LE VILLAGE DANS LA NEIGE (1er épisode)


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Un conte sous forme de poème, de Michel Tirouflet.

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Les vieux racontent que, dans le temps d’autrefois,

Quand les gens de là-haut avaient perdu la foi,

Il arriva un jour, la veille de Noël,

Une chose inouïe, inconnue, irréelle.

Depuis un sombre octobre, en ces sommets ventés,

La neige avait acquis comme un droit de cité.

Ce jour-là, donc, le lieu était tout blanc

Quand arriva un homme au pas pénible et lent.

Le vieux montait la côte avec difficulté.

On devinait son âge et sa pauvre santé.

Il était mal chaussé et souffrant la froidure,

Il endurait ce jour ce que le pauvre endure

Quand le terrible hiver le glace jusqu’aux os

Parce qu’il n’a sur lui qu’un trop mince surcot.

Il marchait avec peine au bord de la grand-route

Comme les miséreux quand le destin les voûte.

Il atteignit enfin la première maison

Quand le soleil à l’ouest passait sous l’horizon.

Le vieillard s’avança et frappa à la porte.

« Diable de l’importun, que le malin l’emporte,

Femme, garde l’huis clos et laisse le froid dehors »

Fit, dans le crépuscule, une voix de stentor.

Le vieil homme hésita à toquer de nouveau.

Il avait cheminé par les monts et les vaux,

Il avait froid et faim mais il fit marche arrière,

Désemparé, vaincu par la voix ordurière.

Et, tandis qu’il allait vers la maison suivante,

Il sentit un flocon mouiller sa main tremblante.

Derechef, il frappa, attendit un moment

Et la porte s’ouvrit comme un enchantement.

Sur le seuil où sourdait une bonne chaleur,

Une femme encore jeune aux yeux inquisiteurs,

Lui dit avec mépris : « Comment peux-tu, bonhomme,

Demander le couvert aux chrétiens que nous sommes ?

Saint Paul n’a-t-il pas dit « qui ne travaille pas

Ne mange pas non plus. Tiens, voilà ton repas,

Ajouta la mégère, en mettant dans ses doigts

Une fusée gelée qu’elle arracha du toit.

Puis elle claqua la porte au nez du malheureux.

Celui-ci poursuivit, avec son ventre creux

Et sa tête enfiévrée, sa quête dans la rue.

La neige descendait toujours plus grasse et drue.

Partout on le chassa. Il n’y eu pas une âme

Qui eût un peu pitié dans ce village infâme.

Que la maison fut belle, ayant pignon sur rue

Ou un humble taudis, nul ne le secourut.

Pourtant, il aperçut, en deux ou trois endroits,

Des tables bien garnies pour des festins de rois.

La venue du Messie en sa berce de paille

N’était plus qu’une excuse à commettre ripaille.

De maison en maison, de refus en refus,

L’image lui venait de la mort à l’affût.

Minuit avait sonné, l’église était déserte…

 

Très vite vous pourrez lire la suite de ce poème…
… retenez votre respiration !..

 

Texte © Michel Tirouflet

Pourquoi avoir classé ce texte dans la rubrique Société ? Parce qu’il propose un regard de vie sur notre société qui recherche l’autosatisfaction et pourrait bien se perdre dans l’autodérision.

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