BASTIEN DE LA BASTIDE (Chapitre 4 )


 

Cathy-Ja a-t-elle découvert quelque chose que nous n’avons pas compris ?
Pourquoi s’échappe-t-elle?
Vers quoi, vers qui ?

 

 

Chapitre 4 (Week-end avec Cathy-Ja)

Je me suis réveillé très tard. Laura avait laissé un mot sur le bureau pour annoncer qu’elle ne rentrerait pas déjeuner, et demandait que j’aille la prendre au Centre en fin d’après midi. Cathy-Ja, précisait-elle, passerait le week-end avec nous.

La journée s’écoula très vite. Les images encore fraîches de mon voyage défilaient devant mes yeux et je travaillai durant tout l’après midi, au point que j’en oubliai presque ma femme et notre petite amie.

Pour rejoindre le Centre, il faut emprunter une route départementale pendant une dizaine de kilomètres. À la sortie d’un virage on tourne sur la gauche et l’on roule sur une succession de chemins vicinaux qui se croisent sans beaucoup de signalisation. Le Centre occupe une ancienne propriété agricole dont les dépendances ont été aménagées en fonction des besoins. Une quarantaine d’enfants y vit durant l’année scolaire. Ils apprennent ce que leur handicap leur permet d’intégrer.

Une quarantaine d’enfants… dont Cathy-Ja.

Lorsqu’elle reconnut la voiture, la petite fille lâcha la main de Laura et se précipita vers moi. Depuis un an il s’est établi entre nous une sorte de complicité que nous vivons tous les deux… comment dire… sans parole. Nous n’avons pas besoin de mots pour nous comprendre. Bien sûr, Laura demeure sa « presque mère ». Mais pour ma part j’ai droit à des manifestations d’affection que rien n’égale. Lorsque Cathy-Ja s’attache à mon cou, elle y met une force totalement disproportionnée à son âge et à sa taille. On dirait que c’est tout son être qui adhère à moi. Laura en éprouverait presque de la jalousie.

Il faisait nuit quand nous revînmes à la bastide. Depuis le garage, Cathy-Ja connaissait par cœur le chemin qui mène à l’appartement. Elle nous précéda et s’arrêta, une fois parvenue place des Arcades. Laura  l’appela. Au lieu de répondre, l’enfant leva la tête et fit à plusieurs reprises le tour d’un pilier entre deux arches, puis elle courut droit devant elle, s’apprêtant à traverser la place au moment où approchait un bruit de moteur.

Je la rattrapai et la pris dans mes bras juste avant le passage d’une moto qui disparut aussi vite qu’elle était arrivée. Cathy-Ja hurla et se débattit pour sortir de mes bras, donnant force coups de pieds dans toutes les directions. Sa colère ne se calma que tard dans la nuit quand enfin elle trouva le sommeil.

Nous n’avons pas attaché beaucoup d’importance à ce caprice d’enfant.

Or le lendemain soir, nous fûmes témoins d’une scène surprenante.

Cathy-Ja avait demandé qu’on lui racontât une histoire, promettant d’aller ensuite se coucher. Elle avait pris place sur mes genoux et, les paupières baissées, elle écoutait. Petit à petit sa respiration se fit lente et régulière, elle s’endormit.

Brusquement Cathy-Ja se dressa, quitta mes genoux et s’approcha de la fenêtre. Se hissant sur la pointe des pieds, elle regarda dehors, tourna la tête à droite et à gauche, frappa sur la vitre avec le plat de la main avant d’éclater de rire. Elle remua les bras comme si elle faisait signe à quelqu’un, puis elle fila vers la porte de l’appartement, l’ouvrit et s’échappa en poussant des cris de joie.

Médusés, nous nous précipitâmes derrière elle. Comme la veille, l’enfant ne répondit pas à Laura qui l’appelait et lui disait de revenir. Cathy-Ja courait droit devant elle. Quittant les cornières, elle se dirigea vers le centre de la place qu’éclairait la lumière triste de la lune.

Nous étions sur le point de la rejoindre lorsque Cathy-Ja entama une sorte de danse.

Une ombre dansait avec elle. Une ombre d’adulte. Un éclat de rire retentit sur la place, qui se mêla aux rires de la fillette.

Il n’y avait cependant personne d’autre que nous…

L’ombre et l’enfant paraissaient se donner la main. Elles dansaient en tournant de plus en plus vite.  Et plus elles tournaient, plus elles riaient.

Incapable de prononcer le moindre mot, Laura se colla contre moi.

Soudain, Cathy-Ja trébucha. Il nous sembla que l’ombre tentait vainement de la retenir tandis que les jambes de l’enfant fléchissaient, incapables de suivre le rythme trop rapide de la ronde. Le petit corps tomba à la renverse et la tête heurta un banc. Il y eut un bruit sourd.

Quand nous nous penchâmes sur elle, Cathy-Ja était évanouie.

Je suis certain d’avoir à ce moment-là entendu une plainte et d’avoir senti un contact léger, comme des doigts qui m’auraient frôlé avant de caresser les joues de la petite fille.

Laura avait dû éprouver la même sensation car elle murmura « Christophe » en s’agrippant à mon bras.

Cathy-Ja reprit bientôt connaissance. Sa tête lui faisait mal. Elle porta la main à l’endroit du choc puis sur les cicatrices de ses brûlures, et elle pleura doucement.

Ému à la fois par la douleur de ce petit être sans défense et par ce qui venait de se dérouler sous nos yeux, je ramenai l’enfant chez nous. Laura s’appuyait toujours à mon bras.

 

(à suivre)

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