AUGUSTIN OU LE MAÎTRE EST LÀ


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En 2014, les Editions du Cerf ont publié un ouvrage présenté comme « Le livre de chevet du Pape François ». De son auteur, Joseph Malègue, on disait dans les années 1930 qu’il était le « Proust catholique ». Le Pape François, de son côté, l’a qualifié de romancier des « classes moyennes de la sainteté. » Qu’est-ce que cela signifiait ? Intrigué par ce que l’on disait de lui, j’ai voulu lire ce livre. Un grand roman, aux deux sens du terme. Par la taille tout d’abord : un livre « énorme ! », 829 pages. Mais surtout grand par le contenu. Durant ces 829 pages, le lecteur est invité à suivre Augustin Méridier, enfant de l’Auvergne, depuis ses toutes premières années où l’on découvre sa famille, jusqu’à… mais n’en disons pas davantage sur son histoire qui se déroule entre la fin du XIXème siècle et l’après première guerre mondiale. DSC_0015-p_modifié-1 Un style très dense, des descriptions qui donnent l’impression de se trouver soi-même en situation et de poser nos propres yeux sur ce que dépeint l’auteur, une lenteur devenue rare dans les années où nous vivons, où tout doit aller vite, de plus en plus vite, une connaissance intellectuelle immense qui peut dérouter, avec l’utilisation de mots qui ne figurent pas dans le vocabulaire du quotidien, une pensée profonde qui ouvre de larges champs de réflexion.

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Pour le lire complètement, il faut un double effort : le premier pour ne pas s’arrêter dès les premières pages, dérouté par l’épaisseur de l’écriture (qui est au demeurant d’une rare beauté et qui peut faire penser, en effet, à du Proust) ; le second pour ne pas le lire comme une simple histoire, mais plutôt pour s’interroger sur Augustin ainsi que sur soi-même. Nous pouvons tous connaître le même déchirement de l’espérance, la foi n’étant pas une pensée que l’on consomme ou un rêve dans lequel on se laisse aller, mais un vivier que l’on enrichit par des étincelles de doute et des moments de remise en question permettant de dépasser le simple quotidien et d’aller plus loin.

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                                                                                                      Voir également l’article de José Fontaine :
JOSEPH MALEGUE, AUTEUR DE « AUGUSTIN OU LE MAÎTRE EST LÀ »

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Si certains lecteurs du blog ont lu ce roman, je serais heureux de savoir ce qu’ils en ont ressenti.

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7 Réponses

  1. Je voudrais féliciter les lecteurs de ce blog et son auteur qui ont bien saisi l’importance capitale de quelqu’un comme Malègue.

    Désireux à la veille de ma mise à la retraite (en juin 2011) de refaire vivre Malègue, j’ai commencé par écrire (sous le pseudo de Tonval) dans Wikipédia, l’article sur « Augustin ou Le Maître est là » qui a obtenu le label « Article de qualité » au début de l’année 2013.

    La suite de ce commentaire est présentée sous forme d’un article intitulé : JOSEPH MALEGUE, AUTEUR DE « AUGUSTIN OU LE MAÎTRE EST LA »
    Le lien se trouve à la fin de l’article ci-dessus.

  2. On trouve un article intéressant dans la dernière livraison de la Nouvelle Revue Théologique (NRT Janvier-mars 2015, T137 n°1, p.106-119) : « Augustin de Joseph Malègue et la pensée de Maurice Blondel » de Geneviève MOSSERAY. La lecture me semble accessible, même si l’on n’est pas philosophe. Et l’on trouve, détaillé, le contexte culturel du roman, évoqué par un correspondant avant ce message-ci. Le fond demeure actuel, de manière invisible mais très prégnante.

  3. Je viens de finir ce livre « énorme » à la musique si particulière. Je souscris à l’analyse d’ores et déjà faite et qui me parait très juste.

    Quelques points mais sans trop déflorer l’ histoire pour ceux qui voudront le lire:

    Il est sûr qu’il s’agit d’une œuvre littéraire avec sa musicalité propre et tant qu’on ne l’a pas découverte, on bute beaucoup. J’ai bien cru refermer définitivement le livre au bout de cent pages. Par bonheur, la page 120 contient une description de la Passion vu par Pascal dans les yeux d’Augustin qui m’a renversé et fait adhérer au livre.

    Il n’en reste pas moins vrai que le souci du détail qui doit faire écho aux sentiments d’Augustin rend les descriptions parfois longues même si le plaisir esthétique ne s’épuise pas.

    Pour comprendre Augustin et ses doutes il me semble important de bien dater les évènements. Nous sommes à cheval entre la fin du XIX et le début du XX siècle. La crise moderniste s’achève en laissant des séquelles ( en 1864, le syllabus de Pie IX considère comme une erreur la déclaration suivante »Le Pontife Romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne »).
    Alors que l’exégèse protestante se déploie l’exégèse catholique balbutiante fait face à de nombreux obstacles. La méthode historico-critique très décrié à l’époque est aujourd’hui considérée comme l’un des piliers de l’exégèse. On comprend que la recherche personnelle d’Augustin puisse se retrouver rapidement en butte avec une église plutôt sur la défensive. On mesure ici l’apport de Vatican II et la pensée de Benoit XVI sur le lien entre savoir et foi.

    Reste que la situation que rencontre Augustin à l’aube du XX siècle est toujours d’actualité même si les points de discussions se posent ailleurs. Malègue dans la bouche d’Augustin les résument de la façon suivante: « Tout tourne en bien aux Elus, même les obscurités car ils les honorent à cause des clartés divines. Tout tourne en mal pour les autres jusqu’aux clartés, car ils blasphèment à cause des obscurités qu’ils entendent pas » .

    Sur l’expression de la foi, j’ai quelques réserves sur le dolorisme qui émerge dans certaines parties des derniers chapitres même si d’un point de vue littéraire il y a là des pages à couper le souffle.

    Bonne lecture

    Bertrand de Foucaud

  4. je vais le lire !
    Mifa

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