LA FLANCHE (3) Ô pub et tes ineffables promesses !


Doit-on obligatoirement se laisser prendre pour des imbéciles ?

En ouvrant une avalanche d’e-mails, voici quelques jours, je découvris ceci que je vous livre tel quel…

« Bonjour M. Touche. Envie de vous sentir belle et bien dans votre corps ? »

Wouahou ! me dis-je en filant à la hâte vers une glace afin de voir si mon look s’était féminisé sans que je m’en aperçusse. (Oui, j’ai toujours une faiblesse pour l’imparfait du subjonctif, avec ou sans glace.)

Une fois rassuré, je revins près de mon ordinateur car Il y avait une suite à ce captivant message. Grâce à l’assistance de la News Happy-Technologie, appris-je,  je n’avais qu’à me laisser guider pour recevoir toute l’assistance nécessaire dans le choix de mes accessoires de beauté (vous me direz que j’aurais pu interrompre ici la lecture, mais je pensais aux articles de « La Flanche », et cela m’incita à poursuivre.)

Peut-être ignoriez-vous les captivantes avancées que la technologie met à présent à notre disposition : l’indispensable sèche-cheveux bouclant, l’épilateur à lumière pulsée (jamais les photons n’auraient osé imaginer, même dans leurs rêves les plus fous, pareille utilisation de leur pouvoir) et, encore plus fort, des appareils de luminothérapie. Cette fois, complètement sidéré, j’ai cliqué sur ce mot quasi magique.  Et là, vous n’imaginerez jamais ce que j’ai découvert. Tenez-vous bien :  les appareils dispensant cette thérapie se sont dé-mo-cra-ti-sés ! Parfaitement !

Mais alors, vous dites-vous, à quel moment faire une cure de lumière ? C’est en effet la question que nous sommes tous en droit de nous poser. Hélas, le lien avec la réponse ne fonctionne pas, signe que, peut-être, on ne sait pas très bien quand la lumière produit le meilleur d’elle-même.

Je suis donc passé à la question suivante : quels produits dispensent ce lumineux bien-être dont on se demande comment les générations précédentes ont pu se passer. Cette fois, je suis resté sans voix en découvrant l’existence de simulateurs d’aube pour réveil en douceur. Vous avez bien lu : simulateurs d’aube. Je connaissais les persiennes, les volets entrouverts… autant dire que je ne connaissais rien du tout. Tenez-vous bien : « le simulateur d’aube est conçu pour reproduire le véritable lever du soleil. » Ce n’est pas inouï, ça ? Et ce n’est pas fini.  « La lumière du simulateur d’aube, en traversant nos paupières, indique à la zone centrale du cerveau que le jour se lève. » Fan-tas-tique ! Je n’aurais jamais imaginé tout seul que la lueur de l’aube puisse signaler à mon cerveau la levée du jour !

Merci, la Pub !

Je pensais, naïvement, avoir touché ici l’insondable ! Adieu persiennes et volets, vive le simulateur d’aube qui « est devenu en quelques années la nouvelle méthode pour un réveil naturel. » Et allons donc !

Cette fois, craignant de me voir dépassé par les miracles de la science et l’art du marketing, j’ai ouvert en grand les volets, regardé le ciel qui pâlissait à l’approche du soleil, et donné un coup sec à ma carte bancaire qui, pour un peu, serait sortie toute seule de ma poche, croyant que j’allais passer commande.

Eh bien, je n’avais pas tout vu !

Laissant l’aube, la vraie, éveiller peu à peu Paris et ses Parisiens, je m’en allai marcher, un peu plus tard, pour me changer les idées.

Et là, j’avoue, avoir fait deux découvertes qui me laissèrent pantois.

La première était l’annonce d’un produit miracle : le correcteur anti-âge. Ce n’est pas beau, cela ? Plus besoin d’immortalité (voir l’article sur ce thème), il suffit d’appliquer le correcteur d’âge, et zou !  Le compteur repart à zéro. Les années qui passent n’ont qu’à bien se tenir !

Formidable, ce produit ! Non seulement il unifie le teint (d’où peut-être l’expression « Un teint vaut mieux que deux, tu l’auras »), mais en plus il estompe les rides et les ridules. Pour le ridicule, par contre, on ne sait pas ! Il a déjà 10,5% de vitamine C, on ne peut pas tout lui demander.

Vous direz : tout cela encore est bon enfant. D’accord. Mais je vous ai réservé le meilleur pour la fin. Summum du bon goût, vous allez voir. Tout en finesse…

Voici une pub affichée dans des abri-bus ! Chapeau pour la délicatesse. Mon vieux Ronsard, avec tes roses, qu’est-ce que tu fais ringard…

En plus, à bien regarder la photo, on se dit que ce Diesel-là, ça n’a pas l’air de rendre vraiment heureux ! Quant au message subliminal, je ne vous dis pas le niveau intellectuel !

Le Conseil du jour :  « Avant de s’abandonner aux promesses de la pub, se demander pour quoi on nous prend.»

@ Texte et photos Jean-Michel Touche – Dessin : Jean-Christophe Moreau

Une Réponse

  1. Bravo; j’aime beaucoup cet humour qui grince mais qui est si vrai! j’aime aussi énormément l’imparfait du subjonctif!
    Amicalement!

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