BENARES (2) et fin du voyage (Extrait du journal 1982)

Dernières étapes du voyage
Delhi – Kathmandhu – Bénarès

Remarque :
Pour (re)trouver les précédentes étapes de ce voyage de 1982, il suffit de cliquer sur :  DelhiNépal-Etape 1,   Népal-Etape 2Népal-Etape 3, Bénarès (1)

Des photos plus nombreuses de ce voyage (Inde et Népal) se trouvent dès à présent sur le blog « A travers le regard ».

 

 

Aujourd’hui (2 février), j’ai vainement tenté de dénicher la petite mosquée dont on m’avait parlé en Oman. Personne ne semble la connaître.

J’ai donc retrouvé mon rickshaw man qui m’a de nouveau emmené en direction des ghats. Relativement tard cependant car il a fallu passer un bon moment dans les bureaux d’Indian Airlines afin de reconfirmer le billet pour Delhi et Bombay (démarche absolument nécessaire si l’on veut s’assurer de pouvoir reprendre l’avion…)

 

Mercredi 3 février

A nouveau les ghats. Le boatman rame en silence et l’on n’entend que les chants religieux et le grincement des rames qui frottent contre l’embarcation. Le soleil se cache, aujourd’hui encore, derrière un épais rideau de nuages qu’il traverse pourtant en quelques occasions pour éclairer les croyants dans leurs ablutions.

Nous remontons le Gange jusqu’à l’Asi ghat. Ici, plus de marche en pierre. Les gens se tiennent sur la berge en terre. Le batelier me montre différents bâtiments réservés aux sadhus et quelques-uns aux femmes pieuses. Près du ghat des crémations se dresse un édifice où se retirent les veuves. Elles y vivent grâce aux dons de riches Indiens. Plus loin, le palais du maharadja de Bihar avec ses trois tours. L’une d’elles servait d’ascenseur pour les femmes qui allaient au bain. L’ascenseur était actionné à bras d’hommes.

Croisé dans le Gange une vache morte, un chien crevé, des fleurs qui commencent à pourrir, une statue de divinité.

Différentes photos des ghats. Puis je me suis aventuré sans guide dans le chowk dont je suis sorti… bien loin de l’endroit que je voulais atteindre. Ça m’a donné l’occasion de tomber sur un cortège ouvert par des musiciens. En queue, porté dans un baldaquin, un jeune homme au visage masqué par un rideau de fleurs, qui se rend à ses noces…

 

Jeudi 4 février

Au réveil, brouillard sur Bénarès. Heureusement, il fait assez vite place à un magnifique ciel bleu, le premier ciel bleu depuis mon arrivée.

Aujourd’hui, visite de Jaunpur, capitale d’un éphémère royaume du XVème siècle. La route est parsemée d’obstacles car la chaussée, bien que d’assez bonne qualité, est trop étroite pour permettre à deux véhicules de se croiser ou de se doubler.

La traversée de différents villages ne manque pas de pittoresque ni de charme, avec les femmes en saris, les vaches blanches qui se reposent en ruminant le long des routes, ou boivent à un abreuvoir, ces milliers de bicyclettes qui évoquent les processions de fourmis. La campagne est très verte et très belle. Soixante kilomètres séparent les deux villes, mais il faut compter une heure et demie pour atteindre Jaunpur.

La première visite sera pour le Fort Rouge dont subsistent seulement des ruines, à l’exception d’une porte intéressante et de la mosquée Ibrahim Naib Barbak. Avant de pénétrer dans l’enceinte du fort, il faut remplir un cahier en inscrivant son nom, son adresse et l’heure d’arrivée.

La mosquée Ibrahim Naib Barbak est assez belle. C’est paraît- il la plus ancienne de Jaunpur. Quelques Indiens se promènent dans le parc. Plus loin, depuis ce qui devait être la muraille d’enceinte, vue magnifique sur la ville, le pont d’Akbar et l ‘Atala Masjid.

La voiture se fraie ensuite un chemin jusqu’à l’Atala Masjid dont la cour intérieure sert d’école publique d’un côté et abrite la madrasa de l’autre. Devant la salle de prière se dresse une haute façade qui fait office de minaret, surmontée par des haut-parleurs. Ce style de mosquée diffère de la conception des mosquées que l’on trouve traditionnellement en Inde.

Mon entrée est particulièrement remarquée par les jeunes écoliers qui se réjouissent de cette distraction inattendue (peu prisée au contraire par les professeurs qui les rappellent à l’ordre en leur donnant de légers coups de badine sur la tête.)  Du côté de la madrasa l’attention est beaucoup plus sérieuse et les élèves ne se tournent pas pour regarder passer l’étranger, sauf au moment de mon départ.

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Jami Masjid : coup de foudre! Avec son petit bassin central, ses palmiers de petite taille, la façade très pure et très belle de la salle de prière, cette mosquée incite au recueillement et à la méditation, tout comme les plus beaux cloîtres. A l’opposé de la salle de prière, une galerie sur laquelle donnent les chambres des religieux (ou des pèlerins ?)

Des sculpteurs taillent des blocs de pierre pour refaire la porte principale. A les voir ainsi au travail, penchés sur le matériau qui peu à peu prend forme, l’on imagine ce que devaient être les chantiers entourant les édifices en construction.

Laz Darwaza a Masjid: là encore je tombe sur la madrasa mais les cours sont terminés. L’un des professeurs me fait visiter les lieux.

Au retour, photos du fameux pont d’Akbar puis photos de scènes de rue. Par moments je suis l’attraction. Jamais (et aujourd’hui non plus) je n’ai ressenti la moindre appréhension au milieu d’une foule indienne. Et l’appareil de photos sert parfois à engager le dialogue avec ceux qui veulent être photographiés ou ceux qui veulent savoir ce qui intéresse un étranger.

Brusquement voici que parvient un brouhaha confus, de plus en plus fort. C’est la police qui tire un homme et lui fait faire le tour de la ville pour le montrer à la population. Il porte des traces de sang sur le haut du crâne et sur une de ses pommettes, et des marques blanches sur le reste du visage. Les policiers le tiennent littéralement en laisse, les mains serrées dans des menottes. La foule l’entoure. Une sourde tension monte. « Un voleur » commente le chauffeur.

Entre Jaunpur et Bénarès que nous regagnons en fin d’après-midi, nous croisons â nouveau des caravanes de dromadaires. Les bêtes sont nettement plus hautes et plus robuste d’apparence que celles de l’Oman.

 

Vendredi 5 Février

A nouveau, lever à l’aube. Ce matin enfin je peux voir le soleil se lever sur le Gange.

Les chants religieux gueulards disparaissent, gommés par la lueur qui éclaire peu à peu l’autre rive du fleuve. Lueur d’abord presque imperceptible. Une tache couleur de braise apparaît. Et le rond parfait du soleil jaillit de la terre. Le Gange renvoie des milliers d’étoiles aux clapots de l’eau. Moment fugitif dont la plus belle pierre précieuse ne saurait donner qu’une pâle idée.

Une heure en bateau. Puis longue, très longue marche sur les ghats qui sont, par endroits, d’une saleté repoussante. Beaucoup de photos. Je suis par moments arrêté par des hommes qui veulent être photographiés. L’un d’eux, un jeune renonçant, souhaite recevoir un tirage. Ce sera chose faite si toutefois je parviens à déchiffrer l’adresse qu’a écrite pour lui un passant (car le jeune homme ne sait ni lire ni écrire).

Où est la spiritualité, à Bénarès? Je pensais rencontrer Dieu (plus exactement je pensais trouver là une conscience collective de Dieu). Il y a certainement des hommes et des femmes sincères qui prient mais, je dois l’avouer, bien des sadhus et de renonçants m’ont donné l’impression d’exploiter la crédulité des pèlerins.

Eprouverais-je des sentiments du même ordre si, incroyant, je visitais Lourdes ? Je ne crois pas car la foi, quand elle s’exprime collectivement, devient presque palpable. Et même un Musulman priant seul, tourné vers la Mecque, donne une image de la foi.

Ici , au même endroit et en même temps, l’on peut voir un visage immobile, les yeux fermés, tourné vers le Gange et plongé dans la prière (ou la simple adoration) ; des renonçants fumant et devisant gaiement tout en prenant le soleil ; des brahmanes triturant des offrandes dans de l’eau sale, officiant pour quelques fidèles accroupis devant eux ; des gens en train de laver les régions les moins sacrées de leur corps ; des vaches ou des buffles laissant choir lourdement leurs excréments que des femmes ramassent à pleines mains pour en faire ces fameuses galettes utilisées comme combustible, une fois séchées.

Et pourtant, impossible de ne pas le voir, il passe par endroits un courant sacré. Faut-il un temps d’adaptation (ou s’être préalablement « vidé » l’esprit) pour comprendre ce qui est en train de se vivre ici ?

 

Samedi 6 Février

Dans quelques jours ce voyage prendra fin et je serai heureux de retrouver ma femme et mes enfants.

Sans doute croient-ils que je n’ai pas beaucoup pensé à eux, et pourtant voici quatre jours que je tente d’envoyer un télex à Mascate… sans succès.

Ce matin, visite de Sarnath où le Bouddha (« l’Illuminé ») prononça son premier sermon. Lieu de pèlerinage depuis plus de 6 siècles avant Jésus Christ, Sarnath est resté vénéré par les bouddhistes qui viennent parfois de très loin (des régions himmalayennes jusqu’à Sri Lanka) pour s’y recueillir.

Les monuments érigés sur ce site devaient être splendides, malheureusement les Musulmans détruisirent quasiment tout et saccagèrent nombre de statues et de bas reliefs.

Le musée contient de très belles choses. Regrettons toutefois que les murs soient recouverts d’une peinture bleu ciel délavée et que seules de minuscules fenêtres, placées au ras du plafond, éclairent les salles.

A l’extérieur, un vaste parc où se dressaient autrefois les monuments à présent en ruine -dont on peut cependant deviner l’ancienne splendeur.

Le temple principal, érigé au Vème ou VIème siècle, couvrait le lieu où avait vécu le Bouddha. Par endroits il reste de petits bas-reliefs représentant l’Illuminé. Comme nombre de pèlerins viennent chaque jour, il n’est pas étonnant de voir une de ces sculptures ornée d’un collier de fleurs.

Plus loin, la Dhamekh stupa, haute d’une quinzaine de mètres, construite dit-on à l’emplacement exact du premier sermon de Bouddha. Beaucoup de fidèles aux yeux bridés en font le tour en priant.

Ailleurs, un temple Jaïn avec une statue de Mahàvlra, fondateur du Jaïnisme, également appelé Jina, le « Victorieux ». Enfin, à l’extrémité du parc, un monastère bouddhiste de construction récente (1931): Mulagandhakuti Vihara.

Dernier arrêt à Sarnath (dans la cité cette fois) devant un temple tibétain.

 

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Voilà, le voyage est terminé, retour à Mascat où je retrouve avec joie épouse et enfants.

Il faudra de longs mois pour que toutes les rencontres, les émotions, les images de ce voyage, trouvent leur place dans le tiroir aux souvenirs. Et pour que les jugements parfois hâtifs se tempèrent à la mesure du temps qui passe…

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Texte et photos © Jean-Michel Touche
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Balade au-dessus de Mars

Pour terminer l’année, un voyage au-dessus de Mars ce n’est pas mal, qu’en pensez-vous  ?

Si le cœur vous en dit, cliquez sur  Balade au-dessus de Mars.

Grâce au Figaro vous ferez une belle exploration ! N’oubliez pas d’agrandir l’image en plein écran, vous ne le regretterez pas !

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DIABOLIQUE (ou la manipulation mentale)

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Faire un film « de fiction » à partir d’éléments réels permet d’adapter beaucoup de choses et de dire ce que l’on veut, comme on le veut. Illustrer ensuite un débat sur la manipulation mentale avec des extraits de ce qui est désigné comme « fiction » conduit alors à se demander où se trouve la réalité.
(cf  HUFFINGTON POST 11 avril 2016)

Le film « DIABOLIQUE », présenté sur France 3 mardi 5 avril, est-il un bon avertissement pour ceux qui pourraient, à leur tour, se laisser piéger par un « James Bond d’opérette », comme le dit Télérama ? A chacun de juger.

Deux remarques cependant :

Certains, dans cette malheureuse histoire, ont perdu beaucoup plus que d’autres. Seule une famille s’est fait dépouiller sur la totalité de ses biens.

Contrairement à ce qui a été dit ensuite lors du débat, ce n’est pas une « famille professionnelle » (c’est-à-dire « les médias », malgré l’hommage appuyé qui leur est rendu) qui a débloqué la situation, c’est le courage de Christine de Védrines  qui a réussi à s’échapper de l’emprise du prédateur malgré les risques qu’elle courait, est rentrée en Livre ChristineFrance et a porté plainte auprès de la Justice avec l’appui de plusieurs amis et de sa famille proche.

« NOUS N’ÉTIONS PAS ARMÉS », le livre publié chez Plon en 2013 par Christine de Védrines avec son mari et ses enfants, donne une approche saisissante et bien plus crédible et profonde de la manière  dont on peut se laisser prendre par des propos qui suintent l’excessif tout en conservant une part de crédibilité. Comme si un mal inconnu rongeait peu à peu votre liberté de pensée.

La même peine n’a pas été vécue de la même manière par tous. Il convient de le dire.

De l’art de se faire entourlouper !

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Comme sans doute beaucoup de personnes, peut-être avez-vous reçu récemment un mail dont vous pouvez voir une copie en cliquant sur     « Informations concernant votre remboursement… »

Si c’est le cas, vous apprenez que les Impôts vont vous restituer une petite somme, pas terrible, mais enfin, s’ils se sont trompés, vous dites-vous, autant se faire rembourser.  Réflexe naturel. Mais réflexe qui peut être à l’origine de bien des ennuis.

Vous cliquez donc sur le lien intitulé « Accéder au formulaire de remboursement ». Et là, vous arrivez sur un site tout à fait crédible, intitulé Impots.gouv.fr. On ne se pose pas de question, on fait confiance.

Seulement il y a un problème : l’adresse de ce site est en réalité : impots-gouv.eu/  (il suffit de regarder en haut dans la zone d’adresse web pour s’en rendre compte.) A part cela, le site paraît authentique. Sauf que vous vous trouvez sur la page « Particuliers ». Si vous tentez de cliquer sur les pages « Professionnels » ou « Documentation », il ne se passera rien. Et pour cause : ce site est frauduleux !

Ensuite on vous demande vos coordonnées pour permettre aux Impôts de vous rembourser, notamment votre adresse mail et votre mot de passe marqué comme obligatoire. C’est là que le bât blesse !

L’individu qui est derrière ce site de piratage cherche à voler votre adresse mail à des fins, on le sait bien, tout à fait malhonnêtes. Il a besoin pour cela de votre mot de passe, et vous risquez de le lui donner sans prendre conscience du risque que vous courez.

Si par hasard vous avez répondu, contactez immédiatement l’hébergeur de votre adresse mail afin de la changer ainsi que le mot de passe.

Cet article a pour but de vous mettre en garde quant aux supercheries dont nous pouvons tous être victimes un jour ou l’autre.

Si vous avez reçu ou si vous recevez un mail vous annonçant le remboursement d’une part de vos impôts, soyez plus que vigilants ! Et manifestez cette vigilance à toute occasion sur Internet où pullulent les loustics mal intentionnés.

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VŒUX SOUS FORME D’UNE PIECE DE THEÂTRE

La scène se déroule sur le Pont Bir Hakeim, au-dessus de la Seine, face à la Tour Eiffel

Copyright  2012 JMT

Saint Jean Bouche d’Or : Eh, vous, le passant qui passe, Je vous souhaite une Bonne année !

Le Français Déprimé : Bonne année ? Vous voulez rire ! A quoi ça sert, les vœux ? C’est nul. Nullissime, même. Pouvez en faire l’économie.

Saint Jean Bouche d’Or : Bon, d’accord, on sait bien que tous ne vont pas se réaliser, nos désirs les plus profonds ne se transformeront pas tous en réalité. C’est vrai…

Le Français Déprimé (interrompt Saint-Jean Bouche d’Or tout en faisant une grimace) : Alors… à quoi cela sert ? Vous pouvez me le dire? Vous voyez bien, vous n’y croyez pas vous-même.

Saint Jean Bouche d’Or : A quoi ça sert ? C’est tout simple. Je crois que ça sert à l’amour.

Le Français Déprimé : Alors ça, mon vieux, c’est la meilleure de l’année ! L’amour ! On aura tout vu dites donc, tout entendu. L’amour !.. Vous voulez me faire rigoler.

Saint Jean Bouche d’Or : Ben… pas forcément. C’est celui qui reçoit qui décide. Chacun de nous est invité par la vie à marcher sur un chemin qu’il n’a pas forcément choisi…

Le Français Déprimé (qui interrompt à nouveau Saint Jean Bouche d’Or) : Non mais vous êtes marrant, vous ! Vous êtes le premier à envoyer des vœux, et après vous dites qu’on n’a pas choisi le chemin sur lequel on marche. Faudrait savoir, mon vieux. Z’êtes pas bien logique, parole !

Saint Jean Bouche d’Or : Naturellement. Parce que vous ne m’avez pas laissé terminer. Je voulais dire que sur certains chemins, marcher seul c’est souvent l’angoisse, l’envie de reculer, de tout lâcher, de fermer les yeux et de dire Non !

Le Français Déprimé : Vous voyez bien…

Saint Jean Bouche d’Or (qui a envie de s’énerver mais ne s’énerve pas): Chut ! Laissez-moi vous expliquer. C’est vrai qu’on a parfois envie de tout laisser tomber. Je suis d’accord. Mais qu’un(e) ami(e) vous dise : « Je pense à toi et j’espère que tout ira comme tu veux », et soudain le soleil se lève, les nuages s’étirent pour s’effiler et ils laissent place à la lumière.

Là, il se produit un long silence, à peine troublé par un cycliste qui passe sous le pont en saluant les deux acteurs pendant qu’un couple de mariés chinois se fait photographier, elle en blanc et lui en smoking gris luisant de bonheur.

Saint Jean Bouche d’Or (qui reprend la parole et regarde en souriant le Français Déprimé) : D’où viennent ces battements de cœur qui parfois illuminent le chemin sur lequel nous marchons ? Des yeux, un sourire, un visage, des lèvres qui laissent deviner un murmure dans l’éclat d’un sourire, et nous voici debout, heureux, prêts à nous remettre en route. Celles et ceux qui font des maraudes le savent bien. Le sourire que nous donnent nos amis de la rue, ces « sans-abri » (mais pas sans âme) est en lui-même un trésor. Il est parfois des passants qui nous regardent, nous envient et même nous le disent.

Saint Jean Bouche d’Or (qui se tourne à présent vers les lecteurs du Blog) : Voilà ce que je souhaitais vous dire à toutes et tous pour ce début d’année. Ecartons les feuillages de la morosité, levons-nous, sourions et reprenons le chemin vers ce qu’il y a de plus profond et de plus éblouissant dans l’existence. Que l’on soit croyant ou qu’on ne le soit pas, donnons un sens à notre vie ! Allez, à tous, Bonne Année ! Pas vrai, l’ami ?

Copyright  2012 JMT

Voix du sans-abri : Oui, à vous tous, BONNE ANNEE ! ! !

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Texte et Photos © JMTouche

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CERONS, « un terroir d’exception au cœur des Graves »

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Copyright  2012 JMT

A plusieurs reprises le Blog a consacré un article au vin de Cérons et au Château de même nom.

Le site du Château, entièrement rénové, est passionnant à découvrir pour en savoir davantage sur ce terroir insuffisamment connu, sur le château, son histoire, le domaine etc.

Juste un clic sur « Cérons » pour tout savoir !

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J’AI VU CONSTRUIRE LE MUR DE BERLIN

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Avec cette affirmation, j’exagère à peine. Commencée dans la nuit du 12 au 13 août 1961, la construction du « mur de la honte » était loin d’être achevée lorsque, avec un contingent de soldats français, j’arrivai à Berlin en mars 1963 pour y accomplir la plus grande partie de mon service militaire. A cette époque, l’Allemagne était coupée en deux. A l’Est se trouvait la RDA (République Démocratique Allemande), avec un gouvernement communiste, à l’Ouest la RFA (République Fédérale d’Allemagne).

Ilot très particulier en pleine RDA, Berlin, comme une anomalie de l’histoire, comptait quatre secteurs placés sous l’autorité de la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, la France et la Russie.

Avant cette fameuse nuit du 12 au 13 août 1961, chacun se déplaçait comme il le voulait au cœur de Berlin. Le métro passait allègrement de la zone Ouest à la zone Est et inversement. Il n’étonnera personne d’apprendre que l’on se rendait beaucoup plus de l’Est vers l’Ouest que dans l’autre sens. On estime ainsi entre 2,5 et 3,5 millions le nombre d’Allemands de l’Est qui ont fui la RDA pour se rendre en Allemagne Fédérale. Un fléau pour le gouvernement communiste qui voyait s’en aller une population parmi la plus jeune et la plus courageuse de ses ressortissants.

Cela commençait à poser de graves problèmes. Ainsi naquit l’idée de construire un mur infranchissable qui ferait le tour de Berlin Ouest et bloquerait toute émigration.

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En mars 1963, hormis quelques endroits où les Allemands de l’Est avaient construit un mur en dur, les barbelés composaient le reste de la barrière qui encerclait la zone occidentale.

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Très souvent, je participais à ce qu’on appelait alors des patrouilles zonales, qui consistaient à longer le mur pour s’assurer que des troupes russes ne le franchissaient pas. Durant ces années où la guerre froide portait particulièrement bien son nom, l’Ouest redoutait une offensive russe.

Chaque jour, deux jeeps quittaient le quartier militaire français pour s’aventurer dans ces zones qui ressemblaient davantage à la campagne qu’à une grande ville et où, souvent, nous trouvions des ruines, restes de la deuxième guerre mondiale. Armés et équipés d’émetteurs radio et d’écouteurs, nous partions sous les ordres d’un adjudant-chef et avancions prudemment le long de ces kilomètres de barbelés, jumelles devant les yeux, afin de traquer tout événement susceptible de poser problème.

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Et il se produisit un jour, en effet, un incident qui aurait pu fort mal tourner. Nous faisions ce jour-là notre surveillance coutumière, lorsque, au détour d’un bosquet, l’adjudant-chef, dans la première jeep, hurla un « Halte » retentissant, suivi d’un ordre que je ne pourrais plus citer de mémoire, mais qui signifiait : « Tous sur vos gardes, danger, armes prêtes. » Je crois que notre véhicule, sous l’effet de la surprise, cala et que le chauffeur eut du mal à remettre le moteur en marche. C’est très impressionnant, même en période de guerre froide, de recevoir l’ordre de se tenir prêt à tirer.

Stupéfaits, nous découvrîmes, après avoir contourné le bosquet, un vaste passage ouvert à coups de cisailles dans l’énorme pelote de barbelés. Des paysans chichement vêtus travaillaient la terre dans un champ assez large, côté Ouest, surveillés par des vopos (gendarmes est-allemands) mitraillette à la main. Tout ce petit monde était entré dans la zone contrôlée par la France, où il n’aurait jamais dû se trouver.

Que se passait-il ? La guerre venait-elle d’être déclarée ? Sur l’ordre du chef de patrouille, nous armâmes à notre tour nos fusils et commença un face à face qui aurait bien pu dégénérer si l’adjudant-chef qui nous commandait avait eu un zeste de sagesse en moins. Inutile de préciser que le rythme cardiaque des uns et des autres connut une accélération jamais atteinte depuis ! Notre chef de patrouille ne parlait pas l’allemand, les vopos ne disaient pas un mot de français. Le danger venait du fait que cette situation, totalement incongrue, ne figurait pas dans la formation dispensée en vue des risques liés aux patrouilles zonales.

De leur côté, les vopos n’étaient sans doute pas plus à l‘aise que nous, mais nous ne les interrogeâmes pas pour nous en assurer !

Nous restâmes tous immobiles assez longtemps, dans une atmosphère hostile et tendue, jusqu’à ce que l’officier qui commandait les vopos ordonne aux paysans de cesser leur travail et de retourner à l’Est. Ses hommes franchirent à leur tour la frontière et plusieurs d’entre eux, les mains protégées par des gants épais, repoussèrent en partie les barbelés pour refermer derrière eux le mur. Nous les vîmes tous grimper dans un vieux camion en fort mauvais état qui refusa un bon moment de démarrer. Sidérés, nous les vîmes s’en aller sans qu’ils jettent vers nous le moindre regard.

Dans les jours suivants, on apprit la raison de cette rencontre imprévue. Avant le 12 août 1961, des agriculteurs est-allemands possédaient des champs un peu partout à Berlin y compris dans la zone occidentale, et allaient y travailler sans que cela pose problème. Une autorisation spéciale leur fut accordée pour qu’ils puissent continuer de cultiver ces parcelles après la mise en place du mur, mais sous surveillance.

Or jusque-là notre régiment n’avait jamais été informé de cette disposition et par ailleurs aucune patrouille zonale n’avait rencontré ces agriculteurs qui ne devaient sans doute pas franchir bien souvent le mur, même encadrés par les vopos. Si l’adjudant-chef qui commandait ce jour-là notre patrouille avait été un tant soi peu nerveux, l’incident aurait pu dégénérer et envenimer fortement les relations Est-Ouest.

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Patrouilles de l‘autre côté du mur

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En 1963, les mouvements de troupes russes à Berlin-Est inquiétaient l’Occident, ainsi que la venue de troupes est-allemandes dont la présence à Berlin était formellement interdite au titre de l’accord quadripartite (comme celle de troupes ouest-allemandes.)

Logé la nuit dans un hangar à jardinier, au cœur du quartier militaire français (autrefois conçu pour les troupes d’élite d’Hitler), un soldat de mes amis recevait de mystérieux coups de fil du type « Bonsoir, Maman est malade, je ne viendrai pas », ou « On se réjouit de votre visite », ou encore « Le chat s’est perdu, on ne sait pas où il est allé. ».

Ces phrases étranges avaient un sens pour les services de renseignement de l’armée. Elles indiquaient souvent des mouvements de troupe, signalant l’imminence d’un danger, un repli ou autre chose. Le soldat de permanence dans le hangar informait sa hiérarchie des différents messages reçus. Il s’ensuivait l’envoi immédiat d’une mission de vérification en zone russe.

Nous partions à trois dans une voiture militaire (en uniforme nous pouvions aller dans tous les coins et recoins de la zone Est, et réciproquement pour les Russes). Il y avait un chauffeur, un capitaine et un militaire de grade inférieur. J’aimais beaucoup participer à ces inspections qui nous offraient un aspect inattendu de Berlin-Est.

Je me rappelle notamment la Karl Marx Avenue, dont les immeubles arboraient côté avenue des façades splendides, mais dont l’arrière était loqueteux.

Notre mission consistait à nous rendre dans le quartier signalé par les messages nocturnes, afin de vérifier si les informations de nos mystérieux correspondants étaient fondées. Nous n’étions jamais certains d’atteindre notre objectif. Berlin_10-1

Souvent … quelle étrange coïncidence… la rue que nous devions emprunter pour atteindre notre destination était bouchée par des travaux, ou bien un camion de déménagement s’arrêtait devant nous, un autre un peu derrière, et nous voilà bloqués pendant une heure ou deux…

En nous empêchant d’aller là où nous le voulions, les Russes pensaient dissimuler leurs mouvements de troupes ou ceux de l’armée est-allemande. Ils se trompaient. Si nous atteignions sans difficulté le quartier où nous désirions nous rendre, cela signifiait qu’il ne s’y passait rien et que les messages nocturnes nous avaient alertés à tort. Si au contraire des obstacles inhabituels bloquaient notre parcours y compris les déviations par lesquelles nous tâchions de passer, alors nous pouvions être certains que les renseignements étaient exacts !

Je pense que les Russes et les Allemands de l’Est ne s’en sont jamais doutés. Autrement ils nous auraient toujours barré la route dès qu’ils nous auraient vu traverser le Check Point Charlie, seul point de passage d’une zone à l’autre, nous laissant en permanence dans le doute.

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  Les quelques photos illustrant cet article ont été prises durant mon séjour militaire à Berlin.

Je profite de cet article pour dire que le Service Militaire était un moment de brassage social de grande utilité…

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Texte et photos © Jean-Michel Touche

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