BASTIEN DE LA BASTIDE (Chapitre 3)


 

 

Est-ce une hallucination ?

S’agit-il bien d’une ombre qui danse toute seule sur la place des Arcades  ?

Le mystère  s’épaissit !

 

Chapitre 3   (Pourtant je ne suis pas folle !)


– Il ne faut pas regarder ça, souffla Laura, visiblement troublée. Baisse le rideau.

Je restai médusé. L’étrange rencontre de la nuit précédente ne m’avait pas effleuré l’esprit durant la journée, et pourtant je ne peux pas nier que j’aie volontairement écarté le rideau. À tout hasard. Pour voir.

On aurait pu penser que ce curieux phénomène était le fruit de ma fatigue ou le restant des hallucinations auxquelles m’avaient soumis les sorciers de ces villages primitifs perdus dans la forêt amazonienne. Pourtant je venais bel et bien de revoir cette ombre sans corps ! Et cette fois c’était Laura qui me l’avait montrée.

– Je t’en prie, Christophe, baisse le rideau et viens, il faut se coucher. Je pars de bonne heure demain.

– Mais que se passe-t-il donc ?

– Je ne sais pas, chuchota Laura. Et je ne veux pas savoir.

Durant quelques minutes nous restâmes silencieux. Laura s’était assise sur le bureau, les mains sur ses genoux. Elle demeurait immobile, elle qui d’ordinaire remue sans cesse.

Au bout d’un moment je me levai, non pas pour fermer le rideau comme le souhaitait Laura, mais au contraire pour l’ouvrir en entier.

Comme j’avais éteint la lampe, nous nous trouvions dans l’obscurité. Depuis l’extérieur personne ne pouvait nous voir.

Contrairement à ma crainte, Laura ne protesta pas. Elle se leva, se serra contre moi et regarda dehors.

– Je l’ai vue plusieurs fois pendant ton absence, Christophe, avoua-t-elle en tremblant. Je ne comprends pas. Qu’est-ce que c’est ?

Tout comme la veille, l’ombre dansait. On la distinguait moins bien cependant, en raison de fins nuages qui réduisaient la luminosité de la lune. L’ombre se dessinait sur le sol avec des contours imprécis. On distinguait toutefois ce qui pouvait ressembler à la forme de bras qui s’écartaient et se resserraient.

Cette ombre avait un caractère fantastique dans la mesure où ne possédant pas de corps – du moins n’en voyait-on pas – elle évoquait une sorte de tache animée plutôt que réellement une ombre. Sur un écran de télévision, cela aurait presque semblé banal. Sur le gravier de la place, à quelques dizaines de mètres de nous, cela prenait un tour irréel.

– Que vois-tu ? demandai-je à Laura.

– L’ombre écarte les bras, à présent elle les lève… non elle n’a pas achevé son geste, elle les étend devant elle… Ah ! maintenant elle se cache sous les arcades.

Nous demeurâmes un long moment immobiles, guettant la réapparition de cette forme mystérieuse. Rien ne se produisit. Je finis par me demander si nous n’avions pas rêvé. Ce que nous avions vu ressemblait à une ombre, mais pas nécessairement une ombre humaine. Elle ne pouvait d’ailleurs pas l’être puisque apparemment il n’y avait personne.

Personne ? Mais nous n’étions pas descendus pour nous en assurer. Comment pouvais-je être certain qu’il n’y avait personne ?

Devant la mine inquiète de Laura, je lui dis que nous nous montions la tête pour rien.

– Pourtant je ne suis pas folle, répliqua-t-elle, j’ai bien vu quelque chose. Comme toi.

– Écoute, si c’était vraiment une ombre, il devait y avoir quelqu’un sous les arcades, quelqu’un que nous n’avons pas remarqué.

– À cette heure-ci ? Tu veux rire ! Personne ne va danser sous les arcades en pleine nuit !

– Mais voyons, Laura, ce n’est pas interdit.

Les nuages avaient dû envahir le ciel car la place se trouvait à présent plongée dans la nuit noire. Laura ferma le rideau et demanda si j’allais me coucher. Je préférais profiter du calme pour continuer mon article. Laura décréta qu’elle avait sommeil.

– Ne veille pas trop, souffla-t-elle en m’embrassant.

Elle savait bien que cette recommandation était inutile. Habituellement, lorsque j’écris, j’y consacre presque toute la nuit.

Cette fois pourtant j’éprouvai de la difficulté à me concentrer. Cette histoire d’ombre me tracassait. Je ne comprenais pas l’origine de cette forme que semblait animer une vie intérieure.

Choisissant le requiem allemand de Brahms, je mis le disque à faible volume et attaquai le début de mon article.

Dehors, le vent s’était levé. Il tournait sur la place, prisonnier des arcades, glissait le long de notre fenêtre mal isolée et la faisait vibrer. Par moments, le rideau se gonflait puis retombait mollement.

(à  suivre)

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