Pourquoi ce Blog ?

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Lieu d’information et de discussion, ce blog a pour seule ambition d’inciter à réfléchir et échanger des idées. . . et parfois à agir !

Vous y trouverez plusieurs catégories de contenu :

–  Croire : articles abordant le thème du divin, croire ou ne pas croire, l’espérance, la religion…

Société  : grands et petits problèmes de la Société,  la précarité, des moyens pour s’en sortir… et toutes les idées que nous pouvons développer ensemble sur ce sujet…

– Photos : photos sur le blog et liens avec des galeries hébergées hors du blog

– Evénements : Annonce de concerts, signatures, rencontres et tous autres événements

Voir, lire, écouter :  coups de cœur nouveaux ou anciens, livres, films, œuvres qui peuvent nous émouvoir ou nous agacer, textes qui contribuent à construire l’être humain.

Contes : Publication en ligne de contes et autres textes

– Divers : pour tout autre sujet inclassable ci-dessus.

Vos commentaires seront les bienvenus dans la mesure où ils respecteront les règles normales de bienséance. Seront rejetés tous les commentaires porteurs de haine raciale, politique ou religieuse, de polémique ou de pornographie.

Jean-Michel Touche

Le mystère du soleil froid

Avec Le mystère du soleil froid, Brunor ouvre sa collection « Les Indices Pensables », enquête sur Dieu !

Bigre ! Une enquête sur Dieu en BD ? Il n’y va pas de main morte, l’artiste.

Derrière les images que cet illustrateur de talent nous fait découvrir au fil des pages, le récit commence à la manière d’une BD classique, avec les représentants des grandes civilisations qui s’interrogent sur le soleil et s’apprêtent à le diviniser…

…jusqu’à l’apparition d’un petit bonhomme qui va tout remettre en question.

Alors, l’ouvrage bascule. Parce que, sous le couvert de cette enquête bon enfant, c’est une réflexion profonde qui commence. Et comme l’annonce la 4ème de couverture, « ce livre transmet à chacun des informations vérifiables, qui sont autant d’indices pour alimenter une pensée personnelle. »

Le mystère du soleil froid

Editions du Jubilé,  48 p., 13€

Invictus (un grand Clint Eastwood)

Invictus est le titre d’un poème de l’écrivain britannique William Ernest Henley, dont la lecture, jour après jour, aida Mandela à vivre durant les vingt sept années qu’il passa en prison.

Le sujet : 1994 – Libéré depuis quatre ans, Nelson Mandela est élu premier président noir de l’Afrique du Sud. Bien que le régime de l’apartheid soit officiellement aboli depuis 1991, le pays reste profondément marqué par la ségrégation raciale.
Mandela va faire le pari que la coupe du monde de Rugby, qui doit se dérouler en 1995 en Afrique du Sud, peut servir la cause de l’union nationale. Une complicité va se créer entre lui et François Pienaar, le capitaine de l’équipe des Sprinboks. Déjouant les pronostics des chroniqueurs sportifs, les joueurs, de plus en plus « impliqués » dans le challenge, vont donner la victoire à leur pays.

Evidemment, pour voir ce film, il est préférable d’aimer le rugby qui tient vraiment ici le devant de la scène !

Au-delà de l’interprétation remarquable des acteurs(1) et de la sensibilité du réalisateur (notamment la scène de l’enfant et des policemen, dans un quartier de la ville, pendant que se déroule la finale), on se prend à rêver. Et si enfin, un jour, les hommes parvenaient à se regrouper pour vivre ensemble, pour bâtir non pas une nation, comme on y assiste dans INVICTUS, mais l’humanité toute entière !

Faut-il absolument des MANDELA ou des GANDHI pour réaliser ce qui ne devrait pas être seulement un rêve d’idéaliste ? Ne possédons-nous pas, chacun d’entre nous, les qualités nécessaires pour apporter notre pierre à la construction d’un monde juste ?
C’est le genre de questions qui arrive naturellement à l’esprit après avoir vu ce film, même si l’on n’est pas un fervent supporteur de rugby.

(1) Morgan Freeman, collant remarquablement au personnage de Nelson Mandela, mais aussi Matt Damon dans le rôle du capitaine des Springboks, et l’ensemble des seconds rôles.

BONNE ANNEE… MAIS APRÈS ?

 

Coutume ancienne et plus que sympathique, l’envoi de vœux à nos familles, amis et au-delà, est un signe d’affection, d’amitié et d’estime pour celles et ceux auxquels nous les adressons.

Aussi est-ce avec joie que je vous présente mes vœux, pour vous, vos familles et tous vos proches, en souhaitant que 2018 soit enfin une année où toute l’humanité se donne le temps de réfléchir et la volonté de vivre en paix, dans le respect mutuel.

La vie est un long parcourt, pour autant bien sûr qu’aucun incident ne vienne l’interrompre prématurément. Elle commence par une période durant laquelle on découvre et on apprend. Puis vient le temps d’agir, de réagir, d’entreprendre tout en évoluant. Ensuite arrive celui de la réflexion à partir de ce que nous avons vécu, expérimenté, rencontré, affronté, aimé, construit.

On regarde alors l’existence différemment, on se dit que l’humanité dispose sur la terre de tout ce qu’il lui faut pour vivre heureux et qu’un monde meilleur pourrait se mettre en place, pour autant que chacun le veuille.

Facile à dire, pensez-vous sans doute. Et pourtant… si on essayait ?
C’est cet espoir peut-être utopique que j’aimerais partager avec vous en vous adressant mes vœux.

Jean-Michel Touche

 

KTO UN CŒUR QUI ÉCOUTE, vendredi 22h10

 

Vous n’avez rien à faire vendredi soir 15 décembre à 22h10 ?

Alors venez sur KTO et rencontrons-nous dans le cadre de l’émission

UN COEUR QUI ECOUTE

dans laquelle m’a invité Cyril Lepeigneux.

 

LE TABLEAU RETOURNÉ (6)

Liens pour retrouver les épisodes précédents :

Episode 1 :  LA DÉCOUVERTE DU TABLEAU

Episode 2 : UMBERTO

Episode 3 : LE TABLEAU CHEZ GABRIEL

Episode 4 : VOYAGE D’UMBERTO DANS L’ESPACE ET DANS LE TEMPS

Episode 5 : VOYAGE AU TEMPS DU SATELLITE ESPOIR

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– VI –

LE  TABLEAU  RETOURNÉ

Enfin arriva le terme du voyage dans l’espace et dans le temps que Dieu avait imposé à Umberto.
Les pièces du puzzle de son existence étaient maintenant réunies, il allait pouvoir sortir de la toile qu’il avait peinte et choisir librement le sens de sa vie.

La nuit durant laquelle se produisit cet événement fut tout bonnement extraordinaire. Tous les personnages qu’avait rencontrés Umberto se trouvaient là, comme s’ils savaient que l’artiste, enfin, allait vivre par lui-même, et ils avaient tenu à lui témoigner leur estime et leur amitié.

Umberto – oui c’est bien lui qui figurait à gauche du tableau – Umberto souriait à présent. Le temps de l’épreuve s’achevait. A la pression de sa main contre la mienne je devinais sa joie. Le jeune Florentin me regardait avec affection et ça me faisait tout drôle.

Une voix s’éleva qui demanda “Alors, en as-tu vu assez ? Es-tu prêt à faire ton choix ? ”

Umberto acquiesça. Un grand sourire traversait son visage. Quant à ses yeux, il suffisait de les voir pour prendre la mesure de son bonheur

° ° °

C’est ce moment précis que choisit Felicity pour pénétrer dans le bureau de Gabriel où se trouvait toujours le tableau. Ma pauvre mère adoptive, décidément, s’était abonnée aux évanouissements ; à peine eut-elle ouvert la porte qu’elle poussa un de ces cris ravissants qui n’appartenaient qu’à elle lorsqu’elle était surprise, et elle s’affaissa gracieusement.

Gabriel se précipita, comme il l’avait fait lors de ma disparition, aussitôt suivi par Gervais. Suzanne, fidèle à son habitude, accusait un temps de retard.

Quand Felicity fut revenue à elle, ils restèrent tous muets, bouche bée, à fixer le tableau. Et ce qu’ils voyaient avait de quoi surprendre. Le voile sombre qui obscurcissait la scène depuis des siècles avait en effet disparu, laissant apparaître enfin la crucifixion que venait d’achever Umberto le jour où le Seigneur l’avait obligé à s’introduire dans la toile. Pourtant le tableau ne correspondait pas exactement à ce qu’avait peint le jeune Florentin.

Sur la partie gauche de la toile se trouvait un rocher au sommet duquel se dressaient trois croix. Deux hommes nus étaient attachés l’un sur la croix de gauche, l’autre sur celle de droite. Tous deux tournaient la tête vers la croix centrale, légèrement plus haute, sur laquelle avait dû être placé un condamné car on y devinait la trace d’une présence. Le corps pourtant avait disparu, remplacé par une lumière à la fois douce et aveuglante. L’un des crucifiés semblait interpeller cette source lumineuse et son regard brillait d’un éclat tel qu’on aurait juré y lire de l’espérance. L’autre était déjà mort mais en s’approchant de la toile on pouvait voir une sorte de sourire sur son visage émacié.

Au dessus du rocher se détachait ce qui pouvait passer pour une étoile. A mieux y regarder on pouvait reconnaître le satellite “Espoir”, anneau lumineux aux reflets multiples et colorés qui brillait dans le ciel comme pour attirer les regards vers les croix.

Sur la droite du tableau Thétis Khan dansait, filait à vive allure vers des groupes éloignés puis revenait vers le calvaire. Il sifflait une mélodie que reprenait un violoniste aux cheveux longs dont les vêtements portaient encore la poussière de la longue route de sa vie. La tête penchée, le musicien conduisait son archet dans une course folle sur les cordes de son violon.

Le reste du tableau, c’était un peu toute l’humanité qui se dirigeait vers le rocher. Au loin, tout à droite, Gotol Tuluk et sa tribu suivaient la route indiquée par Thétis Khan. H’umban les avait devancés pour s’approcher du calvaire, après avoir pris grand soin de faciliter leur chemin et d’isoler Rouarou, le grand dévoreur. Ils se sentaient un peu perdus au milieu de grands Africains qui marchaient en se déhanchant tandis que l’un d’entre eux rythmait le mouvement sur un balafon qui s’accordait à la mélodie du violoniste et de Thétis Khan.

Au centre de la toile passait Pietro Gozzoli qu’accompagnait un valet portant à bout de bras le portrait de Bellissima Feliccia. Le prélat courait toujours après le jeune Florentin. C’est qu’il avait la rancune tenace, le chapelain de la chapelle des Espagnols. Il était condamné à continuer de courir ainsi jusqu’à ce que des sentiments de pardon pénètrent dans son cœur. Quant au Duc Pazzani, il avait depuis longtemps oublié l’affront. Sans doute parce que la belle Bellissima, si elle avait eu la faiblesse de montrer son corps au jeune peintre, n’avait plus jamais failli dans sa fidélité au Duc son époux.

Certains personnages, bien que présents sur le tableau, échappaient au regard. C’étaient les habitants d’ “Espoir”, les descendants du germe d’espérance qu’Abban un jour, découvrira dans le satellite. Ils portaient la tenue virtuelle du futur sur laquelle glissaient les yeux sans s’y accrocher.

Enfin tout devant, juste au bord du tableau et se donnant la main, se trouvaient Umberto, Abban, H’umban et bien d’autres qui se ressemblaient. Et moi, Hubert, tout au bout de la chaîne. Le plus petit, le plus jeune.

Bien qu’Umberto eût répondu à ma place, c’est à moi que la voix avait demandé si j’étais en mesure de faire mon choix. C’est à moi qu’elle s’adressa quelques instants plus tard pour dire : “Puisque tu en connais suffisamment, va à présent, Hubert. Je te rends à la vie.”

 

° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° °

Dans le bureau de Gervais toute la famille était rassemblée devant le tableau.

René Félicien, alerté je ne sais comment, avait rejoint ce petit monde et murmurait : “C’est incroyable, vraiment incroyable…” Comble de la surprise, en regardant Felicity il fut frappé de sa ressemblance avec le visage de Bellissima Feliccia tel qu’il figurait sur le portrait que portait à bout de bras le valet de Pietro Gozzoli. Et il trouva ceci plus incroyable encore que tout le reste.

Quittant le tableau, je me retournai et souris à Umberto. Il faisait de grands signes dans ma direction comme s’il voulait me dire quelque chose. Mais je venais de sortir de cette toile dont j’avais partagé avec lui l’essence même, et sa voix ne me parvenait plus.

Cela fait des années que je regarde ce tableau dont j’ai hérité à la mort de Gabriel, et je m’interroge en vain sur ce qu’Umberto a cherché à me dire.

 

Jean-Michel Touche

 

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Commentaire de l’auteur

Sans doute trouverez-vous étonnant un conte de cette sorte en période de l’Avent. Rien à faire avec Noël, penserez-vous.

C’est voulu.

Ce conte a pour simple intention de nous ouvrir à une pensée différente de toutes celles auxquelles nous nous sommes habitués, à réfléchir sur le temps, sur l’espace, sur les différences, un peu comme pour nous nettoyer l’esprit, le vider de tout ce qui l’encombre, et nous permettre de nous approcher de Noël à jeun, si l’on peut dire, comme si nous en faisions enfin la découverte !

Celles et ceux qui ne partagent pas cette idée m’excuseront (j’espère…) Les autres se tourneront, tout ragaillardis, vers l’enfant qui va nous rejoindre dans quelques jours.

A tous, par avance, Joyeux Noël !


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ouche

LE TABLEAU RETOURNÉ (5)

Liens pour retrouver les épisodes précédents :

Episode 1 :  LA DÉCOUVERTE DU TABLEAU

Episode 2 : UMBERTO

Episode 3 : LE TABLEAU CHEZ GABRIEL

Episode 4 : VOYAGE D’UMBERTO DANS L’ESPACE ET DANS LE TEMPS

 

 

V

VOYAGE AU TEMPS DU SATELLITE ESPOIR

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Le soleil brillait au zénith quand la tribu s’ébranla. Thétis Kahn, qui savait tout depuis longtemps, s’efforçait de la conduire au rythme des plus lents pour la mener de l’autre côté des montagnes, là-bas, très loin, où elle découvrirait son humanité. H’umban avait deviné le sens de cet appel. Regardant les hommes et les femmes de sa tribu, il vit combien il était différent d’eux, et il comprit qu’en dépit de cela il les aimait.

                        ° ° °

Le vaisseau achevait les manœuvres d’accostage rendues délicates par le balancement rapide du sas dans lequel il devait se placer.

De loin l’équipage avait pu voir “Espoir”, un anneau monumental éclairé par le soleil, qui tournait sur lui-même dans sa course folle à travers l’espace. Le plus beau satellite jamais conçu par l’homme prenait tour à tour une couleur orangée, puis ocre, puis brune, pour virer insensiblement au bleu turquoise, au vert émeraude, enfin au jaune safran, selon le rythme des spirales que dessinait sa trajectoire incertaine.

Le commandant avait annoncé sur le panneau de contrôle que l’approche risquait d’être brutale, et rappelé les consignes de sécurité. Tirés de leur torpeur, les passagers, tous volontaires, avaient refermé sur eux leur combinaison de survie – mais quelle survie peut-on espérer en cas de collision et de projection dans l’espace et le temps ? – et avaient regardé le spectacle qui s’offrait à eux.

Après que le vaisseau eût lentement contourné “Espoir”, l’équipage et les passagers s’étaient extasiés devant la beauté des jeux de la lumière et de la nuit. Sur un fond largement tapissé d’étoiles, ils avaient vu l’anneau d’ “Espoir” se détacher en noir, à contre jour du soleil. Puis, au fur et à mesure de leur approche, le satellite avait pris des dimensions de plus en plus vastes, jusqu’au moment où les rayons du soleil en avaient caressé le cercle intérieur.

Abban, comme les autres, restait à présent silencieux, le cœur agité par un mélange d’angoisse et d’excitation. Lorsqu’il s’était porté volontaire pour l’expédition, on l’avait mis en garde contre tous les dangers de la mission, risques pour lui-même, risques pour les habitants d’Espoir s’il y en restait quelques uns, risques peut-être aussi pour les habitants de la terre, on ne savait pas trop. Mais il y avait au fond de lui une voix qui appelait, une voix qu’il entendait de plus en plus fréquemment. Lorsqu’il en avait fait mention devant la commission médicale chargée de trier les volontaires, le médecin chef s’était borné à sourire. “L’appel de l’espace, avait-il dit, vous savez…” sans achever sa phrase.

Oui, une voix d’enfant, lancinante, chavirante, qui appelait Abban par son nom

A cette même époque un étrange oiseau s’était introduit au plus secret de ses rêves. Ses plumes réfléchissaient la lumière en myriades d’étincelles qui se réunissaient pour former un cercle lumineux très semblable au satellite dans lequel le jeune homme allait à présent s’introduire.  L’oiseau revenait chaque nuit et recommençait son mystérieux ballet. Abban éprouvait alors une curieuse sensation de déjà vu, déjà vécu, quelque chose de furtif, d’insaisissable.

° ° °

Abban faisait partie du petit nombre auquel “Espoir” s’était adressé. Il lui avait été donné de connaître l’incroyable histoire de cette création virtuelle qui avait échappé à ses créateurs, les emmenant à la frontière de l’univers, aux confins de ces zones où la lumière n’avait plus accès.

“Espoir” le mal nommé s‘évadait au gré des fluides de l’infini, du temps et de l’espace. Il se perdait dans l’imaginaire, prenait ses racines dans le futur et se déplaçait en amont puis en aval du temps.

En amont et en aval du temps… C’est ainsi que s’exprimaient les hommes de science qui n’avait pas trouvé mieux pour parler de ce phénomène.

Car, voyez-vous, “Espoir” n’existait pas. Enfin… pas dans le sens que l’on entend habituellement quand on parle d’existence. Aucun livre, aucune base de données, aucune réserve d’archives magnétiques, aucune bibliothèque concrète ou virtuelle, ne possédait le moindre renseignement sur lui. On ne le connaissait pas, tout simplement.

Mais Dieu, prenant pitié du mal qui rongeait “Espoir”, avait frappé au coeur des plus fous comme des plus sensibles pour les alerter sur le drame qui se jouait – tout en les laissant libres d’intervenir ou non, comme à son habitude : attirer l’attention mais laisser libre.

 

Dans une période troublée du grand futur, un futur incroyablement éloigné des jours que nous vivons, des hommes et des femmes avaient décidé de créer un espace virtuel. Tout ce que la terre connaissait – il faudrait peut-être dire “connaîtra” –  d’intelligences hors du commun s’était lié dans cette aventure peu banale. Philosophes, hommes et femmes de science, penseurs de tous bords, ils s’étaient retrouvés pour former la plus prodigieuse concentration d’esprits jamais réalisée.

Ce qu’ils firent, ou plutôt ce qu’ils feront et comment ils s’y prendront, nul ne saurait encore l’expliquer dans l’état actuel de nos connaissances.

Toujours est-il qu’ils mirent au monde (comment le dire autrement ?) une “chose” d’une extrême beauté et d’un niveau technologique largement en avance sur leur propre époque. Pourtant “Espoir”, puisqu’ils l’avaient ainsi baptisé, “Espoir” n’existait pas. Il appartenait au monde virtuel.

Enivrés par leur création, atteints d’un narcissisme exubérant, les grands esprits décidèrent de se fondre au sein d’ “Espoir”… et de quitter la terre.

Rien de moins.

° ° °

L’anneau de lumière se désagrégea un soir d’automne, au moment où le soleil quittait l’horizon, emportant dans un flux irréel les grands esprits de son temps. Sans déclaration préalable, sans témoin. Les quelques familles qui habitaient la contrée isolée où les grands esprits avaient fait prendre corps à leur projet, s’étaient bien sûr étonnées de ne plus voir l’immense cercle de lumière, sur la montagne, en face de leur domaine. Sans trop chercher  à en savoir davantage.

“Espoir” s’était donc lancé dans une incroyable odyssée durant laquelle un fol orgueil s’empara de ses créateurs, jusqu’à les faire s’imaginer qu’ils étaient Dieu.

C’est à l’époque où, dans sa course incohérente, sorti du sens dans lequel s’écoule normalement la vie, “Espoir” allait revenir vers le soleil, que Thétis Khan vint troubler les nuits d’Abban. Rejoignons celui-ci au moment où il va quitter le vaisseau pour s’introduire dans le satellite.

 

L’équipage, invisible depuis le départ de la terre, avait manifesté son amitié aux volontaires en écrivant sur l’écran géant un énorme “Bonne chance”. La porte du vaisseau s’était ouverte sur l’ordre du commandant et les volontaires étaient sortis. Très rapidement le sas s’était refermé derrière eux puis le vaisseau avait commencé les manœuvres de départ.

Le responsable de la mission avait tout expliqué à l’avance. Chacun savait qu’il ne fallait pas s’éterniser dans le sas qui pouvait se rompre à tout instant. Ils ignoraient tout de ce qu’ils allaient découvrir et, comme avait dit le responsable, ç’allait être chacun pour soi et Dieu pour tous. A la manière de l’équipage du vaisseau, il souhaita bonne chance aux membres de la mission et déchira la protection du sas. L’aventure commençait.

 

Abban pénétra le dernier dans le satellite. Une curieuse impression s’empara de lui. Comme s’il connaissait déjà l’univers qu’il allait explorer. Il y avait… comment dire ? Il y avait à la fois tout et rien. Un paysage impressionnant, fait d’éclats de lumière et de sons cristallins, s’étendait d’un bout à l’autre de l’horizon. L’on apercevait la terre, entourée de son halo bleu célèbre dans toute la galaxie, mais comme réfractée par les angles d’un prisme, présentée en tranches successives. Abban ferma les yeux. A sa droite un membre de l’équipe, une femme, s’écria “Dieu que c’est beau”. Et elle disparut, comme engloutie par les éclats de lumière. Une cloche sonna. C’était étrange, cela ressemblait au glas qui résonne encore dans les campagnes lorsqu’on enterre un mort. Abban frissonna. Il chercha la femme et ne rencontra rien. Elle avait totalement disparu. Il pensa que c’était dommage car il l’avait trouvée sympathique durant la traversée de l’espace.

On l’avait pourtant prévenu lors de la mise en condition pour la mission : “Dites-vous que tout peut arriver, que nous ignorons tout de ce satellite. Nous ne savons même pas s’il existe vraiment. Nous ne décelons aucune trace de matière, qu’elle soit vivante ou inerte.”

“Ne vous attachez surtout pas à vos compagnons de mission. Ils pourraient se perdre et vous perdre avec eux.”

° ° °

Abban de nouveau ferma les yeux. Il les rouvrit, étonné, pour les fermer à nouveau. Surpris, il constata que le paysage qu’il découvrait lorsqu’il rouvrait les yeux était plus précis, plus complet que quelques minutes auparavant. Et qu’il ressemblait à ce qu’il venait d’imaginer. Il s’essaya plusieurs fois à cet exercice. Oui, c’était bien ça, les détails du paysage se dessinaient au fur et à mesure qu’il les rêvait. C’était comme si une énergie latente s’appuyait sur ce qu’il imaginait et concrétisait le tout dans les  moindres détails.

Abban se souvint de la maison de sa jeunesse. Elle prit forme aussitôt devant lui, aussi mal entretenue que par le passé. Il se dit qu’elle eût été plus belle avec un perron devant l’entrée principale. Immédiatement un perron se dessina. Et quand il voulut la revoir telle qu’elle était réellement, il n’y parvint pas. Il renouvela l’expérience à plusieurs reprises et constata qu’il ne pouvait jamais revenir en arrière : il pouvait créer, il ne pouvait pas supprimer. Et plus il pensait, plus le monde prenait forme sous ses yeux, les bâtiments se pressant les uns contre les autres.

Il s’efforça de ne penser à rien, mais plus il faisait d’efforts dans ce sens et plus les souvenirs remontaient de sa mémoire. Il n’osa bientôt plus regarder devant lui. Quand enfin il ouvrit les yeux, Abban se trouvait au centre d’une ville dont il connaissait tous les éléments puisqu’ils provenaient de sa mémoire. Mais avec le même degré de flou que lorsque l’on pense revoir dans sa tête quelque chose que l’on connaît bien. On l’appelle, on l’assemble, mais on ne voit pas sa réalité matérielle.

Abban cria. Le son de sa voix lui revint, rebondissant sur des millions, des milliards de cristaux lumineux. Au-dessus de lui, dans un ciel d’encre, il vit la terre. Cette fois elle apparaissait dans son entier, énorme boule sur laquelle se dessinait l’Amérique avec à droite une partie de l’Europe et de l’Afrique.

“Mon Dieu, pensa-t-il, Nous fonçons droit dessus.”

Un froissement d’ailes attira son attention. Il chercha d’où cela provenait et reconnut Thétis Khan, l’oiseau qui avait hanté ses nuits. Il était à présent mille fois plus beau que dans les songes.

Thétis Khan dessina des arabesques puis entreprit de partir sur la gauche. Il revint près d’Abban, fila de nouveau sur la gauche, et recommença plusieurs fois son manège, jusqu’au moment où Abban se décida à le suivre.

Une longue errance à travers l’irréel devait commencer. L’oiseau quitta la ville élaborée par Abban et vola longtemps, tout droit, au milieu d’éclats de lumière qui formaient des courants, des rivières de bleu, d’ocre, de vert. Lorsqu’ils se croisaient, formant des tourbillons, des pétales lumineux se mêlaient les uns les autres. Ainsi unis l’on eût dit qu’ils constituaient des grains de matière. Ils prenaient alors des formes diverses, bras qui se tordaient, se dressaient vers le ciel, océans dont la houle se mettait à murmurer  le chant du vent sur des vagues de plus en plus énormes. Ou bien cela semblait prendre vie, à la façon d’animaux étranges, terrifiants ou doux comme des biches.

Et puis tout se désagrégeait. Les éclats de lumière regagnaient le lit de leur torrent, une musique irréelle se mettait à danser autour d’Abban, comme si la vie succédait sous cette forme aux mouvements désordonnés de la lumière.

“Où suis-je ?” demanda Abban.

– Tu es dans la pensée des hommes,” répondit une voix, “et tu accomplis ton voyage dans l’espace et le temps. Souviens-toi, je t’ai naguère annoncé un long périple qui t’amènerait à découvrir le vrai sens de la vie. Aujourd’hui tu viens de pénétrer dans l’absolu de l’esprit. “Espoir” est encore incréé mais la lumière au sein de laquelle tu te déplaces est l’embryon de la pensée des hommes qui, un jour, dans très longtemps, créeront cet univers irréel. Leur pensée est déjà présente, ici, à l’état de promesse.”

– Mais que suis-je venu y faire ?

–  Y découvrir un germe d’espoir.

Abban, étonné, voulut prolonger la conversation, mais la voix ne lui répondit plus.

Ayant perdu tous ses repères, il ne savait plus depuis combien de temps il se trouvait dans le satellite. Bien qu’il eût à plusieurs reprises tenté de retrouver les autres membres de la mission, Abban restait seul avec ses pensées. Depuis sa conversation avec la voix, il tentait de les maîtriser pour s’efforcer d’imaginer ce que pouvait être ce fameux germe d’espoir dont lui avait parlé la voix.

 

– Viens.

Abban leva la tête. Thétis Khan dansait dans les airs comme il savait si bien le faire quand il voulait attirer l’attention de quelqu’un.

Rien ne pouvant plus maintenant le surprendre, Abban se redressa et le suivit. Sa marche ne ressemblait pas à celle qu’il avait faite auparavant. Il voyait maintenant le dessin d’une côte, le mouvement de la mer et le vol de ce qui ressemblait à des oiseaux migrateurs, un saule pleureur dont les branches retombaient sur une prairie parsemée de pâquerettes, des bouquets de fleurs dont le parfum sauvage parvenait jusqu’à lui.

Thétis Khan se mit à danser un véritable ballet, montant, descendant, s’approchant d’Abban autour duquel il tournait, puis repartant toujours vers le même endroit.

Arrivé à proximité de la côte, Abban vit au milieu des herbes folles que semblait caresser le vent, posé à même le sol, nu et criant, un petit d’homme qui gesticulait en mouvements désordonnés des jambes et des bras.

Interdit, il se baissa et prit l’enfant dans ses bras. C’était un tout petit enfant, un nouveau né, qui écarta les paupières comme pour regarder le visage d’Abban. Puis, laissant sa tête tomber sur l’épaule du jeune homme, ce magnifique germe d’espoir s’endormit doucement.

 

La suite dans quelques jours.

© Jean-Michel Touche

 

Liens pour retrouver les épisodes précédents :

Episode 1 :  LA DÉCOUVERTE DU TABLEAU

Episode 2 : UMBERTO

Episode 3 : LE TABLEAU CHEZ GABRIEL

Episode 4 : VOYAGE D’UMBERTO DANS L’ESPACE ET DANS LE TEMPS

 

 

LE TABLEAU RETOURNÉ (4)

Liens pour retrouver les épisodes précédents :

Episode 1 :  LA DÉCOUVERTE DU TABLEAU

Episode 2 : UMBERTO

Episode 3 : LE TABLEAU CHEZ GABRIEL

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IV

VOYAGE D’UMBERTO DANS L’ESPACE ET DANS LE TEMPS

 

Les experts envahirent la maison de mon grand-père. C’était à qui trouverait une explication. Vous dire ce qu’ils ont pu chercher, non, vraiment, c’est à peine croyable ! Gabriel finit par prendre la mouche et, contre l’avis de Suzanne, appela la police.

Un jeune inspecteur enregistra la déposition de mes parents et s’enquit de l’heure à laquelle j’avais disparu. Quand mon grand père, embarrassé, répondit qu’en fait je n’avais pas réellement disparu mais que je me trouvais pris dans le tableau, l’inspecteur commença par le faire répéter. Puis il fit “Ha ! ” Un “Ha !” qui voulait tout dire. Lorsque Suzanne, toujours en larmes, supplia “Aidez-nous à sortir le petit de là, je vous en prie” tout en pointant le doigt sur moi, enfin sur ma représentation dans le tableau, vous auriez ri en voyant la tête du policier. Il rangea son carnet dans la poche de sa veste et s’efforça de sourire en disant “Je comprends, je comprends…”

Felicity, dont je n’ai jamais douté qu’elle m’aimât comme son véritable enfant, résuma la situation en peu de mots, sans savoir à quel point elle s’approchait de la vérité : “Voilà, cet enfant dont nous ne connaissons pas l’origine est reparti vers un destin qui nous échappe.” Gervais l’attira vers lui et l’embrassa.

J’aurais voulu leur faire un signe, leur dire que je les aimais bien, me manifester. Mon voisin de tableau m’en empêcha. “Le dénouement approche, tu n’as plus le droit de dire quoi que ce soit” souffla-t-il.

 

Voyage au  temps  de  Gotol  Tuluk

Gotol Tuluk s’arrêta brusquement, aux aguets, les oreilles attentives, les yeux balayant l’horizon. Un bruit imperceptible venait de traverser la plaine, une manière de cri, de couinement, qu’il avait perçu en dépit du vent qui courbait les hautes herbes jaunes et faisait courir les nuages. Ça ne ressemblait pas au chant de l’oiseau de nuit ni à la mélodie du merle, pas davantage au rire de Hihitan, la hyène, ni au grondement Rouarou, le grand fauve dévoreur. Ce n’était pas non plus le bruit de la cascade lorsque l’eau vient se jeter du haut plateau pour rebondir en écume bruyante, beaucoup plus bas, et donner naissance à la rivière.

Ce n’était rien de tout cela, mais c’était un peu tout cela. Gotol Tuluk s’accroupit et demeura ainsi jusqu’au moment où le bruit recommença ; cela venait de plus près et ça se déplaçait. Le chef rejeta ses longs cheveux en arrière, les noua pour les empêcher de recouvrir ses oreilles, et resta tendu, à la foi craintif et curieux. Le bruit reprit. C’était un mélange de chant et de sifflement, un souffle grave qui se transformait en une sorte de roucoulement. Cela venait d’en haut. Gotol Tuluk s’écarta de l’arbre auprès duquel il avait cherché à se mettre à l’abri, et scruta le ciel.

L’oiseau dessinait de vastes cercles, plongeait vers les herbes qu’il frôlait toujours au même endroit, puis reprenait de l’altitude et recommençait son manège. Intrigué, le chef se dirigea en rampant vers l’endroit où semblait vouloir le conduire l’animal. Levant les yeux, il le distinguait mieux à présent.

Un oiseau de la taille d’une colombe, mince comme un colibri, bleu comme l’azur du ciel, avec quelques plumes nacrées dans les teintes or et rose, et un long bec noir, très fin, qui prolongeait harmonieusement l’élégance du corps.

– Je suis Thétis Khan, fit l’oiseau.

Le chef ne comprit pas. Son langage se composait essentiellement d’onomatopées auxquelles les parents de ses parents avaient commencé de donner un sens, et les sons que produisait l’oiseau n’évoquaient en lui aucun souvenir. Pourtant ça lui plut et ses craintes s’apaisèrent.

Thétis Khan dansait un véritable ballet, montait, descendait, s’approchait de Gotol Tuluk autour duquel il tournait, puis repartait toujours vers le même endroit.

Le chef suivit l’oiseau.

Arrivé à proximité de la rivière, il vit au milieu des herbes folles que caressait le vent, posé à même le sol, nu et criant, un étrange petit être qui gesticulait en mouvements désordonnés des jambes et des bras. Il était différent de tout ce que connaissait le chef qui avait cependant un grand savoir et qui pouvait reconnaître, à la simple odeur poussée par le vent ou à la façon dont les herbes avaient été piétinées, le passage du lynx, celui de Rouarou le grand dévoreur, la trace des grands singes qui tentaient parfois de s’approcher pour voler le feu de la tribu, ou encore le déplacement de Sitiss le serpent.

Cette petite chose ressemblait cependant aux enfants que ses femmes mettaient au monde au bord de la rivière. Mais aucune d’elles n’était mûre. Et cette petite chose étrange poussait des cris très différents de ceux des petits de la tribu, son crâne était aussi nu que le reste de son corps, il était entièrement rose.

Gotol Tuluk hésita tout d’abord, puis se pencha et le ramassa. Aussitôt l’enfant se calma, son corps s’apaisa et tandis que ses lèvres prenaient la forme d’un sourire, ses yeux se posèrent sur ceux de Gotol Tuluk et le regardèrent fixement. D’ordinaire on ne regardait pas le chef dans les yeux ; on s’inclinait devant lui et l’on regardait le sol. Aussi l’intensité du regard du petit bonhomme l’amusa-t-il car il ne savait pas ce qu’était le regard d’un homme.

 

Quand il revint dans la grotte tenant la petite chose dans ses bras, les guetteurs avaient déjà prévenu la tribu qui accueillit son chef avec respect et étonnement. Il déposa la créature devant les pieds de sa plus jeune épouse qui nourrissait encore son dernier, un gamin de trois ans au corps depuis longtemps couvert de poils, et lui fit comprendre qu’il fallait l’allaiter. Elle souleva doucement ce bébé si différent de tous ceux qu’elle avait vus jusqu’alors, et l‘approcha de son sein. L’enfant but goulûment, poussant par instants un soupir de satisfaction.  Une fois rassasié, il s‘endormit contre le sein qui venait de le nourrir, abandonné, heureux, une goutte de lait perlant à ses lèvres.

Toute la tribu se mit à rire et l’on recouvrit le corps du bébé de peur qu’il ne prît froid dans la nuit .

Les années passèrent, durant lesquelles l’enfant grandit. Il se distinguait par une adresse inhabituelle, un art consommé à parer les attaques, une véritable science de la chasse.

Par son aspect également.

H’umban – c’est ainsi qu’avait décidé de l’appeler Gotol Tuluk –  se tenait plus droit que ceux de la tribu, il les dépassait tous d’une demi-tête sans que le chef en prît ombrage. Lui qui d’ordinaire s’exprimait par des cris ou des taloches qu’il distribuait généreusement, lui dont personne n’aurait songé à discuter l’autorité, lui qui savait tout, il se faisait tout doux devant l’adolescent. Qu’ H’umban lui adressât un sourire, et c’était comme si Gotol Tuluk avalait une poignée de ce miel dont il raffolait et dont il faisait une consommation abondante lorsque le hasard le menait à proximité d’un essaim d’abeilles.

H’umban accompagnait souvent son père adoptif dans de longues chasses ou lors des expéditions de cueillette au cours desquelles la tribu ramassait toutes les gourmandises qu’elle rencontrait : fruits, baies rouges ou noires, fourmilières, termitières, insectes de toutes sortes dont les hommes se délectaient tandis que les femmes préféraient les fruits et que les plus forts, poussant régulièrement des cris terribles pour effrayer les fauves éventuels, veillaient sur la sécurité de tous.

Ils redoutaient particulièrement Rouarou, le grand dévoreur. Mais depuis l’arrivée d’H’umban, un nouvel allié avait pris l’habitude de se joindre à eux lorsqu’ils s’éloignaient tous de la grotte, et de donner l’alerte si Rouarou ou quelqu’autre prédateur manifestait sa présence. Thétis Khan se mettait à tourner sur lui-même, faisait entendre son cri si particulier pour attirer l’attention des guetteurs, et volait en cercles concentriques au-dessus de la zone où  se trouvait le danger.

Tout jeune H’umban avait compris le sens de ce ballet. Il l’avait dit au chef qui avait alors donné ses ordres.

 

Parfois Thétis Khan prenait son envol et partait vers le couchant. Il revenait ivre d’espace, comme pour inciter la tribu à le suivre, et repartait vers les montagnes derrière lesquelles chaque soir le soleil se cachait pour mourir.

– Il faut suivre Thétis Khan, disait alors H’umban.

Mais Gotol Tuluk ne voulait pas trop s’éloigner de la vaste grotte dans laquelle la tribu se savait en sécurité. Il prenait de l’âge à présent et ne souhaitait pas courir à l’aventure.

 

Une nuit durant laquelle tout son monde dormait, Gotol Tuluk se prit à réfléchir très fort. H’umban n’était pas de la tribu, nul ne le savait mieux que lui. Mais d’où venait-il ? Comment s’était-il trouvé là, dans les hautes herbes, et d’où venait l’oiseau couleur du ciel qui l’avait attiré auprès du bébé et que H’umban voulait suivre ? Pour où ? Pour quoi ? Et qu’y avait-il derrière la montagne ?

Gotol Tuluk se dit qu’il existait peut-être des dieux autres que le soleil et la lune. Peut-être H’umban était-il un envoyé de ces dieux, ou peut-être était-ce Thétis Khan dont le chant savait être si doux, certains soirs d’été, lorsque le ciel s’embrasait. Fallait-il quitter un territoire où l’on savait pouvoir vivre à peu près correctement à condition que l’on évitât Rouarou et Hihitan, pour aller vers des terres inconnues ?

Soudain le vieux chef s’aperçut que le feu allait mourir. S’était-il endormi ? Gotol Tuluk se sentait si fatigué, cette nuit, avec un poids si lourd sur les épaules ! Il se leva péniblement, prit deux branches qu’il posa sur les braises et souffla à petits coups pour redonner vie aux flammes assoupies. De l’autre côté des flammes qui recommençaient de danser, il vit le visage d’H’umban éclairé par le feu. H’umban sourit et parla longtemps avec Gotol Tuluk tandis que la tribu continuait de dormir.

Quand un nouveau soleil se leva sur la plaine, la décision était prise. On allait suivre Thétis Khan et voir où il voulait mener la tribu.

Les femmes ramassèrent les ustensiles qui leur permettaient de coudre les peaux, poussèrent devant elles les petits qui auraient encore voulu dormir. Les hommes emportèrent les longues lances de bois qu’avait fabriquées H’umban et qui devaient servir à écarter les animaux dangereux. Gotol Tuluk ouvrait la marche. A ses côtés avançait H’umban dont le vieillard venait de faire son successeur et qui dorénavant dirigerait la tribu. Gotol Tuluk l’avait annoncé avant le départ et personne n’avait rechigné. Le vieux chef était craint, le nouveau serait respecté et aimé, la vie de la tribu s’en trouverait bouleversée.

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La suite dans quelques jours.

© Jean-Michel Touche

 

Liens pour retrouver les épisodes précédents :

Episode 1 :  LA DÉCOUVERTE DU TABLEAU

Episode 2 : UMBERTO

Episode 3 : LE TABLEAU CHEZ GABRIEL

 

LE TABLEAU RETOURNÉ (3)

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Episode 1 :  LA DÉCOUVERTE DU TABLEAU

Episode 2 : UMBERTO

 

– III –

LE TABLEAU CHEZ GABRIEL

Suzanne commença par pousser des cris lorsque Gabriel, aidé de René Félicien, installa cette “affreuse toile” dans son bureau, au rez-de-chaussée de la maison.

– Mon pauvre ami, vous avez encore dû dépenser une fortune pour cette horreur.
– Pas du tout, ma chère. Tenez-vous bien, Monsieur Félicien nous l’offre.
– Gabriel, je vous en prie, enlevez ce tableau de cette maison. Il me met mal à l’aise. Je suis incapable de vous dire pourquoi, mais je suis certaine qu’il va nous amener des tas d’ennuis.
– Suzanne, enfin !

Ma grand-mère en larmes quitta le bureau, laissant Gabriel fort marri et René Félicien, qui avait cru faire plaisir, bien embarrassé.
Gervais et Felicity son épouse furent mandés pour donner leur avis… que prudemment ils évitèrent de faire connaître. Il ne restait que moi, Gabriel me fit donc appeler.
Mon grand père commença par me regarder puis regarda le personnage à gauche du tableau, tourna de nouveau les yeux vers moi.

– Il n’y a pas quelque chose qui vous frappe ? demanda-t-il à René Félicien.
– Sidérant… murmura le bonhomme. Sidérant…

Ils n’ajoutèrent pas un mot et se contentèrent de me regarder. Pour ma part je fixai le tableau et me mis à trembler. Felicity, qui se tenait près de moi, passa son bras autour de mes épaules et dit à mon grand-père, avec ce restant de délicieux accent anglais qui donnait tant de charme à ses propos, “Ce tableau lui fait peur.”

– Vous ne remarquez rien? interrogea Gabriel.
Apparemment Felicity ne comprenait pas ce que voulait dire Gabriel, pas plus que Gervais qui répondit sèchement à son père “Felicity a raison, tu vois bien que ce tableau lui fait peur.”

– C’est vrai ? me demanda Gabriel.
– Non, je n’ai pas peur. Mais je sais où c’est, j’y suis déjà allé.
– Hubert, cesse de dire des âneries, s’écria Gervais que toute cette histoire énervait.

° ° °

Le soir venu je quittai silencieusement mon lit et descendis dans le bureau sur la pointe des pieds. Ce que je découvris était conforme à mon attente : tandis que la maison dormait, le tableau prenait vie. Dans la nuit, des lampes s’allumaient par ci par là, au milieu de la foule en procession d’où sourdait la rumeur d’un peuple en marche.

– Hubert, appela une voix, Hubert viens vite. La boucle est bouclée.
Je m’entendis répondre “Pas encore, c’est trop tôt. Je viens à peine de commencer, ici.”
– Ça ne fait rien, reprit la voix, Il est vraiment temps. Tu vas bientôt devoir choisir.

Un sentier de terre s’ouvrit devant moi, que la lune éclaira faiblement. Cela ne me surprit pas outre mesure, je m’y avançai et me fondis peu à peu dans la foule du tableau.

– Ta place est ici, viens.” dit la voix. Une main attrapa la mienne. Nous longeâmes les hommes et les femmes qui descendaient vers le rocher et prîmes place à gauche de la toile.

° ° °

Le lendemain matin, lorsque Felicity qui me cherchait partout eut l’idée de venir dans le bureau, elle s’évanouit. Gabriel qui l’entendit tomber, se précipita et la fit revenir à elle.

– Regardez, là… là…

Gabriel leva les yeux vers le tableau et poussa un cri avant de déclarer, comme un aveu auquel se serait mêlé une pointe délicate de satisfaction, “J’étais certain que quelque chose d’extraordinaire allait se produire.” Et il regarda la toile dans laquelle je me trouvais à présent, donnant la main au personnage de gauche dont le regard, autrefois égaré vers quelque chose ou quelqu’un d’absent, se posait à présent sur moi : il m’attendait, c’est sûr !

Suzanne voulut savoir ce qui se passait. Aussitôt entrée elle fondit à en larmes, ce qui devenait chez elle une habitude. Gervais, alerté à son tour, arriva immédiatement et ne put que constater la chose.

Quant à moi, tous ces mouvements me donnaient le fou rire et j’aurais volontiers fait de grands signes à ma famille si le personnage qui se tenait près de moi ne m’avait envoyé de sévères coups de coudes dans les côtes en soufflant “Tais-toi, le moment n’est pas venu.”

 

– IV –

LE TABLEAU MASQUÉ

Le duc Pazzani,  homme de grande stature, officier général des troupes à cheval, avait retenu le meilleur peintre de Florence pour le portrait de sa jeune épouse. Il voulait quelque chose de remarquable, du jamais vu, un tableau qu’il avait l’intention mettre sur un grand chevalet au centre du salon, dans le château qu’il occupait depuis la disparition de ses parents emportés lors de la dernière épidémie de peste.

Le duc, éperdument amoureux de Bellissima Feliccia la bien nommée, avait naturellement porté son choix sur Umberto dont la renommée dépassait désormais les limites de Florence.

° ° °

Entre le jeune peintre et la belle Bellissima, on peut dire que le courant passa. Et même qu’il passa très fort !..
Le duc voulait du jamais vu, il allait être servi !
Présent lors des premières séances de pose, il dut quitter précipitamment Florence pour se porter au devant de troupes irrégulières qui menaçaient de piller la province. Umberto mit à profit cette période de liberté et réalisa une œuvre fort belle, qu’il eût été cependant difficile pour le duc de montrer à ses amis. Elle représentait en effet Bellissima de face, belle, évidemment, maisdans le plus simple appareil…

C’est au cours d’une des dernières séances de pose qu’était venue à Umberto cette brillante idée, et que se produisit ce dont le jeune Florentin devait par la suite se confesser auprès de Pietro Gozzoli.

° ° °

Comment le portrait arriva devant la demeure du chapelain, nul ne saurait l’expliquer. Toujours est-il que ses serviteurs vinrent cogner à la porte de sa chambre pour lui annoncer la nouvelle : Bellissima, vêtue de sa seule pudeur, se tenait debout en plein milieu de la rue, face à l’hôtel du prélat. Enfin… pas la jeune femme elle-même mais son portrait. Le scandale n’en était pas moins grand.

Le sang de Pietro Gozzoli ne fit qu’un tour. Cet Umberto était le diable soi-même ! Puisqu’il en était ainsi, on allait voir ce que l’on allait voir. Négligeant pour une fois l’ordonnancement des ses vêtements, le prélat se précipita hors de chez lui et se dirigea tout droit vers la demeure d’Umberto, suivi par ses gens qui s’efforçaient de le suivre car il marchait bon train malgré son embonpoint, vitupérant contre ce mécréant, ce fils de rien, cette âme perdue, ce suppôt du diable, ce ceci, ce cela… Son chapelet d’injures ne prit fin que lorsque le gros homme fut arrivé devant la petite maison du peintre.

Las ! Il eut beau tambouriner, appeler, crier, exorciser, la porte resta close, Umberto avait disparu.

Pas tout à fait.

Toute la ville, informée de l’infortune du duc Pazzani, se trouvait à présent dans les rues. Florentins et Florentines criaient à qui mieux mieux, les uns outrés par le tableau d’Umberto (mais curieux de le voir et lents à s’en aller tant était belle la belle Bellissima), les autres ravis du bon tour joué par ce grand jeune homme encanaillé dont ils riaient des aventures. Seuls les ânes restaient sans braire parce qu’on ne s’occupait pas d’eux et qu’ils trouvaient ça plutôt bien.

Mais d’Umberto… pas le moindre signe !
Ni à son domicile, dont les gens d’armes, bien décidés à le saisir et à lui frotter consciencieusement les côtes, forcèrent la porte,  ni dans son atelier que l’on parcourut en tous sens, mettant les toiles sans dessus dessous et gâchant les pâtes qui lui servaient à peindre, ni dans les estaminets, tripots, tavernes, bistrots et bistroquets ou autres gargotes, ni chez les nonnes (on y alla voir, on ne sait jamais avec pareil débauché). Pas plus d’Umberto que de diable dans la poche d’un cardinal : le Florentin  demeurait in-trou-vabilé. (à prononcer avec l’accent italien, ça sonnera lieux.)

Personne ne daigna s’attarder devant cette toile curieuse, très sombre, recouverte d’une sorte de vernis foncé, que l’un des hommes bouscula et faillit renverser. Pourtant si l’un quelconque des poursuivants avait jeté un regard sur la grande œuvre que le jeune peintre venait d’achever, il n’eût pas manqué d’être surpris.

° ° °

Revenons un peu en arrière, au moment où le portrait si scandaleux de Bellissima Feliccia quitta mystérieusement l’atelier.

Le Seigneur réveilla Umberto et lui passa, si l’on peut s’exprimer ainsi, un sacré savon. Umberto se conduisait comme un imbécile, gâchait les dons qui lui avaient été donnés à sa naissance, choquait le monde par sa conduite – ou plutôt son inconduite.

– Mon Dieu, tenta de répondre le jeune homme, si vous m’avez donné le talent de peindre, c’est bien pour que je reproduise ce qui est beau.
– Fais attention que l’impertinence n’aggrave pas ton cas, Umberto.
– Seigneur, je n’ai pas cherché à vous offenser.
– Alors, Umberto, tu as sciemment évité de te poser la question.  Ce que tu as fait, ce n’est pas bien, ni pour Bellissima, ni pour son duc de mari.
– Pourtant…
– Écoute, Umberto, ne pérore pas sans cesse. Je t’ai fait libre, comme tous les hommes, et tu peux librement choisir de te tourner vers moi ou de chercher un autre maître. Pour que tu sois en mesure de faire ton choix librement, je vais t’envoyer faire un grand voyage dans le temps et dans l’espace. Tu verras des tas de choses, des tas de gens, des tas de situations différentes les unes des autres. Lorsque tu connaîtras suffisamment le monde et que tu auras compris le sens de la vie, alors tu pourras choisir. Librement car je ne voudrais pour rien au monde t’influencer dans ta décision. Comment serais-je heureux si je t’obligeais à m’aimer ? C’est ça la liberté, Umberto, la liberté d’aimer ou de tourner le dos.

Le Seigneur s’interrompit, approcha Umberto de la grande toile et dit :

– Maintenant entre dans la scène que tu as créée, et ouvre bien les yeux et les oreilles.
– Mais, Seigneur !..

Umberto se trouva propulsé dans son tableau, à gauche devant le rocher, et la toile s’obscurcit aussitôt.
– Seigneur !! hurla Umberto.

Le Seigneur ignora l’appel du jeune Florentin…

 

La suite dans quelques jours.

© Jean-Michel Touche

 

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Episode 2 : UMBERTO

 

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DANS L’ATTENTE DE NOËL !

Chaque jour, sur cette page et sur Facebook, une ou plusieurs photo(s) de Noël

Si vous aimez, n’hésitez pas à partager ces photos avec vos amis.
Plus nous serons nombreux à les regarder, plus nous serons nombreux à fêter dans la joie la NAISSANCE DE JÉSUS !
Que nous nous connaissions ou pas, IL  est venu pour nous tous.

Photo du 5 décembre

La dame depuis sa fenêtre : « Il paraît qu’on attend un nouveau-né ?
C’est pour bientôt ? »

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.Photo du 6 décembre

La foule, très excitée :

« Oui, il paraît qu’il va y avoir une naissance, mais on ne sait pas où ni dans quelle famille. Peut-être des nomades ? C’est ennuyeux pour eux, tous les hôtels sont pleins !
Si le petit naît dans la rue, ça ne sera pas marrant pour les parents. Pour lui non plus, d’ailleurs. »

 

Photos du 7 décembre
La foule (suite) : « C’est vrai, chaque année on nous l’annonce. Mais pas pour aujourd’hui. Ça serait plutôt vers la fin du mois. »

Photo du 8 décembre

L’annonce de cette naissance à venir est une joie pour tous. Certains la chantent.

Photo du 10 décembre

Tiens, vous entendez ? On dirait qu’une musique vient du ciel ! C’est surprenant, vous ne trouvez pas ?

Photos du 13 décembre

Un peu partout, l’excitation commence à frétiller. Que va-t-il donc se passer ? On dirait qu’une musique vient du ciel, c’est entendu, mais pourtant certains affirment que l’amour ne vient pas du ciel. Alors il faudrait sortir ?

Photos du 16 décembre

A droite et à gauche – non, ce n’est pas politique – on sent bien que ça s’agite.

Photos du 18 décembre

Un peu partout, on bouge. C’est bientôt Noël, tout de même. Pas n’importe quoi.
– Peut-être, disent certains, mais c’est quoi exactement, Noël ?
Et ils cherchent, d’un côté puis d’un autre, des éléments susceptibles d’apporter réponse à leur question.

Non, la réponse ne se trouve pas là.

Là non plus !

Alors, où est-elle ?

Photos du 18 décembre

Un peu partout, des femmes et des hommes cherchent, attendent, se préparent !
Regardez.

Et même…

Alors, à suivre ?

Photos du 23 décembre

Indiscutablement, on s’agite partout !
Cette naissance, ce doit vraiment être quelque-chose pour remuer tant de monde !

Même les bêtes s’interrogent.
C’est vous dire ! ! !

Quant aux futurs parents, il suffit de les regarder pour deviner qu’il va se passer quelque chose d’extraordinaire.

A suivre, mais très vite !

24 décembre

NOËL

Tu es enfin là, Divin Enfant !

Femmes et hommes de tous âges, depuis les plus jeunes enfants jusqu’aux ceux dont les années s’accumulent, vivez un moment de Joie. Pas uniquement grâce à des invasions de cadeaux, de champagne ou de foie-gras, mais avec au moins un petit temps de réflexion.
Sur Dieu pour les croyants. Pour ceux qui ne le sont pas, sur l’existence qui reste mystérieuse même si la science nous ouvre de plus en plus de nouvelles portes par les nouvelles découvertes.

Aujourd’hui, « un enfant nous est né, un fils nous est donné ».

Qu’à tous il donne espérance, amour et profonde joie intérieure.

La crèche que vous pouvez voir ici vous propose de fermer les yeux quelques minutes après l’avoir regardée, juste pour laisser s’épanouir cette espérance, cet amour et cette joie intérieure.

JOYEUX NOËL POUR TOUS.

 

 

 

 

Photos © Jean-Michel Touche

 

 

 

 

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