PASSAGE D’EPHRATA – Conte de Noël (7ème et dernier épisode)

 

Copyright 2012 JMT

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Paris, le 25 décembre au matin

Le jour se levait et donnait à la ville cet air un peu défraîchi que prend tout petit matin aux yeux des mal-éveillés.

Ils débouchèrent du passage d’Éphrata, sur­pris de retrouver les vitrines encore illuminées, les réverbères enveloppés de brume, les sans-abris couverts de vieux cartons.

Marie, la première, passa la tête, suivie d’Emmanuel qu’elle regardait avec admiration depuis qu’elle avait découvert le sens de son prénom. Le professeur venait ensuite, précé­dant de peu Geneviève et Jean-Baptiste.

– Et Samuel ? s’enquit Jean-Baptiste en re­gardant derrière lui.

– Samuel ? Il est resté là-bas, répondit le professeur.

– Pourquoi ?

– Peut-être sa mission est-elle achevée ? Peut-être même est-elle confiée à quelqu’un d’autre ?

– À qui ça ? s’étonna Jean-Baptiste.

– J’ai mon idée… murmura le professeur.

Un couple, qui avait copieusement fêté Noël, traversa le boulevard entre deux feux. La femme riait aux éclats, faisant des mouli­nets avec son sac. L’homme titubait un peu. Il avait l’alcool triste et pleurait, prononçant des propos incohérents, promettant de ne plus jamais… Et il s’arrêtait net.

– Plus jamais quoi ? interrogeait la femme en riant de plus belle.

– Non, plus jamais !…

° ° ° ° ° ° ° ° ° °

Coup de klaxon furieux. Bruit de freins. Portière qui s’ouvre.

Un homme qui se précipite vers le couple renversé, un hurlement de femme !

Des cris ! En fait, plus de peur que de mal. La voiture ne les a que frôlés.

L’homme et la femme se relevèrent péni­blement, s’appuyant sur Jean-Baptiste et le professeur arrivés en courant.

– Salaud ! hurla l’homme à l’intention du chauffeur. « On vit dans un monde de salauds, mon vieux ! » reprit-il en se cramponnant à Jean-Baptiste. « Tout le monde ment, mon vieux, tout le monde se fout de tout le monde. Mais pourquoi… pourquoi ? Je te demande un peu ! »

C’était un grand type, jeune encore, qui pesait au bras de Jean-Baptiste.

– On nous ment, mon vieux, continua-il en essuyant son manteau de la main pour effacer les traces de sa chute. « Noël ? Je t’en fous, ouais ! On nous promet la fête, le réveillon, le rêve. Mais y a rien, mon vieux après la bouffe, y a rien du tout ! Tu te retrouves tout seul. Une fois que tu as donné ton fric, tu n’intéresses plus personne. »

La femme le rejoignit, fou rire éteint, ma­quillage délavé, regard triste.

– Allez, viens. C’est Noël quand même, non ?

– Non ! C’est fini, Noël ! Il n’y a plus de Noël ! Ça n’a jamais existé, Noël. C’est fini, je te dis.

Jean-Baptiste se mit à rire. « Je crois au contraire que tout commence », confia-t-il à l’oreille de l’homme. « Venez, tous les deux ! »

Impressionnés par son calme, surpris par l’éclat presque lumineux de son sourire, l’hom­me et la femme le suivirent et marchèrent avec lui en direction de la vitrine du magasin puis du passage d’Éphrata.

– Où nous conduis-tu ? interrogea la fem­me.

– Allez, répondit Jean-Baptiste en les invi­tant à pénétrer dans la ruelle étroite. Allez, marchez tout droit et vous découvrirez la révélation de Noël. Quand vous serez parvenus à Ephrata, vous comprendrez tout.

Alors sans se retourner, sans plus rien dire, le couple, et à sa suite un flot de passants sur­gis d’on ne sait où, se mit en marche. Tous s’engagèrent dans le passage étrange au bout duquel un enfant nouveau-né, dans les bras de sa mère, les attendait.

 

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Ainsi s’achève  PASSAGE D’EPHRATA

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© Jean-Michel Touche

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Episode 1
Episode 2
Episode 3
Episode 4
Episode 5v
Episode 6

Pour en savoir davantage sur Noël

 

 

 

 

PASSAGE D’EPHRATA – Conte de Noël (épisode 5)

Copyright 2012 JMTCopyright 2012 JMT.

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– Venez et vous comprendrez, avait pro­posé Samuel, de cette voix à la fois gutturale et douce qui paraissait venir de très loin.
– Comprendre quoi, avait rétorqué Jean-Baptiste, découvrir comment un homme peut tomber de la coupole d’un grand magasin et se transformer en un peu de terre ?

Samuel dont le rôle n’était sans doute pas d’expliquer mais seulement de montrer la voie, s’était contenté d’écarter les bras en signe d’impuissance à répondre. Après une courte hésitation il avait toutefois recommandé de ne pas s’éloigner les uns des autres, précisant qu’il ne fallait pas risquer de se perdre quand on remontait le temps. Puis il s’était dirigé vers la venelle et s’y était enfoncé, sans regarder en ar­rière, sans s’assurer que les autres le suivaient.

Décidément, l’affaire prenait un tour qui dérangeait les habitudes de Jean-Baptiste. La veille, il avait décidé d’explorer la ruelle, et maintenant que Samuel l’invitait à y pénétrer à sa suite, il se sentait comme angoissé. En lui se disputaient le commissaire qui refusait l’irrationnel et l’homme qui se découvrait un attrait insoupçonné pour le mystère, mâ­tiné cependant d’une certaine inquiétude. La crainte vague d’une découverte à laquelle il ne serait pas préparé. Le photographe lui inspirait de la sympathie. C’était un point acquis. Mais tout de même, cette expression, « remonter le temps »… Il fallait être Emmanuel, ou à la rigueur Marie, pour s’enthousiasmer à cette idée ! Jean-Baptiste avait haussé les épaules, prétextant qu’il se faisait tard et qu’il fallait coucher les enfants. Pourtant, devant les cris de ces derniers et l’insistance de Geneviève, il avait fini par céder.

– C’est Noël, avait plaidé Geneviève, tu peux bien leur laisser cette joie.
– D’accord. Mais dix minutes, pas plus, avait-il pris soin d’ajouter.

Ils marchaient donc les uns derrière les autres, dans cet étroit passage privé de lumière. Samuel ouvrait le chemin, tenant Marie par la main. Celle-ci donnait à son tour la main à Emmanuel. Puis venaient Geneviève, Jean-Baptiste et le professeur dont Jean-Baptiste ne comprenait pas pourquoi Samuel l’avait invité à se joindre à eux.

Depuis combien de temps avançaient-ils ? Maritti n’en savait rien. Il commençait d’ailleurs à se demander s’il ne serait pas plus sage de revenir à leur point de départ, mais curieusement, chaque fois qu’il se retournait, il lui semblait que le passage se refermait der­rière eux au fur et à mesure qu’ils avançaient, coupant définitivement tout contact avec le boulevard et la vitrine du magasin. Avait-il eu tort d’emmener avec lui femme et enfants dans une aventure à laquelle il ne comprenait rien ? Était-ce raisonnable de s’être engagé dans ce passage dont il ignorait où il conduisait ?

Passage d’Éphrata ! Encore une curiosité ! Bien qu’opérant souvent dans ce quartier, il n’avait jamais eu l’occasion d’y pénétrer. A vrai dire, il n’avait même pas remarqué cette ruelle qui ne voyait sans doute jamais le soleil, et que Samuel leur avait fait emprunter « pour comprendre la vérité ». Quel drôle de type, ce Samuel. De toute sa carrière Maritti ne se sou­venait pas d’en avoir croisé de semblable.

Soucieux, le commissaire passa en revue les différents éléments de l’affaire. Un bien maigre butin : une tentative de suicide ; un Père-Noël soi-disant aveugle qui se précipite pour sauver un désespéré et qui fait une chute mortelle… mais on ne trouve que du sable, de la terre et de la poussière dans son vêtement rouge ; un photographe de rue qui raconte des choses invraisemblables ; et maintenant lui-même et sa famille en train de marcher dans une ruelle plongée dans l’obscurité… presque à l’écart du monde.

Il y avait dans tout cela quelque chose d’irrationnel qui le contrariait, lui le policier rigoureux, « le roi de la logique », comme l’ap­pelait Leclerc, lui qui ne croyait que ce qu’il voyait. Ce qui aurait dû se traiter comme un simple fait divers, s’enlisait petit à petit dans le mystère.

La main de Geneviève rejoignit celle de son mari et le tira de ses pensées. C’était tout Geneviève, ça ! Être présente lorsqu’il le fallait, sans bruit, rien qu’en exerçant une pression affectueuse des doigts. Dans l’obscurité quasi totale, elle n’avait rien pu lire sur le visage de son mari. Elle avait deviné, simplement, ma­nifestant de la sorte que l’amour n’a pas besoin de preuve mais seulement d’attention. Jean-Baptiste lui fut reconnaissant de ce contact et exerça à son tour une pression des doigts.

– Ça va ? murmura Geneviève.

Jean-Baptiste se mit à sourire. Voici peu, il se demandait depuis combien de temps ils avaient quitté le boulevard. Et grâce à ce tout petit signe de Geneviève, la question devenait sans objet. Qu’importait le temps ! Geneviève se trouvait là, avec ses petites phrases toutes simples qui parfois l’agaçaient, lui, le commis­saire attaché à la précision et à l’efficacité, mais des phrases qui allaient bien au-delà des mots, justement. C’est cela qui avait tant séduit Jean-Baptiste autrefois, cette façon d’aller au fond des choses avec des mots qui n’avaient l’air de rien et qui pourtant atteignaient l’âme.

Il serra davantage la main de sa femme. L’angoisse qui l’avait agité quelques instants auparavant, avait à présent disparu et il sou­rit de nouveau sans rien dire. Marchant tout contre lui à présent, Geneviève se souvenait avec nostalgie du jeune Jean-Baptiste qui lui avait fait la cour. Avec ses gestes maladroits, son sourire coincé, ses phrases trop longues et trop savantes, il l’avait agacée les premiers temps. Jusqu’au jour où elle avait découvert que derrière ces airs de professeur, se cachait une grande timidité qu’il tentait de masquer par une certaine raideur. Peut-être y avait-il un soupçon de mère dans l’affection qu’elle lui avait peu à peu portée ?

– Qu’est-ce qui te fait rire ? demanda Jean-Baptiste.
– Je ne ris pas, mentit Geneviève dont le rire redoubla.

Devant eux allaient leurs enfants. Marie tenait toujours la main de Samuel, pendant qu’Emmanuel lui glissait à l’oreille qu’ils en­traient dans un jeu vidéo. Quand il poussa un retentissant « Waaahouuu ! », elle fut prise de hoquet et se mit à bégayer, incapable de s’ar­rêter. Geneviève demanda que l’on fît halte un moment afin que Marie puisse retrouver sa respiration.

– Le professeur, où est le professeur ? s’écria brusquement Samuel. J’avais bien dit qu’il ne fallait pas se séparer. J’espère qu’il ne s’est pas perdu ?
– Il y a donc d’autres chemins que nous ne voyons pas ?
– Non, répondit Samuel. Mais nous allons vers le passé. Si quelqu’un s’arrête en cours de route, où vais-je le retrouver?

Un grognement rassura tout le monde. Le professeur avait profité de la halte pour s’arrê­ter à quelque pas de là, et il attendait en silence que le groupe reprenne sa marche.

– C’est encore loin ? demanda Marie qui avait retrouvé le calme.
– Non, Marie, nous sommes tout près maintenant. Nous allons bientôt découvrir la joie de Noël.

À Emmanuel qui voulait savoir s’ils allaient recevoir des cadeaux, Samuel répondit que oui, mais pas forcément comme il l’entendait.

– Eh bien, chez nous, les cadeaux c’est autour de la crèche qu’on les trouve. Le matin de Noël. C’est le meilleur moment de l’année. Pas vrai, Marie ?

Marie sentait qu’il se passait des choses autrement plus sérieuses que de simples ca­deaux, et elle ne répondit pas.

Devant le silence de sa sœur, Emmanuel la traita de pimbêche et voulut expliquer à Samuel le rituel des cadeaux. Il n’en eut pas le temps.

Une voix s’éleva, qui demanda : « Samuel, c’est toi ? »

– Oui, répondit Samuel.

Interdits, les autres s’étaient immobilisés.

– Tu as mis du temps, tu sais, reprit la voix.
– Oui, j’ai mis du temps. Mais je ne savais plus comment faire. J’étais un peu désorienté après ton départ.
– Ils sont avec toi ?
– Oui.
– Et le professeur, il est venu ?
– Oui, il est là lui aussi.
– Ah ! C’est bien ! approuva la voix.

Maritti s’approcha de Samuel. « Où som­mes-nous ? » lui demanda-t-il.

– Mais… je croyais que vous aviez com­pris… Notre rôle, à mon frère et à moi, c’est d’aider les hommes à retrouver la vérité de Noël. Alors j’ai voulu vous amener à la Nati­vité. Parce que c’est ça, la vérité de Noël.

Maritti retrouva sa nature de policier et éclata de rire, en dépit des coups de coude que lui donnait Geneviève. La vérité de Noël ! Il entreprit d’expliquer à Samuel qu’à son âge, il savait quand même ce qu’était Noël, avec ses traditions, ses chants, ses réveillons, ses cadeaux…

– Jean-Baptiste ! intervint la voix venue de l’obscurité. C’est vraiment pour des gens comme toi que nous avons été envoyés en mission.
– Et qu’est-ce qu’ils ont de particulier, les gens comme moi ? protesta Maritti.
– Les gens comme toi, ils ont des yeux pour voir mais ils ne regardent rien. Voilà ce qu’ils ont !

Cette remarque eut le don d’énerver Jean-Baptiste qui se serait mis en colère si Geneviève n’avait pas poussé un cri de surprise.

Pendant qu’ils parlaient ainsi, le ciel s’était progressivement rempli d’étoiles. Le ciel ? Mais alors… cela signifiait qu’ils étaient sortis de l’étroit passage d’Éphrata ? Jean-Baptiste cons­tata qu’ils se trouvaient dans un endroit qu’il ne connaissait pas. Il faisait très chaud. Em­manuel venait d’ailleurs de retirer son anorak qu’il avait accroché à la branche d’un arbre, tandis que Marie s’apprêtait à l’imiter.

– Où sommes-nous ? demanda de nouveau Jean-Baptiste.
– Au bout du passage d’Éphrata, répondit Samuel.
– Et il y a quoi, au bout de ce passage ?
– Éphrata !

Jean-Baptiste allait s’énerver, mais une fois encore Geneviève lui prit la main, et une fois encore cela suffit à l’apaiser. Elle ne disait rien. Comme si c’était naturel de quitter les abords des grands magasins, une nuit de Noël, d’em­prunter le passage d’Éphrata et de se retrouver en pleine chaleur, dans un endroit totalement inconnu. Imitant les enfants, elle avait retiré son manteau qu’elle portait à présent sur les bras, et se tenait toute droite, immobile, les yeux tournés vers le ciel. Une myriade d’étoi­les emplissait la voûte sombre. L’une d’elles brillait plus intensément que les autres.

– Éphrata ! murmura-t-elle. Qu’est-ce que cela peut bien être ?
– Éphrata, répondit le professeur que l’on n’avait guère entendu jusque-là, si mes souve­nirs sont exacts, c’est un nom lié à Bethléem. Je crois même me rappeler que c’est l’un des noms de Bethléem.

Il s’interrompit quelques instants, comme s’il réfléchissait, puis il prononça quelques mots à voix basse, pour lui seul : « Mais alors… Benjamin a tenu sa promesse ?.. »
– Que voulez-vous dire ? interrogea Gene­viève.

Le professeur ne répondit pas.

*     *

*

Ils se trouvaient assis, tous les cinq, auprès d’un arbre rabougri dont les branches tentaient vainement de s’élever vers le ciel. Aucune auberge n’avait voulu d’eux et ils avaient dû subir le regard méfiant des gens. Dame ! Ils portaient d’étranges vêtements et parlaient une langue qui n’était même pas celle des occupants. D’ailleurs, les Romains aussi les regardaient d’un drôle d’œil, ces trois adultes et ces deux enfants qui ne s’exprimaient ni en hébreu, ni en araméen. Le centurion avait posé une question en latin, pour voir… Et l’un des adultes, un homme qui avait pourtant sale mine, lui avait répondu de façon parfaite. Mais le centurion se méfiait. Ça devait être des intellectuels, ces gens-là. Il ferait un rapport au camp, ce soir. Histoire de ne pas avoir d’en­nuis. Après, s’il arrivait quelque chose, il s’en laverait les mains. Il aurait fait son rapport. Mais pour l’heure, il ne pouvait pas intervenir. Ces gens ne dérangeaient personne. Il aurait pourtant aimé savoir de quelle province de l’empire ils arrivaient.

Les gamins du vieux Moshé, l’aveugle et son frère, avaient l’air de les connaître. De la mauvaise graine, ces deux-là. Toujours à met­tre leur nez là où il ne fallait pas. Surtout l’aveu­gle ! C’est fou, ce gosse, il voit rien mais il sait tout. Sont peut-être pas si bêtes que les gradés le disent, ces Juifs.

Dans la chaleur de fin d’après-midi, un nouveau groupe apparut. Juchée sur un âne, la femme s’efforçait de garder l’équilibre. L’homme, en silence, marchait à côté d’elle. Les traits tirés, la femme semblait épuisée mais elle ne se plaignait pas. À son allure et à la main qu’elle posait sur son ventre, le centu­rion comprit qu’elle attendait un enfant. En son for intérieur, car il était brave homme, il plaignit cette femme que les cahots du chemin devaient incommoder.

Au soldat qui voulut arrêter le couple, il fit signe de laisser passer. La femme se retourna et lui sourit. Ce regard lumineux qui contenait à lui tout seul à la fois le bonheur et la souf­france du monde, emplit le centurion de joie. Mais il ne fallait pas le montrer. Il était chef. Alors il fronça d’épais sourcils pour donner à ses yeux ce surcroît de sévérité que démentait son cœur .

– Allez, allez ! fit-il en ronchonnant.

Le couple se dirigea vers l’auberge, se frayant un chemin au milieu de tous ces voyageurs qui parlaient fort, attachaient leurs ânes en préparation de la nuit, s’apostrophaient, parfois se lançaient des injures.

Un coq, la crête orgueilleuse et la queue en panache, sema la terreur chez quelques poules égarées qu’il ramena vers un enclos.

Çà et là, des groupes se formaient. Ceux que l’auberge ne pouvait loger. Déjà cinq ou six clans avaient choisi de s’installer, chacun nettoyant l’endroit où il passerait la nuit, et préparant le feu. À la taloche quand il le fallait, les femmes rassemblaient les enfants. Tout le village bruissait des cris des voyageurs, et de temps à autre, une exclamation de joie mar­quait des retrouvailles. L’accent indiquait les origines. De longues files de nomades conti­nuaient d’arriver, qui s’installaient à leur tour. Les femmes cherchaient les puits pour emplir leurs outres. Elles échangeaient les ragots de la route et se demandaient pourquoi les Romains les avaient obligées à venir jusqu’ici.

Assis à distance sur une longue roche plate, incrédules, Geneviève et Jean-Baptiste contemplaient Bethléem dont les abords se transformaient en auberge de plein air. Éten­dus à leurs pieds, Marie et Emmanuel s’étaient endormis, épuisés par leur marche. Geneviève se laissait envahir par l’atmosphère de ce vil­lage oriental. Elle semblait avoir accepté sans étonnement ce déplacement dans l’espace – et peut-être dans le temps – auquel se refusait à croire son mari. Jean-Baptiste se rappelait qu’elle n’avait fait aucune objection à la pro­position de Samuel. Peut-être, à l’image de nombre de témoins qu’il avait eu l’occasion de questionner, attendait-elle inconsciemment une aventure, quelque chose de fou, qui vous dépasse, vous emporte loin de tout et d’abord de votre ordinaire, vous plonge dans une sorte de bonheur indescriptible et vous donne l’im­pression que vous reconstruisez le monde. Comme lorsque vous êtes adolescent.

Commissaire et mari, cela pouvait-il faire bon ménage ?

Dans le crépuscule, Jean-Baptiste observa sa femme. Geneviève regardait droit devant elle, guettant quelque chose qui allait se pro­duire mais dont elle ignorait tout.

D’un geste lent, comme pour ne rien brusquer, elle posa la main sur l’épaule de son mari. « Ça va ? » interrogea-t-elle. Jean-Baptis­te ne répondit pas et se contenta de hocher la tête. Sa raison ne parvenait pas à établir un lien entre tous les événements de ces derniers jours. Depuis la chute d’un individu dont personne n’avait pu donner une description correcte, jusqu’à l’incroyable équipée qui venait de les conduire dans ce village d’un autre monde, tout échappait à la logique.

Lorsque ce type, Samuel, le photographe, les avait abordés devant la vitrine, il émanait de lui une sorte d’autorité naturelle qui avait pris le dessus sur les réticences du policier. L’autorité de ceux qui savent. Et quand il avait dit « Je voudrais vous faire connaître la vérité sur Noël », Jean-Baptiste avait inconsciem­ment accepté. Comme un gamin, se repro­chait-il. « Moi, un policier chevronné, je me mets à suivre un type que je ne connais pas. Et en plus, avec Geneviève et les enfants ! »

La voix d’Emmanuel le tira de ses réflexions. « Où est Samuel ? » demandait le garçon.

C’est vrai, où avait-il bien pu passer ? « Res­tez là, et voyez, » avait recommandé le photo­graphe avant d’ajouter tout doucement : « Par­fois je m’interroge pour savoir si Benjamin n’a pas raison lorsqu’il suggère de fermer les yeux pour mieux voir. »

Samuel s’était ensuite dirigé vers Bethléem-Éphrata autour de laquelle la foule des noma­des avait établi ses quartiers.

 

 

A suivre….

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© Jean-Michel Touche

 

Épisodes précédents :

Episode 1
Episode 2
Episode 3
Episode 4
Episode 5
Episode 6
Episode 7

Pour en savoir davantage sur Noël

JOYEUX NOËL

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Copyright 2012 JMT

Chaque année, plusieurs occasions nous sont proposées pour mettre nos pensées au clair, nous retirer un moment d’un quotidien de plus en plus oppressant, de plus en plus accéléré, de moins en moins réfléchi car il faut aller vite, même si nous ne savons pas où nous allons.

Alors prenons le temps de penser, rien que penser, en laissant nos préjugés de côté, quels qu’ils soient.

Croyants ou non, que cette fête de Noël nous apporte le désir de paix et de fraternité dont notre humanité a aujourd’hui tellement besoin !

AMIS, JOYEUX NOËL !

PASSAGE D’EPHRATA – Conte de Noël (épisode 3)

Copyright 2012 JMT

 

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Samuel serrait très fort le petit morceau de tissu qu’il tenait à la main, souvenir de Benjamin. Malgré lui, il était revenu devant le magasin et longeait les vitrines. Bien qu’il ait mis une écharpe de couleur terne, relevé le col de son manteau, et qu’il soit venu sans son ap­pareil, les vendeurs des stands de rue l’avaient tous reconnu. À commencer par Magdalena, une fille mi-bohémienne, mi-beurette qui vendait des poêles à crêpes dans un courant d’air glacial et tentait de se réchauffer en ap­prochant ses mains d’une plaque électrique branchée en permanence. Elle s’y était un jour brûlée mais ne s’était pas plainte, de crainte de perdre cet emploi de fortune.

Devant la mine dépitée de Samuel, Mag­dalena n’osa pas le questionner. Elle prépara une crêpe sur laquelle elle étendit une double ration de confiture, et la lui tendit en silence. Un sourire malheureux éclaira le visage de Sa­muel. Il mangea maladroitement la crêpe tout en regardant la vitrine, la dernière, celle qui se trouvait à l’angle de cet étroit passage dont personne ne semblait avoir remarqué l’exis­tence. Celle devant laquelle avait coutume de se mettre Benjamin pour les photos.

Avant l’arrivée des enfants, Benjamin ar­pentait le trottoir dans son costume trop grand pour lui, et se penchait devant des misérables qui émergeaient du sommeil au milieu des har­des dont ils avaient fait leur logis. L’un d’eux possédait un chien qui lui léchait les mains en remuant la queue. Le Père Noël allait au-de­vant de ces pauvres bougres en détresse et leur parlait. Qu’aurait-il pu leur offrir d’autre, lui qui ne possédait rien sinon la parole de vérité qu’il avait reçu mission de prodiguer ?

 

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La première année, les clochards des bou­levards avaient pris Samuel et Benjamin pour des fous. Surtout Benjamin, avec son costume rouge et sa fausse barbe qu’il lissait comme si elle était vraie. Il leur parlait de Dieu et de la vie éternelle, à eux, sortes d’épaves dont l’ave­nir se limitait au quart d’heure qui venait.

– Qu’est-ce tu veux j’en foute, mon vieux, d’la vie éternelle ! Où j’la mettrais, d’abord, ta vie éternelle ? T’es sympa, mais qu’est-ce tu veux j’en foute, dis !… Et le clochard éclatait d’un rire aviné, à défaut de café au lait.

Il y en avait un, pourtant, qui écoutait Benjamin et lui donnait la réplique. Ceux de la rue l’appelaient le professeur. Pas question de se disputer avec lui. Pas question de le voir dans un état second, la bouteille à la main. Ou alors une bouteille de jus d’orange, seule dou­ceur qu’il acceptait. Le professeur mettait un point d’honneur à se raser chaque jour, sauf en plein hiver parce que la lame aiguisée lui tirait alors la peau et y traçait de longues estafilades qui saignaient longtemps.

Quand il voyait Benjamin, il s’asseyait, faisait place nette autour de lui et l’invitait à le rejoindre sur le bout de tapis qu’il avait sauvé, dernier souvenir d’un passé que l’on devinait confortable et dont il avait conservé un art de vivre encore empreint de dignité.

– Revenons à notre conversation d’hier, di­sait-il invariablement, même lorsque les deux hommes ne s’étaient pas parlé depuis plusieurs jours.

Tous deux se mettaient à discuter avec animation, jusqu’au moment où Samuel an­nonçait les premiers clients et demandait à son frère de le rejoindre devant la vitrine. Le professeur regardait partir Benjamin avec nos­talgie car, lui excepté, il n’avait personne à qui parler des problèmes importants de la vie.

Aussi l’accident de la veille l’avait-il boule­versé. Non pas tant que le Père Noël ait fait une chute mortelle, ça, c’est la vie… Mais plutôt que l’on n’ait retrouvé que de la terre dans son vêtement. « Tu es poussière et tu re­deviendras poussière… », avait-il répété toute la nuit.

– Samuel, appela-t-il quand il vit passer le photographe, Samuel, je vais finir par croire que ton frère avait raison et que tout ce qu’il m’avait dit est vrai.

Samuel hocha la tête en silence. Benjamin et lui avaient vécu ensemble depuis un si grand nombre d’années qu’il ne pouvait envisager, voire même imaginer, de se retrouver seul à présent. Il est vrai qu’il avait reçu la visite de la brise légère, la veille, dans la petite chambre. Mais que devait-il faire à présent ? Il allait s’ac­croupir auprès du professeur quand il sentit une main se poser sur son épaule. Surpris, il se retourna.

– C’est vous, le photographe ?

Samuel acquiesça.

– Venez, le commissaire veut vous parler.
– N’y va pas, Samuel, conseilla le professeur.
– Au contraire, dit Samuel, nous devons parler. C’est pour ça que nous sommes venus ici. Et il suivit Leclerc.

Sans son éternel appareil de photo, il faisait tout petit, tout replié sur lui-même, gauche comme un polichinelle qui aurait perdu sa bosse sans parvenir à se tenir droit. Sur son passage les sans-logis le suivaient des yeux, es­pérant qu’il les regarderait pour qu’ils puissent lui sourire, eux aussi. Ils n’avaient que cette richesse à offrir. Maritti s’était installé chez Martin qui n’appréciait pas outre mesure d’héberger le policier. D’autant que celui-ci lui demandait de les laisser seuls lorsqu’il recevait un employé pour l’interroger. Pour l’instant, son enquête piétinait et il plaçait de grands espoirs dans sa rencontre avec Samuel.

Quand Leclerc arriva en compagnie du photographe, Maritti se leva d’instinct et lui serra la main, ce qui surprit son adjoint. Il lui désigna une chaise et se rassit. Tout près de lui Martin salua également Samuel et chercha quelques mots aimables et de circonstance. Il allait lui parler quand le téléphone sonna. Il répondit, fit « Oui, naturellement » et tendit le combiné à Maritti. « C’est pour vous, com­missaire. »

– Jean-Baptiste, j’ai compris, pour les pho­tos, annonça la voix de Geneviève.
– Écoute ! Je travaille. Tu me diras ça se soir.
– Mais écoute-moi, nom d’une pipe ! C’est agaçant à la fin d’être toujours prise pour une imbécile. Je te dis que je sais maintenant, pour les photos.
– Tu sais quoi, exactement ?
– Je sais ce qu’il y a de bizarre. Je les ai bien regardées, une à une. J’ai mis du temps, mais j’ai compris.
– Geneviève, que tu aies compris, j’en suis ravi pour toi. Ce qui m’intéresse à présent, c’est de savoir ce que tu as compris. Ou alors ce n’était pas la peine de m’appeler.
– Eh bien, les enfants regardent tous la même chose. Ce n’est pas possible autrement. Ils ont tous les yeux tournés dans la même direction. Ils ont tous le même sourire. Alors j’en conclus qu’ils voient quelque chose qui les excite, ou les intéresse, je ne sais pas. Il faudrait que tu ailles voir la vitrine, il y a certainement quelque chose qui s’y trouve et qui explique­rait tout.

Maritti supportait difficilement qu’on le mette sur la voie. Sa femme pas plus que les autres. Il lui répliqua qu’il avait déjà regardé, qu’il savait ce qu’il avait à faire et que…

– Mais mon chéri, interrompit Geneviève, ce que j’en dis, moi, c’est pour toi. Ton en­quête, je n’en connais rien. Ce n’est pas moi qui la conduis, bien sûr, c’est toi qui as tous les éléments en main. Allez, je te quitte, mon chéri. Rappelle-moi si tu as besoin de quelque chose.

Dans son bureau, Maritti aurait lancé un juron bien senti, histoire de se calmer. Ça l’aurait aidé. Mais chez Martin il n’osa pas et rumina en silence. Puis il se tourna vers le chef du personnel.

– On peut regarder la vitrine devant laquelle s’est produit l’accident ? demanda-t-il.

Bien qu’il n’en vît pas l’utilité, Martin ac­quiesça. Il mit une écharpe autour de son cou, enfila son manteau et dit : « Suivez-moi. » En compagnie de Maritti, Leclerc et Samuel, il sortit et se dirigea vers la vitrine.

– Où se trouvait votre collègue quand il portait les enfants ? demanda Maritti en se tournant vers Samuel.
– A peu près ici, répondit le photographe.
– Pourquoi ?
– Mais… pourquoi ? Pourquoi pas…
– Ah ! Ne finassez pas, vous ! Je commence à en avoir assez de cette histoire où tout le monde met son grain de sel pour obscurcir la situation. Si je vous demande pourquoi, j’ai mes raisons.

Samuel s’avoua incapable d’éclairer le com­missaire. Il affirma que l’emplacement avait été choisi par son frère.

– Ah ! c’était votre frère ? Première nouvelle. Bon, alors, qu’est-ce qu’il trouvait de particu­lièrement bien, devant cette vitrine ?
– Lui, il ne devait pas trouver grand-chose, il était aveugle.
– Comment ?…
– Oui, il était aveugle. Mais… comment dire ?.. Il voyait autrement.

Maritti ne put s’empêcher de penser à Geneviève. Elle n’était pas aveugle, bien sûr, mais dans certaines situations, elle avait elle aussi le don de trouver des solutions, même si la plupart des éléments lui manquaient. Comment était-ce possible ? se demanda-t-il. Il questionna Samuel sur les événements de la soirée et sur ce qui, d’après lui, avait provoqué l’accident.

Samuel expliqua à voix lente, avec le parler laborieux de ceux qui maîtrisent mal la langue dans laquelle ils s’expriment, que Benjamin avait vu un homme prêt à se jeter du haut de la coupole.

– Attendez, le coupa Maritti. Vous venez de me dire que votre frère était aveugle.
– C’est exact. Mais ce n’est pas ça qui l’em­pêchait de voir. Enfin… voir n’est pas forcé­ment le mot. En réalité, il sentait les choses. Il les comprenait. Parfois même quand je lui disais ce que je voyais, il m’expliquait ce qui était en train de se passer.
– Quelqu’un sur une coupole, tout de même, vous n’allez pas me faire croire qu’un aveugle peut voir ça, surtout la nuit tombée !
– Mon frère a les yeux de la foi. Il est com­me ça, Benjamin.
– Il était, corrigea Maritti.
– Non, il est.

Maritti se contenta de hausser les épaules.

Cette vitrine, qu’avait-elle de si particulier ? En compagnie de Leclerc et de Martin, le commissaire examina le décor avec attention, de haut en bas et de gauche à droite. Il ne dé­cela rien d’anormal ni rien qui pût amuser ou plaire particulièrement aux enfants.

– Comment avez-vous choisi la vitrine de­vant laquelle vous vous êtes installés pour faire les photos des gosses ? demanda de nouveau Maritti.

Samuel rappela au commissaire qu’il avait déjà répondu à cette question. C’était Ben­jamin qui avait choisi l’emplacement la pre­mière année. Ensuite ils étaient toujours reve­nus devant la même vitrine, quel que soit le thème de sa décoration. Maritti voulut savoir pourquoi mais Samuel affirma qu’il ne savait pas exactement. « Benjamin sentait des choses que j’ignorais. Vous pensez, depuis le temps que nous étions en mission… Mais à présent je crois que nous allons retourner au pays. La mission est terminée.»

Ne doutant pas que l’esprit de Samuel ne fût quelque peu dérangé, Maritti lança un coup d’œil désespéré vers Leclerc qui retenait mal son envie de rire. Martin, de son côté, ne se sentait pas totalement indispensable, aussi s’excusa-t-il pour regagner son bureau. Quant à Samuel, sans que personne n’y ait pris garde, il avait purement et simplement disparu. Le commissaire jura entre ses dents.

A suivre.

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© Jean-Michel Touche

 

Épisodes précédents :

Episode 1
Episode 2
Episode 3
Episode 4
Episode 5
Episode 6
Episode 7

Pour en savoir davantage sur Noël

LE VILLAGE DANS LA NEIGE (2ème épisode)

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Un conte sous forme de poème, de Michel Tirouflet

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Un clic sur Episode 1
si vous voulez retrouver le début du conte.

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. . . Minuit avait sonné, l’église était déserte,

Un manteau blanc l’avait à moitié recouverte.

De boissons alourdi, le village était sombre.

Le silence était roi, pas un bruit, pas une ombre.

Tout et tous dormaient, bien repus et bien gras,

Sans le moindre remords, bien au chaud dans leurs draps.

Nul n’avait perçu que, depuis la fin du jour,

La neige, sans répit, s’accumulait toujours.

En les logis, le feu qui s’épuisait dans l’âtre,

Projetait alentour une lueur rougeâtre.

Les braves gens dormaient au mitan de leur couche,

Un ronflement épais s’échappait de leur bouche.

Le misérable alla jusqu’à la fin du bourg

Sans recevoir de pain ni le moindre secours,

Fit encor quelques pas heurtés et chancelants.

Ses yeux décolorés étaient vieux de mille ans.

Alors, l’homme épuisé leva ces yeux aux cieux,

Joignit ses deux mains bleues et dit « mon Dieu, mon Dieu,

Que votre volonté en cette nuit soit faite.

Je vous remets mon âme à cette heure où la fête

De votre incarnation devrait ouvrir les cœurs.

Mais par malheur pour moi, l’égoïsme est vainqueur.

Me voici Seigneur. » Et puis il s’endormit,

Sous les coups de la faim, du froid, de l’anémie.

Hors, pendant son sommeil, Jésus Christ le Sauveur

Envoya sur son corps une douce chaleur.

Et, pendant qu’il dormait, le lourd manteau de neige

Montait vers le ciel noir comme un blanc sortilège.

Il engloutissait tout, flocon après flocon

Les choses et les gens et leurs cœurs inféconds

Les vouant assez vite à une mort certaine,

Une fin méritée pour cette race hautaine.

Inconscient, réchauffé, le vieillard reposait

Comme les villageois allaient agoniser.

La cendre tiédissait dans les foyers éteints,

Le souffle des dormeurs devenait incertain.

Au matin, délassé, il étendit ses membres

Puis contempla surpris cette sorte de chambre

Qui au milieu des monts semblait surnaturelle.

L’aurore silencieuse était trop solennelle,

Le vieux s’en inquiéta, regarda alentour,

Ne vit rien que du blanc et un vol de vautours.

Du village d’hier il ne subsistait rien.

Un linceul virginal étouffait les vauriens.

Solitaire au milieu de cette étendue blanche,

La flèche du clocher semblait un menu ranche.

Quant à l’homme effaré, il vit sur le moment

Qu’il avait devant lui un divin châtiment.

La veille encor vivant, pour cause d’hécatombe,

Le village d’hier n’était plus qu’une tombe.

Alors, le cœur en pleurs, il tomba à genoux

Et se mit à prier : « Ma mère au cœur si doux,

Les gens avaricieux sont aussi vos enfants,

Ces brebis égarées sont de bien pauvres gens.

Ô mère de Jésus, dites à votre fils

Qui pour tous les pécheurs endura son supplice,

D’accorder son pardon aux êtres de ce lieu.

Ô Marie, suppliez le Miséricordieux. »

La très pure oraison monta au paradis

Toucha le fils de l’homme et sauva les maudits.

Très vite un souffle tiède échauffa l’atmosphère,

Qui dégagea bientôt le haut des conifères.

Puis on vit émerger le sommet des maisons.

Qui le temps d’une nuit, s’étaient faites prisons.

Contemplant ce miracle en réponse à ses vœux,

L’homme toujours au sol remerciait le bon Dieu.

Puis, le cœur contenté, il mendia du Seigneur

En ce jour de Noël, une ultime faveur.

« Divin enfant, dit-il, envoyez votre esprit,

Que rentrent les brebis dans votre bergerie. »

Son âme était si pure et sa prière si belle

Que l’esprit vint à lui telle une colombelle.

Il se fit un grand bruit et dessus chaque feu

Descendit lentement une langue de feu.

Alors l’homme au cœur si grand, sans peur du lendemain,

Tourna le dos au lieu et reprit son chemin.

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LE VILLAGE DANS LA NEIGE © Michel Tirouflet

 

LE VILLAGE DANS LA NEIGE (1er épisode)

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Un conte sous forme de poème, de Michel Tirouflet.

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Les vieux racontent que, dans le temps d’autrefois,

Quand les gens de là-haut avaient perdu la foi,

Il arriva un jour, la veille de Noël,

Une chose inouïe, inconnue, irréelle.

Depuis un sombre octobre, en ces sommets ventés,

La neige avait acquis comme un droit de cité.

Ce jour-là, donc, le lieu était tout blanc

Quand arriva un homme au pas pénible et lent.

Le vieux montait la côte avec difficulté.

On devinait son âge et sa pauvre santé.

Il était mal chaussé et souffrant la froidure,

Il endurait ce jour ce que le pauvre endure

Quand le terrible hiver le glace jusqu’aux os

Parce qu’il n’a sur lui qu’un trop mince surcot.

Il marchait avec peine au bord de la grand-route

Comme les miséreux quand le destin les voûte.

Il atteignit enfin la première maison

Quand le soleil à l’ouest passait sous l’horizon.

Le vieillard s’avança et frappa à la porte.

« Diable de l’importun, que le malin l’emporte,

Femme, garde l’huis clos et laisse le froid dehors »

Fit, dans le crépuscule, une voix de stentor.

Le vieil homme hésita à toquer de nouveau.

Il avait cheminé par les monts et les vaux,

Il avait froid et faim mais il fit marche arrière,

Désemparé, vaincu par la voix ordurière.

Et, tandis qu’il allait vers la maison suivante,

Il sentit un flocon mouiller sa main tremblante.

Derechef, il frappa, attendit un moment

Et la porte s’ouvrit comme un enchantement.

Sur le seuil où sourdait une bonne chaleur,

Une femme encore jeune aux yeux inquisiteurs,

Lui dit avec mépris : « Comment peux-tu, bonhomme,

Demander le couvert aux chrétiens que nous sommes ?

Saint Paul n’a-t-il pas dit « qui ne travaille pas

Ne mange pas non plus. Tiens, voilà ton repas,

Ajouta la mégère, en mettant dans ses doigts

Une fusée gelée qu’elle arracha du toit.

Puis elle claqua la porte au nez du malheureux.

Celui-ci poursuivit, avec son ventre creux

Et sa tête enfiévrée, sa quête dans la rue.

La neige descendait toujours plus grasse et drue.

Partout on le chassa. Il n’y eu pas une âme

Qui eût un peu pitié dans ce village infâme.

Que la maison fut belle, ayant pignon sur rue

Ou un humble taudis, nul ne le secourut.

Pourtant, il aperçut, en deux ou trois endroits,

Des tables bien garnies pour des festins de rois.

La venue du Messie en sa berce de paille

N’était plus qu’une excuse à commettre ripaille.

De maison en maison, de refus en refus,

L’image lui venait de la mort à l’affût.

Minuit avait sonné, l’église était déserte…

 

Très vite vous pourrez lire la suite de ce poème…
… retenez votre respiration !..

 

Texte © Michel Tirouflet

Pourquoi avoir classé ce texte dans la rubrique Société ? Parce qu’il propose un regard de vie sur notre société qui recherche l’autosatisfaction et pourrait bien se perdre dans l’autodérision.

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CRÈCHES EN HOMMAGE AUX CHRÉTIENS D’ORIENT

Copyright 2012 JMT

 

 

 

Enfant de chair, enfant de sang mais aussi enfant de Dieu, il est venu pour tous. Et cette année spécialement pour vous, Chrétiens d’Orient qui êtes nos aînés.

Tout petit, il ne prenait pas de place. Sans doute se contentait-il de sourire car il ne savait rien donner d’autre depuis la crèche où l’avait déposé Marie.

J.Toureille Eglise St Georges Jérusalem

Eglise Saint-Georges de Jérusalem

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Dans le silence de la nuit, lorsque retentit l’acclamation de la nouvelle, Marie comme Joseph frémit d’émotion.

– Toi, mon Dieu et mon enfant !

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Notre-Dame de Paris

° ° °

Hubert Sud-Ouest-1

On imagine dans les yeux de Marie des larmes d’émotion devant tous ces bergers, ces personnages humbles mais émerveillés car quelque chose en eux leur disait : « Oui, c’est l’Emmanuel, réjouissez-vous, il est venu pour vous aimer ! »

Hubert Sud-Ouest-2

° ° °

Cette émotion que ressentirent également les Rois Mages guidés par l’étoile, nous voudrions cette année la partager tout particulièrement avec vous, habitants de cet Orient où Marie a mis son fils au monde, en reprenant ces mots de Mgr Pascal Gollnisch : « En ces jours de Noël, nous sommes proches de nos frères et sœurs d’Orient, ainsi que de tous ceux qui sont persécutés avec eux.
Que la naissance de Jésus et la béatitude qu’il a vécue, vous donnent une joie et une espérance plus fortes que la violence du monde. »

Les crèches que voici ont simplement pour objet de vous dire que nous sommes proches, très proches de vous.

Claude Turpin

crèche Muriel Lanchard

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(Crèches personnelles)

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Crèche de Cracovie (Notre-Dame de Paris)

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(Détails de la Crèche de Cracovie)

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Crèche de Cracovie

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Crèche Cath Henry-2

Photo Claude Phelip

photo Kergariou

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(Crèches privées)

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Notre-Dame de Paris

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Notre-Dame de Paris

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Notre-Dame de Paris

église santal Barbara à La Valette (Malte) 1

Eglise Santa Barbara à La Valette (Malte)

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Hubert-CRECHE COLOMBIENNE

Crèche colombienne

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Hubert-crèche en bois polychrome de sainte anne D'Auray

Crèche en bois polychrome (Sainte-Anne d’Auray)

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Crèche privée

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Marie Descamps Reims (2)

Marie Descamps Reims (3)

Marie Descamps Reims (5)

(Crèches exposées à Reims)

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Marie Descamps Val de Grâce

Val de Grâce

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Marie Mail-1 du 28.12.15

Crèche en quilles jordaniennes

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Muriel Lanchard-Crèche catalane1

Muriel Lanchard-Crèche catalane2

Crèches catalanes

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VrignyCreche_T8_2015_12_20_0956

(Crèche de Vrigny)

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Naixement pessebre tradicional català-Julia

Naixement pessebre tradicional català

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Notre-Dame de la Nativité à Macao et la crèche

Notre-Dame de la Nativité à Macao

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Père H.Châtelet

Chapelle de La Croix Saint-Simon

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Philippe de la Mettrie

Charles-Jean-1

Charles-Jean-2

Crèche JMT

Crèches privées

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Rozenn-Village de Dangé St-Romain (86)

Village de Dangé Saint-Romain

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Stockholm-1 Julia

Stockholm-2 Julia

Crèches de Stockholm

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photo-l'Auberge de France (résidence des chevaliers français) à Birgu (Malte)

photo 2-palais de l'inquisiteur à Vittoriosia (Malte)

photo 3-palais de l'inquisiteur à Vittoriosia (Malte)

photo 4-palais de l'inquisiteur à Vittoriosia (Malte)

photo 1-palais de l'inquisiteur à Vittoriosia (Malte)

 » Malte est l’endroit le plus extraordinaire qui existe pour l’exposition de crèche ! Il y en a à chaque rond point, chaque vitrine, dans tous les bâtiments publics et même en guirlandes lumineuses traversant les rues, sans oublier bien sûr les crèches privées installées sur les balcons. Nous avons perdu l’habitude….  » (extrait du mail d’envoi de ces photos de Malte.)

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Amis d’Orient et pourtant très proches de nous par la pensée, plusieurs lecteurs de ce blog ont photographié pour vous ces crèches afin de vous adresser un message d’amitié et de soutien.

Merci à Marie de Saint-Chéron, Hubert Meaudre, Claude Turpin, Philippe de la Mettrie, Julia Argemi, Marie Descamps, Rozenn Roquet Montégon, Catherine et Bernard Henry, Christine Dézarnaud, Père Henri Châtelet, Claude et Bruno Phélip, Christiane et Bertrand de Kergariou, Muriel Lanchard, Bruno et Françoise Graisely, Nadine et Bertrand Loloum, Béatrice et Jacques Toureille, Marie-France et Charles-Jean Heyraud… et pardon si j’oublie un nom…

Nombreux sont les Chrétiens d’Occident et d’ailleurs qui prient pour vous, cette année plus encore que par le passé, afin que la force et le courage dont vous faites preuve en bravant les dangers au nom de votre foi, demeurent en vous, soient pour vous source d’un espoir infini et pour nous source d’estime et de profond respect à votre égard.

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Lecteurs qui venez de regarder ces crèches, vous désirez apporter une aide aux Chrétiens d’Orient ? Voici deux liens avec L’Œuvre d’Orient et l’Aide à l’Eglise en Détresse (AED) (mais sans doute les connaissez-vous déjà).

 

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Les photos restent la propriété des personnes qui les ont envoyées,
merci de ne pas les reproduire sans autorisation.

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