LE BON SAMARITAIN ET L’EMPLOI


Témoignage sur une forme d’engagement

(Association VISEMPLOI)

J’ai choisi de témoigner plutôt sur le sens, le pourquoi, de notre engagement et non pas sur notre fonctionnement dont je pourrai parler une autre fois.  Car il me semble que, pour nous chrétiens, se poser régulièrement la question du sens de son engagement envers les autres et y répondre constitue le moyen  le plus sûr pour ne pas glisser au fil du temps vers une  fonctionnarisation  et une banalisation de notre action caritative.

Le « Pourquoi » est aussi important que le « Comment ».

Je précise simplement que VISEMPLOI est une association de bénévoles (loi 1901), non confessionnelle mais d’inspiration chrétienne, dont la vocation est l’accompagnement ( parrainage) des chercheurs d’emploi, quelle que soit leur situation.

Nous nous sommes engagés pour soutenir et accompagner les demandeurs d’emploi ; Pourquoi ?

1/ D’abord, pour répondre à l’appel lancinant  des Ecritures : « Qu’as-tu fait de ton frère ? » Tout chrétien doit se poser cette question, et essayer  d’y répondre.  A la base de l’action de notre association, c’est bien la même exigence que nous formulons sous la forme  : « Que fais-tu pour ton frère sans emploi ? »

2/ Ensuite, pour suivre le message de l’évangile en adaptant les formes de la charité à notre temps. Ainsi, la phrase de l’évangile : « J’avais faim et tu m’as donné à manger » pourrait être entendue aujourd’hui sous cette forme : « Je n’avais pas de travail et tu m’en as donné un, ou tu m’as aidé à en trouver un ». Le message universel de l’Evangile demeure ; les formes de la charité s’adaptent.

Je voudrais développer ce point et citer en premier un grand précurseur, Frédéric Ozanam.

Frédéric Ozanam, à la fois continuateur et novateur dans la lutte contre la pauvreté, écrivait en 1836 ( 12 ans avant le Manifeste du parti communiste de Karl Marx !!) «  La question ( aujourd’hui), c’est la question sociale : qui, de l’esprit d’égoïsme ou de l’esprit de sacrifice, va remporter la victoire et que sera la société future : une vaste exploitation des faibles au profit des plus forts, ou un service pour le bien commun de tous et la protection des plus faibles » (1)

Or, le plus faible, l’exclu, aujourd’hui, c’est souvent le chômeur. Nous observons autour de nous que cette exclusion, pour un père de famille par ex., est un drame car elle  touche la famille entière.  Nous savons aussi qu’un travail, c’est plus qu’un travail rémunérateur, c’est un facteur fort de l’équilibre de la personne. Nous croyons qu’accompagner le chercheur d’emploi pour qu’il retrouve sa place économique, c’est faire œuvre du Bon Samaritain ( je remarque en effet que ce Bon Samaritain fait un acte d’accompagnement dans la durée puisqu’il revient à l’hôtel où il a déposé le blessé).Accueillir l’autre en difficulté, c’est certes lui donner une place affective mais aussi effective, c’est à dire dans toutes les dimensions de sa personne, y compris sociale et  économique.

J’ai cité l’évangile du Bon Samaritain et Frédéric Ozanam, mais, plus proche de nous, le magistère de Benoît XVI est aussi exigeant. Je le cite dans sa lettre encyclique « Caritas in veritate » ch 32:

« La dignité de la personne…demande…que l’on continue à se donner comme objectif prioritaire l’accès au travail, ou son maintien, pour tous »

Mais les non-chrétiens— il y en a  dans notre association—ressentent également cette force intérieure, ce besoin d’altruisme, cet engagement envers la personne sans emploi, au nom de cette valeur qu’ils nomment « Solidarité »

Mais qu’est-ce que la solidarité ? Benoît XVI, encore, dans la même encyclique, apporte une réponse que nous pouvons méditer dans nos sociétés fortement « étatisées » : « La solidarité signifie avant tout se sentir tous responsables de tous. Elle ne peut donc être déléguée seulement à l’Etat »

3/ Enfin, et je termine par cette réflexion,  parce que la personne elle-même nous apparaît plus importante et première par rapport au problème qu’elle rencontre. C’est parce que la personne, dans laquelle je vois le Christ, est digne du même amour que je LUI porte que mon aide prend tout son sens. Dès lors,  le vrai don que je lui ferai sera marqué par l’écoute, l’attention, la compassion, l’empathie, le dialogue, la confiance, le respect, la persévérance, la présence dans la durée,  … préalables à l’aide purement technique et professionnelle, qui demeure certes nécessaire. Alors, mon action a un sens car j’y exerce ma vocation de chrétien : être le porteur et le missionnaire de la charité du Christ. Car l’arbre de la charité ne peut fleurir et croître s’il est coupé de  ses racines, c’est à dire de la parole du Christ.

Philippe de la Mettrie

Président de l’Association VISEMPLOI

(1) cité par le Cardinal Schönborn dans « Le défi du Christianisme » Cerf, 2003, page 92.

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