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DÉDICACE SAMEDI 14 AVRIL 2018

 

Si vous vous trouvez du côté de la Rue de Châteaudun  samedi prochain, venez ! Nous pourrons parler de ces romans et des risque auxquels les jeunes devront faire face !

Deux romans riches en suspens mais également soucieux de mettre en garde les jeunes sur les dangers de la manipulation génétique.

 

Un clic sur MANIGOA vous permettra d’en savoir davantage sur ces romans.

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LE TABLEAU RETOURNÉ (6)

Liens pour retrouver les épisodes précédents :

Episode 1 :  LA DÉCOUVERTE DU TABLEAU

Episode 2 : UMBERTO

Episode 3 : LE TABLEAU CHEZ GABRIEL

Episode 4 : VOYAGE D’UMBERTO DANS L’ESPACE ET DANS LE TEMPS

Episode 5 : VOYAGE AU TEMPS DU SATELLITE ESPOIR

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– VI –

LE  TABLEAU  RETOURNÉ

Enfin arriva le terme du voyage dans l’espace et dans le temps que Dieu avait imposé à Umberto.
Les pièces du puzzle de son existence étaient maintenant réunies, il allait pouvoir sortir de la toile qu’il avait peinte et choisir librement le sens de sa vie.

La nuit durant laquelle se produisit cet événement fut tout bonnement extraordinaire. Tous les personnages qu’avait rencontrés Umberto se trouvaient là, comme s’ils savaient que l’artiste, enfin, allait vivre par lui-même, et ils avaient tenu à lui témoigner leur estime et leur amitié.

Umberto – oui c’est bien lui qui figurait à gauche du tableau – Umberto souriait à présent. Le temps de l’épreuve s’achevait. A la pression de sa main contre la mienne je devinais sa joie. Le jeune Florentin me regardait avec affection et ça me faisait tout drôle.

Une voix s’éleva qui demanda “Alors, en as-tu vu assez ? Es-tu prêt à faire ton choix ? ”

Umberto acquiesça. Un grand sourire traversait son visage. Quant à ses yeux, il suffisait de les voir pour prendre la mesure de son bonheur

° ° °

C’est ce moment précis que choisit Felicity pour pénétrer dans le bureau de Gabriel où se trouvait toujours le tableau. Ma pauvre mère adoptive, décidément, s’était abonnée aux évanouissements ; à peine eut-elle ouvert la porte qu’elle poussa un de ces cris ravissants qui n’appartenaient qu’à elle lorsqu’elle était surprise, et elle s’affaissa gracieusement.

Gabriel se précipita, comme il l’avait fait lors de ma disparition, aussitôt suivi par Gervais. Suzanne, fidèle à son habitude, accusait un temps de retard.

Quand Felicity fut revenue à elle, ils restèrent tous muets, bouche bée, à fixer le tableau. Et ce qu’ils voyaient avait de quoi surprendre. Le voile sombre qui obscurcissait la scène depuis des siècles avait en effet disparu, laissant apparaître enfin la crucifixion que venait d’achever Umberto le jour où le Seigneur l’avait obligé à s’introduire dans la toile. Pourtant le tableau ne correspondait pas exactement à ce qu’avait peint le jeune Florentin.

Sur la partie gauche de la toile se trouvait un rocher au sommet duquel se dressaient trois croix. Deux hommes nus étaient attachés l’un sur la croix de gauche, l’autre sur celle de droite. Tous deux tournaient la tête vers la croix centrale, légèrement plus haute, sur laquelle avait dû être placé un condamné car on y devinait la trace d’une présence. Le corps pourtant avait disparu, remplacé par une lumière à la fois douce et aveuglante. L’un des crucifiés semblait interpeller cette source lumineuse et son regard brillait d’un éclat tel qu’on aurait juré y lire de l’espérance. L’autre était déjà mort mais en s’approchant de la toile on pouvait voir une sorte de sourire sur son visage émacié.

Au dessus du rocher se détachait ce qui pouvait passer pour une étoile. A mieux y regarder on pouvait reconnaître le satellite “Espoir”, anneau lumineux aux reflets multiples et colorés qui brillait dans le ciel comme pour attirer les regards vers les croix.

Sur la droite du tableau Thétis Khan dansait, filait à vive allure vers des groupes éloignés puis revenait vers le calvaire. Il sifflait une mélodie que reprenait un violoniste aux cheveux longs dont les vêtements portaient encore la poussière de la longue route de sa vie. La tête penchée, le musicien conduisait son archet dans une course folle sur les cordes de son violon.

Le reste du tableau, c’était un peu toute l’humanité qui se dirigeait vers le rocher. Au loin, tout à droite, Gotol Tuluk et sa tribu suivaient la route indiquée par Thétis Khan. H’umban les avait devancés pour s’approcher du calvaire, après avoir pris grand soin de faciliter leur chemin et d’isoler Rouarou, le grand dévoreur. Ils se sentaient un peu perdus au milieu de grands Africains qui marchaient en se déhanchant tandis que l’un d’entre eux rythmait le mouvement sur un balafon qui s’accordait à la mélodie du violoniste et de Thétis Khan.

Au centre de la toile passait Pietro Gozzoli qu’accompagnait un valet portant à bout de bras le portrait de Bellissima Feliccia. Le prélat courait toujours après le jeune Florentin. C’est qu’il avait la rancune tenace, le chapelain de la chapelle des Espagnols. Il était condamné à continuer de courir ainsi jusqu’à ce que des sentiments de pardon pénètrent dans son cœur. Quant au Duc Pazzani, il avait depuis longtemps oublié l’affront. Sans doute parce que la belle Bellissima, si elle avait eu la faiblesse de montrer son corps au jeune peintre, n’avait plus jamais failli dans sa fidélité au Duc son époux.

Certains personnages, bien que présents sur le tableau, échappaient au regard. C’étaient les habitants d’ “Espoir”, les descendants du germe d’espérance qu’Abban un jour, découvrira dans le satellite. Ils portaient la tenue virtuelle du futur sur laquelle glissaient les yeux sans s’y accrocher.

Enfin tout devant, juste au bord du tableau et se donnant la main, se trouvaient Umberto, Abban, H’umban et bien d’autres qui se ressemblaient. Et moi, Hubert, tout au bout de la chaîne. Le plus petit, le plus jeune.

Bien qu’Umberto eût répondu à ma place, c’est à moi que la voix avait demandé si j’étais en mesure de faire mon choix. C’est à moi qu’elle s’adressa quelques instants plus tard pour dire : “Puisque tu en connais suffisamment, va à présent, Hubert. Je te rends à la vie.”

 

° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° °

Dans le bureau de Gervais toute la famille était rassemblée devant le tableau.

René Félicien, alerté je ne sais comment, avait rejoint ce petit monde et murmurait : “C’est incroyable, vraiment incroyable…” Comble de la surprise, en regardant Felicity il fut frappé de sa ressemblance avec le visage de Bellissima Feliccia tel qu’il figurait sur le portrait que portait à bout de bras le valet de Pietro Gozzoli. Et il trouva ceci plus incroyable encore que tout le reste.

Quittant le tableau, je me retournai et souris à Umberto. Il faisait de grands signes dans ma direction comme s’il voulait me dire quelque chose. Mais je venais de sortir de cette toile dont j’avais partagé avec lui l’essence même, et sa voix ne me parvenait plus.

Cela fait des années que je regarde ce tableau dont j’ai hérité à la mort de Gabriel, et je m’interroge en vain sur ce qu’Umberto a cherché à me dire.

 

Jean-Michel Touche

 

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Commentaire de l’auteur

Sans doute trouverez-vous étonnant un conte de cette sorte en période de l’Avent. Rien à faire avec Noël, penserez-vous.

C’est voulu.

Ce conte a pour simple intention de nous ouvrir à une pensée différente de toutes celles auxquelles nous nous sommes habitués, à réfléchir sur le temps, sur l’espace, sur les différences, un peu comme pour nous nettoyer l’esprit, le vider de tout ce qui l’encombre, et nous permettre de nous approcher de Noël à jeun, si l’on peut dire, comme si nous en faisions enfin la découverte !

Celles et ceux qui ne partagent pas cette idée m’excuseront (j’espère…) Les autres se tourneront, tout ragaillardis, vers l’enfant qui va nous rejoindre dans quelques jours.

A tous, par avance, Joyeux Noël !


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ouche

LE TABLEAU RETOURNÉ (5)

Liens pour retrouver les épisodes précédents :

Episode 1 :  LA DÉCOUVERTE DU TABLEAU

Episode 2 : UMBERTO

Episode 3 : LE TABLEAU CHEZ GABRIEL

Episode 4 : VOYAGE D’UMBERTO DANS L’ESPACE ET DANS LE TEMPS

 

 

V

VOYAGE AU TEMPS DU SATELLITE ESPOIR

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Le soleil brillait au zénith quand la tribu s’ébranla. Thétis Kahn, qui savait tout depuis longtemps, s’efforçait de la conduire au rythme des plus lents pour la mener de l’autre côté des montagnes, là-bas, très loin, où elle découvrirait son humanité. H’umban avait deviné le sens de cet appel. Regardant les hommes et les femmes de sa tribu, il vit combien il était différent d’eux, et il comprit qu’en dépit de cela il les aimait.

                        ° ° °

Le vaisseau achevait les manœuvres d’accostage rendues délicates par le balancement rapide du sas dans lequel il devait se placer.

De loin l’équipage avait pu voir “Espoir”, un anneau monumental éclairé par le soleil, qui tournait sur lui-même dans sa course folle à travers l’espace. Le plus beau satellite jamais conçu par l’homme prenait tour à tour une couleur orangée, puis ocre, puis brune, pour virer insensiblement au bleu turquoise, au vert émeraude, enfin au jaune safran, selon le rythme des spirales que dessinait sa trajectoire incertaine.

Le commandant avait annoncé sur le panneau de contrôle que l’approche risquait d’être brutale, et rappelé les consignes de sécurité. Tirés de leur torpeur, les passagers, tous volontaires, avaient refermé sur eux leur combinaison de survie – mais quelle survie peut-on espérer en cas de collision et de projection dans l’espace et le temps ? – et avaient regardé le spectacle qui s’offrait à eux.

Après que le vaisseau eût lentement contourné “Espoir”, l’équipage et les passagers s’étaient extasiés devant la beauté des jeux de la lumière et de la nuit. Sur un fond largement tapissé d’étoiles, ils avaient vu l’anneau d’ “Espoir” se détacher en noir, à contre jour du soleil. Puis, au fur et à mesure de leur approche, le satellite avait pris des dimensions de plus en plus vastes, jusqu’au moment où les rayons du soleil en avaient caressé le cercle intérieur.

Abban, comme les autres, restait à présent silencieux, le cœur agité par un mélange d’angoisse et d’excitation. Lorsqu’il s’était porté volontaire pour l’expédition, on l’avait mis en garde contre tous les dangers de la mission, risques pour lui-même, risques pour les habitants d’Espoir s’il y en restait quelques uns, risques peut-être aussi pour les habitants de la terre, on ne savait pas trop. Mais il y avait au fond de lui une voix qui appelait, une voix qu’il entendait de plus en plus fréquemment. Lorsqu’il en avait fait mention devant la commission médicale chargée de trier les volontaires, le médecin chef s’était borné à sourire. “L’appel de l’espace, avait-il dit, vous savez…” sans achever sa phrase.

Oui, une voix d’enfant, lancinante, chavirante, qui appelait Abban par son nom

A cette même époque un étrange oiseau s’était introduit au plus secret de ses rêves. Ses plumes réfléchissaient la lumière en myriades d’étincelles qui se réunissaient pour former un cercle lumineux très semblable au satellite dans lequel le jeune homme allait à présent s’introduire.  L’oiseau revenait chaque nuit et recommençait son mystérieux ballet. Abban éprouvait alors une curieuse sensation de déjà vu, déjà vécu, quelque chose de furtif, d’insaisissable.

° ° °

Abban faisait partie du petit nombre auquel “Espoir” s’était adressé. Il lui avait été donné de connaître l’incroyable histoire de cette création virtuelle qui avait échappé à ses créateurs, les emmenant à la frontière de l’univers, aux confins de ces zones où la lumière n’avait plus accès.

“Espoir” le mal nommé s‘évadait au gré des fluides de l’infini, du temps et de l’espace. Il se perdait dans l’imaginaire, prenait ses racines dans le futur et se déplaçait en amont puis en aval du temps.

En amont et en aval du temps… C’est ainsi que s’exprimaient les hommes de science qui n’avait pas trouvé mieux pour parler de ce phénomène.

Car, voyez-vous, “Espoir” n’existait pas. Enfin… pas dans le sens que l’on entend habituellement quand on parle d’existence. Aucun livre, aucune base de données, aucune réserve d’archives magnétiques, aucune bibliothèque concrète ou virtuelle, ne possédait le moindre renseignement sur lui. On ne le connaissait pas, tout simplement.

Mais Dieu, prenant pitié du mal qui rongeait “Espoir”, avait frappé au coeur des plus fous comme des plus sensibles pour les alerter sur le drame qui se jouait – tout en les laissant libres d’intervenir ou non, comme à son habitude : attirer l’attention mais laisser libre.

 

Dans une période troublée du grand futur, un futur incroyablement éloigné des jours que nous vivons, des hommes et des femmes avaient décidé de créer un espace virtuel. Tout ce que la terre connaissait – il faudrait peut-être dire “connaîtra” –  d’intelligences hors du commun s’était lié dans cette aventure peu banale. Philosophes, hommes et femmes de science, penseurs de tous bords, ils s’étaient retrouvés pour former la plus prodigieuse concentration d’esprits jamais réalisée.

Ce qu’ils firent, ou plutôt ce qu’ils feront et comment ils s’y prendront, nul ne saurait encore l’expliquer dans l’état actuel de nos connaissances.

Toujours est-il qu’ils mirent au monde (comment le dire autrement ?) une “chose” d’une extrême beauté et d’un niveau technologique largement en avance sur leur propre époque. Pourtant “Espoir”, puisqu’ils l’avaient ainsi baptisé, “Espoir” n’existait pas. Il appartenait au monde virtuel.

Enivrés par leur création, atteints d’un narcissisme exubérant, les grands esprits décidèrent de se fondre au sein d’ “Espoir”… et de quitter la terre.

Rien de moins.

° ° °

L’anneau de lumière se désagrégea un soir d’automne, au moment où le soleil quittait l’horizon, emportant dans un flux irréel les grands esprits de son temps. Sans déclaration préalable, sans témoin. Les quelques familles qui habitaient la contrée isolée où les grands esprits avaient fait prendre corps à leur projet, s’étaient bien sûr étonnées de ne plus voir l’immense cercle de lumière, sur la montagne, en face de leur domaine. Sans trop chercher  à en savoir davantage.

“Espoir” s’était donc lancé dans une incroyable odyssée durant laquelle un fol orgueil s’empara de ses créateurs, jusqu’à les faire s’imaginer qu’ils étaient Dieu.

C’est à l’époque où, dans sa course incohérente, sorti du sens dans lequel s’écoule normalement la vie, “Espoir” allait revenir vers le soleil, que Thétis Khan vint troubler les nuits d’Abban. Rejoignons celui-ci au moment où il va quitter le vaisseau pour s’introduire dans le satellite.

 

L’équipage, invisible depuis le départ de la terre, avait manifesté son amitié aux volontaires en écrivant sur l’écran géant un énorme “Bonne chance”. La porte du vaisseau s’était ouverte sur l’ordre du commandant et les volontaires étaient sortis. Très rapidement le sas s’était refermé derrière eux puis le vaisseau avait commencé les manœuvres de départ.

Le responsable de la mission avait tout expliqué à l’avance. Chacun savait qu’il ne fallait pas s’éterniser dans le sas qui pouvait se rompre à tout instant. Ils ignoraient tout de ce qu’ils allaient découvrir et, comme avait dit le responsable, ç’allait être chacun pour soi et Dieu pour tous. A la manière de l’équipage du vaisseau, il souhaita bonne chance aux membres de la mission et déchira la protection du sas. L’aventure commençait.

 

Abban pénétra le dernier dans le satellite. Une curieuse impression s’empara de lui. Comme s’il connaissait déjà l’univers qu’il allait explorer. Il y avait… comment dire ? Il y avait à la fois tout et rien. Un paysage impressionnant, fait d’éclats de lumière et de sons cristallins, s’étendait d’un bout à l’autre de l’horizon. L’on apercevait la terre, entourée de son halo bleu célèbre dans toute la galaxie, mais comme réfractée par les angles d’un prisme, présentée en tranches successives. Abban ferma les yeux. A sa droite un membre de l’équipe, une femme, s’écria “Dieu que c’est beau”. Et elle disparut, comme engloutie par les éclats de lumière. Une cloche sonna. C’était étrange, cela ressemblait au glas qui résonne encore dans les campagnes lorsqu’on enterre un mort. Abban frissonna. Il chercha la femme et ne rencontra rien. Elle avait totalement disparu. Il pensa que c’était dommage car il l’avait trouvée sympathique durant la traversée de l’espace.

On l’avait pourtant prévenu lors de la mise en condition pour la mission : “Dites-vous que tout peut arriver, que nous ignorons tout de ce satellite. Nous ne savons même pas s’il existe vraiment. Nous ne décelons aucune trace de matière, qu’elle soit vivante ou inerte.”

“Ne vous attachez surtout pas à vos compagnons de mission. Ils pourraient se perdre et vous perdre avec eux.”

° ° °

Abban de nouveau ferma les yeux. Il les rouvrit, étonné, pour les fermer à nouveau. Surpris, il constata que le paysage qu’il découvrait lorsqu’il rouvrait les yeux était plus précis, plus complet que quelques minutes auparavant. Et qu’il ressemblait à ce qu’il venait d’imaginer. Il s’essaya plusieurs fois à cet exercice. Oui, c’était bien ça, les détails du paysage se dessinaient au fur et à mesure qu’il les rêvait. C’était comme si une énergie latente s’appuyait sur ce qu’il imaginait et concrétisait le tout dans les  moindres détails.

Abban se souvint de la maison de sa jeunesse. Elle prit forme aussitôt devant lui, aussi mal entretenue que par le passé. Il se dit qu’elle eût été plus belle avec un perron devant l’entrée principale. Immédiatement un perron se dessina. Et quand il voulut la revoir telle qu’elle était réellement, il n’y parvint pas. Il renouvela l’expérience à plusieurs reprises et constata qu’il ne pouvait jamais revenir en arrière : il pouvait créer, il ne pouvait pas supprimer. Et plus il pensait, plus le monde prenait forme sous ses yeux, les bâtiments se pressant les uns contre les autres.

Il s’efforça de ne penser à rien, mais plus il faisait d’efforts dans ce sens et plus les souvenirs remontaient de sa mémoire. Il n’osa bientôt plus regarder devant lui. Quand enfin il ouvrit les yeux, Abban se trouvait au centre d’une ville dont il connaissait tous les éléments puisqu’ils provenaient de sa mémoire. Mais avec le même degré de flou que lorsque l’on pense revoir dans sa tête quelque chose que l’on connaît bien. On l’appelle, on l’assemble, mais on ne voit pas sa réalité matérielle.

Abban cria. Le son de sa voix lui revint, rebondissant sur des millions, des milliards de cristaux lumineux. Au-dessus de lui, dans un ciel d’encre, il vit la terre. Cette fois elle apparaissait dans son entier, énorme boule sur laquelle se dessinait l’Amérique avec à droite une partie de l’Europe et de l’Afrique.

“Mon Dieu, pensa-t-il, Nous fonçons droit dessus.”

Un froissement d’ailes attira son attention. Il chercha d’où cela provenait et reconnut Thétis Khan, l’oiseau qui avait hanté ses nuits. Il était à présent mille fois plus beau que dans les songes.

Thétis Khan dessina des arabesques puis entreprit de partir sur la gauche. Il revint près d’Abban, fila de nouveau sur la gauche, et recommença plusieurs fois son manège, jusqu’au moment où Abban se décida à le suivre.

Une longue errance à travers l’irréel devait commencer. L’oiseau quitta la ville élaborée par Abban et vola longtemps, tout droit, au milieu d’éclats de lumière qui formaient des courants, des rivières de bleu, d’ocre, de vert. Lorsqu’ils se croisaient, formant des tourbillons, des pétales lumineux se mêlaient les uns les autres. Ainsi unis l’on eût dit qu’ils constituaient des grains de matière. Ils prenaient alors des formes diverses, bras qui se tordaient, se dressaient vers le ciel, océans dont la houle se mettait à murmurer  le chant du vent sur des vagues de plus en plus énormes. Ou bien cela semblait prendre vie, à la façon d’animaux étranges, terrifiants ou doux comme des biches.

Et puis tout se désagrégeait. Les éclats de lumière regagnaient le lit de leur torrent, une musique irréelle se mettait à danser autour d’Abban, comme si la vie succédait sous cette forme aux mouvements désordonnés de la lumière.

“Où suis-je ?” demanda Abban.

– Tu es dans la pensée des hommes,” répondit une voix, “et tu accomplis ton voyage dans l’espace et le temps. Souviens-toi, je t’ai naguère annoncé un long périple qui t’amènerait à découvrir le vrai sens de la vie. Aujourd’hui tu viens de pénétrer dans l’absolu de l’esprit. “Espoir” est encore incréé mais la lumière au sein de laquelle tu te déplaces est l’embryon de la pensée des hommes qui, un jour, dans très longtemps, créeront cet univers irréel. Leur pensée est déjà présente, ici, à l’état de promesse.”

– Mais que suis-je venu y faire ?

–  Y découvrir un germe d’espoir.

Abban, étonné, voulut prolonger la conversation, mais la voix ne lui répondit plus.

Ayant perdu tous ses repères, il ne savait plus depuis combien de temps il se trouvait dans le satellite. Bien qu’il eût à plusieurs reprises tenté de retrouver les autres membres de la mission, Abban restait seul avec ses pensées. Depuis sa conversation avec la voix, il tentait de les maîtriser pour s’efforcer d’imaginer ce que pouvait être ce fameux germe d’espoir dont lui avait parlé la voix.

 

– Viens.

Abban leva la tête. Thétis Khan dansait dans les airs comme il savait si bien le faire quand il voulait attirer l’attention de quelqu’un.

Rien ne pouvant plus maintenant le surprendre, Abban se redressa et le suivit. Sa marche ne ressemblait pas à celle qu’il avait faite auparavant. Il voyait maintenant le dessin d’une côte, le mouvement de la mer et le vol de ce qui ressemblait à des oiseaux migrateurs, un saule pleureur dont les branches retombaient sur une prairie parsemée de pâquerettes, des bouquets de fleurs dont le parfum sauvage parvenait jusqu’à lui.

Thétis Khan se mit à danser un véritable ballet, montant, descendant, s’approchant d’Abban autour duquel il tournait, puis repartant toujours vers le même endroit.

Arrivé à proximité de la côte, Abban vit au milieu des herbes folles que semblait caresser le vent, posé à même le sol, nu et criant, un petit d’homme qui gesticulait en mouvements désordonnés des jambes et des bras.

Interdit, il se baissa et prit l’enfant dans ses bras. C’était un tout petit enfant, un nouveau né, qui écarta les paupières comme pour regarder le visage d’Abban. Puis, laissant sa tête tomber sur l’épaule du jeune homme, ce magnifique germe d’espoir s’endormit doucement.

 

La suite dans quelques jours.

© Jean-Michel Touche

 

Liens pour retrouver les épisodes précédents :

Episode 1 :  LA DÉCOUVERTE DU TABLEAU

Episode 2 : UMBERTO

Episode 3 : LE TABLEAU CHEZ GABRIEL

Episode 4 : VOYAGE D’UMBERTO DANS L’ESPACE ET DANS LE TEMPS

 

 

LE TABLEAU RETOURNÉ (3)

Liens pour retrouver les épisodes précédents :

Episode 1 :  LA DÉCOUVERTE DU TABLEAU

Episode 2 : UMBERTO

 

– III –

LE TABLEAU CHEZ GABRIEL

Suzanne commença par pousser des cris lorsque Gabriel, aidé de René Félicien, installa cette “affreuse toile” dans son bureau, au rez-de-chaussée de la maison.

– Mon pauvre ami, vous avez encore dû dépenser une fortune pour cette horreur.
– Pas du tout, ma chère. Tenez-vous bien, Monsieur Félicien nous l’offre.
– Gabriel, je vous en prie, enlevez ce tableau de cette maison. Il me met mal à l’aise. Je suis incapable de vous dire pourquoi, mais je suis certaine qu’il va nous amener des tas d’ennuis.
– Suzanne, enfin !

Ma grand-mère en larmes quitta le bureau, laissant Gabriel fort marri et René Félicien, qui avait cru faire plaisir, bien embarrassé.
Gervais et Felicity son épouse furent mandés pour donner leur avis… que prudemment ils évitèrent de faire connaître. Il ne restait que moi, Gabriel me fit donc appeler.
Mon grand père commença par me regarder puis regarda le personnage à gauche du tableau, tourna de nouveau les yeux vers moi.

– Il n’y a pas quelque chose qui vous frappe ? demanda-t-il à René Félicien.
– Sidérant… murmura le bonhomme. Sidérant…

Ils n’ajoutèrent pas un mot et se contentèrent de me regarder. Pour ma part je fixai le tableau et me mis à trembler. Felicity, qui se tenait près de moi, passa son bras autour de mes épaules et dit à mon grand-père, avec ce restant de délicieux accent anglais qui donnait tant de charme à ses propos, “Ce tableau lui fait peur.”

– Vous ne remarquez rien? interrogea Gabriel.
Apparemment Felicity ne comprenait pas ce que voulait dire Gabriel, pas plus que Gervais qui répondit sèchement à son père “Felicity a raison, tu vois bien que ce tableau lui fait peur.”

– C’est vrai ? me demanda Gabriel.
– Non, je n’ai pas peur. Mais je sais où c’est, j’y suis déjà allé.
– Hubert, cesse de dire des âneries, s’écria Gervais que toute cette histoire énervait.

° ° °

Le soir venu je quittai silencieusement mon lit et descendis dans le bureau sur la pointe des pieds. Ce que je découvris était conforme à mon attente : tandis que la maison dormait, le tableau prenait vie. Dans la nuit, des lampes s’allumaient par ci par là, au milieu de la foule en procession d’où sourdait la rumeur d’un peuple en marche.

– Hubert, appela une voix, Hubert viens vite. La boucle est bouclée.
Je m’entendis répondre “Pas encore, c’est trop tôt. Je viens à peine de commencer, ici.”
– Ça ne fait rien, reprit la voix, Il est vraiment temps. Tu vas bientôt devoir choisir.

Un sentier de terre s’ouvrit devant moi, que la lune éclaira faiblement. Cela ne me surprit pas outre mesure, je m’y avançai et me fondis peu à peu dans la foule du tableau.

– Ta place est ici, viens.” dit la voix. Une main attrapa la mienne. Nous longeâmes les hommes et les femmes qui descendaient vers le rocher et prîmes place à gauche de la toile.

° ° °

Le lendemain matin, lorsque Felicity qui me cherchait partout eut l’idée de venir dans le bureau, elle s’évanouit. Gabriel qui l’entendit tomber, se précipita et la fit revenir à elle.

– Regardez, là… là…

Gabriel leva les yeux vers le tableau et poussa un cri avant de déclarer, comme un aveu auquel se serait mêlé une pointe délicate de satisfaction, “J’étais certain que quelque chose d’extraordinaire allait se produire.” Et il regarda la toile dans laquelle je me trouvais à présent, donnant la main au personnage de gauche dont le regard, autrefois égaré vers quelque chose ou quelqu’un d’absent, se posait à présent sur moi : il m’attendait, c’est sûr !

Suzanne voulut savoir ce qui se passait. Aussitôt entrée elle fondit à en larmes, ce qui devenait chez elle une habitude. Gervais, alerté à son tour, arriva immédiatement et ne put que constater la chose.

Quant à moi, tous ces mouvements me donnaient le fou rire et j’aurais volontiers fait de grands signes à ma famille si le personnage qui se tenait près de moi ne m’avait envoyé de sévères coups de coudes dans les côtes en soufflant “Tais-toi, le moment n’est pas venu.”

 

– IV –

LE TABLEAU MASQUÉ

Le duc Pazzani,  homme de grande stature, officier général des troupes à cheval, avait retenu le meilleur peintre de Florence pour le portrait de sa jeune épouse. Il voulait quelque chose de remarquable, du jamais vu, un tableau qu’il avait l’intention mettre sur un grand chevalet au centre du salon, dans le château qu’il occupait depuis la disparition de ses parents emportés lors de la dernière épidémie de peste.

Le duc, éperdument amoureux de Bellissima Feliccia la bien nommée, avait naturellement porté son choix sur Umberto dont la renommée dépassait désormais les limites de Florence.

° ° °

Entre le jeune peintre et la belle Bellissima, on peut dire que le courant passa. Et même qu’il passa très fort !..
Le duc voulait du jamais vu, il allait être servi !
Présent lors des premières séances de pose, il dut quitter précipitamment Florence pour se porter au devant de troupes irrégulières qui menaçaient de piller la province. Umberto mit à profit cette période de liberté et réalisa une œuvre fort belle, qu’il eût été cependant difficile pour le duc de montrer à ses amis. Elle représentait en effet Bellissima de face, belle, évidemment, maisdans le plus simple appareil…

C’est au cours d’une des dernières séances de pose qu’était venue à Umberto cette brillante idée, et que se produisit ce dont le jeune Florentin devait par la suite se confesser auprès de Pietro Gozzoli.

° ° °

Comment le portrait arriva devant la demeure du chapelain, nul ne saurait l’expliquer. Toujours est-il que ses serviteurs vinrent cogner à la porte de sa chambre pour lui annoncer la nouvelle : Bellissima, vêtue de sa seule pudeur, se tenait debout en plein milieu de la rue, face à l’hôtel du prélat. Enfin… pas la jeune femme elle-même mais son portrait. Le scandale n’en était pas moins grand.

Le sang de Pietro Gozzoli ne fit qu’un tour. Cet Umberto était le diable soi-même ! Puisqu’il en était ainsi, on allait voir ce que l’on allait voir. Négligeant pour une fois l’ordonnancement des ses vêtements, le prélat se précipita hors de chez lui et se dirigea tout droit vers la demeure d’Umberto, suivi par ses gens qui s’efforçaient de le suivre car il marchait bon train malgré son embonpoint, vitupérant contre ce mécréant, ce fils de rien, cette âme perdue, ce suppôt du diable, ce ceci, ce cela… Son chapelet d’injures ne prit fin que lorsque le gros homme fut arrivé devant la petite maison du peintre.

Las ! Il eut beau tambouriner, appeler, crier, exorciser, la porte resta close, Umberto avait disparu.

Pas tout à fait.

Toute la ville, informée de l’infortune du duc Pazzani, se trouvait à présent dans les rues. Florentins et Florentines criaient à qui mieux mieux, les uns outrés par le tableau d’Umberto (mais curieux de le voir et lents à s’en aller tant était belle la belle Bellissima), les autres ravis du bon tour joué par ce grand jeune homme encanaillé dont ils riaient des aventures. Seuls les ânes restaient sans braire parce qu’on ne s’occupait pas d’eux et qu’ils trouvaient ça plutôt bien.

Mais d’Umberto… pas le moindre signe !
Ni à son domicile, dont les gens d’armes, bien décidés à le saisir et à lui frotter consciencieusement les côtes, forcèrent la porte,  ni dans son atelier que l’on parcourut en tous sens, mettant les toiles sans dessus dessous et gâchant les pâtes qui lui servaient à peindre, ni dans les estaminets, tripots, tavernes, bistrots et bistroquets ou autres gargotes, ni chez les nonnes (on y alla voir, on ne sait jamais avec pareil débauché). Pas plus d’Umberto que de diable dans la poche d’un cardinal : le Florentin  demeurait in-trou-vabilé. (à prononcer avec l’accent italien, ça sonnera lieux.)

Personne ne daigna s’attarder devant cette toile curieuse, très sombre, recouverte d’une sorte de vernis foncé, que l’un des hommes bouscula et faillit renverser. Pourtant si l’un quelconque des poursuivants avait jeté un regard sur la grande œuvre que le jeune peintre venait d’achever, il n’eût pas manqué d’être surpris.

° ° °

Revenons un peu en arrière, au moment où le portrait si scandaleux de Bellissima Feliccia quitta mystérieusement l’atelier.

Le Seigneur réveilla Umberto et lui passa, si l’on peut s’exprimer ainsi, un sacré savon. Umberto se conduisait comme un imbécile, gâchait les dons qui lui avaient été donnés à sa naissance, choquait le monde par sa conduite – ou plutôt son inconduite.

– Mon Dieu, tenta de répondre le jeune homme, si vous m’avez donné le talent de peindre, c’est bien pour que je reproduise ce qui est beau.
– Fais attention que l’impertinence n’aggrave pas ton cas, Umberto.
– Seigneur, je n’ai pas cherché à vous offenser.
– Alors, Umberto, tu as sciemment évité de te poser la question.  Ce que tu as fait, ce n’est pas bien, ni pour Bellissima, ni pour son duc de mari.
– Pourtant…
– Écoute, Umberto, ne pérore pas sans cesse. Je t’ai fait libre, comme tous les hommes, et tu peux librement choisir de te tourner vers moi ou de chercher un autre maître. Pour que tu sois en mesure de faire ton choix librement, je vais t’envoyer faire un grand voyage dans le temps et dans l’espace. Tu verras des tas de choses, des tas de gens, des tas de situations différentes les unes des autres. Lorsque tu connaîtras suffisamment le monde et que tu auras compris le sens de la vie, alors tu pourras choisir. Librement car je ne voudrais pour rien au monde t’influencer dans ta décision. Comment serais-je heureux si je t’obligeais à m’aimer ? C’est ça la liberté, Umberto, la liberté d’aimer ou de tourner le dos.

Le Seigneur s’interrompit, approcha Umberto de la grande toile et dit :

– Maintenant entre dans la scène que tu as créée, et ouvre bien les yeux et les oreilles.
– Mais, Seigneur !..

Umberto se trouva propulsé dans son tableau, à gauche devant le rocher, et la toile s’obscurcit aussitôt.
– Seigneur !! hurla Umberto.

Le Seigneur ignora l’appel du jeune Florentin…

 

La suite dans quelques jours.

© Jean-Michel Touche

 

Liens pour retrouver les épisodes précédents :

Episode 1 :  LA DÉCOUVERTE DU TABLEAU

Episode 2 : UMBERTO

 

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LE TABLEAU RETOURNÉ (2)

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Episode 1 :  LA DÉCOUVERTE DU TABLEAU

 

 

 

– II –

UMBERTO

Umberto… Umberto!”

– Oui, répondit le peintre en se retournant. Voilà, qu’est-ce que c’est?

Regardant à droite et à gauche, Umberto s’étonna de ne voir personne dans son atelier. Il revint à ses pinceaux, prit un peu de peinture bleue tout en pensant qu’il avait la berlue. Pourtant son nom retentit à nouveau dans l’atelier.
Il fit alors un demi-tour si brusque qu’il faillit renverser le chevalet sur lequel reposait une immense toile où de nombreux personnages commençaient de prendre forme. L‘atelier était vide. Umberto comprit ; il tomba à genoux.

– Ah! Seigneur, c’est vous n’est-ce pas ?
– Oui, Umberto, c’est moi.
Il y eut un silence, puis Dieu reprit :
– La Crucifixion, n’est-ce pas, c’est bien ça que tu as commencé de peindre ?
– Oui, Seigneur. Pietro Gozzoli, le chapelain de la chapelle des Espagnols, m’en a passé commande.
– Je sais, Umberto, je sais.

Umberto se rappela ce jour de décembre où le prélat était venu à l’atelier, sans crier gare, sans se faire annoncer. Un homme de peine avait simplement ouvert la porte, créant un courant d’air glacial, et s’était incliné devant l’imposant personnage que précédait, sous la soutane et le manteau aux large bords de fourrure, une confortable bedaine.

– Alors c’est toi, Umberto da… La porta claqua et couvrit le reste de la question. Le gros chapelain se promena d’un air majestueux dans la vaste pièce où travaillait le jeune peintre et où les toiles, posées à même le sol, s’accumulaient contre les murs. Umberto peignait de façon décidée, d’un trait sûr et précis. Son nom commençait d’être connu à Florence, pour son talent comme pour ses aventures… mais n’allons pas trop vite, laissons Pietro Gozzoli terminer son tour de l’atelier. Il marchait à petits pas, prenant soin de sa personne à laquelle il attachait grande importance.

– Andrea di Firenze, tu connais ? interrogea soudain le prélat.
– Un excellent ami, Monseigneur. Et peintre remarquable. J’ai beaucoup appris en travaillant à ses côtés lorsque j’étais adolescent.
– Je “ssais”, je “ssais”, fit Pietro Gozzoli qu’un cheveu sur la langue faisait zézayer. “Cs’est” lui qui m’a “consseillé” de venir te trouver. Il termine en ce moment une fresque intitulée “Le gouvernement de l’Église”, que je lui ai commandée pour la chapelle des Espagnols. J’aurais voulu qu’il fasse une autre toile sur la Crucifixion, pour faire pendant à la fresque principale. Mais Monssieur zoue les zommes très pris.  Il prétend qu’un prince de Rome lui a passé commande d’un panneau à peindre sur place, et qu’il n’a pas le temps de travailler pour moi. Pourtant je paie rubis sur l’ongle, en belles pièces d’or bien pesées et bien comptées. Andrea m’a donc recommandé de m’adresser à toi pour réaliser cet ouvrage.

Umberto éclata de rire puis, reprenant son sérieux, expliqua : “Andrea m’a prévenu, Monseigneur. Voilà pourquoi je ris. Si je puis mettre ma palette au service de votre grandeur, vous m’en verrez fort aise.”

L’affaire fut rapidement conclue. Ce serait donc une Crucifixion que le jeune Florentin devrait achever au plus tard pour la fin décembre de l’an de grâce 1368. Monseigneur tenait absolument à ce que cette Crucifixion fût en place avant l’achèvement du “Gouvernement de l’Église”, histoire de faire un pied de nez à Andrea di Firenze.
L’intendant du chapelain remit à Umberto une bourse ronde et lourde, acompte sur le prix final de l’œuvre que Pietro Gozzoli accepta sans discuter.

° ° °

Pareille aubaine valait bien quelque bombance. Le soir même, notre jeune ami promenait ses 25 ans dans les troquets de Florence, buvant moult vin en pichet, offrant à boire aux gosiers les plus assoiffés et les moins fréquentables de la ville, attrapant par la hanche les servantes qui avaient le malheur de passer à proximité de ses bras vigoureux.
Un malheur ? Ce n’est peut-être pas ce qu’elles pensaient. Umberto était joli garçon, portait une belle chevelure brune et bouclée, et il parlait si bien…

Ce soir-là Umberto jura d’éternelles amours à plus d’une et but largement au-delà de la raison.

Les tripots de Florence connaissaient bien le jeune peintre qui les fréquentait dès que l’état de ses finances le lui permettait. Il y rencontrait quelques seigneurs en mal d’amusements, des artistes abandonnés par leurs mécènes et qui se lamentaient sur l’injustice de la vie, des servantes aux mœurs légères, et tous les ivrognes de la création qui pestaient, grognaient et proféraient d’horribles injures.

° ° °

Pourtant les tripots n’étaient pas les seuls à le connaître. Plusieurs princes et autres seigneurs qui lui avaient commandé le portrait de leur bien aimée, s’étaient ensuite mordu les doigts d’avoir, si l’on peut dire, introduit le loup dans la bergerie. Généralement son charme innocent, la finesse de son visage, la profondeur bleutée de sa chevelure et, par-dessus tout, l’insistance de son regard, se frayaient un chemin jusqu’au coeur de la dame qui tentait vainement de se défendre – mais n’était-ce pas pour pimenter la situation ?

– Ah ! Monsieur, pourquoi me regarder ainsi ? demandait-elle.
– Comment faire autrement, ma Dame, si vous voulez que je reproduise sans erreur la perfection de votre beau visage ?

Rares étaient celles qui, entendant pareil compliment, ne sentaient pas s’installer en elles, comment vous dire, une sorte de faiblesse, une tendresse coupable.
Conscient du charme qu’il exerçait, Umberto se mettait alors à réciter un ou deux poèmes. Et le sourire de la Dame devenait très différent du sourire de commande un peu figé qu’avaient dessiné ses lèvres lors de la première  séance de pose.

– Souffrez, Monsieur, que l’on vous félicite, lançait d’ordinaire le mari – ou le prétendant –  lorsqu’il regardait l’avancement du portrait, à cent lieues de se douter du trouble dans lequel Umberto avait jeté son modèle.

Il arrivait toutefois que notre jeune ami s’enhardît par trop et prît des risques inconsidérés. L’on vous conterait avec délectation, dans les auberges des environs de la cité, tel ou tel départ précipité par une porte dérobée ou par quelque fenêtre étroite, dans une tenue que la morale réprouve, de telle ou telle dame ou damoiselle à qui les belles paroles d’Umberto avaient fait perdre la raison.

Ou encore la fuite échevelée d’Umberto, sur le premier cheval venu, poursuivi par un mari jaloux, voire par une troupe de spadassins grassement payés pour mettre un terme aux aventures du plus jeune peintre de Florence.

Le lendemain, ou peut-être le jour suivant, Umberto regrettait sa hardiesse coupable, faisait en son cœur le serment de ne plus se livrer à ces jeux dangereux qui pourraient, une fois ou l’autre, se terminer de façon malheureuse. Mais c’était plus fort que lui. Il suffisait qu’il vît un joli minois et notre artiste, oublieux de tous ses engagements, s’efforçait à nouveau de séduire. Dans ses prières, le soir à son coucher, il lui arrivait de dire “Seigneur, vous m’avez trop gâté.”

Et le Seigneur enregistrait tout ça. Et “tout ça” ne lui plaisait guère. Pas plus que ne lui plaisait le penchant d’Umberto pour le vin gouleyant de l’année qui finissait par lui faire dire des bêtises, les nuits où il festoyait dans les tavernes avec les ivrognards, pochards et soudards de tous poils.

° ° °

Le brave Pietro Gozzoli, quand on lui eut appris les frasques d’Umberto, décida de se rendre dans l’atelier pour inciter le jeune artiste à retrouver une vie plus rangée. L’entretien se déroula de façon fort civile, Umberto accepta de se mettre à genoux et confessa ses dernières aventures. Le chapelet des innombrables conquêtes du jeune homme amusa fort le prélat qui sentit poindre en lui une affection paternelle, voire même un soupçon d’admiration pour ce beau garçon. Pourtant les choses n’allaient pas tarder à se gâter.

– La “Dussesse Pazzani ?” hurla brusquement Pietro Gozzoli dont le zézaiement s’accentua nettement lorsqu’il entendit Umberto prononcer le nom de Bellissima Feliccia.
– Euh ! Oui. Quoi ? s’étonna le peintre dont les confessions n’avaient jamais provoqué semblable réaction, même lorsqu’il avait avoué ses fautes à l’évêque en personne, dans le palais épiscopal.
– Mais la “Dussesse” est mariée. La Dussesse est l’épousse du Duc.
– Ça je le sais, répliqua Umberto.
– Et en plus “css” ’est ma filleule !
– Ah! ça, Excellence, je l’ignorais.
– La “Dussesse”, la “Dussesse Pazzani ! C’est inssanssé, tout ççça.” La consternation du chapelain décuplait son défaut de prononciation.

Ce dernier aveu corsa notablement l’addition de la pénitence. Umberto promit, pour mériter le pardon, de réciter douze douzaines d’Ave Maria pour chaque incartade avouée. “A ce train là, se dit-il, je ne suis pas près de terminer la Crucifixion.” Puis, pensant à la duchesse, il reconnut qu’elle valait bien vingt quatre heures de chapelets à elle toute seule. Umberto savait apprécier la valeur des plaisirs de l’existence. Mais il se garda bien de le dire, de peur que le chapelain ne doublât la peine.

Le prélat conclut sa visite en enjoignant une dernière fois à Umberto de mener dorénavant une vie convenable. “Autrement je me verrai dans l’obligation de te retirer ma commande et de la confier à un autre peintre.”

– Il n’y en a aucun, Monseigneur, qui puisse faire ce que vous désirez.

– Ne sois pas orgueilleux, veux-tu !

Et Pietro Gozzoli, avait laissé Umberto à ses réflexions.

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La suite dans quelques jours.

© Jean-Michel Touche

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Episode 1 :  LA DÉCOUVERTE DU TABLEAU

 

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LE TABLEAU RETOURNÉ (conte de Noël)

Un conte écrit en 1996, étrange (mais un conte se doit de l’être, à quoi servirait-il autrement ?), à découvrir petit à petit avant Noël.

Vous plaira-t-il ? Je ne puis le dire… mais je l’espère !

 

1

LA DÉCOUVERTE DU TABLEAU

Entrez donc, monsieur, vous le verrez mieux de l’intérieur.”

Gabriel rougit de surprise, se redressa, sourit, répondit “Oui, euh! non. Enfin oui, pourquoi pas ?” et il pénétra dans la galerie.

– Ce tableau vous intrigue, n’est-ce pas ? Ça fait plusieurs fois que je vous vois l’examiner.

Un peu gêné d’avoir été remarqué, Gabriel se contenta de sourire. Depuis des semaines, c’est vrai, il faisait fréquemment un détour afin de passer devant la galerie Félicien et de s’arrêter un moment pour regarder cette grande toile sombre, empreinte de mystère. Il se sentait attiré par cette composition curieuse dont il cherchait à deviner le sens, mais les reflets de la vitre masquaient en grande partie les détails essentiels.

Suzanne son épouse, à qui il avait tenu à montrer le tableau un jour où le vent d’est soufflait désagréablement, l’avait vivement refroidi en décrétant tout à trac :

– Mais c’est horrible, mon ami, ça n’a ni queue ni tête, ce tableau. D’abord qu’est-ce que ça représente ?

– Je n’en sais trop rien, avait répondu Gabriel. Mais avouez que c’est étrange : on dirait qu’il se passe quelque chose, un événement exceptionnel, mais que le peintre a voulu seulement éveiller notre curiosité et puis… plus rien, comme si nous devions rester sur notre faim.

– Ce que je trouve étrange, rétorqua Suzanne, c’est l’effet que produit cette chose sur vous.  Alors écoutez, mon ami, regardez-la tant que vous voulez, mais moi je suis gelée, je rentre.
Puis  elle avait ajouté, un rien autoritaire, “Vous venez ?”

Gabriel avait souri comme d’habitude car il souriait beaucoup, mon grand-père. C’est un homme qui ne se fâchait jamais. “Allez devant, Suzanne, je vous rejoins.”

° ° °

Gabriel et Suzanne sont mes grands-parents. Des grands-parents adoptifs, en réalité, car mes parents m’ont recueilli petit enfant sans savoir très exactement d’où je venais. J’ignore tout de mes origines mais qu’importe : ma vraie famille c’est celle avec laquelle je vis. Voilà, vous savez tout de moi. Je ne trouve rien d’autre à dire parce que vraiment, quand je me regarde dans une glace, je ne vois guère de traits particuliers à vous signaler. A l’exception peut-être de mes cheveux bruns et bouclés qui tranchent sur la blondeur naturelle de mes parents. Ah! j’oubliais : mon père se prénomme Gervais et ma mère Felicity (elle est Anglaise). Moi, c’est Hubert.

° ° °

Mais revenons donc à ce jour de printemps où Gabriel put se pencher tout à loisir sur ce curieux tableau.

– Puis-je vous offrir une tasse de thé ? proposa l’homme de la galerie.

– C’est trop aimable, je ne voudrais pas abuser…

– Pas du tout, pas du tout. Permettez-moi de me présenter : René Félicien. Je suis le propriétaire de cette galerie et mon père l’était avant moi.

Mon grand-père se présenta à son tour et les deux hommes se serrèrent la main.

– Je suis très heureux que vous soyez ici, cher Monsieur. Figurez-vous que ce tableau m’intrigue et je me réjouis de l’intérêt que vous semblez lui porter.

Gabriel, amateur de peinture averti, ne comprenait rien à cette toile. L’opacité qui ombrait fortement le tableau ne correspondait à aucune école, aucune époque, aucun style.

– De quoi s’agit-il exactement ? finit-il par demander.

– Je n’en sais rien. J’ai trouvé ça dans un grenier, au milieu de quelques belles pièces. Apparemment, personne n’en connaissait l’existence. Au premier abord j’ai pensé qu’il s’agissait d’un tableau de la Renaissance abandonné sans soin et meurtri par les siècles. Regardez tous ces personnages. Malgré cette espèce de croûte sombre qui gâche la toile, n’évoquent-ils pas les fresques dont regorgent les musées de Sienne et de Florence ? Et cet homme, au premier plan sur la gauche, voyez comme il se détache du reste de l’œuvre.

Gabriel porta son attention sur un jeune homme que les reflets de la vitre empêchaient de voir depuis la rue. Un beau jeune homme au visage d’une finesse extrême, qui se tenait debout, sur la gauche de la toile. Il portait un vêtement de couleur indéfinissable et son visage penché du côté gauche paraissait regarder quelque chose ou quelqu’un. Mais il n’y avait rien à l’endroit où se posait son regard.

– C’est étrange, n’est-ce pas ? On dirait que le peintre n’a pas eu le temps de terminer la scène.

– C’est curieux, très curieux ! fit mon grand-père de plus en plus excité.

 

Le tableau, fort sombre, représentait un paysage de nuit. Le jeune homme au beau visage se détachait sur une masse foncée, une sorte de rocher à côté duquel se dressaient des cyprès. De la partie supérieure droite du tableau descendait une longue colonie de personnages qui avançaient en dessinant des sinuosités, sans que l’on parvînt à distinguer les traits des hommes et des femmes qui composaient cette foule en marche.

– Incroyable, s’exclama Gabriel, ce tableau nous cache quelque chose. De quoi peut-il bien s’agir ? Et ce jeune homme aux yeux tournés vers on ne sait quoi… ou on ne sait qui…, comme il est beau! Comment avais-je pu ne pas le voir depuis la rue ? Vous allez rire : il me rappelle…  Ah! oui, c’est stupéfiant.… Sait-on le nom du peintre ?

– J’ai cherché longtemps et j’ai fini par trouver quelque chose. Mais là encore c’est le mystère. Regardez, cher Monsieur, là, en bas à droite. Vous ne voyez rien ?

Les deux hommes s’accroupirent, mon grand-père chaussa ses lunette tandis que René Félicien releva les siennes sur son front et montra du doigt une zone du tableau que Gabriel se mit à fixer attentivement.

– Ça y est ! s’écria Gabriel dans un état d’excitation avancé. Ça y est, je le vois. Mais je ne distingue pas tout. Voyons, on dirait “Umbr…o, Umbr…a” quelque chose.

– Félicitations,  Monsieur, moi je n’étais pas arrivé à lire quoi que ce soit.

– Attendez, attendez, reprit Gabriel. Voilà, j’y suis. C’est “Umberto da…”

– Da quoi ?

– Da… rien. Il n’y a rien d’autre. Enfin si, peut-être. mais le reste du nom est caché par un trait de peinture brune. Je suis certain que quelqu’un a voulu masquer partiellement le nom du peintre.

– Ah ! Monsieur, Monsieur… bégaya René Félicien, c’est inouï, je possède ici une autre toile signée “Umberto da…” mais de façon beaucoup plus lisible. Et comme sur celle-ci le reste du nom a été masqué par une peinture épaisse. Ah ! Monsieur, venez voir.

René Félicien se précipita vers l’arrière de la galerie, déplaça fébrilement plusieurs toiles et finit par trouver celle qu’il cherchait. Il la prit avec soin, la tint à bout de bras un bref instant puis l’installa sur un chevalet. Il tourna ensuite sa belle tête grisonnante vers mon grand-père et demanda :

– Qu’en dites-vous ?

Gabriel resta muet de saisissement, incapable de prononcer le moindre mot.

– Alors, Monsieur, qu’en pensez-vous ?

René Félicien ne tenait plus en place. Il marchait de droite à gauche, de gauche à droite, s’approchant de mon grand-père, prenant ensuite du recul pour admirer l’œuvre qu’il venait de tirer de ses trésors.

Gabriel murmura : “C’est extraordinaire…”

Posée sur un chevalet, une jeune femme peu vêtue regardait timidement les deux hommes, dans une attitude pudique. Et cette jeune femme ressemblait à s’y méprendre à la Vénus de Botticelli.

 

René Félicien et mon grand-père ne cessaient de pousser des petits “Oh !” et des petits “Ah !” Quand ils reprirent leurs esprits ils se penchèrent pour déchiffrer la signature. A n’en pas douter c’était bien “Umberto da…”, comme sur la grande toile de la galerie. Les deux hommes pensaient la même chose, et d’émotion, eux qui ne s’étaient jamais rencontrés auparavant, ils s’embrassèrent. C’est vous dire l’effet qu’avaient produit sur eux ces deux toiles !

Le tableau de la jeune femme, comme la grande toile mystérieuse, avait souffert de l’agression du temps, des taches d’humidité dessinaient comme les contours d’un puzzle sur le corps laiteux. René Félicien avançait par instants la main pour essuyer la toile mais la retirait immédiatement par pudeur.

 

– A votre avis, Monsieur Félicien, demanda mon grand-père, cette toile est-elle antérieure ou postérieure à celle de Botticelli ?

René Félicien fit une moue, écarta les bras, se racla la gorge et dit “Ça va vous paraître fou, cher Monsieur, j’aurais tendance à dire que cette toile est antérieure.”

– Alors… qui donc est Umberto ?.
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La suite dans quelques jours.

© Jean-Michel Touche

Seco,d épisode : cliquer sur   LE TABLEAU RETOURNÉ (2)

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EXCUSES ET NOUVELLES DÉDICACES

Tout d’abord, les excuses !

A la suite d’un bug encore inexpliqué, les exemplaires de MANIGOA n’ont pas été livrés à temps pour le salon Radio France fête le Livre, les 25 et 26 novembre.
Je suis désolé pour les amis qui ont eu la gentillesse de venir me voir à la Maison de la Radio, et leur présente toutes mes excuses.

° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° °

Ensuite les nouveaux Salons auxquels je suis heureux de participer

Quatre nouvelles occasions de découvrir Manigoa ainsi que Bienvenue dehors (un livre présentant les SDF pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire des êtres humains à la fois respectables et attachants !)

Samedi 2 décembreSalon des Écrivains Catholiques, à la Mairie du 6ème,   78 rue Bonaparte (en face de Saint-Sulpice), de 14h00 à 18h30.

Dimanche 3 décembre Journée d’Entraide de la Marine, au Cercle National des Armées, 8, place Saint-Augustin, de 14h00 à 16h00.

Dimanche 3 décembre (et oui, le même jour…) Paroisse du Saint-Esprit, entrée par le 7 rue Cannebière (12ème), de 16h30 à 18h00.

Samedi 9 décembre Salon régional du livre et des médias chrétiens à Dijon, Salle Devosge – 5 rue Devosge, de 10h00 à 19h00

 

Si certains d’entre vous peuvent venir, cela sera une joie !

Alors peut-être à bientôt.

Jean-Michel Touche

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