Paris la nuit, moment de vie


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C’est une nuit de printemps, une nuit de mai.

Discret, un croissant de lune orne l’obscurité du ciel au-dessus de Paris. Un air limpide rehausse la lumière.

Il y a foule. On parle fort, dans toutes les langues, on traverse, on marche à grands pas, on regarde, on s’étonne, on admire. Beaucoup de monde sur les quais. Trouver une place pour une voiture relève de l’impossible. Et pourtant, en voilà une. Après d’interminables zigzags dans les rues étroites de l’Île de la Cité et de l’Île Saint-Louis, maigrement éclairées par de bien timides réverbères, voilà la place rêvée, au bout du parvis de Notre-Dame. Etroite, peut-être, et petite, mais ce n’est pas le moment de faire le difficile.

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Cinq minutes plus tard, c’est le bord de Seine. Adieu les gesticulations sur les trottoirs envahis. Assis à même les quais, certains presque les pieds dans l’eau tant ils sont prêts du fleuve, discutent, boivent, écoute un ami qui gratte la guitare. Quelques mètres plus loin, formant un cercle, une dizaine de jeunes discutent sur les sujets qui les préoccupent, tout en buvant je ne sais quoi et en grignotant leurs sandwichs.

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Paris prend un aspect mystérieux, superbe, vu depuis la Seine qui s’agite et frémit au passage des bateaux-mouches. Plus encore en passant sous les ponts. On dirait un autre monde. Les couples que l’on croise s’adorent pour la vie, et l’on se sent gêné de passer si près d’eux. Tout pour ne pas être indiscret. Ils s’en fichent et restent dans leur bulle, indifférents à tout sauf à leur amour. Passez, bateaux-mouches, ils vous ignorent !

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Plus loin, originaires d’Afrique, deux hommes rigolent en voyant un photographe.
– Tu nous prends en photo, dis donc ?
– Pourquoi pas ? Mais ça serait mieux avec du soleil.
D’autant que nous nous trouvons dans un passage des quais totalement obscur. Je ne vois rien !
– C’est vrai, ça serait mieux avec du soleil » commentent-ils en riant.

Ils ont ce rire si gai, si entier, si jovial, parfaitement inimitable des Africains, qui faisait mon bonheur lorsque je vivais au Congo. Un rire plein de joie et communicatif ! Nous rions tous les trois.

– Nous, on est nés ici, » indique l’un des deux hommes. Puis il tire son chapeau et m’octroie un salut tout à fait théâtral. Nous nous serrons la main, et les deux amis continuent leur promenade pendant que je prends le chemin inverse.

– Ils sont drôles !

Surpris, je regarde l’homme qui vient de s’exprimer. Un jeune (vingt-cinq ans trente ans ?), en chemisette, une canette de boisson à la main, Coca-cola ou autre chose, je ne sais pas. Et nous voilà partis tous les deux. Quand je lui demande s’il habite Paris, il me répond:

– Non. Je suis Algérien. Une partie de ma famille habite en Algérie, comme moi, une autre en France. Je viens souvent la voir. » Il se tait puis ajoute « En général je vais à Lyon. »

Alors il part dans un long monologue. Nous ne nous connaissons pas, pourtant il me dit tout sur sa famille, ou presque. Il parle avec déférence de son grand-père, Algérien bien sûr, qui, après la deuxième guerre mondiale, a combattu au Vietnam aux côtés de l’armée française. Revenu gravement blessé aux deux jambes, il s’est retrouvé sans rien, vivant très pauvrement, sans être reconnu pour son courage.

– Et puis un jour, sourit mon interlocuteur, il a reçu la Légion d’Honneur. Une vraie joie.

Il est très fier de m’annoncer cela. Je lui réponds qu’il a raison.

Encore dix ou vingt mètres et nous arrivons devant les marches qu’il faut emprunter pour remonter sur les quais d’en-haut.

– Monsieur, me dit-il, je m’appelle Salah (Droit, loyal). Et vous?
– Moi, c’est Jean-Michel.

Il me sourit, me tend la main. Nous nous quittons, sans doute pour ne plus nous revoir. Pourtant, de ces deux rencontres inattendues, lui et les Africains, je conserve un souvenir joyeux. Peut-être rirez-vous, mais c’est cela la vie à laquelle nous sommes invités. De l’écoute, du respect mutuel, un partage simple sur les choses simples de la vie, un moment de bonheur tranquille que je voulais partager avec vous, lecteurs du blog !

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Pour voir l’ensemble des photos prises durant cette promenade nocturne le long de la Seine, cliquer sur PARIS LA NUIT (bords de Seine)

Texte et Photos © JMTouche

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Une Réponse

  1. Merci beaucoup Jean-Michel de ce beau regard de foi en l’homme, et du reportage photographique qui accompagne ce partage fraternel.

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