MARAUDE DANS UN FRIGIDAIRE


Maraude du 17 février 2016

 

Rendez-vous place Possoz pour la maraude du soir, avec Etienne, Vivien et Hélène, jeune étudiante en 3ème année de formation d’assistante de service social.
(Les noms des maraudeurs ont été changés.)

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1er arrêt

Florine et Florina ont déjà refermé leur abri de cartons, de même que Daniel. Paulo, lui, est enfoui sous des couvertures, nous ne le verrons pas apparaître.

Il suffit de dire « Bonsoir Florine » pour qu’un grand carton à l’usage de toit se soulève et que le visage souriant de Florine apparaisse. Florina, qui dort, se redressera quelques minutes plus tard. Florine se moque toujours (aimablement, il faut le dire) des visiteurs que nous sommes et utilise le mot « Père Noël », suivi d’un immense éclat de rire. Nous sommes toujours surpris de la bonne humeur de cet homme, comme d’ailleurs de la plupart des Roumains que nous rencontrons. Sans doute parce qu’ils affrontent la rue et les intempéries en couple.

A deux, on est plus forts !

A notre demande, Florina sort la photo d’elle avec ses deux fils, prise dans leur école en Roumanie. Elle est fière de les montrer et cela se comprend. Quand on les voit en costume cravate, comment imaginerait-on que leurs parents vivent en France dans la rue ?

De son côté, Daniel n’est pas seul sous ses cartons. Il nous présente son épouse, Maria-Anna, venue le rejoindre. Nous ne la verrons pas beaucoup parce que le froid l’incite à rester au fond de leur abri. Soupe, œufs durs, café, chaussettes etc.

Dernière approche de Paulo, toujours caché sous ses couvertures. Nous le laissons dormir.

 

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2ème étape : non loin de la place du Trocadéro.

Nous y trouvons Alex (j’espère ne pas me tromper de prénom), qui a été signalé lundi par l’équipe Tournée Rue. Alex fait la manche à côté d’un magasin d’alimentation. Il a le visage triste et parle à voix très basse, pas facile à entendre. Il confirme avoir une femme et un petit enfant qui, eux, bénéficient d’un logement, et lui-même dormirait dans un foyer ? Nous restons un moment avec lui puis le quittons afin de poursuivre notre tournée.

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3ème étape : Palais de Tokyo

Personne, place d’Iéna. Nous allons immédiatement au Palais de Tokyo. Devant l’entrée du péristyle, un gros bloc noir projette des rayons de lumière blanche vers le ciel (intérêt extrêmement relatif !) et, surtout, inonde le voisinage de bruits qui ressortent davantage du rugissement de lion malade que d’une composition musicale. Horrible ! Mais évidemment, des goûts et des couleurs…

Emile et Adam, seuls occupants des lieux, ne donnent pas l’impression d’apprécier ces déflagrations aussi toniques qu’un cri de dinosaure ! Emile nous apprend que Polleck s’est installé pour la nuit en bas de l’avenue du Président Wilson, là où résidait Ali jusqu’en novembre.

Quant à Martin, ils ignorent où il a pu se rendre.

Après avoir discuté un moment avec eux, nous regagnons la voiture pour nous rendre auprès de Polleck qui dort, enfoui dans un sac de couchage au-dessus de la bouche de chaleur sur laquelle se réfugiait Ali. Il ne supporte pas le bruit du truc noir, devant le palais de Tokyo, et comme il ne pleut pas il a choisi pour ce soir la bouche de chaleur. En face de lui, un superbe fauteuil en simili cuir noir, presque un siège royal !

Moins en forme que d’habitude, il bougonne un peu. Je ne dirai pas que nous envions sa bouche de chaleur, mais le froid s’intensifie et nous avons encore du monde à voir. Aussi, après lui avoir rempli deux tasses de thé, remis divers ingrédients et proposé des chaussettes ainsi que des gants, nous lui souhaitons une bonne nuit et partons.

Dans la voiture, nous parlons tous beaucoup et c’est très sympathique.

 

 

Copyright  2012 JMT

4ème étape

LCL : surprise, la banque a installé des pots munis de branches stylisées, de couleur, sous les arcades, sans doute pour empêcher toute occupation nocturne des lieux. Adieu Florian, qui aimait y dormir, adieu Georges. Seul Frank a pu mettre son sac de couchage devant l’entrée, ainsi que sa grosse valise. D’après lui, Florian serait à Wagram. Pour Georges, il n’a aucune information.

Pietaterre : Maria nous accueille avec de grands sourires, de même que Sanders. Pas de Paul pour l’instant.

– Il va revenir, affirme Maria.

Avec l’accord de la CSVP, Sanders reçoit deux billets de 50 euros. Il avait manifesté quinze jours auparavant son intention de retourner en Roumanie, voyage pour lequel il avait besoin de 200 €, somme dont il ne disposait pas. Message : on t’aide pour la moitié de ton voyage aller et la moitié du voyage retour. Si on lui avait dit : « Voici 100 € pour ton voyage », il l’aurait sans doute interprété comme notre intention de le renvoyer en Roumanie pour qu’il n’en revienne pas !

Sanders paraît heureux, d’autant plus qu’il semble avoir des contacts qui lui permettraient peut-être de travailler un peu. A voir avec lui lors d’une prochaine maraude. Quant à Maria, elle précise être revenue avec Paul, son mari, depuis quatre jours, après un vivifiant séjour en Roumanie.

La sérénité des Roumains sans abri, encore une fois, est quelque chose qui étonne.

Paul arrive juste au moment où nous venions de quitter Maria et Sander. Serrements de mains et nous partons. La température ne monte pas !

 

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Traversant la chaussée, nous nous approchons de Philippe qui nous a repérés et nous attends sous l’entrée de Zara Home. Un Philippe apparemment en bonne santé, qui se lève à moitié dans son sac de couchage et fait à Hélène son galant baisemain spécial dames. Tout en prenant une partie de ce qui lui est proposé, il cherche à impressionner Hélène avec ses 23 ans de prison derrière lui et la cinquantaine d’années qui l’attend.

Alors que nous sommes en pleine conversation, un couple passe, s’arrête juste à côté de nous et regarde la scène. Un monsieur plus très jeune, une casquette sur la tête, et sa fille. Surpris, ils demandent si nous faisons partie d’une association. « Non, nous sommes simplement paroissiens de Notre-Dame de Grâce de Passy et nous faisons des maraudes le mercredi. »

– Ah bon ? de Notre-Dame de Grâce de…

– Oui.

– Mais, ici, c’est Saint-Honoré d’Eylau ?

– Oui, mais cela n’empêche pas que…

Le père et sa fille s’étonnent, alors pour les rassurer on leur dit que St-Honoré d’Eylau fait plein de choses pour les personnes en précarité, et notamment Hiver Solidaire.

– Ah ! Oui, ça, on le sait.

Après un court échange, le père et sa fille s’en vont en nous souhaitant une bonne soirée.

– Oh, dit le père en faisant deux pas en arrière, il y a quelqu’un, là-bas, il faudrait y aller. On vient de le voir.

Et il nous montre du doigt une forme allongée.

– Oui, c’est soit David, soit Moussa.

– Vous les connaissez tous ? Celui-ci, il a une chaise roulante.

– Alors pas de doute, il s’agit de Moussa.

Nous conversons quelques minutes de plus. Père et fille approuvent quand on leur dit qu’à force de rencontrer ces hommes et femmes qui vivent dans une telle précarité, on se prend d’amitié pour eux. Ils nous quittent avec de grands sourires sympathiques.

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Coup de froid. Un petit vent malicieux se met à souffler : une véritable ambiance de frigo, et même au-dessous.

Bye-bye Philippe, nous poursuivons la tournée.

 

L’entrée de Gérard Darel est vide. Pas de David. A-t-il bénéficié d’un hébergement pour ces nuits de froid ?

Un peu plus loin, Moussa dort sur une bouche de chaleur, son fauteuil roulant près de lui. Il dort mais se réveille. Il ne lève pas la tête mais prend tout ce qui lui est proposé. Quand on lui demande où est le pigeon qu’il gardait jalousement contre sa poitrine, quinze jour auparavant, il bredouille des mots que nous ne comprenons pas.

De plus en plus frigorifiés, nous décidons d’arrêter pour ce soir, d’autant que demain une journée chargée attend Etienne et Vivien.

 

Nous raccompagnons Hélène près d’une entrée du RER, place de l’Etoile, et regagnons nos quartiers après une maraude peut-être réfrigérante mais très sympathique (et comme presque toujours, des rires joyeux avec Philippe). Hélène demande à refaire des maraudes avec nous, elle sera la bienvenue.

Merci encore à tous les trois pour cette maraude où les sourires nous ont tenu le cœur au chaud !

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Texte et photos © Jean-Michel Touche
Les photos n’ont pas été prises au cours de cette maraude.

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