VOIR PAR UNE AUTRE LUCARNE


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Voici une prière adressée par une détenue à ses codétenues de la maison d’arrêt de Versailles avant de partir purger le reste de sa peine en centrale. Restée durant plus de 6 ans à Versailles, elle vient d’être condamnée, je crois, à  17 ans. Nous n’en saurons pas la raison, ce n’est d’ailleurs pas l’objet de cet article.

C’est grâce à son ancienne aumônière, que j’ai bien connue, que ce texte m’est parvenu avec l’autorisation de le publier sur le blog. Un texte d’acceptation et de rédemption.

« Il faut croire en soi » est un regard sur l’essentiel, posé par une personne dont il y a peu de chances, sauf clin d’œil du hasard, qu’un jour nos chemins se croisent.

Parce qu’ils ne s’adressent pas à nous, ces mots nous ouvrent la lucarne de quelqu’un dont le parcours nous est inconnu, lucarne à travers laquelle nous pouvons voir autre chose que notre quotidien.

La dernière phrase, dite deux fois, est chargée de sens.

C’est fou, en effet, ce que nous pouvons faire « sans le savoir. »

Pour illustrer ce message, j’ai choisi une photo qui m’a semblé porter à la fois lucidité, acceptation et espoir, donnant foi dans la lumière que chacun porte en soi sans toujours le savoir.

Voici donc ce texte.

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IL FAUT CROIRE EN SOI

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Ma prière ? Aujourd’hui, je la dédie à toutes les âmes en peine qui errent dans cette prison.

Il y a longtemps que je suis ici, avant même les deux Anne. Pas l’animal, les 2 aumônières qui guident le troupeau d’égarées que nous sommes. En ce temps là, c’était la dynamique et fanfaronne Marie-Françoise qui nous faisait chanter… sans menace, avec nos cordes vocales. Personne ne la connaît ! Oui, c’est bien ce que je dis, je suis arrivée, il y a très longtemps !

Je crois en Dieu même si je ne le chante pas régulièrement. J’embrasse sa foi de bienfaisance qui fait avancer mes pas. Mais surtout, je veux croire en moi et en ma force. Hélas, comment faire quand tant de déshéritées autour de moi me disent : « Je ne crois pas assez en moi ! »

C’est pourquoi, cette prière est pour vous, détenues de la MAF, à nous qui pensons avoir si peu à donner.

Je suis arrivée sans bagages, avec peu d’argent mais un lourd fardeau. Trop lourd bien souvent !

Je me suis fait psychanalyser généreusement, pour finalement être aimée de la majorité, la plus intéressante.

Elles sont devenues mes « copines de galère », comme je les appelle.

J’ai même réussi à m’en faire des amies. Comme quoi les gens sont fous !

Fou de croire qu’il ne faut pas y croire ! Car avoir foi en soi, c’est croire en ce que Dieu a mis de meilleur en chacun de nous.

Croire en Dieu, ça c’est acquis ! Croire en notre avocat, ça n’est pas gagné ! Estimer nos forces, nos ressources, c’est le plus dur !

Et pourtant chacun laisse son empreinte : soit un C.R.I. (Compte Rendu d’Incident), soit dans un cœur.

Chacun marque sa place : en grande modestie ou en rebelle accomplie.

Mais quoi qu’il arrive, toutes nous sommes à la même enseigne : « Seuls les murs restent !»

 

C’est pourquoi, on ne doit pas perdre espoir et, tant qu’à faire, laisser ici nos désespoirs.

Ancienne je suis, alors c’est normal que je parte. Non, non pitié ne cherchez pas à me retenir, ma décision est irrévocable ! Je change de bergerie. Les donjons du château de Versailles ne sont plus assez grands pour moi.

Alors je pars. Je vous laisse ma trace : un sillage, pour certaine, qui m’auront à peine vue. Peut-être un peu de rire pour avoir écouté ma prière d’aujourd’hui.

Pour d’autres, je laisse dans leur mémoire une marque au fer rouge : des bons souvenirs et des rires. Celles-ci auront peut-être de la peine ? Enfin, je l’espère !

Moi, je n’emmène pas de peine ! C’est trop lourd la peine ! Et puis ça fait mal ! Et puis, ça n’en vaut pas la peine !

Par contre, j’aurais aimé emmener quelques unes avec moi pour continuer de rigoler ailleurs.

Mais mes amies de galère sont volumineuses d’avoir un cœur trop grand et je n’ai pas la place dans mes valises !

Alors, j’emmène leurs souvenirs, beaucoup de bons, parce que les mauvais, je les ai oubliés.

J’emmène aussi la peluche de l’une, des supers idées de l’autre, un tee-shirt, une paire de chaussures, les rêves ou le secret d’une autre encore, l’euphorie d’une plus allumée que moi.

Je suis arrivée ici, il y a bien longtemps ! Sans bagages et avec peu d’argent. J’avais un lourd fardeau qui s’est allégé.

Je pars riche maintenant ! Riche de certaines d’entre vous, riche d’une force qu’elles m’ont donnée. Ces mêmes qui pensaient : « Je ne crois pas assez en moi ! ». Je pars avec vos sourires, vos larmes, vos rêves et vos promesses.

Je suis arrivée menottes aux poings et le sourire perdu. Je suis arrivée sans rien, JE PARS AVEC BEAUCOUP.

Il faut croire en nous, car par notre simple présence, on peut changer des larmes en sourire, parfois sans le savoir…

… Il faut croire en nous, car par notre simple présence, on peut changer des larmes en sourire, parfois sans le savoir.

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Texte de C…

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Photo © Jean-Michel Touche

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