Charles de Gaulle Etoile – Chapitre 8… et fin du Conte !


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– VIII –

 

La naissance de l’enfant

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Marianne souffre à présent et le dénouement approche.

Les pas maladroits de Ferdinand-Georges résonnent dans le couloir désert. Au milieu du quai, debout, Wenceslaz joue un air mélancolique. Ses grands cheveux blonds lui masquent le visage. Près de lui, juché sur l’étui du violon, Thétis Khan suit la mélodie en remuant la tête par saccades.

Marianne serre très fort les mains de Jean-Joseph qui sourit pauvrement et la regarde avec tendresse. Elle pousse un petit cri puis ferme les yeux, recroquevillée sur la pensée que l’enfant allait venir, là, n’importe comment, dans une station de métro. Pour la première fois Marianne perd pied. Non qu’elle doute de Jean-Joseph mais, vraiment, la tâche est trop difficile. Elle se met à pleurer doucement dans les bras du jeune homme.

C’est à ce moment-là précisément que l’agitation gagne la station. Tandis que Jean-Joseph, adossé au mur, le regard malheureux, caresse les cheveux de sa Marie-Marianne secouée par des sanglots muets, le chef d’orchestre apparaît à la tête d’une équipe de serveurs chargés de plats et de couverts. Trois pompiers arrivent ensuite, armés d’une civière et du matériel de premier secours, prêts à intervenir.

Sur le quai opposé, les yeux fermés et l’esprit perdu dans un monde connu de lui seul, Wenceslaz laisse ses doigts courir sur son violon pendant que Thétis Khan, ravi du tour que prennent les événements, virevolte dans la station, le plumage paré des plus beaux coloris.

Plus loin, dans le coin dont il s’est fait son repère, Ferdinand-Georges bombe le torse et ne se sent plus d’avoir été utile à quelque chose.

– Ça va aller, ma petite dame, ne craignez rien.

Le sergent des pompiers regarde la future maman en souriant. Une bonne trentaine d’année, un visage sympathique, mais par-dessus tout, l’impression qu’il sait ce qu’il doit faire et que tout se passera bien.

– C’est pas tous les jours qu’on fait un accouchement, mais croyez-moi on est formés pour tout. Allez, maintenant il faut que vous m’aidiez un peu, ma petite dame. Parce que finalement le plus gros du travail c’est tout de même à vous de le faire. Et puis vous pourrez dire plus tard que votre enfant n’est pas arrivé comme tout le monde. Je vais finir par croire que vous avez de la chance.

– Et nous aussi, ajoute-t-il à l’intention d’un jeune sapeur qui, médusé, accroupi près du sergent, contemple la scène.

Le braillement du bébé interrompt net le violon de Wenceslaz. Mais pas pour longtemps. Le musicien entame un nouvel air et joue comme jamais auparavant. Le chef d’orchestre sent l’émotion l’envahir devant la puissance et la beauté de cette musique où l’on devine tout à la fois la gloire de l’enfant nouveau-né, les étendues immenses de la steppe, la profondeur des nuits étoilées, le parfum de la rose dans la brise du matin et le chant d’une fontaine. C’est la vie que l’on découvre dans cette musique jaillissante et merveilleuse. Et c’est un peu soi-même.

Les doigts de Wenceslaz courent sur les cordes comme ils ne l’ont jamais fait, avec une agilité exceptionnelle, déliant les notes, les laissant exploser ou se faire câlines. Thétis Khan regarde l’enfant, le chef d’orchestre, l’enfant à nouveau. Et il pense très fort : “J’avais raison, Wenceslaz, et toi tu as eu raison de me croire.”

Wenceslaz devine la pensée de Thétis Khan. Sans s’interrompre il cherche l’oiseau  du regard et baisse les paupières par deux fois en signe d’intelligence.

Tout s’est passé très vite et le jeune pompier tient à présent le nouveau-né dans ses bras. Il contemple avec ravissement ce petit être innocent, tout fragile mais déjà tellement important.

Comme cela se produit parfois, le temps suspend son cours. Peut-être qu’il trouve ça tellement beau, le temps, qu’il veut en profiter un moment lui aussi. Chacun est tourné vers l’enfant, immobile et souriant, comme figé sur une photo. Seul Ferdinand-Georges s’agite dans son coin. Il passe ses doigts dans sa tignasse et ne cesse de répéter “Je suis émotionné, je suis émotionné.” Tandis qu’il essaye de s’approcher pour voir l’enfant, le sergent le rabroue sévèrement et lui lance “Fiche-moi le camp, tu sens mauvais, tu vas déranger.”

– Monsieur, l’appelle Marianne, je vous en prie, laissez-le voir mon petit, lui aussi.

Le jeune pompier se retourne, écarte délicatement la couverture et se baisse vers Ferdinand-Georges. Le nourrisson, dont le visage commence de se défriper, semble regarder le clochard et sa bouche endormie dessine comme un sourire.

Alors le vieil ivrogne, ému, émerveillé, extasié, tombe les deux genoux à terre et murmure quelques mots. Doucement. Si doucement que seule la jeune mère les entend.

– Oh, doux Jésus !

Ce murmure est resté gravé à jamais dans l’âme de Marianne, tel un amour mystérieux et lointain dont Ferdinand-Georges aurait été le messager inattendu. Il est également resté gravé quelque part sur un mur de la station. Quelqu’un m’assuré l’avoir vu, sans toutefois pouvoir me préciser exactement l’endroit. Peut-être le trouverez-vous si vous le cherchez bien ? Il n’apparaît qu’un seul jour par an, m’a-t-on prévenu. Le jour de Noël !

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A vous qui avez suivi… voire accompagné les personnages de ce conte, l’auteur souhaite un   » Joyeux Noël ! ! ! « ,  plein d’espérance, de confiance et de joie, pour vous, pour ceux que vous aimez et aussi pour les autres…

… car Il est venu pour tous, cet enfant !

Joie dans tous les regards autour de vous, à Charles de Gaulle Etoile et partout ailleurs.

Et qu’en vos cœurs résonne la phrase de Ferdinand-Georges : « Oh, doux Jésus ! »

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——-  Téléchargement gratuit (Version illustrée)  —–

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Charles de Gaulle Etoile - icone

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Ecrit en 1999

 © Jean-Michel Touche

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 Pour retrouver les autres chapitres :

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

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