Le visage de Dieu


Dernier ouvrage d’Igor et Grichka Bogdanov, LE VISAGE DE DIEU est un livre à lire. Pour au moins deux raisons : ce que l’on y apprend sur l’Univers, tout d’abord, ensuite les réflexions auxquelles nous invite sa lecture.

I – NAISSANCE DE L’UNIVERS

Dans cet ouvrage, les deux frères dressent l’état des connaissances actuelles sur l’Univers :
sa création (le Big Bang), il y a 13 milliards 750 millions d’années,
son expansion permanente (toutes les cinq secondes, il s’accroît d’un volume égal à celui de notre galaxie),
la découverte du « rayonnement fossile » ou « rayonnement cosmologique », presque par hasard, en 1964/1965,
les apports des satellites COBE, WMAP et PLANCK qui nous ont donné notamment des images du rayonnement fossile, montrant l’Univers tel qu’il était 380.000 ans après l’instant du Big Bang.

On apprend (peut-être le saviez-vous déjà ?) que notre Univers est composé pour 4% seulement de matière faite d’atomes, le reste se répartissant pour un quart en matière noire et pour trois quarts en une énergie noire, énergie dont on ne sait rien et qui demeure un mystère. Encore que depuis peu de temps, deux cosmologistes de l’Université de Durham, en Angleterre, expriment des doutes sur l’énergie et la matière noires.

Copiée depuis le site astronomes.com, cette image représente le rayonnement fossile, mesuré par le satellite WMAP. Crédit : NASA/WMAP (cliquez sur ce lien et regardez, ça ne dure pas longtemps et c’est intéressant.)

Tout cela est passionnant ! Comme est édifiante la réflexion d’Einstein que rapportent les auteurs : « Je veux savoir comment Dieu a créé le monde. Je ne suis pas intéressé par tel ou tel phénomène, tel ou tel élément. Je veux connaître la pensée de Dieu ; le reste n’est que détail. » (p.37/38)

II – UNE INSTRUCTION CACHEE

Mais ce n’est pas tout. Les auteurs insistent sur la particularité suivante : un certain nombre de constantes gouvernent notre Univers, notamment la gravitation. Qu’elles aient été très légèrement différentes, et notre Univers ne serait pas ce qu’il est, peut-être même serait–il totalement stérile.
« Il s’agit de grandeurs arithmétiques, écrivent Igor et Grichka Bogdanov, des nombres dont les valeurs sont fixes et d’une précision extrême [ … ] par quel miracle ont-ils tout juste la valeur qu’il faut pour que tout marche dans l’Univers ? Par quoi – par qui – ont-ils été calculés ? » (p.168)

Pour certains physiciens, « … l’évolution de l’Univers et de tout ce qu’il contient obéit à une sorte de programme enfoui au cœur même de la matière. » Et encore : « Si la vie découle bien de la soupe primordiale, […] alors les lois de la nature [contiennent] une instruction cachée, un impératif cosmique qui ordonne : Créez la vie ! » (p. 257/258)

On est alors en droit de s’interroger : s’il existait avant le Bing Bang des instructions pour la création et l’évolution de l’Univers, d’où – de qui – viennent-elles ?
La lecture du « Visage de Dieu » est passionnante, que l’on soit croyant ou non. Et l’on ne peut que rester confondu devant l’extraordinaire  travail des scientifiques qui nous montre le « Comment » de la Création. C’est absolument fascinant.

III – L’AUTRE QUESTION

Fascinante également cette autre question que nous sommes amenés à nous poser immédiatement après le « Comment » : « Pourquoi ? », question que de nombreux scientifiques écartent, la jugeant inutile, voire déplacée, quand ils ne vont pas jusqu’à marquer à son sujet un réel agacement (« Le Ce que je crois n’a rien à faire en science », Pascal Picq ; « Un scientifique qui croit en Dieu est un schizophrène », Jacques Monod ; le christianisme, une religion pour crétins, Piergiorgio Odifreddi).

Qui n’a jamais regardé le ciel, une nuit d’été, sans s’interroger sur notre place dans ce monde sans fin ? Qui, peut-être seul et dans le silence, ne s’est jamais posé la question de savoir qui nous sommes, d’où nous venons et vers quoi nous allons ?

Or il s’agit des questions les plus fondamentales, celles pour lesquelles la réflexion, la pensée, l’intuition, vont à la rencontre de « quelque chose » qui nous dépasse… sans toutefois rencontrer nécessairement une réponse.

Vous avez cinq minutes ?

IV – LA BIBLE N’EST PAS EN CONTRADICTION AVEC L’UNIVERS REEL

(cf  « Le mystère du soleil froid« , de Brunor)

Ouvrons la Bible et lisons le récit de la Création dans le Livre de la Genèse.
« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Or la terre était vide et vague, les ténèbres couvraient l’abîme et un vent de Dieu agitait la surface des eaux. » (Traduction : Bible de Jérusalem)
Nous connaissons la suite de ce « commencement », une Création en six jours suivis d’un septième durant lequel Dieu se repose, ayant « arrêté de travailler » (ce qui ne signifie pas qu’il avait achevé son travail, comme on le verra un peu plus loin.)
Ecrit au retour de l’exil à Babylone, au cinquième siècle av JC, ce texte a fait sourire les scientifiques. Six jours ! Vous n’y pensez pas !
Bien des choses, pourtant, devraient nous inciter à réfléchir.
Remplaçons tout d’abord le mot « jour » par le mot « étape » ou « période », comme le fait Brunor, et le récit prend un autre tour.
Demandons-nous ensuite comment les auteurs de ce texte ont pu annoncer que la Lumière a été créée avant le soleil (Dieu, dit en effet la Genèse, crée la lumière durant le premier jour, mais c’est seulement le quatrième jour qu’il crée « les deux grands luminaires », le soleil et la lune.) N’est-il pas troublant que les Juifs, voici deux mille cinq cents ans, démunis de toute technique scientifique, aient affirmé que la lumière existait avant même la création du soleil, alors qu’autour d’eux le soleil était divinisé et que la science affirmait jusqu’au début du XXème siècle que l’Univers était éternel ?
Quelle intuition a permis à ces auteurs de voir juste ? D’où vient-elle ?

V – LA CREATION TOUJOURS EN MOUVEMENT

Prenons à présent l’Evangile de Jean, au chapitre 5. Jean nous raconte l’histoire du paralysé que l’on amène chaque jour à la piscine de Bethesda, dans l’espoir qu’il réussira enfin à plonger le premier dans l’eau au moment où elle se mettra à bouillonner, et ainsi à être délivré de son infirmité. Jésus guérit cet homme et lui dit : « Lève-toi, prends ton brancard et marche. » Vraisemblablement ahuri, le paralytique se lève, ramasse son brancard et s’en va. Mais l’affaire se complique. Pas de chance, c’est le sabbat ! On ne transporte pas un brancard le jour du sabbat, s’indignent les Juifs.
– C’est pourtant ce que m’a dit de faire l’homme qui m’a guéri, répond le paralytique, inquiet des suites.
On imagine alors la fureur des bien-pensants : un miracle le jour du sabbat, pour couronner le tout ! On aura tout vu ! C’est tout juste si on ne les entend pas se lamenter et clamer : « Quelle époque ! »
Alors Jésus leur dit cette phrase qui devrait, elle aussi, nous faire réfléchir : « Mon Père est encore au travail, alors moi aussi je travaille. » (Jn 5, 17)
Mon Père est encore au travail !
C’est clair : le Père n’a pas abandonné sa Création. Ni sa créature. Le travail n’est pas achevé. Donc le processus de Création est toujours en cours… au cœur de l’humanité comme au cœur de l’Univers.
Et nous, sous ce nouvel éclairage, quelle part prenons-nous à ce travail ?

VI – INUTILE DE VOULOIR ASSEMBLER A TOUT PRIX SCIENCE ET FOI
(et d’ailleurs qu’adviendrait-il de notre liberté
si l’une prouvait l’autre ?)

N’y a-t-il pas comme une résonance entre cette phrase de Jésus et les découvertes des astrophysiciens ? L’Univers s’accroît indéfiniment d’une part, le Père est encore au travail d’autre part.
Sans vouloir ancrer à tout prix la Science dans la Foi ou inversement, car ce n’est pas nécessaire, cette double approche est cependant source de réflexion. Une réflexion aiguillonnée par le livre d’Igor et Grichka Bogdanov. Non pas encore une fois afin de trouver absolument dans la science une « preuve » de Dieu ni dans la foi la justification de la science (l’une et l’autre doivent plutôt communiquer, cf Fides et Ratio, l’encyclique de Jean-Paul II.) Mais plutôt pour s’interroger sur Dieu, Dieu infini, Dieu Créateur, qui, lorsque Moïse lui demande son nom, au pied du Mont Horeb, lui répond par ce simple mot : « Je suis ». Mot infiniment petit, mais qui suffit à dire l’infiniment grand !

(Autrement dit, le Comment, que nous expliquent si formidablement les scientifiques, nous conduit à nous demander Pourquoi ?)

Quand on imagine l’intelligence dont ont fait preuve les scientifiques pour parvenir à leurs découvertes, on comprend cette autre phrase de la Genèse, parlant de l’être humain : « Dieu créa l’Homme à son image ; à l’image de Dieu il le créa ; Homme et Femme il les créa. » Autrement dit, l’Être Humain se situe au sommet de la Création.

Le sujet est passionnant ! Il reste bien des choses à dire, évidemment. Nous aurons j’espère l’occasion d’en reparler.

En attendant, et pour la beauté de la Création, plusieurs sites sont à visiter pour qui ne les connaît pas encore, notamment ceux de la Nasa, du CNRS, de l’ESA (Agence Spatiale Européenne) ou de Planck. On resterait des heures à naviguer, de lien en lien, d’animation en animation, de photo somptueuse en photo somptueuse, captivé par cet Univers fascinant.

Jean-Michel Touche

3 Réponses

  1. […] Le visage de Dieu September 2010 2 comments 5 […]

  2. Bonne question : l’homme est-il la variable instable de ce système ?
    On pourrait y réfléchir longuement.

  3. Voilà une lecture passionnante rendue ludique par une vulgarisation bienvenue dans le domaine très cartésien qu’est l astronomie.
    Outre quelques données techniques avec des chiffres effarants comme par exemple « le temps de plank » qui correspond à l’instant du Big-bang « 10 puissance moins 43 secondes ! »
    L évasion aux confins de l univers est totale et on se prend à rêver des milliards de galaxies de notre univers ou de son expansion à une vitesse phénoménale.

    Comment ne pas être admiratif devant cette symphonie réglée de façon très précise et universellement identique en effet, comme il est précis si une seule variable avait été différente nous, les planètes, l univers tout entier n’aurait pas existé !

    De plus l intégration de la religion dans ce domaine si perméable à ce genre d idées qu est l astronomie ou les mathématiques est une approche intéressante comme il est dit dans l article de jean Michel touche et montre que « la bible n est pas en contradiction avec l univers réel »
    Voilà de quoi réconcilier science et religion ?

    Cependant, je suis resté sur ma faim et avec pas mal de questions pouvant compléter cette lecture

    D abords il n’y a pas de révélations fracassantes qui sont d ailleurs promises pour les années qui viennent grâce aux nouveaux satellites à la précision redoutable tel le satellite WMAP de la NASA.
    Simplement une chronologie des découvertes faites, une timide prise de partie sur la forme de l’univers (plat ou sphérique ?) les deux frères penchants pour un univers sphérique et sur le fait qu avant le big-bang ce n était pas le néant.
    Le coté romanesque s’essouffle un peu au profit d un coté analytique un peu plus froid

    Ensuite l intégration de la religion est relativement timide ils parlent d énergie divine certes, du fait que cet univers si parfait n a pas pu être crée à partir de rien mais là ils n avancent aucune hypothèse il n y a pas réellement de références bibliques. Comme le titre le suggère pourtant .

    Mais cela reste un bon livre très instructif

    Une fois revenu du « vaisseau Bogdanov » le réalité est soudain revenue à mes yeux

    Certes l univers est quelque chose d extraordinairement précis, complexe le but ?
    Actuellement sur terre il doit y avoir 7 milliards de réponses différentes, de plus cet univers si parfait nous est hostile notre planète même nous est hostile .Depuis l apparition de l homme sur terre il n a eu de cesse de lutter pour sa survie
    Que dire de l homme qui essaye de faire mieux que la création en essayant de modifier ce que l univers a créé. L’ADN au travers des manipulations génétiques par exemple, qu’en sera-t-il quand nous irons polluer d autres planètes ?
    L homme semble être la variable instable de ce système

    Les scientifiques le savent (ce n est pas un thème abordé par les deux frères) cycliquement il se produit un « grand nettoyage » afin de rétablir l ordre…

    Stèphane Barbara

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