Maraude du 2 avril 2014


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L’équipe : Florence, Micheline et Jean-Michel.

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Départ de la place Possoz en direction de la cabine de Marc, avenue Raymond Poincaré. Pas de Marc en vue, mais une abondance de duvets, sacs et autres affaires appartenant à notre ami. Inquiétude à son sujet, puisque voilà plusieurs semaines qu’il semble avoir délaissé sa résidence. Un peu plus tard dans la soirée nous aurons de ses nouvelles.

Avenue Victor Hugo, sur le trottoir opposé à celui de leur cantonnement habituel, Raymond, avec Etienne et Pierre, ses neveux, ont commencé de dîner. Si les neveux sont peu loquaces, Raymond par contre parle abondamment. Il s’apprête à rentrer en Roumaine pour six mois, heureux par avance de retrouver sa famille. Julia, son épouse, partie avant lui, ne devrait pas revenir à Paris. Elle consacrera désormais l’essentiel de son temps à s’occuper de ses enfants de 10 et 5 (ou 7 ?) ans.

Nos amis font bon accueil à tout ce que nous leur proposons, de même que Djamel, un jeune Algérien d’une vingtaine d’années, jamais rencontré jusque-là, qui passe en faisant la manche et reste pour avaler avec appétit (il n’a pas déjeuné) soupe, œufs durs, salade de pommes de terre qu’il apprécie particulièrement de même que les mandarines et tout ce qui sort des sacs heureusement bien remplis au départ.

Djamel, qui fait souvent la manche rue de la Pompe, a des frères en région parisienne, mais ils ne se voient pas entre eux. Ressentiment évident de la part de Djamel qui espère bien recevoir à l’avenir la visite de nos équipes de maraude le mercredi soir. Une fois rassasié, il nous remercie avec un grand sourire et s’en va.

 

Plus loin, toujours avenue Victor Hugo, Raymond et Julia s’installent pour la soirée. Contrairement à ce que nous avions cru comprendre auparavant, ils gardent leurs affaires avec eux toute la journée, empilées dans de grosses valises sur lesquelles ils s’assoient pour faire la manche. Eux n’ont pas l’intention de revenir en Roumanie prochainement, laissant leurs deux enfants (Christian, 11 ans et Gabriella, 7 ans) à la garde de la mère de Raymond.

Ils demandent les photos prises avec Florence lors d’une maraude précédente, et que j’ai complétement oubliées… Déjà, les années passées, nos amis de la rue avaient montré à quel point les photos leur font plaisir. Promis, lors d’une prochaine maraude on les leur portera. (Voir en fin d’article la photo oubliée.)

 

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Marcus et Roman, à l’abri derrière des cartons à l’entrée de Nespresso, sont allongés mais se redressent pour nous souhaiter la bienvenue. Tous deux sont très souriants, comme l’étaient d’ailleurs les autres Roumains que nous venions de rencontrer.

Avenue Victor Hugo comme avenue Kléber la plupart des Roumains se connaissent ou même sont parents (Marcus est le frère de Raymond) et forment un clan. Si la vie dans la rue est difficile, ils demeurent souriants, soulignant que chez eux leur situation serait pire.

Marcus et Roman devraient retourner à Craïova, ville universitaire à 250 km de Bucarest, pour Pâques. Ils feront le trajet en bus ou « micro bus ». Trente heures de voyage avec départ la nuit où les routes sont plus tranquilles. Un seul chauffeur par bus, qui s’arrête pour dormir quelques heures avant de repartir. D’après Marcus, il y a beaucoup d’accidents et de morts dus à la fatigue des chauffeurs !

Plusieurs rues plus loin, près d’une petite gare SNCF, Alan dort sur la bouche de chaleur, d’un sommeil profond et agité. Il ne paraît pas en très bon état. Sans le réveiller nous déposons à côté de lui de quoi agrémenter son petit déjeuner du lendemain, et nous repartons. La Croix-Rouge, prévenue, passera le voir jeudi soir à 22h30.

 

Place …., François se lève en nous voyant. Il y a du vent dans les voiles. Et un sacré vent. C’est tout juste s’il ne tombe pas. Bien éméché lui aussi, Mital trône, grave et silencieux, sur un siège de bureau rouge qui donne à la scène un curieux aspect de film déjanté. Alexandre, chapeau sur la tête, revient de ses pensées lointaines, tandis qu’Arthur, allongé dans un sac de couchage à l’écart, nous tient des propos totalement incompréhensibles.

Seule nouvelle de la soirée, Marc a été hospitalisé en raison de sa jambe mal en point. François, qui entretient des relations amicales avec lui, précise que c’est une dame voisine de sa cabine qui a appelé les pompiers contre son gré, jugeant son état préoccupant. Voilà la raison de la longue absence de Marc.

 

Au moment de déposer Micheline chez elle, en fin de maraude, nous voyons Octave et Bernard, sur un banc, en grande conversation. Par chance nos sacs ne sont pas complètement vides. Celles et ceux qui ont participé dès le début aux maraudes se souviennent certainement d’Octave, ce jeune Roumain sympathique mas alcoolique invétéré, qui séjournait au bas d’un immeuble du 16ème en compagnie d’un ami (russe ? roumain ?) aujourd’hui décédé. Pour ceux qui ont lu « Bienvenue dehors ! », Octave est le « Grigore » du chapitre 9. Excepté sa coiffure, il a le même visage qu’il y a quatre ans, un peu plus gros peut-être

Quand on lui parle d’alcool et de sevrage, il éclate de rire, racontant comment son père, décédé à l’âge de 38 ans, lui a appris à boire quand il avait 7 ans en lui faisant avaler une bouteille de vodka ! Coma immédiat ! Incroyable, mais tout à fait cohérent avec ce qu’il nous avait déjà dit lorsque nous le rencontrions voici quatre ans.

Octave est un homme touchant, qui parle de lui avec un humour un peu noir, et qu’on aimerait particulièrement aider à se relever. Il nous a précisé avoir à présent 29 ans, ajoutant qu’il mourra dans 9 ans.

– Ah ? Et pourquoi ça ?

– Parce que ça sera comme son père, à 38 ans.

Quand on lui a répondu que sa vie n’est pas inscrite dans celle de son père, il s’est mis à rire, de son rire à la fois moqueur et malheureux.

La maraude se termine. Nous disons au-revoir à Octave et Bernard et les quittons, sans tristesse cependant. Peut-être parce que dans le regard d’Octave subsiste comme un regain d’espoir ?

 

Remarque : tous les noms ont été modifiés

 

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Raymond et Julia, la photo oubliée…

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Photo © Jean-Michel Touche

3 Réponses

  1. Bravo Jean-Michel de savoir ainsi donner de ton temps, du réconfort et de l’espoir.
    Je ne m’en sens absolument pas capable et me contente de donner des chèques (sans chaleur) à diverses œuvres humanitaires.
    Tu n’as pas changé depuis St Martin … veinard !
    Amitiés = Maurice

  2. je suis en admiration pour ceux qui aident les sdf!

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