LE TABLEAU RETOURNÉ (4)

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Episode 1 :  LA DÉCOUVERTE DU TABLEAU

Episode 2 : UMBERTO

Episode 3 : LE TABLEAU CHEZ GABRIEL

L

 

IV

VOYAGE D’UMBERTO DANS L’ESPACE ET DANS LE TEMPS

 

Les experts envahirent la maison de mon grand-père. C’était à qui trouverait une explication. Vous dire ce qu’ils ont pu chercher, non, vraiment, c’est à peine croyable ! Gabriel finit par prendre la mouche et, contre l’avis de Suzanne, appela la police.

Un jeune inspecteur enregistra la déposition de mes parents et s’enquit de l’heure à laquelle j’avais disparu. Quand mon grand père, embarrassé, répondit qu’en fait je n’avais pas réellement disparu mais que je me trouvais pris dans le tableau, l’inspecteur commença par le faire répéter. Puis il fit “Ha ! ” Un “Ha !” qui voulait tout dire. Lorsque Suzanne, toujours en larmes, supplia “Aidez-nous à sortir le petit de là, je vous en prie” tout en pointant le doigt sur moi, enfin sur ma représentation dans le tableau, vous auriez ri en voyant la tête du policier. Il rangea son carnet dans la poche de sa veste et s’efforça de sourire en disant “Je comprends, je comprends…”

Felicity, dont je n’ai jamais douté qu’elle m’aimât comme son véritable enfant, résuma la situation en peu de mots, sans savoir à quel point elle s’approchait de la vérité : “Voilà, cet enfant dont nous ne connaissons pas l’origine est reparti vers un destin qui nous échappe.” Gervais l’attira vers lui et l’embrassa.

J’aurais voulu leur faire un signe, leur dire que je les aimais bien, me manifester. Mon voisin de tableau m’en empêcha. “Le dénouement approche, tu n’as plus le droit de dire quoi que ce soit” souffla-t-il.

 

Voyage au  temps  de  Gotol  Tuluk

Gotol Tuluk s’arrêta brusquement, aux aguets, les oreilles attentives, les yeux balayant l’horizon. Un bruit imperceptible venait de traverser la plaine, une manière de cri, de couinement, qu’il avait perçu en dépit du vent qui courbait les hautes herbes jaunes et faisait courir les nuages. Ça ne ressemblait pas au chant de l’oiseau de nuit ni à la mélodie du merle, pas davantage au rire de Hihitan, la hyène, ni au grondement Rouarou, le grand fauve dévoreur. Ce n’était pas non plus le bruit de la cascade lorsque l’eau vient se jeter du haut plateau pour rebondir en écume bruyante, beaucoup plus bas, et donner naissance à la rivière.

Ce n’était rien de tout cela, mais c’était un peu tout cela. Gotol Tuluk s’accroupit et demeura ainsi jusqu’au moment où le bruit recommença ; cela venait de plus près et ça se déplaçait. Le chef rejeta ses longs cheveux en arrière, les noua pour les empêcher de recouvrir ses oreilles, et resta tendu, à la foi craintif et curieux. Le bruit reprit. C’était un mélange de chant et de sifflement, un souffle grave qui se transformait en une sorte de roucoulement. Cela venait d’en haut. Gotol Tuluk s’écarta de l’arbre auprès duquel il avait cherché à se mettre à l’abri, et scruta le ciel.

L’oiseau dessinait de vastes cercles, plongeait vers les herbes qu’il frôlait toujours au même endroit, puis reprenait de l’altitude et recommençait son manège. Intrigué, le chef se dirigea en rampant vers l’endroit où semblait vouloir le conduire l’animal. Levant les yeux, il le distinguait mieux à présent.

Un oiseau de la taille d’une colombe, mince comme un colibri, bleu comme l’azur du ciel, avec quelques plumes nacrées dans les teintes or et rose, et un long bec noir, très fin, qui prolongeait harmonieusement l’élégance du corps.

– Je suis Thétis Khan, fit l’oiseau.

Le chef ne comprit pas. Son langage se composait essentiellement d’onomatopées auxquelles les parents de ses parents avaient commencé de donner un sens, et les sons que produisait l’oiseau n’évoquaient en lui aucun souvenir. Pourtant ça lui plut et ses craintes s’apaisèrent.

Thétis Khan dansait un véritable ballet, montait, descendait, s’approchait de Gotol Tuluk autour duquel il tournait, puis repartait toujours vers le même endroit.

Le chef suivit l’oiseau.

Arrivé à proximité de la rivière, il vit au milieu des herbes folles que caressait le vent, posé à même le sol, nu et criant, un étrange petit être qui gesticulait en mouvements désordonnés des jambes et des bras. Il était différent de tout ce que connaissait le chef qui avait cependant un grand savoir et qui pouvait reconnaître, à la simple odeur poussée par le vent ou à la façon dont les herbes avaient été piétinées, le passage du lynx, celui de Rouarou le grand dévoreur, la trace des grands singes qui tentaient parfois de s’approcher pour voler le feu de la tribu, ou encore le déplacement de Sitiss le serpent.

Cette petite chose ressemblait cependant aux enfants que ses femmes mettaient au monde au bord de la rivière. Mais aucune d’elles n’était mûre. Et cette petite chose étrange poussait des cris très différents de ceux des petits de la tribu, son crâne était aussi nu que le reste de son corps, il était entièrement rose.

Gotol Tuluk hésita tout d’abord, puis se pencha et le ramassa. Aussitôt l’enfant se calma, son corps s’apaisa et tandis que ses lèvres prenaient la forme d’un sourire, ses yeux se posèrent sur ceux de Gotol Tuluk et le regardèrent fixement. D’ordinaire on ne regardait pas le chef dans les yeux ; on s’inclinait devant lui et l’on regardait le sol. Aussi l’intensité du regard du petit bonhomme l’amusa-t-il car il ne savait pas ce qu’était le regard d’un homme.

 

Quand il revint dans la grotte tenant la petite chose dans ses bras, les guetteurs avaient déjà prévenu la tribu qui accueillit son chef avec respect et étonnement. Il déposa la créature devant les pieds de sa plus jeune épouse qui nourrissait encore son dernier, un gamin de trois ans au corps depuis longtemps couvert de poils, et lui fit comprendre qu’il fallait l’allaiter. Elle souleva doucement ce bébé si différent de tous ceux qu’elle avait vus jusqu’alors, et l‘approcha de son sein. L’enfant but goulûment, poussant par instants un soupir de satisfaction.  Une fois rassasié, il s‘endormit contre le sein qui venait de le nourrir, abandonné, heureux, une goutte de lait perlant à ses lèvres.

Toute la tribu se mit à rire et l’on recouvrit le corps du bébé de peur qu’il ne prît froid dans la nuit .

Les années passèrent, durant lesquelles l’enfant grandit. Il se distinguait par une adresse inhabituelle, un art consommé à parer les attaques, une véritable science de la chasse.

Par son aspect également.

H’umban – c’est ainsi qu’avait décidé de l’appeler Gotol Tuluk –  se tenait plus droit que ceux de la tribu, il les dépassait tous d’une demi-tête sans que le chef en prît ombrage. Lui qui d’ordinaire s’exprimait par des cris ou des taloches qu’il distribuait généreusement, lui dont personne n’aurait songé à discuter l’autorité, lui qui savait tout, il se faisait tout doux devant l’adolescent. Qu’ H’umban lui adressât un sourire, et c’était comme si Gotol Tuluk avalait une poignée de ce miel dont il raffolait et dont il faisait une consommation abondante lorsque le hasard le menait à proximité d’un essaim d’abeilles.

H’umban accompagnait souvent son père adoptif dans de longues chasses ou lors des expéditions de cueillette au cours desquelles la tribu ramassait toutes les gourmandises qu’elle rencontrait : fruits, baies rouges ou noires, fourmilières, termitières, insectes de toutes sortes dont les hommes se délectaient tandis que les femmes préféraient les fruits et que les plus forts, poussant régulièrement des cris terribles pour effrayer les fauves éventuels, veillaient sur la sécurité de tous.

Ils redoutaient particulièrement Rouarou, le grand dévoreur. Mais depuis l’arrivée d’H’umban, un nouvel allié avait pris l’habitude de se joindre à eux lorsqu’ils s’éloignaient tous de la grotte, et de donner l’alerte si Rouarou ou quelqu’autre prédateur manifestait sa présence. Thétis Khan se mettait à tourner sur lui-même, faisait entendre son cri si particulier pour attirer l’attention des guetteurs, et volait en cercles concentriques au-dessus de la zone où  se trouvait le danger.

Tout jeune H’umban avait compris le sens de ce ballet. Il l’avait dit au chef qui avait alors donné ses ordres.

 

Parfois Thétis Khan prenait son envol et partait vers le couchant. Il revenait ivre d’espace, comme pour inciter la tribu à le suivre, et repartait vers les montagnes derrière lesquelles chaque soir le soleil se cachait pour mourir.

– Il faut suivre Thétis Khan, disait alors H’umban.

Mais Gotol Tuluk ne voulait pas trop s’éloigner de la vaste grotte dans laquelle la tribu se savait en sécurité. Il prenait de l’âge à présent et ne souhaitait pas courir à l’aventure.

 

Une nuit durant laquelle tout son monde dormait, Gotol Tuluk se prit à réfléchir très fort. H’umban n’était pas de la tribu, nul ne le savait mieux que lui. Mais d’où venait-il ? Comment s’était-il trouvé là, dans les hautes herbes, et d’où venait l’oiseau couleur du ciel qui l’avait attiré auprès du bébé et que H’umban voulait suivre ? Pour où ? Pour quoi ? Et qu’y avait-il derrière la montagne ?

Gotol Tuluk se dit qu’il existait peut-être des dieux autres que le soleil et la lune. Peut-être H’umban était-il un envoyé de ces dieux, ou peut-être était-ce Thétis Khan dont le chant savait être si doux, certains soirs d’été, lorsque le ciel s’embrasait. Fallait-il quitter un territoire où l’on savait pouvoir vivre à peu près correctement à condition que l’on évitât Rouarou et Hihitan, pour aller vers des terres inconnues ?

Soudain le vieux chef s’aperçut que le feu allait mourir. S’était-il endormi ? Gotol Tuluk se sentait si fatigué, cette nuit, avec un poids si lourd sur les épaules ! Il se leva péniblement, prit deux branches qu’il posa sur les braises et souffla à petits coups pour redonner vie aux flammes assoupies. De l’autre côté des flammes qui recommençaient de danser, il vit le visage d’H’umban éclairé par le feu. H’umban sourit et parla longtemps avec Gotol Tuluk tandis que la tribu continuait de dormir.

Quand un nouveau soleil se leva sur la plaine, la décision était prise. On allait suivre Thétis Khan et voir où il voulait mener la tribu.

Les femmes ramassèrent les ustensiles qui leur permettaient de coudre les peaux, poussèrent devant elles les petits qui auraient encore voulu dormir. Les hommes emportèrent les longues lances de bois qu’avait fabriquées H’umban et qui devaient servir à écarter les animaux dangereux. Gotol Tuluk ouvrait la marche. A ses côtés avançait H’umban dont le vieillard venait de faire son successeur et qui dorénavant dirigerait la tribu. Gotol Tuluk l’avait annoncé avant le départ et personne n’avait rechigné. Le vieux chef était craint, le nouveau serait respecté et aimé, la vie de la tribu s’en trouverait bouleversée.

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La suite dans quelques jours.

© Jean-Michel Touche

 

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BENARES (2) et fin du voyage (Extrait du journal 1982)

Dernières étapes du voyage
Delhi – Kathmandhu – Bénarès

Remarque :
Pour (re)trouver les précédentes étapes de ce voyage de 1982, il suffit de cliquer sur :  DelhiNépal-Etape 1,   Népal-Etape 2Népal-Etape 3, Bénarès (1)

Des photos plus nombreuses de ce voyage (Inde et Népal) se trouvent dès à présent sur le blog « A travers le regard ».

 

 

Aujourd’hui (2 février), j’ai vainement tenté de dénicher la petite mosquée dont on m’avait parlé en Oman. Personne ne semble la connaître.

J’ai donc retrouvé mon rickshaw man qui m’a de nouveau emmené en direction des ghats. Relativement tard cependant car il a fallu passer un bon moment dans les bureaux d’Indian Airlines afin de reconfirmer le billet pour Delhi et Bombay (démarche absolument nécessaire si l’on veut s’assurer de pouvoir reprendre l’avion…)

 

Mercredi 3 février

A nouveau les ghats. Le boatman rame en silence et l’on n’entend que les chants religieux et le grincement des rames qui frottent contre l’embarcation. Le soleil se cache, aujourd’hui encore, derrière un épais rideau de nuages qu’il traverse pourtant en quelques occasions pour éclairer les croyants dans leurs ablutions.

Nous remontons le Gange jusqu’à l’Asi ghat. Ici, plus de marche en pierre. Les gens se tiennent sur la berge en terre. Le batelier me montre différents bâtiments réservés aux sadhus et quelques-uns aux femmes pieuses. Près du ghat des crémations se dresse un édifice où se retirent les veuves. Elles y vivent grâce aux dons de riches Indiens. Plus loin, le palais du maharadja de Bihar avec ses trois tours. L’une d’elles servait d’ascenseur pour les femmes qui allaient au bain. L’ascenseur était actionné à bras d’hommes.

Croisé dans le Gange une vache morte, un chien crevé, des fleurs qui commencent à pourrir, une statue de divinité.

Différentes photos des ghats. Puis je me suis aventuré sans guide dans le chowk dont je suis sorti… bien loin de l’endroit que je voulais atteindre. Ça m’a donné l’occasion de tomber sur un cortège ouvert par des musiciens. En queue, porté dans un baldaquin, un jeune homme au visage masqué par un rideau de fleurs, qui se rend à ses noces…

 

Jeudi 4 février

Au réveil, brouillard sur Bénarès. Heureusement, il fait assez vite place à un magnifique ciel bleu, le premier ciel bleu depuis mon arrivée.

Aujourd’hui, visite de Jaunpur, capitale d’un éphémère royaume du XVème siècle. La route est parsemée d’obstacles car la chaussée, bien que d’assez bonne qualité, est trop étroite pour permettre à deux véhicules de se croiser ou de se doubler.

La traversée de différents villages ne manque pas de pittoresque ni de charme, avec les femmes en saris, les vaches blanches qui se reposent en ruminant le long des routes, ou boivent à un abreuvoir, ces milliers de bicyclettes qui évoquent les processions de fourmis. La campagne est très verte et très belle. Soixante kilomètres séparent les deux villes, mais il faut compter une heure et demie pour atteindre Jaunpur.

La première visite sera pour le Fort Rouge dont subsistent seulement des ruines, à l’exception d’une porte intéressante et de la mosquée Ibrahim Naib Barbak. Avant de pénétrer dans l’enceinte du fort, il faut remplir un cahier en inscrivant son nom, son adresse et l’heure d’arrivée.

La mosquée Ibrahim Naib Barbak est assez belle. C’est paraît- il la plus ancienne de Jaunpur. Quelques Indiens se promènent dans le parc. Plus loin, depuis ce qui devait être la muraille d’enceinte, vue magnifique sur la ville, le pont d’Akbar et l ‘Atala Masjid.

La voiture se fraie ensuite un chemin jusqu’à l’Atala Masjid dont la cour intérieure sert d’école publique d’un côté et abrite la madrasa de l’autre. Devant la salle de prière se dresse une haute façade qui fait office de minaret, surmontée par des haut-parleurs. Ce style de mosquée diffère de la conception des mosquées que l’on trouve traditionnellement en Inde.

Mon entrée est particulièrement remarquée par les jeunes écoliers qui se réjouissent de cette distraction inattendue (peu prisée au contraire par les professeurs qui les rappellent à l’ordre en leur donnant de légers coups de badine sur la tête.)  Du côté de la madrasa l’attention est beaucoup plus sérieuse et les élèves ne se tournent pas pour regarder passer l’étranger, sauf au moment de mon départ.

° ° °

Jami Masjid : coup de foudre! Avec son petit bassin central, ses palmiers de petite taille, la façade très pure et très belle de la salle de prière, cette mosquée incite au recueillement et à la méditation, tout comme les plus beaux cloîtres. A l’opposé de la salle de prière, une galerie sur laquelle donnent les chambres des religieux (ou des pèlerins ?)

Des sculpteurs taillent des blocs de pierre pour refaire la porte principale. A les voir ainsi au travail, penchés sur le matériau qui peu à peu prend forme, l’on imagine ce que devaient être les chantiers entourant les édifices en construction.

Laz Darwaza a Masjid: là encore je tombe sur la madrasa mais les cours sont terminés. L’un des professeurs me fait visiter les lieux.

Au retour, photos du fameux pont d’Akbar puis photos de scènes de rue. Par moments je suis l’attraction. Jamais (et aujourd’hui non plus) je n’ai ressenti la moindre appréhension au milieu d’une foule indienne. Et l’appareil de photos sert parfois à engager le dialogue avec ceux qui veulent être photographiés ou ceux qui veulent savoir ce qui intéresse un étranger.

Brusquement voici que parvient un brouhaha confus, de plus en plus fort. C’est la police qui tire un homme et lui fait faire le tour de la ville pour le montrer à la population. Il porte des traces de sang sur le haut du crâne et sur une de ses pommettes, et des marques blanches sur le reste du visage. Les policiers le tiennent littéralement en laisse, les mains serrées dans des menottes. La foule l’entoure. Une sourde tension monte. « Un voleur » commente le chauffeur.

Entre Jaunpur et Bénarès que nous regagnons en fin d’après-midi, nous croisons â nouveau des caravanes de dromadaires. Les bêtes sont nettement plus hautes et plus robuste d’apparence que celles de l’Oman.

 

Vendredi 5 Février

A nouveau, lever à l’aube. Ce matin enfin je peux voir le soleil se lever sur le Gange.

Les chants religieux gueulards disparaissent, gommés par la lueur qui éclaire peu à peu l’autre rive du fleuve. Lueur d’abord presque imperceptible. Une tache couleur de braise apparaît. Et le rond parfait du soleil jaillit de la terre. Le Gange renvoie des milliers d’étoiles aux clapots de l’eau. Moment fugitif dont la plus belle pierre précieuse ne saurait donner qu’une pâle idée.

Une heure en bateau. Puis longue, très longue marche sur les ghats qui sont, par endroits, d’une saleté repoussante. Beaucoup de photos. Je suis par moments arrêté par des hommes qui veulent être photographiés. L’un d’eux, un jeune renonçant, souhaite recevoir un tirage. Ce sera chose faite si toutefois je parviens à déchiffrer l’adresse qu’a écrite pour lui un passant (car le jeune homme ne sait ni lire ni écrire).

Où est la spiritualité, à Bénarès? Je pensais rencontrer Dieu (plus exactement je pensais trouver là une conscience collective de Dieu). Il y a certainement des hommes et des femmes sincères qui prient mais, je dois l’avouer, bien des sadhus et de renonçants m’ont donné l’impression d’exploiter la crédulité des pèlerins.

Eprouverais-je des sentiments du même ordre si, incroyant, je visitais Lourdes ? Je ne crois pas car la foi, quand elle s’exprime collectivement, devient presque palpable. Et même un Musulman priant seul, tourné vers la Mecque, donne une image de la foi.

Ici , au même endroit et en même temps, l’on peut voir un visage immobile, les yeux fermés, tourné vers le Gange et plongé dans la prière (ou la simple adoration) ; des renonçants fumant et devisant gaiement tout en prenant le soleil ; des brahmanes triturant des offrandes dans de l’eau sale, officiant pour quelques fidèles accroupis devant eux ; des gens en train de laver les régions les moins sacrées de leur corps ; des vaches ou des buffles laissant choir lourdement leurs excréments que des femmes ramassent à pleines mains pour en faire ces fameuses galettes utilisées comme combustible, une fois séchées.

Et pourtant, impossible de ne pas le voir, il passe par endroits un courant sacré. Faut-il un temps d’adaptation (ou s’être préalablement « vidé » l’esprit) pour comprendre ce qui est en train de se vivre ici ?

 

Samedi 6 Février

Dans quelques jours ce voyage prendra fin et je serai heureux de retrouver ma femme et mes enfants.

Sans doute croient-ils que je n’ai pas beaucoup pensé à eux, et pourtant voici quatre jours que je tente d’envoyer un télex à Mascate… sans succès.

Ce matin, visite de Sarnath où le Bouddha (« l’Illuminé ») prononça son premier sermon. Lieu de pèlerinage depuis plus de 6 siècles avant Jésus Christ, Sarnath est resté vénéré par les bouddhistes qui viennent parfois de très loin (des régions himmalayennes jusqu’à Sri Lanka) pour s’y recueillir.

Les monuments érigés sur ce site devaient être splendides, malheureusement les Musulmans détruisirent quasiment tout et saccagèrent nombre de statues et de bas reliefs.

Le musée contient de très belles choses. Regrettons toutefois que les murs soient recouverts d’une peinture bleu ciel délavée et que seules de minuscules fenêtres, placées au ras du plafond, éclairent les salles.

A l’extérieur, un vaste parc où se dressaient autrefois les monuments à présent en ruine -dont on peut cependant deviner l’ancienne splendeur.

Le temple principal, érigé au Vème ou VIème siècle, couvrait le lieu où avait vécu le Bouddha. Par endroits il reste de petits bas-reliefs représentant l’Illuminé. Comme nombre de pèlerins viennent chaque jour, il n’est pas étonnant de voir une de ces sculptures ornée d’un collier de fleurs.

Plus loin, la Dhamekh stupa, haute d’une quinzaine de mètres, construite dit-on à l’emplacement exact du premier sermon de Bouddha. Beaucoup de fidèles aux yeux bridés en font le tour en priant.

Ailleurs, un temple Jaïn avec une statue de Mahàvlra, fondateur du Jaïnisme, également appelé Jina, le « Victorieux ». Enfin, à l’extrémité du parc, un monastère bouddhiste de construction récente (1931): Mulagandhakuti Vihara.

Dernier arrêt à Sarnath (dans la cité cette fois) devant un temple tibétain.

 

° ° ° ° ° ° ° ° ° °

 

Voilà, le voyage est terminé, retour à Mascat où je retrouve avec joie épouse et enfants.

Il faudra de longs mois pour que toutes les rencontres, les émotions, les images de ce voyage, trouvent leur place dans le tiroir aux souvenirs. Et pour que les jugements parfois hâtifs se tempèrent à la mesure du temps qui passe…

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Texte et photos © Jean-Michel Touche
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POURVU QUE JUPITER NE DEVIENNE PAS JU… PITRE

Parmi les dangers de la politique vis-à-vis de ceux qui l’animent, on peut citer la prétention, l’orgueil, mais aussi la bêtise qui risque d’en devenir le fruit.

On a vu Monsieur Fillon, après des interventions de qualité au moment des primaires,  s’emmêler avec des affaires qu’il n’a pas su gérer, on voit en Turquie un orgueilleux qui se prend pour le sultan mondial, et aux Etats-Unis un milliardaire aux réactions inattendues et potentiellement dangereuses (ne serait-ce que pour le climat.) Arrêtons là, une liste complète serait très longue…

Et chez nous, que voyons-nous ?

La fibre de Monsieur Macron donne l’impression de se mettre à vibrer un peu trop vite. Chef de la France ? C’est vrai. Mais élu avec moins de la moitié des voix des inscrits (voir article précédent).

Un début de mandat un peu cafouilleux avec des informations d’un jour modifiées le lendemain, des chiffres susceptibles de changer du jour au lendemain (après avoir annoncé aux collectivités locales qu’elles devraient faire 10 milliards d’économie, Jupiter annonce que ça sera en réalité 13 milliards.)

Mais le grand cafouillage concerne ses rapports avec l’Armée. Que la France doive faire des économies, c’est une évidence. Mais où ?

Trois questions :

– Est-il logique de confier à l’Armée de notre pays un travail considérable tout en retirant 850 millions d’euros de son budget alors qu’il lui faut rénover son matériel ?

– Est-il anormal que le chef d’état-major de l’Armée mette en garde contre cette réduction (ne s’agit-il pas, au contraire, d’une remarque plus que justifiée, celle d’un spécialiste qui, s’il n’est pas Président de la République, connaît le fonctionnement de notre Armée et ses besoins alors que le Président n’en connaît rien ? Le chef d’état-major n’a-t-il pas tout simplement fait son travail ?)

– Est-il honnête de la part du Président de la République de déclarer qu’il n’est « pas digne d’étaler certains débats sur la place publique » alors que le Général de Villiers a déclaré son désaccord sur cette réduction de budget devant le président de la République lors d’un conseil de Défense, et devant la Commission de la Défense de l’Assemblée ? (cf France Info du 17/07/2017)

Gouverner un pays demande à la fois de l’intelligence, de l’autorité et du courage, mais aussi la modestie de réaliser qu’on ne sait pas tout et que « les autres » peuvent également donner des avis constructifs.

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QUE FAIS-JE DONC ICI ?

Poème transmis par un ami,

A lire et méditer. Vous verrez, c’est à la fois très simple et très beau !
En bas de cette page vous trouvez une photocopie du texte manuscrit.

 

SOLITUDE

Quand on n’a que des murs
A regarder sans cesse…
Quand on n’a que des murs
Compagnons de vieillesse,
Quand on n’a que des murs
Qui de surcroît sont gris,
On se dit…
On se dit…
Que fais-je donc ici ?

Quand on n’a qu’une voix
Qu’aucune voix n’entend,
Quand on a oublié
Les souvenirs d’antan,
On se dit…
On se dit…
Que fais-je donc ici ?

Quand on dit de travers
Les mots de tous les jours,
Quand le nom d’un Ami
File hors de la mémoire
Vous jouant un bon tour,
On se dit…
On se dit…
Que fais-je donc ici ?

Si je crevais mes murs,
Si j’ouvrais mes fenêtres
Et faisais une lettre
A quelque Ami bien sûr…
Si j’allais rencontrer
Les passants de ma rue,
Si mon cœur endormi
Se remettait à vivre,
Je saurais tout à coup
Ce que je fais ici…

          ° ° ° ° ° ° °

Texte manuscrit

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FILLON – QUAND ON REGRETTE D’AVOIR RAISON

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          Oui, je regrette d’avoir eu raison lorsque j’ai publié « Au revoir Monsieur Fillon », début février de cette année.

Il ne s’agissait pas d’en vouloir à un homme (l’article ne portait d’ailleurs aucun jugement). En politique, on ne choisit par quelqu’un parce qu’il a l’air sympathique, qu’il est bien habillé et qu’il se dit « catho » (mais l’est-il ? Nous n’en savons rien.)
On choisit le candidat ou le programme qui semble le plus à même de gouverner et gérer un pays afin de réduire les inégalités, réduire le chômage, rendre la dignité à chacun, relever une éthique de vie, pour le bonheur de tous.

Le candidat parfait n’existe pas, on le sait. Si on ne peut que rarement choisir le meilleur, on vote le plus souvent pour celui qu’on pense le moins mauvais. A la primaire de droite, François Fillon avait séduit nombre d’électeurs. Se retrouvant le premier candidat officiel, on ne doit pas s’étonner que l’ensemble des autres candidats lui ait tiré dessus. On peut le regretter, mais  la politique fonctionne comme ça. Triste période en tout cas, durant laquelle on n’a vu que des candidats s’assassiner mutuellement au lieu de proposer des programmes intéressants et constructifs.

Triste spectacle !

Oui, François Fillon aurait dû réagir autrement qu’il ne l’a fait, lorsque le Canard s’est déchaîné. On aurait voulu voir soit un patron fort, courageux, volontaire, intelligent, voulant gouverner pour le bien de tous, soit un homme qui par dignité pour son pays et ses électeurs (et lui-même d’ailleurs) aurait donné sa démission.

Sa défense pendant une semaine en se référant à des « Boules puantes », « forces qui sont à l’œuvre pour me faire taire et tenter d’affaiblir ma candidature », « misogynie », « Si on veut m’attaquer qu’on m’attaque droit dans les yeux, mais qu’on laisse ma femme tranquille », n’a montré qu’un homme en train de piétiner, ne sachant pas comment prendre les choses en main.

La France a maintenant besoin (c’est en tout cas mon opinion) d’un gouvernement courageux de droite. Si M. Fillon avait présenté sa démission, soit une forte partie de la population aurait signé des pétitions lui demandant de revenir (il aurait alors gagné une immense pertinence), soit le numéro deux de la primaire aurait pris sa place et la droite aurait eu toutes ses chances de remporter la présidentielle. Car Alain Juppé, qui a joué la carte du meilleur pendant des mois et des mois, n’aurait alors pas dû avoir le droit de se retirer.

Au lieu de cela, François Fillon s’est enfermé dans une position qui a entraîné de nombreux départs (on peut le regretter, mais c’est ainsi), et sa définition de Plan B = Bérézina lui revient à présent en pleine figure, car la Bérézina c’est lui qui l’a récoltée (et nous par la même occasion.)

Les spécialistes du marketing savent une chose : dans la vie, il faut s’exprimer en fonction de deux éléments :

– le message qu’on veut faire passer,
– la manière de l’exprimer pour que les gens le comprennent.

 En politique, il semble que deux candidats seulement aient  découvert cette manière indispensable de procéder… hélas… :  Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon qui ont passé leur temps à caresser les déçus et les mécontents dans le sens du poil.

Redresser la France va exiger des efforts que tout le monde n’a pas nécessairement envie de supporter.

Réussirons-nous un jour à voir les acteurs politiques analyser tous les problèmes et toutes les solutions suggérées, avant de déclarer « Je sais, j’ai raison » ? Dans ce cas, peut-être que tout être humain pourrait vivre alors dans le respect et la joie ? Cela s’appelle l’Utopie sans doute ?..

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Jean-Michel Touche

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DANS LA JOIE DE PÂQUES

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Dans la joie de la résurrection, dans l’espérance de la vie véritable à laquelle nous sommes tous invités, dans le courage qui nous vient du Seigneur pour pardonner, respecter, estimer et plus encore aimer, échangeons notre flamme, les uns les autres, pour que sourires remplacent larmes et qu’amour remplace haine.

Après la question que pose le Christ
d’année en année. . .

Ô mon peuple, que t’ai-je fait ?     
En quoi t’ai-je contristé ?
Réponds-moi !..

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. . . Rapprochons-nous pour échanger cette flamme qui illuminera nos vies.

Dans la joie de cette fête sans pareil,
que Pâques apporte à tous
une inspiration et un bonheur nouveaux.

JMT

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La photo du Christ a été prise dans le Trésor
de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

LA CONFESSION

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