Erreur de Casting (suite)


Comme y invite le commentaire laissé par « Le Passant », voici, pour alimenter nos réflexions :

– le message de soutien des évêques de France adressé depuis Lourdes au Saint Père, le 26 mars 2010

– le texte de l’homélie prononcée durant la Messe Chrismale du 31 mars 2010 par le Cardinal André Vingt-Trois.

Message de soutien des évêques de France

Très Saint Père,

Réunis à Lourdes pour notre Assemblée plénière de printemps, nous vous adressons un cordial message de soutien dans la période difficile que traverse notre Église. Nous avons pris connaissance de votre lettre aux catholiques irlandais et nous comprenons qu’elle est aussi porteuse d’un appel aux autres pays. Nous avons confirmé les dispositions prises par notre Conférence, il y a maintenant dix ans et nous continuons d’exercer notre vigilance.

Nous éprouvons tous honte et regrets devant les actes abominables perpétrés par certains prêtres et religieux. Nous nous associons à vos paroles fortes destinées aux victimes de ces crimes. Ceux qui ont commis ces actes défigurent notre Église, blessent les communautés chrétiennes et étendent la suspicion sur tous les membres du clergé. Même si ces actes ne sont le fait que d’un très petit nombre de prêtres – et c’est déjà trop – ceux qui vivent avec joie et fidélité leur engagement au service de l’Église sont aussi atteints dans la communion du presbyterium.

Nous constatons aussi que ces faits inadmissibles sont utilisés dans une campagne pour s’attaquer à votre personne et à votre mission au service du corps ecclésial. Nous souffrons tous de ces procédés indignes et nous tenons à vous dire que nous portons avec vous la peine que provoquent les calomnies qui vous visent et nous vous renouvelons l’expression de notre communion et de notre soutien.

En cette année du Sacerdoce et au moment où nous allons entrer dans la Semaine Sainte et célébrer la messe chrismale, nous voulons renouveler notre confiance à nos prêtres. Nous les encourageons dans leur fidélité au don qu’ils ont reçu et à la mission que leur a confiée le Christ dans son Église.

Fidèles à l’engagement de notre consécration épiscopale, nous vous disons encore notre respectueux et fraternel attachement ainsi que notre prière constante pour vous et nous demandons pour nous, les prêtres, les diacres et les fidèles, votre bénédiction.

Les évêques de France

Texte de l’homélie du Cardinal André Vingt-Trois

Chers Frères et Sœurs,

Au moment où nous entrons dans la célébration du Triduum Pascal, notre Église est mise en accusation à la face des hommes. Elle est chargée des péchés du monde. Au mépris de la réalité des faits, dont nul ne conteste l’horreur et le scandale qu’ils ont pu causer, on s’emploie à faire endosser à notre Église, -et en particulier à ses prêtres- la responsabilité morale des actes de pédophilie qui ont été commis depuis plusieurs dizaines d’années.

Imputer la pédophilie au statut du prêtre engagé dans le célibat évite opportunément de regarder la réalité de ce fléau social dont chacun peut savoir qu’il frappe principalement les relations familiales et les réseaux de proximité familiale. Ressortir des faits anciens et connus depuis longtemps comme des révélations nouvelles donne à penser sur l’honnêteté intellectuelle des informateurs et suffit à dévoiler leur véritable objectif : faire peser le doute sur la légitimité morale de l’Église.

Loin de moi l’idée de nier qu’il a existé des actes de pédophilie ni d’oublier la souffrance, souvent irréparable, des victimes. Oui, comme je l’ai dit à l’occasion de l’Assemblée plénière des évêques à Lourdes, nous sommes plongés dans la honte et le désarroi. Nous nous joignons aux regrets exprimés par le Pape dans sa lettre aux catholiques irlandais. Mais nous ne sommes pas prêts à laisser jeter l’opprobre sur l’ensemble des 20.000 prêtres et religieux de France. Parmi eux, une trentaine de prêtres et de religieux ont été condamnés et purgent leur peine, conformément à la loi. C’est beaucoup trop, mais ce n’est pas un phénomène massif. L’immense majorité des prêtres et religieux de notre pays vivent avec joie et fidélité leur engagement au service de l’Évangile. Je n’en doute pas. Nous n’en doutons pas et nous avons confiance en leur fidélité.

L’offensive qui vise à déstabiliser le Pape, et à travers lui l’Église, ne doit cependant pas nous masquer nos faiblesses et nos fautes éventuelles. Notre société qui vit dans l’exhibition du sexe sans limite nous oblige à être plus que jamais vigilants et modestes dans nos manières de vivre. Chers Frères et Sœurs, prêtres, diacres, religieux, religieuses et laïcs, nous ne sommes que des êtres humains et nous ne devons jamais vivre dans la présomption que nous sommes au-dessus des tentations ordinaires. Mais cette prudence ne doit pas nous transformer en coupables potentiels dans toutes nos relations.

Parmi les épreuves que nous traversons, nous devons aussi relever l’offensive médiatique qui célèbre Pâques à sa manière en concentrant sur les soirées de la Semaine Sainte leurs capacités critiques sur l’Église et la foi chrétienne. Celles et ceux d’entre nous qui célébreront les liturgies dans leurs communautés n’en seront pas affectés. Mais tous ceux qui sont les moins informés et les moins impliqués dans la vie de notre Église seront bombardés d’émissions qui se présentent comme « critiques » et qui ne sont que des opérations de propagande, et même de propagande grossière. Dans notre pays démocratique, les chrétiens sont encore des citoyens à part entière, mais certainement pas au vu du traitement qui leur est réservé dans l’information.

Si j’ai voulu d’abord évoquer ces sujets douloureux, c’est évidemment parce qu’ils sont présents à nos esprits et qu’ils provoquent trouble et tristesse parmi les membres de notre communauté. Mais, sans se lancer dans une spiritualisation excessive, nous sommes préparés à assumer de telles situations. Nous y avons été préparés par le Seigneur lui-même : « Le disciple n’est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur, etc. » (Mat. 1.0, 24).

La parole du Seigneur s’accomplit aujourd’hui à nos yeux dans notre Église, comme elle était accomplie dans la synagogue de Nazareth. L’onction du Messie continue son oeuvre en notre temps. Elle continue son oeuvre dans la vie sacramentelle de notre Église. Chaque année des adultes et des jeunes collégiens et lycéens, de plus en plus nombreux, s’approchent du baptême. Presque chacune des paroisses du diocèse accompagne ainsi plusieurs catéchumènes vers les sacrements. Grâce à l’Huile des catéchumènes, ils reçoivent de Dieu la force du combat pour leur conversion. De même, des adultes et des jeunes nombreux reçoivent la Confirmation de leur baptême pour une vie plénière dans la communauté ecclésiale. Le Saint-Chrême que nous allons consacrer imprimera à chacune et à chacun d’entre eux la marque divine sur leur existence. Ils seront conformés au Christ pour leur vie entière. De même, les séminaristes se préparent avec confiance à s’engager au service du corps ecclésial par l’onction de l’ordination. Ils seront marqués du même Saint-Chrême pour le service du Peuple de Dieu. De même les malades et les personnes souffrantes reçoivent de l’onction de l’huile sainte la force et l’endurance pour vivre leur épreuve dans la communion au Christ et en se joignant à l’offrande qu’il fait de sa vie.

Pour cette vitalité de la foi nous rendons grâce à Dieu qui continue d’ouvrir « aux païens la porte de la foi. » (Act. 14, 27). Cette grâce des sacrements, nous le savons, ne nous est pas donnée simplement pour notre confort spirituel. Elle nous associe directement à l’œuvre de Dieu dans le Christ. Avec lui, nous sommes envoyés pour annoncer une année de bienfaits et de miséricorde, pour être les témoins de son amour pour les hommes, pour tous les hommes.

C’est pour nous impliquer plus étroitement dans ce dynamisme missionnaire que j’ai appelé le diocèse de Paris à vivre trois années le programme : « Paroisses en mission ». L’objectif est précisément de nous entraîner à ne pas dissocier la vie sacramentelle, dont l’Eucharistie dominicale est le centre, de la mission globale de l’Église en ce monde. C’est la finalité de notre première année que nous vivons en ce moment : passer « de l’Eucharistie à la mission » ; puiser dans le dynamisme de nos assemblées paroissiales la motivation et les moyens de rendre témoignage au Christ ressuscité dans tous les domaines de notre existence comme c’est la mission de tous les chrétiens. Déjà, vous avez pu mesurer les premiers fruits de ce travail. Vous avez pu entendre la joie des chrétiens quand ils partagent entre eux ce qu’ils reçoivent dans leur communauté et leur plus grande agilité à le partager hors de la communauté.

Pour nous, l’heure est venue de comprendre réellement que l’on ne peut pas être chrétien sans l’Église, et moins encore contre l’Église. L’heure est venue de comprendre que l’on ne peut pas être chrétien sans le choisir et le vouloir de quelque manière et sans assumer ce choix devant le monde. D’une certaine façon, comme Pierre à l’heure du procès de Jésus, nous sommes provoqués à nous déclarer pour lui ou à enfouir notre relation avec lui dans le secret et, finalement, à le renier. « Rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est secret qui ne sera connu. Ce que je vous dis dans l’ombre, dites-le au grand jour ; ce que vous entendez dans le creux de l’oreille, proclamez-le sur les terrasses… Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, je me déclarerai moi aussi pour lui devant mon Père qui est aux cieux. » (Mat. 10, 26…32).

Frères et Sœurs, c’est cette mission de l’Église à laquelle nous sommes appelés à participer. Ne laissons pas enfermer la grâce que nous recevons ; partageons-la. N’enfouissons pas les talents confiés ; faisons-les fructifier. Ne laissons pas la pusillanimité ou la honte empoisonner notre vie. Nous sommes les membres d’un corps qui vit de la foi, qui partage sa foi, qui annonce sa foi. Chaque dimanche, en passant célébrer dans les paroisses, je suis témoin de cette vitalité de nos communautés, de leur joie de célébrer le Jour du Seigneur, de leur disponibilité à prendre leur part des combats de ce monde pour plus de justice et de fraternité. Je suis fier de ces chrétiens, souvent modestes et inconnus, par qui la parole du Christ prend chair dans l’expérience humaine commune. Je suis fier de l’engagement de beaucoup d’entre nous au service des pauvres et de ceux que notre société rejette. Je suis fier de ces jeunes familles qui assument avec joie et amour leur fidélité conjugale et leur responsabilité de parents.

Pour terminer, en cette année sacerdotale, vous me permettrez d’adresser un message particulier à nos prêtres si nombreux ce soir. Un message d’amitié d’abord et un message d’encouragement. La semaine prochaine plus de deux cents d’entre nous irons en pèlerinage à Ars pour célébrer le cent cinquantième anniversaire de la mort du saint Curé. Nous n’avons pas l’illusion de reproduire la vie et la pastorale du curé d’Ars à Paris. Mais nous avons l’espérance que l’exemple de sa sainteté nous fortifiera dans notre responsabilité présente au service de l’Eglise. Je sais, par expérience, qu’il n’est pas facile tous les jours d’être prêtre à Paris. Mais je sais aussi que notre ministère est source de grandes joies. Je pense avec une affection particulière à ceux d’entre nous qui sont atteints par l’âge ou la maladie et à ceux qui ont accepté de partir en mission hors du diocèse.

Pour marquer plus sensiblement la célébration de l’année sacerdotale, nous avons prévu de faire des ordinations du 26 juin ici même un rassemblement diocésain auquel je suis sûr que les parisiens seront nombreux à participer pour manifester leur attachement et leur amitié à leurs prêtres et tout particulièrement aux nouveaux ordonnés. L’ordination sera précédée d’une semaine de manifestations, de prière et de réflexion dans différents lieux du diocèse. Tout à l’heure, à la fin de la prière d’intercession, je vous demanderai de dire avec moi la prière que vous avez entre les mains et qui pourra être le support de votre prière pour les prêtres dans les semaines et les mois qui viennent.

Il me reste à vous dire qu’un certain nombre de jeunes se posent la question de devenir prêtre. Ils sont parfois, trop souvent, empêchés d’étudier même cette éventualité par les réticences de leur entourage, voire de leur famille. Prions donc, non seulement pour que Dieu appelle, mais surtout pour que nous soutenions vraiment ceux qui souhaitent répondre à son appel. Alors nous pouvons espérer que la parole du prophète s’accomplira pour nous aussi : « Tous ceux qui pleurent, je les consolerai. Au lieu de la cendre de pénitence, je mettrai sur leur tête un diadème ; ils étaient en deuil, je les parfumerai avec l’huile de la joie ; ils étaient dans le désespoir, je leur donnerai des habits de fête. » (Is. 61, 3).

+André  cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris

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