LE VILLAGE DANS LA NEIGE (2ème épisode)


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Un conte sous forme de poème, de Michel Tirouflet

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Un clic sur Episode 1
si vous voulez retrouver le début du conte.

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. . . Minuit avait sonné, l’église était déserte,

Un manteau blanc l’avait à moitié recouverte.

De boissons alourdi, le village était sombre.

Le silence était roi, pas un bruit, pas une ombre.

Tout et tous dormaient, bien repus et bien gras,

Sans le moindre remords, bien au chaud dans leurs draps.

Nul n’avait perçu que, depuis la fin du jour,

La neige, sans répit, s’accumulait toujours.

En les logis, le feu qui s’épuisait dans l’âtre,

Projetait alentour une lueur rougeâtre.

Les braves gens dormaient au mitan de leur couche,

Un ronflement épais s’échappait de leur bouche.

Le misérable alla jusqu’à la fin du bourg

Sans recevoir de pain ni le moindre secours,

Fit encor quelques pas heurtés et chancelants.

Ses yeux décolorés étaient vieux de mille ans.

Alors, l’homme épuisé leva ces yeux aux cieux,

Joignit ses deux mains bleues et dit « mon Dieu, mon Dieu,

Que votre volonté en cette nuit soit faite.

Je vous remets mon âme à cette heure où la fête

De votre incarnation devrait ouvrir les cœurs.

Mais par malheur pour moi, l’égoïsme est vainqueur.

Me voici Seigneur. » Et puis il s’endormit,

Sous les coups de la faim, du froid, de l’anémie.

Hors, pendant son sommeil, Jésus Christ le Sauveur

Envoya sur son corps une douce chaleur.

Et, pendant qu’il dormait, le lourd manteau de neige

Montait vers le ciel noir comme un blanc sortilège.

Il engloutissait tout, flocon après flocon

Les choses et les gens et leurs cœurs inféconds

Les vouant assez vite à une mort certaine,

Une fin méritée pour cette race hautaine.

Inconscient, réchauffé, le vieillard reposait

Comme les villageois allaient agoniser.

La cendre tiédissait dans les foyers éteints,

Le souffle des dormeurs devenait incertain.

Au matin, délassé, il étendit ses membres

Puis contempla surpris cette sorte de chambre

Qui au milieu des monts semblait surnaturelle.

L’aurore silencieuse était trop solennelle,

Le vieux s’en inquiéta, regarda alentour,

Ne vit rien que du blanc et un vol de vautours.

Du village d’hier il ne subsistait rien.

Un linceul virginal étouffait les vauriens.

Solitaire au milieu de cette étendue blanche,

La flèche du clocher semblait un menu ranche.

Quant à l’homme effaré, il vit sur le moment

Qu’il avait devant lui un divin châtiment.

La veille encor vivant, pour cause d’hécatombe,

Le village d’hier n’était plus qu’une tombe.

Alors, le cœur en pleurs, il tomba à genoux

Et se mit à prier : « Ma mère au cœur si doux,

Les gens avaricieux sont aussi vos enfants,

Ces brebis égarées sont de bien pauvres gens.

Ô mère de Jésus, dites à votre fils

Qui pour tous les pécheurs endura son supplice,

D’accorder son pardon aux êtres de ce lieu.

Ô Marie, suppliez le Miséricordieux. »

La très pure oraison monta au paradis

Toucha le fils de l’homme et sauva les maudits.

Très vite un souffle tiède échauffa l’atmosphère,

Qui dégagea bientôt le haut des conifères.

Puis on vit émerger le sommet des maisons.

Qui le temps d’une nuit, s’étaient faites prisons.

Contemplant ce miracle en réponse à ses vœux,

L’homme toujours au sol remerciait le bon Dieu.

Puis, le cœur contenté, il mendia du Seigneur

En ce jour de Noël, une ultime faveur.

« Divin enfant, dit-il, envoyez votre esprit,

Que rentrent les brebis dans votre bergerie. »

Son âme était si pure et sa prière si belle

Que l’esprit vint à lui telle une colombelle.

Il se fit un grand bruit et dessus chaque feu

Descendit lentement une langue de feu.

Alors l’homme au cœur si grand, sans peur du lendemain,

Tourna le dos au lieu et reprit son chemin.

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LE VILLAGE DANS LA NEIGE © Michel Tirouflet

 

Une Réponse

  1. Je savais que notre ami Michel TIROUFLET était un virtuose de la finance et de la gestion du patrimoine.
    Mais en lisant son dernier ouvrage  » Propos sur notre époque » j’ai découvert un vrai écrivain à l’écriture accessible et élégante.
    Ce livre témoigne d’une grande ouverture d’esprit, d’un optimisme sans cesse confirmé par une analyse argumentée qui laisse voir demain avec confiance.
    Ce charmant conte de Noël vient confirmer l’écrivain et nous fait découvrir le poète et l’homme de cœur.
    Merci Jean-Michel de l’avoir diffusé
    Charles-Henri

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