LE TABLEAU ET L’ENFANT


.

LE TABLEAU ET L’ENFANT

 ( Conte de Noël )

Copyright  2012 JMT

          Quelle surprise, un matin de décembre, pour les premiers passants qui traversèrent le Passy Plazza ! Un grand tableau les attendait, posé à même le sol et appuyé contre la rampe de l’escalator. Une toile très sombre, couverte de poussière, signe qu’elle avait dû traîner de nombreuses années dans un grenier mal isolé.

C’est une femme qui, la première, se pencha et tenta de retirer la poussière à l’aide d’un mouchoir. Rien n’y fit. La poussière s’était étroitement mélangée à la peinture et refusait tout nettoyage. La dame se pencha davantage et regarda la toile avec attention.

– C’est quoi, Madame ? interrogea un jeune homme, surpris lui aussi par la présence du tableau.

– Je l’ignore, répondit la dame qui se mit à genoux et chaussa ses lunettes. C’est curieux, on dirait… Ah ! C’est trop sombre ! Voyez vous-même.

Le jeune homme à son tour s’approcha, tourna la tête, à droite puis à gauche et, malgré ses efforts, dut renoncer. « C’est dommage ! Elle est abîmée, cette toile, mais de bonne facture. Sait-on à qui elle appartient ? »

Copyright  2012 JMT

Personne, hélas, n’en avait la moindre idée. Toile dérobée ? Bien national restitué par un voleur repentant ? On pouvait tout supposer.

Un expert, dont on manda l’avis, se refusa à toute supposition. « Ce tableau, finit-il par déclarer après l’avoir examiné sur place durant pas loin d’une heure, doit être l’œuvre d’un peintre de génie. »

– En êtes-vous certain ? fit en riant un curieux qui s’affirmait bon connaisseur. Cette toile est aveugle, Monsieur, elle ne dit rien. Excès de marrons, de gris et de bleu nuit. Vous y reconnaissez quelque chose, vous ?

Près du tableau s’était formé un attroupement de clients qui discutaient entre eux, les bras chargés de cadeaux. « Si ça ne tenait qu’à moi, vous verriez ! » brava l’un d’eux, sans préciser la suite de sa pensée. « Je suis comme vous », rétorqua un autre brave en forçant des épaules d’un air menaçant.

Un enfant, plus fin aux deux sens du terme, se faufila derrière le tableau, juste pour voir. « C’est étrange, dit-il, on dirait que ça remue dans la toile. »

On se gaussa ! « Quel enfant ! A quoi s’amuse-t-il ? Allez, gamin, file ! »

Et l’enfant s’en alla, bouche close, paupières tristes, malheureux d’être ainsi fustigé.

Il en est un cependant qui prêta attention à la remarque de l’enfant. Se baissant plus qu’il ne l’avait fait jusque-là, l’expert, un homme à vrai dire sans âge, examina lui aussi l’envers de la toile, et demeura longtemps immobile, plongé aurait-on dit dans une méditation soudaine. Quand il se releva, son visage paraissait intrigué.

– Alors ? lui demanda-t-on.

– Peut-être a-t-il raison, répondit l’expert en s’en allant, sans préciser ce qu’il entendait par là, se contentant de désigner du doigt le revers du tableau qui était aussi blanc et lisse que l’endroit était sombre et foncé.

Copyright  2012 JMT

C’était le 24 du mois de décembre. Notez bien. Ah, les cadeaux ! Ah, les ripailles ! Tout le monde soudain se sentit appelé par le cours de la vie, et chacun s’échappa afin de rapidement regagner son logis.

° ° °

C’est dans la nuit que se produisit le phénomène étrange qui par la suite en étonna plus d’un !

Copyright  2012 JMTL’enfant, celui que les adultes avaient vilipendé, s’en retourna de nuit auprès de ce tableau qui l’avait tant troublé. Parvenant à s’introduire dans le Passy-Plazza, une faible lueur lui permit d’arriver jusqu’à l’étrange toile. A demi-rassuré, il s’approcha sans bruit. Et ce qu’il vit, vous ne pourrez le croire. Lui-même dut s’asseoir tant le spectacle était inattendu.

Sur l’envers de la toile avançait à présent une foule immense. Elle chantait et marchait jusqu’auprès d’une femme qui tenait dans ses bras un petit nouveau-né. Des anges dans la nuit sonnaient de la trompette. Il se produisit alors quelque chose que personne, jamais, n’avait eu l’occasion de voir. Une ombre de la toile s’adressa à l’enfant. Mais oui, c’est vrai ! Un conte ne ment jamais ! « Il manque un ange pour sonner de l’olifant. Tu viens ? »

.

.

 

          Et l’enfant pénétra dans la toile sous le regard heureux du nouveau-né.

Copyright  2012 JMT

Juste à côté du tableau figurait un petit écriteau de bois, encore plein de sa sève, sur lequel une main inconnue avait écrit ceci :

.

« Lorsque vos yeux cherchent en vain, appelez votre cœur. »

.

Texte et photos © Jean-Michel Touche

.

.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :