Comme les lépreux de l’évangile


Homélie prononcée par Gwenolé Jeusset(1), Franciscain, le 9 octobre 2016

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« On n’enchaîne pas la parole de Dieu » nous dit Saint Paul. Elle nous gêne parfois parce que nous sommes toujours tentés d’avoir un christianisme facile. On a la foi catholique, on n’a pas de peine à dire le credo, mais on oublie par exemple le sermon sur la montagne, ou le chapitre 25 de St Mathieu décrivant le jugement dernier sur l’accueil fait aux petits, aux étrangers. En ce moment, même certains  catholiques oublient qu’on n’enferme pas le christianisme dans des murailles de Jéricho, c’est un élan vers toutes les frontières à dépasser, en commençant par celle de soi.

 

bible-ancienneDans les deux lectures du jour ( Deuxième Livre des Rois, 5, 14-17, Naaman, le général syrien atteint de la lèpre  et  L’Evangile selon Saint Luc 17, 11-19, les dix lépreux guéris par Jésus) il est question d’un étranger : dans la première on nous parle d’un Syrien, – comme par hasard d’un  Syrien, et dans l’évangile, d’un samaritain.

Dans l’évangile, le Seigneur souligne la goujaterie de ses neuf compatriotes juifs et met en valeur, comme dans la parabole de Jéricho (mais ici dans un fait réel) un de ces êtres doublement exclus par les Israélites : lépreux et samaritain. C’est un message qui ne passait guère dans son temps mais aujourd’hui Jésus aurait peut-être encore plus de difficultés à oser tancer son entourage en disant que l’étranger est un modèle « Où sont passés les neuf autres ? ».

Pour nous, c’est un problème bien compliqué que l’afflux de personnes qui fuient la guerre et la misère, certes, mais l’évangile est là : l’étranger est notre frère, notre sœur, même quand ils gênent. « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli » recevez en héritage le royaume préparé pour vous… et celui qui ne les accueille pas est plutôt mal placé.

Parce que les hommes n’ont pas réussi à créer la paix civile dans beaucoup de pays, parce qu’on n’a pas réussi à donner les moyens de vivre au Tiers-Monde en lui payant à juste prix son minerai, parce que des dirigeants ont tenu en laisse leur peuple en s’enrichissant personnellement. On ne prépare pas un monde de paix pour les générations suivantes si on n’arrive pas à recevoir les réfugiés, dit le pape. Il faut sinon l’approuver, au moins l’écouter et entendre l’évangile que nous dit le successeur de Pierre :  « Si nous voulons la sécurité, donnons la sécurité ; si nous voulons la vie, donnons la vie ; si nous voulons des opportunités, donnons des opportunités. Le critère que nous utilisons pour les autres sera l’aune à laquelle le temps nous mesurera. (24 septembre 2015, discours devant le Congrès américain)»

 

Ce n’est pas nous qui pouvons résoudre le problème posé qui est immense, mais comment en parlons-nous ? Nous devons avoir un regard de compassion et encourager des mesures de compassion et de justice, nous ne pouvons pas suivre celles et ceux qui prêchent le rejet, sans trahir notre foi. Par expérience dans les pays où j’ai vécu, je sais que plusieurs sont rackettés parfois par leurs compatriotes. Je sais aussi que certaines gens, de chez nous, manquent de discernement, dans l’aide à apporter, mais cela ne peut être une excuse à ne pas changer notre regard si notre regard est un regard de rejet.

 

La parole de Dieu est parfois  comparable à un poil à gratter pour nous mener à Jésus. Le but, c’est lui et aujourd’hui si nous écoutons bien, nous sommes conduits au Christ via le prochain qu’on n’attendait pas.

Face au défi pour notre continent, nous sommes désarçonnés, nous nous demandons comment cela va se terminer. Nous sommes nous-mêmes comme les lépreux de l’évangile et comme eux nous devons nous tourner vers Jésus pour qu’il guérisse nos peurs et nous dise que faire. Et comme Naaman et le Samaritain, nous pourrons revenir sur nos pas en glorifiant Dieu à pleine voix.

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(1) : C’est en terre d’islam que le frère Gwenolé Jeusset a vécu l’essentiel de sa vie de prêtre.

img_38011Rencontre Sant’Egidio à Assise, 18-20 septembre 2016

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2 Réponses

  1. Comment être chrétien et ne pas être d’accord même si nous trouvons cela si difficile et presque hors de notre portée individuelle. Oui écoutons ceux qui témoignent de ce qui se passe en terre étrangère, soyons attentifs et ouverts à l’accueil mais n’oublions pas d’écouter tous les pauvres de notre pays, ceux des périphéries des villes, des campagnes et des petits logements cachés en villes. Ceux qui ne sont plus prioritaires pour personne même pas pour accéder à un logement décent. Et soutenons ceux qui leur viennent en aide.

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