NOËL PARCE QUE L’AMOUR EXISTE, ENCORE ET TOUJOURS


Chaque année, il est un temps où nous pouvons ouvrir  les yeux de façon un peu inhabituelle, afin de regarder  autrement le monde, son histoire et surtout ses espérances.

Ouvrir les yeux, et surtout notre coeur.

Cette année, les poèmes que vous trouverez sur cette page sont l’oeuvre de Michel Tirouflet, un ami de longue date maintenant, que je remercie d’avoir offert pour tous ce mélange de souvenirs, de réflexions, d’affection, de sensibilité et grande délicatesse.

 

 

Ce soir-là, les plus grands avaient le privilège
Du minuit chrétien. Nous partions dans la neige
Et le froid de la nuit. Des aiguilles d’argent,
Déposées par la main d’un semeur négligent
Scintillaient çà et là. Nous suivions le chemin,
Endormis à moitié ; nous nous tenions la main,
Ne vivant que l’instant, avancions en silence,
Un pas après un autre, en demi-somnolence.
Nous descendions grandis dans l’ombre solennelle ;
Nous goûtions le moment, un moment éternel.
Enfin, nous arrivions ; l’église se montrait.
Nous franchissions le seuil comme des conjurés.
Enfants émerveillés, anges de nos campagnes,
Nous entendions vos chants que l’écho des montagnes
Renvoyait dans la nef insolite et glorieuse
Dont nous sentions chacun l’étreinte mystérieuse.
Le retour était long, un peu plus grelottant ;
Je dormais à demi, l’esprit calme et content.
Au chalet, tout là-haut, cuisait le chocolat,
Qui tôt réchaufferait nos corps froidis et las.

 

 

Il y a bien longtemps, nous habitions la Suisse
J’étais adolescent, presque encore une esquisse.
Noël nous rassemblait dans la ville étrangère,
Tout en haut du chemin de la Genevrière.
Nous vivions entre nous comme en un vase clos ;
Nous honorions l’avent, à l’unisson, au chaud.
La maison respirait la tendresse filiale ;
Il régnait une douce ambiance familiale.
Le vingt-quatre à la nuit par le froid et la glace,
Nous allions tous prier sur la petite place
Et dans l’église aussi dedans notre coquille
Etroitement unis, nous priions en famille.

 

 

Je m’en souviens si bien comme un moment d’hier
La foule avait rempli l’œuvre de Niemeyer
Une foule éclectique et vibrante de foi
Soudée par l’Esprit-Saint comme il se peut parfois.
Nous étions tous les trois enveloppés d’amour
Dans ce Brésil lointain dans ce soir un peu lourd.
On sentait dans l’air chaud une ferveur étrange
Innocente et naïve où voletaient les anges.
Nous étions tous les trois mes mère et père et moi
Liés comme jamais par un céleste émoi.
Nos pensées se mêlaient nous formions tous unis
Une autre trinité qui priait dans la nuit.

 

C’est une humble chapelle au creux d’un vallon vert
Qui dort toute l’année mais revit à Noël
Quand le fidèle vient fêter l’Emmanuel.
Les voisins se pressaient en foule silencieuse,
Savouraient en leur for cette heure tant précieuse,
Se glissaient dans l’église en longeant les tombeaux.
Au dehors alentour, éclairaient les flambeaux.
La nuit était si belle, émouvante et discrète
Que l’on voyait planer nos prières secrètes
Vers cet enfant Jésus que le moment venu,
L’on couchait doucement, si pauvre et si menu,
Sur un coussin de paille au centre de la crèche.
Puis, nous étions bénis, sortions dans l’ombre fraîche,
Allants, ragaillardis dans nos âmes et nos cœurs,
Tout notre esprit rempli de l’enfançon vainqueur.

Bethléem lieu de la naissance et de la renaissance
Bethléem de Judée là où tout a commencé
Bethléem où cette année-là ce Noël-là nous étions trois parmi la multitude
Bethléem assiégée
Bethléem encerclée
Bethléem menacée
Bethléem ce jour-là avait détrôné Jérusalem
Bethléem était céleste divine et immortelle
Nous attendions dans le froid du jour
C’était un jour comme tous les autres jours d’hiver en Palestine
Un jour triste de tous les malheurs d’un peuple
La lumière était pâle dans le jour triste
Le soleil presque incolore s’inclinait vers la terre
Tout près la basilique de la nativité trop riche trop opulente dominait encore les alentours
Nous attendions dans le jour qui fonçait
Le crépuscule s’en vint enveloppa l’endroit d’un voile de velours brun
Des gardes défendaient le chemin de la Basilique
Qui se mourait entre chien et loup
Le troupeau parlant bas se massa près des portes
Il était incertain plein d’un espoir respectueux mêlé de crainte d’être déçu
On sentait dans l’air grandir la fièvre qui embrasait les esprits électrisés
Le froid se fit plus vif
Nous fîmes comme les autres nous nous levâmes nous approchâmes et attendîmes aussi
Alors que minuit venait les portes s’ouvrirent
La ruée fut vive tempérée par la retenue que confère le sacré
On entra dans le lieu saint en désordre joyeux un peu effrayé et comme écrasé sous le poids du mystère
L’immense oratoire se remplit dans un épais silence
Alors le temps n’exista plus
Chacun se retrouva berger dans une noire nuit d’hiver que seule éclairait l’étoile
Nos âmes tressaillaient devant le Verbe qui se faisait chair
La messe se déroula dans une atmosphère inconnue jusqu’ici
Les paroles s’élevaient
Retombaient en rosée fertilisante sur les têtes avides et courbées
Même le sermon dit en arabe parut enrichissant tant l’heure était d’une divine gravité
Quand on apporta l’enfant la foule frissonna d’un frisson ineffable
Les mots d’adoration palpables se devinaient montant vers les voûtes antiques
C’étaient pour les fidèles comme un avant-goût du ciel.

 

         . . .  alors  Il est  né, le divin enfant !

 

 

Poèmes  © Michel Tirouflet
Photos © Jean-Michel Touche

 

4 réflexions sur « NOËL PARCE QUE L’AMOUR EXISTE, ENCORE ET TOUJOURS »

  1. Merci à Michel pour ces poèmes. Je ne lui connaissais pas ce talent car nous nous voyons trop à la messe à Villeneuve.
    Bon Noël à toi et Francoise, Jean Michel. Belle fête de famille où l’heure de la naissance de Jesus doit nous mettre en joie et nous apporter l’espérance qui manque tant a notre monde ! Je t’embrasse. Nadine

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