Maraude du 9 février 2012


Toute petite maraude, durant laquelle nous ne rencontrerons pas nos amis habituels qui ont dû se mettre à l’abri par ces temps de grand froid.

Stéphane prend tour à tour Jean-Michel, Paul  et Annie au pied de leurs immeubles, et la maraude se met en route.

Personne devant Inno, personne place Marcellin Champagnat. Aussi allons-nous immédiatement rue de la Pompe où  Pieter, notre ami Tchèque, s’installe d’ordinaire pour passer la nuit.

Il s’y trouve, en effet, assis sur une bouche de chaleur, adossé à son énorme sac à dos bleu, la tête enfouie sous un épais bonnet de laine d’où émerge son visage orné d’une barbe pour sculpteur, à la fois imposante et bouclée, couleur poivre et sel (mais encore beaucoup de poivre.)

Il a le sourire facile, Pieter, et ce soir  il ne s’en prive pas. Il faut dire que la température n’est pas aussi rude que les jours précédents, et que la bouche de chaleur sur laquelle il a pris place lui tient lieu de radiateur. Après nous avoir tendu la main, Pieter nous traite en riant de catholiques, se déclarant « athéiste », puis embraye sur les  « 14.000 » kilomètres qu’il assure avoir parcourus à pied, citant les villes qu’il a traversées et qui l’ont impressionné (La Rochelle et Colmar, notamment). Mais c’est Richelieu qui paraît l’avoir marqué plus que toute autre cité. La ville du Cardinal, ministre des finances, précise-t-il, pour lequel il a une grande estime.

Pour une fois, ce soir, nous nous comprenons plutôt bien. L’œil malicieux, Pieter nous explique qu’il n’a pas pris autant de bières que d’habitude, ceci expliquant sans doute cela ! De tout ce que nous lui proposons, il accepte seulement les œufs durs qu’il appelle « Coco ».

La nuit de demain à Notre-Dame de Grâce ? Non, non ! Pas question. Il ne s’y rendra pas. Sa liberté, peut-on comprendre, c’est la rue.

Une photo souvenir avant de partir. Puis, bonne nuit, Peter. Nous continuons notre tournée après lui avoir rappelé que, s’il change d’avis, il sera le bienvenu demain soir à Notre-Dame de Grâce.

A présent, cap sur l’avenue Paul Doumer. Nous ne tardons pas à apercevoir Maria-Fernanda, assise devant la vitrine de Tabar de Téhéran, qui donne l’impression d’être frigorifiée malgré les vêtements dans lesquels elle est emmitouflée. A peine avons-nous sorti les livres préparés à son intention et nos sacs de provisions, qu’une jeune femme s’arrête avec son chien, nous regarde avec curiosité, et se tourne vers Maria-Fernanda.

– Tout ce monde pour vous rendre visite ? s’étonne-t-elle  avec un large sourire.

– Oui, répond Maria-Fernanda. D’ailleurs (et là, elle se tourne vers nous), s’il vous plaît, proposez vos provisions à cette dame.

Et voilà que nous faisons salon ! La conversation s’engage, nous apprenons que cette jeune femme (qui accepte une tasse de thé, bien sûr sans sucre) héberge de temps en temps Maria-Fernanda qui lui fait du repassage. De toute évidence, il existe entre elles une certaine connivence.

Pendant que nous parlons, Toast fait le fier. Toast, c’est le chien, (un Cairn Terrier ?) qui va de l’un à l’autre, prend la pose, dressé sur ses pattes arrière, apparemment très intéressé par le contenu de nos sacs. Nous restons un grand moment à bavarder, puis Stéphane téléphone à Marie (qui se faisait du mauvais sang, se demandant où était passée notre amie de Tabar de Téhéran).

Ensuite, en compagnie d’Annie, il accompagne Maria-Fernanda chez Marie où elle va passer la nuit.

Nouvelle destination : place d’Iéna. Là, c’est certainement à la vodka que nos amis polonais ont cherché à se réchauffer. Le désordre  des lieux tangente le niveau  9 sur une échelle qui doit en compter 10 , et les yeux des uns et des autres sont perdus  dans un nirvana lointain qui  laisse peu de place à la conversation. Peu gourmands pour une fois, ils ne dévalisent pas nos sacs. Seul Adam, isolé, loin des autres, prend volontiers de la soupe, comme à son habitude, des œufs (il accepterait un volailler entier) et des fruits.

Le groupe de gauche  tente de discuter, mais Pollek, Martin, un autre Polonais dont le nom m’échappe, et un jeune Français explorent les vignes du Seigneur, ce qui ne facilite pas les échanges. Martin, cependant, nous montre sur un appareil de photo des vues qu’il affirme avoir prises « dans votre église ». Il s’agit d’une croix et d’un portrait de Jean-Paul II.

Etape suivante : terre-plein entre la chaussée et la contre-allée de l’avenue Kléber où sont dressées deux tentes, style Médecins du Monde. Assise à l’entrée de la première, se tient  Maria, une femme que nous n’avions encore jamais vue. On dirait qu’elle monte la garde. Elle prend et range précautionneusement derrière elle tout ce que nous lui proposons. La seconde tente est fermée. Nous appelons mais personne ne répond.

Pas d’autre groupe avenue Kléber.

L’avenue Victor Hugo est déserte, à l’exception de David qui dort toujours du sommeil du juste devant Gérard Darel, et à côté duquel nous laissons de quoi lui permettre de se restaurer quand il se réveillera, demain.

Personne devant la banque, pas de Philippe sur le banc (mais cela fait longtemps que personne ne l’a plus vu) ni de locataire devant Pietaterre.

Place Victor Hugo, surprise : plus de tente, Damien et Jean-Yves ont déménagé. Dommage ou tant mieux ? Ignorant où ils sont allés, nous restons sur la question. En tout cas, nous ne pourrons pas échanger ce soir sur 1 Corinthien 13 !

En achevant la maraude, nous nous disons qu’il y aura sans doute bien peu de monde à Notre-Dame de Grâce, dans la nuit de vendredi à samedi, car nous n’avons pas pu proposer l’accueil à un grand nombre de nos  amis habituels. Il reste dans nos sacs des vivres que nous n’avons pas pu distribuer, et des chandails qui trouveront peut-être preneurs au cours de la nuit d’accueil ?

Il n’est que 22h30 lorsque s’achève notre tournée. Comme l’avait écrit Isabelle, la semaine dernière, seuls les irréductibles sont restés dehors. Les autres ont dû accepter les propositions d’hébergement du 115 et des autres maraudes.

 

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