans-abri, Thibaut venu découvrir ce que sont les maraudes, et Jean-Marie.

Maraude fraîche peut-être, mais « maraude aux chaussures » ! En effet, un chausseur-cordonnier de la rue du Faubourg St-Honoré m’a remis, la semaine dernière, trois paires de chaussures quasiment neuves (tailles 41, 42/43 et 43/44), pour nos sans-abri, après que je lui aie demandé au culot s’il n’avait pas « des ratés de fabrication ou des chaussures invendables. » Nom du magasin : « Le Bottier de Saint Germain », 201 rue du Faubourg Saint-Honoré (8ème). Qu’il soit chaudement remercié !

 

° ° °

Mais revenons à notre tournée.

Personne sous l’arcade de l’immeuble à l’angle de l’avenue Paul Doumer et de la rue Scheffer. Paulo, que nous avions vu mercredi dernier, a déserté la place (à moins qu’il n’ait décidé d’arriver plus tard, mais cela serait contraire à ses habitudes.)

Poursuivant notre itinéraire, Aude passe place d’Iéna : personne sur les bouches de chaleur devant le musée Guimet. Nous allons donc au Palais de Tokyo où, sous le péristyle, nos amis polonais peuvent s’abriter du vent et de la pluie.

Emile, assis sur un fauteuil de bureau un peu déglingué, discute avec Polleck à moitié emmitouflé dans son sac de couchage. Allongé devant la grande vitre voisine, Adam s’est comme envolé dans ses rêves.

Emile parle sans arrêt, pas toujours compréhensible car, désirant s’exprimer trop vite, il bégaie un peu. Quant à Martin, parti se restaurer aux Invalides (Restau du Cœur ?), il revient quelques minutes plus tard, en pleine forme. La soupe d’Aude et les petits plats spécialement préparés par Judith font des heureux. Il est vrai que ce soir le contenu des sacs est plutôt abondant… et appétissant. Quant aux chaussures, une première paire trouve preneur en la personne d’Emile, ravi de cette aubaine.

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° ° °

Quittant le Palais de Tokyo, nous prenons la direction de l’avenue Victor Hugo. Premier arrêt devant LCL. Surprise : Georges est parti depuis quatre jours. Sans doute a-t-il trouvé une solution car, la semaine précédente, il n’avait pas encore assez d’argent pour payer le bus pour la Roumanie. Franck n’est pas encore arrivé. Seuls Florian et Lionel occupent les lieux. Calme et souriant, Florian se redresse et commence à converser tout en acceptant le contenu des sacs, mais toujours avec modération. La plus grande paire de chaussures le met en joie, il se l’approprie immédiatement : le 43/44 lui convient parfaitement.

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De l’autre côté, Lionel, récemment revenu en France, sourit lui aussi comme à son habitude. Mais un sourire plus timide qui semble masquer quelque chose. Lorsque nous lui demandons des nouvelles de ses enfants, son visage s’allonge et se raidit.

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deux petites photos de son petit garçon et sa petite fille, il nous fait comprendre qu’il a très récemment perdu sa mère et que ses enfants, qui lui étaient très attachés, ne cessent de pleurer en pensant à elle.

– Vous leur téléphonez souvent ? lui demandons-nous.

De la tête Lionel fait signe que non.

– Pourquoi ?

– Pas d’argent pour acheter une carte de téléphone, parvient-il à expliquer.

Sa tristesse fait mal au cœur. Comment peut-il y avoir de telles différences entre les hommes, certains bénéficiant de tout, d’autres ne disposant de rien ? Nous lui donnons un peu d’argent pour lui permettre d’acheter cette carte grâce à laquelle il pourra parler avec ses enfants. Son visage change une fois encore. Ses yeux se remplissent de larmes qu’il s’efforce de retenir et dans son émotion il se confond en remerciements, prends nos mains et les serre avec affection. Nous ne sommes pourtant pas les sauveurs du monde !

C’est gênant de se faire remercier de cette manière, pour si peu. Ces deux ou trois minutes que nous venons de vivre font penser à une fenêtre qui s’ouvrirait pour nous faire pénétrer au cœur d’un homme. Il n’y a plus de sans-abri d’un côté et de gens du 16ème de l’autre, seulement une sorte d’arc en ciel entre des êtres humains. Cela se vit mais ne s’explique pas…

 

° ° °

 

Etape suivante : Philippe devant Zara Home. Au passage, nous constatons que les vitres de la cabine Autolib sont presque totalement détruites.

Jamais Philippe n’a parlé avec une voix aussi brouillée. Le comprendre relève du défi à l’audition. Pourtant nos relations de longue date nous aident à interpréter ce qu’il nous annonce.

– J’ai un cancer. Du coup, c’est du rouge, du rouge, du rouge.

Il ne donne cependant pas l’impression d’avoir bu. A Thibaut il précise que, en plus de ses années de prison d’autrefois, il lui en reste une grosse cinquantaine à faire. Voilà sa vie telle qu’il la voit.
Pourtant Philippe aime rire et nous ne nous en privons pas, les maraudes devant être un moment de joie et non de tristesse. Inévitablement lorsque nous tentons de partir il octroie aux dames un élégant baisemain.

– Les dames ont de la chance, Philippe.

Aussitôt Thibaut et moi avons droit à un baisemain quasiment royal. Comme ça, pas de jaloux !

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° ° °

Quelques photos avec Aude et Judith avant de reprendre le cours de la maraude pour nous approcher de David. Mais comme la semaine précédente David dort profondément, arrosant le quartier d’un ronflement d’une sonorité exceptionnelle qui pourrait rivaliser avec les percussionnistes de Strasbourg. Inutile de le réveiller, d’autant que nous commençons à avoir froid.

Après avoir déposé à côté de lui œufs durs et petits fromages, nous traversons pour rendre visite à Vali et Sanders devant Pietaterre, en l’absence de Maria et Paul retournés voir leurs enfants en Roumanie pour les fêtes. Vali ne paraît pas bien gai. Il passe ses journées seul dans le quartier, à faire la manche et à revenir le soir devant Pietaterre. Heureusement pour lui, Sanders vient lui rendre visite en début de soirée. Sanders qui garde un souvenir formidable du dîner du 17 décembre à la mairie du 16ème et qui est ravi de la photo qui lui est remise, où il se voit en grande conversation avec sa voisine.

° ° °

 

Le temps passe, le froid perdure, nous nous en allons pour un dernier arrêt avenue Kléber. Peu de monde au village roumain de Cap Gémini : seulement Maria la grand-mère avec de l’autre côté Nick et son épouse. Maria s’est entourée la tête d’écharpes noires pour se protéger du froid. On pourrait croire qu’elle porte le voile mais ce n’est pas le cas.

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Nick essaie la paire de chaussures qui reste. Elle lui va à merveille et il lui attribue tous les compliments qu’il connaît en français.

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Nous distribuons presque tout ce qu’il reste dans les sacs avant de les quitter.

C’est la fin de la maraude, il n’est pas très tard mais il ne fait vraiment plus très chaud et Aude nous conduit sur le chemin du retour.

 

° ° °

 

Cette soirée a été à la fois un moment de rigolade (comment qualifier autrement notre conversation avec Philippe ?) et d’émotion avec la réaction de Lionel. C’est le mystère de ces maraudes dont il est impossible de revenir indifférent.

Merci à Aude, Judith et Thibaut pour leur implication pleine de sensibilité.

Copyright 2012 JMT

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Photos ©Thierry L. et Jean-Michel Touche
Texte © Jean-Michel Touche

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Remarque :  les noms des maraudeurs ont été modifiés.

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FRANCE, JE T’AIME !

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Ce qui vient d’arriver en plein cœur de Paris
Eveille en moi une impression étrange et neuve,
Souvenirs par milliers comme un immense fleuve,
Des sourires partout pour saluer la vie.

Alors je sens, Ô mon pays, combien je t’aime !

Je revois comme un hymne ce qui m’a façonné :
Les routes, les montagnes, les côtes de la mer,
Les vagues, les brebis, les vaches dans les prés,
Même les pins des Landes dont j’étais si fier.

Alors je sens, Ô mon pays, combien je t’aime !

Avec tes campagnes, tes levers de soleil,
Tes ruisseaux poissonneux et tes jours de brouillard,
Tes artistes nombreux au service de l’art,
Tout ce qui, dans la vie fait que l’on s’émerveille,

Tout, la France, l’amour, la beauté des regards,
La main qui vient aider celui qui n’y voit plus,
Et les yeux qui se posent, souriants et émus
Sur un enfant nouveau, peut-être un peu braillard.

Ô France, mon pays, je t’aime !

Je revois les montagnes émergeant de la brume,
Se dressant vers le ciel pour chercher à comprendre
D’où vient cette beauté vers laquelle on veut tendre,
Comme un cierge nouveau que notre main allume.

Ô France tu es belle et je t’aime !

Je vois des souvenirs venant de ma jeunesse
Me prendre par la main pour me faire comprendre
Ce qu’il y a de beau et que l’on doit défendre,
Ce qui marche en avant et demande promesses.

Ô France, je promets que je t’aime.

Je vois les champs de vignes et les arbres fruitiers,
Je me sens appelé par tous les territoires,
Ceux qu’on voit le matin et ceux qu’on voit le soir,
Comment croire qu’un jour on pourrait t’oublier ?

France, Je t’aime.

Tu es mon pays, mes racines et ma terre,
Tu es mon ciel d’étoiles autant que mon soleil,
Tu es mon espérance, je ne peux plus le taire.
Lorsque je pense à toi, tu sais, je m’émerveille.

Alors je sens, Ô mon pays, combien je t’aime.

J’ai vu des bidonvilles à la fin de la guerre,
Des gens vivant de rien, aujourd’hui comme hier,
Des gens tendre la main pour demander de l’aide,
Un peu, tout petit peu de ce que l’on possède.

J’ai vu des gens âgés, d’autres encore enfants
Donner ce qu’ils avaient à tous ces malheureux.
Parfois rien qu’un sourire. C’est peut-être très peu,
Mais une merveille pour tous les indigents.

J’ai vu pousser le blé sous le plus beau soleil,
J’ai vu d’énormes plaies après de lourds orages,
J’ai vu également la beauté des abeilles
De pétale en pétales, de vols en effleurages.

Ô France, si tu savais à quel point tu es belle !

J’entends sonner encore les cloches des églises,
Les cris de vie de nos enfants dans les écoles,
Les échanges parfois de trop vives paroles
Qui poussent les bavards à de lourdes sottises.

Pourtant par-dessus tout, Ô France mon pays,
L’amour pousse partout, qu’il suffit de glaner.
Si quelques fous furieux cherchent à nous tuer,
Ils sont bien plus nombreux tous ceux qui nous envient !

La langue de Molière est celle de mes frères,
Qu’ils soient d’anciens Français ou des Français récents.
Une langue qui dit, quel que soit notre accent,
Soyez heureux, amis. C’est un vœu très sincère.

Ouvrons nos cœurs à tous, sachons les accueillir,
Partageons notre histoire avec celle des autres,
Echangeons nos idées, aidons-nous à sourire,
Pour que mon bonheur, amis, soit aussi le vôtre.

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Oui France que j’aime, que tu sois brune ou blonde,
Sache que tu es le plus beau pays du monde !
T’aimer pour ton passé et pour ton avenir
C’est aujourd’hui cela que je tiens à te dire !

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Texte et Photos © Jean-MichelTouche

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Paris la nuit, moment de vie

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C’est une nuit de printemps, une nuit de mai.

Discret, un croissant de lune orne l’obscurité du ciel au-dessus de Paris. Un air limpide rehausse la lumière.

Il y a foule. On parle fort, dans toutes les langues, on traverse, on marche à grands pas, on regarde, on s’étonne, on admire. Beaucoup de monde sur les quais. Trouver une place pour une voiture relève de l’impossible. Et pourtant, en voilà une. Après d’interminables zigzags dans les rues étroites de l’Île de la Cité et de l’Île Saint-Louis, maigrement éclairées par de bien timides réverbères, voilà la place rêvée, au bout du parvis de Notre-Dame. Etroite, peut-être, et petite, mais ce n’est pas le moment de faire le difficile.

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Cinq minutes plus tard, c’est le bord de Seine. Adieu les gesticulations sur les trottoirs envahis. Assis à même les quais, certains presque les pieds dans l’eau tant ils sont prêts du fleuve, discutent, boivent, écoute un ami qui gratte la guitare. Quelques mètres plus loin, formant un cercle, une dizaine de jeunes discutent sur les sujets qui les préoccupent, tout en buvant je ne sais quoi et en grignotant leurs sandwichs.

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Paris prend un aspect mystérieux, superbe, vu depuis la Seine qui s’agite et frémit au passage des bateaux-mouches. Plus encore en passant sous les ponts. On dirait un autre monde. Les couples que l’on croise s’adorent pour la vie, et l’on se sent gêné de passer si près d’eux. Tout pour ne pas être indiscret. Ils s’en fichent et restent dans leur bulle, indifférents à tout sauf à leur amour. Passez, bateaux-mouches, ils vous ignorent !

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Plus loin, originaires d’Afrique, deux hommes rigolent en voyant un photographe.
– Tu nous prends en photo, dis donc ?
– Pourquoi pas ? Mais ça serait mieux avec du soleil.
D’autant que nous nous trouvons dans un passage des quais totalement obscur. Je ne vois rien !
– C’est vrai, ça serait mieux avec du soleil » commentent-ils en riant.

Ils ont ce rire si gai, si entier, si jovial, parfaitement inimitable des Africains, qui faisait mon bonheur lorsque je vivais au Congo. Un rire plein de joie et communicatif ! Nous rions tous les trois.

– Nous, on est nés ici, » indique l’un des deux hommes. Puis il tire son chapeau et m’octroie un salut tout à fait théâtral. Nous nous serrons la main, et les deux amis continuent leur promenade pendant que je prends le chemin inverse.

– Ils sont drôles !

Surpris, je regarde l’homme qui vient de s’exprimer. Un jeune (vingt-cinq ans trente ans ?), en chemisette, une canette de boisson à la main, Coca-cola ou autre chose, je ne sais pas. Et nous voilà partis tous les deux. Quand je lui demande s’il habite Paris, il me répond:

– Non. Je suis Algérien. Une partie de ma famille habite en Algérie, comme moi, une autre en France. Je viens souvent la voir. » Il se tait puis ajoute « En général je vais à Lyon. »

Alors il part dans un long monologue. Nous ne nous connaissons pas, pourtant il me dit tout sur sa famille, ou presque. Il parle avec déférence de son grand-père, Algérien bien sûr, qui, après la deuxième guerre mondiale, a combattu au Vietnam aux côtés de l’armée française. Revenu gravement blessé aux deux jambes, il s’est retrouvé sans rien, vivant très pauvrement, sans être reconnu pour son courage.

– Et puis un jour, sourit mon interlocuteur, il a reçu la Légion d’Honneur. Une vraie joie.

Il est très fier de m’annoncer cela. Je lui réponds qu’il a raison.

Encore dix ou vingt mètres et nous arrivons devant les marches qu’il faut emprunter pour remonter sur les quais d’en-haut.

– Monsieur, me dit-il, je m’appelle Salah (Droit, loyal). Et vous?
– Moi, c’est Jean-Michel.

Il me sourit, me tend la main. Nous nous quittons, sans doute pour ne plus nous revoir. Pourtant, de ces deux rencontres inattendues, lui et les Africains, je conserve un souvenir joyeux. Peut-être rirez-vous, mais c’est cela la vie à laquelle nous sommes invités. De l’écoute, du respect mutuel, un partage simple sur les choses simples de la vie, un moment de bonheur tranquille que je voulais partager avec vous, lecteurs du blog !

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Pour voir l’ensemble des photos prises durant cette promenade nocturne le long de la Seine, cliquer sur PARIS LA NUIT (bords de Seine)

Texte et Photos © JMTouche

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NEPAL – Janvier 1982 – Etape 3

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     Série de cartes postales. Les dernières roupies, par la même occasion, partent en petits cadeaux. Il me restera juste assez de monnaie népalaise pour, le jour du départ, payer le taxi, la taxe d’aéroport et placer les ultimes roupies dans quelque tronc d’œuvres.

Aujourd’hui, le temps n’a guère favorisé les sorties. Les nuages masquent les montagnes.

Départ cependant à 8h30, dans la voiture conduite par un Népalais. Première étape : Bhadgaon. Son ancien nom, Bhaktapur, figure encore sur certains panneaux.

Une fois franchie la porte qui ouvre sur le Durban (c’est à dire la place sur laquelle donne le palais royal, si J’ai bien compris les explications), on débouche sur une vaste esplanade où s’élèvent, outre le palais aux 55 fenêtres dont la partie supérieure n’est que dentelle de bois, une multitude de temples dont celui de Pashupatinath avec ses sculptures érotiques, le temple de Batsala avec ses cloches, le temple de Durga avec son escalier encadré de cinq paires de sculptures.

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Après avoir emprunté une petite rue étroite, on arrive sur une place où se dressent deux temples remarquables. L’un connu sous le nom de Nyatapola, est le plus haut temple du Népal. Le roi Bupatindra aurait demandé aux habitants de Bhadgaon de participer à sa construction et aurait lui-même porté trois briques pour donner l’exemple. Un exemple qui a galvanisé la population de la cité dont les membres ont dû, chacun, porter beaucoup plus que trois briques car autrement jamais le temple n’aurait acquis la fière allure qu’il conserve encore aujourd’hui.

Ici également, les marches qui accèdent à la partie sacrée de l’édifice (gravissant les 5 paliers qui en constituent le socle) sont encadrées de 5 paires de statues aux dimensions impressionnantes : Jaimal et Patta, lutteurs locaux, les éléphants, les lions, les griffons, puis deux déesses à tête d’animal (Singhini et Bahini). Et au-dessus, cinq toits en pagode. Le nom du temple (Nyatapola Deva) signifie paraît-il temple aux 5 étages.

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Le second temple s’appelle Bhaivaranath. Plus ancien que le premier il est également plus animé puisqu’à son pied les fidèles apportent en permanence leurs offrandes.

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Près du Bhaivaranath, des marchands vendent des pantalons et des vestes posés en vrac à même le sol. Des femmes passent. Elles portent des robes en tissu noir bordées d’un galon rouge et, par-dessus, un large châle d’étoffe blanche. Les plus jeunes sont souvent très belles.

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Je n’avais jamais remarqué comme aujourd’hui à quel point certains visages de femmes âgées de cette région évoquent ceux des lndiennes d’Amérique du Sud.

L’une des ruelles mène sur une nouvelle place où des potiers ont étalé leur production. Ailleurs ce sont des écheveaux de fil rouge. Enfin voici la place des temples Bhimsen et Dettatreya. A l’extrémité, un monastère hindou également appelé la maison des paons à cause de la présence répétée de ce motif dans la décoration des fenêtres. Depuis la terrasse, à l’étage, très belle vue sur la ville.

En quittant le monastère, je croise une procession. D’abord des enfants qui portent des bannières, puis viennent des musiciens et enfin des femmes vêtues de rouge, qui chantent en tenant dans leurs mains une offrande.

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Banepa, où nous nous rendons ensuite, ne mérite pas un détour. Nous continuons vers Dhulikhel d’où l’on voit en général toute la chaîne de l’Everest. Hélas il pleut aujurd’hui, les nuages encombrent le ciel et bouchent entièrement l’horizon..

A signaler que chaque fois que l’on passe sur un pont, le chauffeur (de religion hindoue) trace des signes sur son front avec ses doigts.

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Le voyage au Népal s’achève le lendemain matin. Kathmandu pleure sous la pluie. Dans un moment, l’avion s’envolera pour Bénarès et une autre découverte. C’était janvier 1982, c’était le Népal, c’était un monde différent, particulier par ses couleur, sa culture et sa beauté.

Que sont devenus les Népalais de cette époque ? Les enfants croisés dans les ruelles, sur les places et dans les monastères ont-ils été épargnés par le séisme des jours derniers ?

Bien que très bref, ce voyage comme tous les autres était une fenêtre ouverte sur un monde différent, beau, attachant. Un monde qui attend notre aide pour se reconstruire après le tremblement de terre qui vient de faire tant de victimes !

Mais que sont aujourd’hui devenus les enfants ?

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Pour revoir les deux articles précédents :

NEPAL – Janvier 1982 – Etape 1

NEPAL – Janvier 1982 – Etape 2

– Cliquer sur « Népal – carnet de voyage » pour voir un recueil de photos du Népal prises au cours de ce voyage.

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Texte et photos © Jean-Michel Touche

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