JEUNE FILLE CHERCHE VIEILLE DAME POUR COLOCATION


Jeune journaliste multimédia en formation, Oriane Laromiguière nous propose cet article, paru le 13 février 2011 dans Les Dernières Nouvelles d’Alsace.

Bienvenue à Oriane dont vous pourrez retrouver les productions en cliquant sur Oriane Laromiguière.

Strasbourg / Cohabitation intergénérationnelle

Le nombre de personnes âgées souffrant d’isolement est croissant en France et l’Alsace n’échappe pas au phénomène du vieillissement de sa population. Dans le même temps, le marché immobilier est de moins en moins accessible aux jeunes. Face à cette situation, l’association «1 foyer 2 âges» propose une solution originale : la cohabitation intergénérationnelle.

Marie-Thérèse Frenkel (90 ans) et Célia Briot (18 ans) : deux générations sous le même toit.  (Photo DNA - Michel Frison)
Marie-Thérèse Frenkel (90 ans) et Célia Briot (18 ans) : deux générations sous le même toit. (Photo DNA – Michel Frison)

Dans un appartement de la Krutenau, un curieux couple cohabite. Depuis le début de l’année scolaire, Célia, jeune étudiante de 18 ans, vit dans l’appartement de Mme Frenkel, une vieille dame fringante et bavarde, de 72 ans son aînée. Plus de trois générations les séparent et pourtant cela fait bientôt six mois qu’elles partagent le même toit. Une colocation d’un nouveau genre à Strasbourg qui demande ouverture d’esprit, force de caractère et sérieux. De la patience aussi.

La relation entre les deux femmes se construit, en effet, jour après jour. « On continue de s’apprivoiser », dévoile Marie-Thérèse Frenkel, qui fêtera cette année ses 90 ans. S’apprivoiser, dialoguer, apprendre à vivre ensemble et se connaître, voilà le quotidien des deux colocataires. Une alternative à la solitude de la personne âgée, et une solution économique de logement pour l’étudiante.

« Rassurant et très pratique »

« Jeune fille sérieuse cherche vieille dame rigolote pour cohabitation sous le même toit. » Tel aurait pu être le message publié dans les pages des petites annonces. Plus pratique et plus sûr, Célia et Marie-Thérèse sont toutes les deux passées par « 1 foyer 2 âges » avant de se rencontrer.

Philippe Willenbucher, conseiller municipal, travaille au sein de l’association. Il explique que le projet est né d’un double constat : d’un côté la prise de conscience de l’isolement des personnes âgées en environnement urbain et d’un autre, la crise du logement à Strasbourg. « Trouver un appartement à un prix abordable est de plus en plus difficile pour les jeunes, »relève-t-il.

Pour Célia, étudiante en 1ère année de psychologie, le concept atypique de l’association lui a tout de suite plu et s’est imposé comme une évidence. La colocation avec des jeunes de sa génération ne la tentait pas et elle n’avait « pas envie d e vivre seule dans 9m2 », confie-t-elle. « Avec Mme Frenkel, j’ai une personne avec qui discuter. Elle a eu une vie exceptionnelle. Les personnes âgées ont beaucoup à nous apporter » précise-t-elle.

Pour la dynamique nonagénaire, la cohabitation avec des étudiants n’est pas une expérience nouvelle. Depuis maintenant 30 ans, elle loue une des chambres de son vaste appartement de 100m2. La présence de Célia est rassurante mais aussi très pratique.

« Quand je logeais des étudiants avant, ils ne faisaient rien pour moi. Je me déplace maintenant avec un déambulateur et il y a des choses simples que je ne peux plus faire toute seule » , souffle l’arrière-grand-mère. Sortir les poubelles, amener le verre à la déchetterie, fermer ou ouvrir les volets, remonter le courrier, Célia rend des petits services à la vieille dame. « Elle m’épluche mes pommes aussi. Elle a compris les gestes que j’avais du mal à faire. »

Loyer peu cher contre petits services

En échange, la jeune étudiante ne paie qu’une centaine d’euros par mois pour participer aux charges de l’appartement et dispose d’une grande chambre indépendante meublée avec accès à Internet. Elle évolue librement dans la cuisine et le salon. Pour la salle de bains, Célia connaît les horaires et les habitudes de la vieille dame et s’organise pour passer au travers, sans la gêner.

Mais si la cohabitation semble si bien fonctionner entre les deux femmes, elle demande pourtant des concessions. Une seule contrainte pour Célia : être présente le soir et la nuit. La jeune fille a dû s’habituer également à l’odeur de tabac brun des cigarettes que la vieille dame fume par dizaines depuis l’âge de 13 ans. « Je fais des efforts, j’ai réduit. Et puis je pense quelques fois à allumer la bougie », ironise-t-elle. Leur relation n’est pas toujours très calme : « On se dispute de temps en temps, mais ça fait du bien », raconte Mme Frenkel. « C’est une question d’atomes crochus, dévoile-t-elle. Et ça accroche suffisamment entre nous pour que ce soit drôle. »

Célia la sérieuse, Marie-Thérèse la rigolote. Génération écolo contre génération humaniste. Tout semblait les opposer et pourtant ce sont leurs différences qui font de cette singulière cohabitation une expérience enrichissante, économique et solidaire.

Oriane Laromiguière

© Dna, Dimanche le 13 Février 2011 – Tous droits de reproduction réservés

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