Pourquoi ce Blog ?

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Lieu d’information et de discussion, ce blog a pour seule ambition d’inciter à réfléchir et échanger des idées. . . et parfois à agir !

Vous y trouverez plusieurs catégories de contenu :

–  Croire : articles abordant le thème du divin, croire ou ne pas croire, l’espérance, la religion…

Société  : grands et petits problèmes de la Société,  la précarité, des moyens pour s’en sortir… et toutes les idées que nous pouvons développer ensemble sur ce sujet…

– Photos : photos sur le blog et liens avec des galeries hébergées hors du blog

– Evénements : Annonce de concerts, signatures, rencontres et tous autres événements

Voir, lire, écouter :  coups de cœur nouveaux ou anciens, livres, films, œuvres qui peuvent nous émouvoir ou nous agacer, textes qui contribuent à construire l’être humain.

Contes : Publication en ligne de contes et autres textes

– Divers : pour tout autre sujet inclassable ci-dessus.

Vos commentaires seront les bienvenus dans la mesure où ils respecteront les règles normales de bienséance. Seront rejetés tous les commentaires porteurs de haine raciale, politique ou religieuse, de polémique ou de pornographie.

Jean-Michel Touche

Le mystère du soleil froid

Avec Le mystère du soleil froid, Brunor ouvre sa collection « Les Indices Pensables », enquête sur Dieu !

Bigre ! Une enquête sur Dieu en BD ? Il n’y va pas de main morte, l’artiste.

Derrière les images que cet illustrateur de talent nous fait découvrir au fil des pages, le récit commence à la manière d’une BD classique, avec les représentants des grandes civilisations qui s’interrogent sur le soleil et s’apprêtent à le diviniser…

…jusqu’à l’apparition d’un petit bonhomme qui va tout remettre en question.

Alors, l’ouvrage bascule. Parce que, sous le couvert de cette enquête bon enfant, c’est une réflexion profonde qui commence. Et comme l’annonce la 4ème de couverture, « ce livre transmet à chacun des informations vérifiables, qui sont autant d’indices pour alimenter une pensée personnelle. »

Le mystère du soleil froid

Editions du Jubilé,  48 p., 13€

Invictus (un grand Clint Eastwood)

Invictus est le titre d’un poème de l’écrivain britannique William Ernest Henley, dont la lecture, jour après jour, aida Mandela à vivre durant les vingt sept années qu’il passa en prison.

Le sujet : 1994 – Libéré depuis quatre ans, Nelson Mandela est élu premier président noir de l’Afrique du Sud. Bien que le régime de l’apartheid soit officiellement aboli depuis 1991, le pays reste profondément marqué par la ségrégation raciale.
Mandela va faire le pari que la coupe du monde de Rugby, qui doit se dérouler en 1995 en Afrique du Sud, peut servir la cause de l’union nationale. Une complicité va se créer entre lui et François Pienaar, le capitaine de l’équipe des Sprinboks. Déjouant les pronostics des chroniqueurs sportifs, les joueurs, de plus en plus « impliqués » dans le challenge, vont donner la victoire à leur pays.

Evidemment, pour voir ce film, il est préférable d’aimer le rugby qui tient vraiment ici le devant de la scène !

Au-delà de l’interprétation remarquable des acteurs(1) et de la sensibilité du réalisateur (notamment la scène de l’enfant et des policemen, dans un quartier de la ville, pendant que se déroule la finale), on se prend à rêver. Et si enfin, un jour, les hommes parvenaient à se regrouper pour vivre ensemble, pour bâtir non pas une nation, comme on y assiste dans INVICTUS, mais l’humanité toute entière !

Faut-il absolument des MANDELA ou des GANDHI pour réaliser ce qui ne devrait pas être seulement un rêve d’idéaliste ? Ne possédons-nous pas, chacun d’entre nous, les qualités nécessaires pour apporter notre pierre à la construction d’un monde juste ?
C’est le genre de questions qui arrive naturellement à l’esprit après avoir vu ce film, même si l’on n’est pas un fervent supporteur de rugby.

(1) Morgan Freeman, collant remarquablement au personnage de Nelson Mandela, mais aussi Matt Damon dans le rôle du capitaine des Springboks, et l’ensemble des seconds rôles.

QUAND LA SNCF PREND SES CLIENTS POUR DES IMBÉCILES

LES FAITS

1 – ACHAT D’UN BILLET ALLER/RETOUR

Devant participer à un Salon du Livre à Dijon, le samedi 9 décembre dernier, j’achète sur le site Internet de la SNCF, le 25 novembre un billet aller/retour, départ le matin à 7h57, retour le soir à 20h25.

Ayant plus de 60 ans mais n’ayant pas de carte de réduction, je renseigne « 60 et+ » dans la partie « Profil du passager » sur le site internet, et ne sélectionne pas la carte Senior+ dans la partie « Carte et Abonnement ».
Je règle la somme de 111€ (67€ pour le trajet Paris-Dijon et 44€ pour le retour).
Entre parenthèses, si on cherche à comprendre les tarifs de la SNCF, il faut se lever de bonne heure !
Le même jour à 10h02 je reçois du site Internet de la SNCF un e-mail de confirmation de ma commande ( cf : Mail réponse SNCF 25 novembre)   ainsi que la référence de mon dossier RBECZL . Comme vous pourrez le constater, il y est mentionné « 1er passager (60 ans et +) » mais il n’y est nulle part fait mention d’une carte senior.

 

2 – MODIFICATION DE TRAIN POUR LE RETOUR

– Le salon s’achevant plus tôt que prévu, je vais à la billetterie de la gare de Dijon et demande s’il est possible de prendre un train partant plus tôt que 20h25.  L’agent, après avoir vérifié s’il restait des places, me dit que c’est en effet possible, mais que je dois payer un supplément de 16€. Ce que j’accepte.
Une fois le règlement effectué, il me donne le reçu de carte bancaire de 16€  et un billet pour le train de 19h02, qui porte la même référence de dossier que le billet que j’avais acheté le 25 novembre, preuve qu’il s’agissait bien de l’échange de mon billet retour…
… Sauf que sur le billet est inscrit cette fois « présenter carte Senior + », ce que je n’avais pas remarqué car je me suis rendu immédiatement sur le quai (quasiment sans éclairage), le train n’allant pas tarder à arriver. Je n’ai regardé que le numéro du wagon et celui de ma place assise, ne me doutant pas une minute que le billet portait cette mention, puisque je n’ai pas de carte senior.

–  Durant le trajet, une contrôleuse vérifie les billets. Je lui remets celui que j’ai pris par internet ainsi que le nouveau. Elle me demande ma carte senior. Étonné, je lui réponds que je n’en ai pas, et que si j’en avais eu une, j’aurais payé mon billet initial avec une réduction, ce qui n’était pas le cas. Elle me demande alors de payer une somme supplémentaire (je ne sais plus exactement combien), ce que je refuse puisque j’ai déjà un billet Dijon-Paris et que j’ai réglé en plus la somme de 16€  qu’on m’a demandée (montant pour lequel je lui montre le reçu de carte bancaire).
La contrôleuse ne veut rien savoir, m’accuse d’infraction et me dresse un procès-verbal que je refuse de payer, estimant être dans mon plein droit.

Le 12 décembre, je reçois de la SNCF par e-mail un Justificatif de voyage étonnant. Le trajet Paris-Dijon correspond au billet que j’ai pris par internet (67€), sans mention d’une carte senior. Par contre le trajet Dijon-Paris indique l’heure du nouveau train (19h02), un prix de 45€ et mentionne « Carte Senior + en cours de validité à présenter à bord du train ». Ces 45 € ne correspondent pas aux différents paiements qui m’ont été demandés.
En outre, comment aurais-je pu faire, le même jour, un aller sans carte de réduction et un retour avec carte ?

 

3 – EN QUOI CONSISTE L’INFRACTION DONT ON M’ACCUSE ?

Je ne le saurai sans doute jamais ! Aucun des services auxquels je me suis adressé n’a été capable de me le dire
La réponse que je reçois (que vous pouvez lire en cliquant sur mail du 29 décembre ) n’explique absolument pas en quoi j’ai commis une infraction, et se contente de la confirmer. Même chose pour le mail rédigé le 5 janvier par la SNCF et envoyé le 8 ( Mail réponse SNCF 8 janvier  ).
Vous remarquerez que ces mails s’intitulent  « NePasRepondre_SNCF« , qu’aucun agent n’indique son nom mais uniquement son prénom (pour vivre heureux vivons cachés…), et que personne n’explique en quoi tient l’infraction, se contentant de la confirmer. Comme preuve d’infraction, c’est tout de même un peu léger !

Entre-temps, le 30 décembre, voyant que personne ne veut répondre à mes questions, je règle le procès-verbal (122 €) afin d’éviter une escalade, car la SNCF navigue dans son train-train quotidien sans aucune attention pour ses clients. Du style « Ferme-la et paie! ».

Désirant comprendre tout de même ce que l’on me reproche, j’ai écrit au président de la SNCF (lettre recommandée avec A/R) en lui demandant de m’expliquer mon infraction ou, s’il n’y avait pas d’explication, de me faire rembourser mes 120 €. Je savais qu’il ne répondrait pas lui-même, mais je pensais (parfois on se trompe) qu’il donnerait ma lettre à un de ses services en le chargeant de me répondre.

Eh bien, non ! Ma lettre a été reçue le 19 janvier (date de l’accusé de réception), à ce jour (un mois plus tard) je n’ai reçu aucune réponse.

Peut-être existe-t-il, en fait, une infraction : celle de ne pas relire de fond en comble un billet émis par la SNCF. Voilà sans doute un type d’infraction imaginé par cette société.

En tout cas, si vous avez lu ce récit en tous points véridique, faites attention à vos retours si vous devez changer de train. Cela pourrait vous coûter cher !

 

Jean-Michel Touche
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LA TERRE FRANÇAISE DOIT RESTER FRANÇAISE

Parmi le lot d’informations que l’on reçoit chaque jour, certaines retiennent l’attention tandis que d’autres s’évaporent presque aussitôt, en dépit de leur importance.

L’achat de terres agricoles n’est pas une nouveauté. Mais le niveau atteint devient alarmant.

Franceinfo (22.11.2017) : Après l’Indre, des investisseurs chinois acquièrent 900 hectares de terres dans l’Allier ,
Les Echos (23.11.2017) : Les Chinois continuent de grignoter des champs français,
Le Figaro (2.02.2018) :  Dans l’Allier, l’achat de 900 hectares de terres par un Chinois fait grincer des dents, etc.

« Dans le canton de Chevagnes, un homme d’affaires chinois a discrètement racheté plusieurs terres agricoles, suscitant l’incompréhension et l’agacement des exploitants locaux. L’opération relance le débat sur la souveraineté alimentaire de la France, et la lutte contre l’accaparement des terres. » indique Le Figaro en introduction de son article.

Très intéressants, les articles référencés ci-dessus (ils ne sont pas les seuls) nous apprennent beaucoup de choses. Notamment l’objectif de Keqin Hu, un homme d’affaires chinois : « mettre les céréales françaises sur les tables chinoises. » Et grâce à qui ? Un homme d’affaires français, Marc Fressange, et son entreprise consacrée à la vente de produits français à la Chine.

Au détriment de qui ? Des jeunes agriculteurs français qui voient nos terres accaparées par des sociétés chinoises. Or, souligne La France Agricole (voir son site) « La majorité de ces accaparements se fait via des investisseurs français. »

 

Que les Français puissent produire sur place puis vendre ces produits à des acquéreurs étrangers, pourquoi pas ? Mais vendre nos terres, c’est l’un des plus grands dangers que l’on puisse courir. Imaginons que, par souci de s’enrichir (le souci de l’argent est pour certains une véritable drogue !), quelques sociétés françaises vendent ainsi, de la façon la plus discrète possible, des milliers d’hectares à la Chine. D’où viendra ensuite la nourriture de notre pays ? On la verra s’en aller, emportée par d’énormes containers.

Le gouvernement doit prendre des mesures l’interdisant totalement. C‘est une nécessité absolue pour maintenant et les générations à venir.

Chaque pays doit rester propriétaire de ses terres. Il peut les louer en cas de besoin ou en cas d’impossibilité des les cultiver, mais avec un temps déterminé à l’issue duquel il les récupérera.

LA TERRE FRANÇAISE DOIT RESTER FRANÇAISE !

VOYEZ COMME CETTE TERRE EST BELLE, CONSERVONS-LA

 

LA VENDRE ? MÊME LES CANARDS S’ Y OPPOSENT

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Texte et photos © Jean-Michel Touche

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Mercredi 7 février : soirée mode maraude… mais pas tout-à-fait

 

Soucieuse de proposer un abri aux personnes de la rue en cette période de Grand Froid, la mairie du 16ème a ouvert ses portes de nuit à partir de mardi soir pour proposer aux SDF un accueil nocturne jusqu’au dimanche 11 février.

C’était une excellente idée qui a mobilisé la Croix-Rouge, Aux Captifs, Le Samu Social, relais efficace de l’action, des maraudeurs de Saint-Honoré d’Eylau et une dizaine de Notre-Dame de Grâce, peut-être d’autres également.
Pour notre part, la Conférence Saint-Vincent de Paul de la paroisse a également pris en charge de la nourriture afin de permettre d’offrir de quoi dîner aux sans-abri qui viendraient.

Excepté le jeudi soir où 9 personnes ont répondu à l’invitation qui leur était faite, peu de SDF sont venus. Le mercredi soir nous étions trois membres de notre équipe de maraude pour un seul sans-abri (plus un second arrivé entre 23h30 et 24h00, reçu par les deux agents de sécurité de la mairie). Le samedi, trois sans-abri. Les autres soirs, j’ignore le nombre.

Pourquoi si peu de personnes en grande précarité ont accepté l’invitation qui leur était faite.

Sans certitude, voici plusieurs raisons possibles.

Tout d’abord, les SDF ont souvent avec eux d’encombrants bagages, leur richesse, qu’ils ne peuvent pas transporter facilement. Ensuite, s’ils ont réussi à trouver un endroit qui leur convient pour dormir et où ils se rendent chaque nuit, ils craignent, en leur absence, de se le faire prendre, et donc de le perdre.

 

Mais le troisième point, le plus important peut-être, tient à eux-mêmes. Leur vie est ainsi faite, soit en raison de leur caractère, soit en raison des épreuves qu’ils ont vécues et leur expérience de la vie : quelque chose se bloque en eux dès qu’il leur est proposé d’entrer dans ce qu’on pourrait appeler « une vie plus normale ». Perte de confiance en eux ? Gêne provoquée par leur situation ? Peur de ne pas savoir comment agir et réagir dans un « monde » qu’ils ne connaissent pas ou ne connaissent plus ? On peut s’interroger !

Mais revenons à la soirée de mercredi.

Peu après notre arrivée, passage de l’équipe de la Croix Rouge. Ces jeunes sont formidables, ils ont toujours le sourire ! Ils passent nous voir avant de repartir sur les chaussées enneigées et glissantes, pour tenter de convaincre les sans-abri que la salle Marie de Reigner, c’est mieux que le froid glacial de la rue.  Même chose avec Jean-Pierre, de Saint-Honoré d’Eylau, qui n’aura pas plus de résultat que la Croix-Rouge. Dommage. En tout cas, notre jeune Gambien dort dans l’un des lits montables et démontables apportés par la Croix Rouge, après que nous ayons parlé un bon moment avec lui. Il est bien, il se repose, tant mieux.

On pourrait être déçu de n’avoir pas beaucoup de monde ? Ce n’est pas le cas de notre trio. L’important, c’est d’être là, prêts à accueillir des personnes en grande difficulté. L’essentiel n’est pas « le résultat » (encore qu’il soit évidemment très important). L’essentiel est la présence et la disponibilité pour partager avec ceux qui n’ont rien, lorsqu’ils viennent ou lorsqu’on va vers eux.

L’essentiel est que ces personnes sachent, quand on se trouve avec elles, qu’elles sont reconnues, estimées, et que nous avons de l’amitié pour elles (car souvent nous nous attachons aux SDF que nous voyons.)

Pensons au Bon Samaritain et imaginons une suite à cette parabole : après s’être occupé comme il l’a fait d’un homme que des brigands avaient violemment frappé pour le dévaliser, peut-être est-il allé regarder dans le coin, chaque fois qu’il y est passé par la suite, pour s’assurer qu’une autre victime n’avait subi le même sort. Sans doute n’a-t-il trouvé personne. Encore une fois, pas d’importance. L’essentiel, dans cette hypothèse, est qu’il y soit allé au cas où…

 

Un mail inattendu

A la fin de notre demi-nuit à la mairie,  à peine revenu, voici un mail inattendu : « En rentrant, je suis tombée sur  José couché par terre rue de la pompe (pas très loin de Gerson), torse nu, devant une bouche de chaleur. Il était tout souriant et  je lui ai laissé une de mes boites de vache-qui-rit. Je lui ai expliqué en vain qu’il pouvait aller dormir à la mairie et il m’a seulement répondu que le Samu passait. Je ne sais vraiment pas ce que l’on peut faire… »

Torse nu dans la rue, alors que la température vacille entre 2 et -2 ! Et rien à faire pour l’aider. C’est « niet » en permanence, avec sourire à l’appui.
Pourtant, et là on peut se poser des questions, trois nuit plus tard, alertés par une personne de l’association Aux Captifs la Libération, les pompiers viennent, l’invitent à venir dans leur véhicule… et il y monte, de lui-même.

Curieuse existence que celle de José, devant laquelle nous nous posons sans cesse la même question : que faut-il faire ? Et pourquoi subitement, lui qui refuse tout en prétextant n’avoir besoin de rien, est-il monté dans la véhicule des pompiers ? Nous ne le saurons vraisemblablement jamais.

 

En conclusion ?

On apprend sans cesse ! Alors merci à la Mairie pour son action, à celles et ceux qui l’ont organisée et celles et ceux qui y ont participé. C’est à refaire, bien sûr, en cas de nécessité !

 

JMT

 

Photos © Jean-Michel Touche
Remarque : ces photos ont été prises
avant cette période Grand froid.

 

BONNE ANNEE… MAIS APRÈS ?

 

Coutume ancienne et plus que sympathique, l’envoi de vœux à nos familles, amis et au-delà, est un signe d’affection, d’amitié et d’estime pour celles et ceux auxquels nous les adressons.

Aussi est-ce avec joie que je vous présente mes vœux, pour vous, vos familles et tous vos proches, en souhaitant que 2018 soit enfin une année où toute l’humanité se donne le temps de réfléchir et la volonté de vivre en paix, dans le respect mutuel.

La vie est un long parcours, pour autant bien sûr qu’aucun incident ne vienne l’interrompre prématurément. Elle commence par une période durant laquelle on découvre et on apprend. Puis vient le temps d’agir, de réagir, d’entreprendre tout en évoluant. Ensuite arrive celui de la réflexion à partir de ce que nous avons vécu, expérimenté, rencontré, affronté, aimé, construit.

On regarde alors l’existence différemment, on se dit que l’humanité dispose sur la terre de tout ce qu’il lui faut pour vivre heureux et qu’un monde meilleur pourrait se mettre en place, pour autant que chacun le veuille.

Facile à dire, pensez-vous sans doute. Et pourtant… si on essayait ?
C’est cet espoir peut-être utopique que j’aimerais partager avec vous en vous adressant mes vœux.

Jean-Michel Touche

 

KTO UN CŒUR QUI ÉCOUTE, vendredi 22h10

 

Vous n’avez rien à faire vendredi soir 15 décembre à 22h10 ?

Alors venez sur KTO et rencontrons-nous dans le cadre de l’émission

UN COEUR QUI ECOUTE

dans laquelle m’a invité Cyril Lepeigneux.

 

LE TABLEAU RETOURNÉ (6)

Liens pour retrouver les épisodes précédents :

Episode 1 :  LA DÉCOUVERTE DU TABLEAU

Episode 2 : UMBERTO

Episode 3 : LE TABLEAU CHEZ GABRIEL

Episode 4 : VOYAGE D’UMBERTO DANS L’ESPACE ET DANS LE TEMPS

Episode 5 : VOYAGE AU TEMPS DU SATELLITE ESPOIR

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– VI –

LE  TABLEAU  RETOURNÉ

Enfin arriva le terme du voyage dans l’espace et dans le temps que Dieu avait imposé à Umberto.
Les pièces du puzzle de son existence étaient maintenant réunies, il allait pouvoir sortir de la toile qu’il avait peinte et choisir librement le sens de sa vie.

La nuit durant laquelle se produisit cet événement fut tout bonnement extraordinaire. Tous les personnages qu’avait rencontrés Umberto se trouvaient là, comme s’ils savaient que l’artiste, enfin, allait vivre par lui-même, et ils avaient tenu à lui témoigner leur estime et leur amitié.

Umberto – oui c’est bien lui qui figurait à gauche du tableau – Umberto souriait à présent. Le temps de l’épreuve s’achevait. A la pression de sa main contre la mienne je devinais sa joie. Le jeune Florentin me regardait avec affection et ça me faisait tout drôle.

Une voix s’éleva qui demanda “Alors, en as-tu vu assez ? Es-tu prêt à faire ton choix ? ”

Umberto acquiesça. Un grand sourire traversait son visage. Quant à ses yeux, il suffisait de les voir pour prendre la mesure de son bonheur

° ° °

C’est ce moment précis que choisit Felicity pour pénétrer dans le bureau de Gabriel où se trouvait toujours le tableau. Ma pauvre mère adoptive, décidément, s’était abonnée aux évanouissements ; à peine eut-elle ouvert la porte qu’elle poussa un de ces cris ravissants qui n’appartenaient qu’à elle lorsqu’elle était surprise, et elle s’affaissa gracieusement.

Gabriel se précipita, comme il l’avait fait lors de ma disparition, aussitôt suivi par Gervais. Suzanne, fidèle à son habitude, accusait un temps de retard.

Quand Felicity fut revenue à elle, ils restèrent tous muets, bouche bée, à fixer le tableau. Et ce qu’ils voyaient avait de quoi surprendre. Le voile sombre qui obscurcissait la scène depuis des siècles avait en effet disparu, laissant apparaître enfin la crucifixion que venait d’achever Umberto le jour où le Seigneur l’avait obligé à s’introduire dans la toile. Pourtant le tableau ne correspondait pas exactement à ce qu’avait peint le jeune Florentin.

Sur la partie gauche de la toile se trouvait un rocher au sommet duquel se dressaient trois croix. Deux hommes nus étaient attachés l’un sur la croix de gauche, l’autre sur celle de droite. Tous deux tournaient la tête vers la croix centrale, légèrement plus haute, sur laquelle avait dû être placé un condamné car on y devinait la trace d’une présence. Le corps pourtant avait disparu, remplacé par une lumière à la fois douce et aveuglante. L’un des crucifiés semblait interpeller cette source lumineuse et son regard brillait d’un éclat tel qu’on aurait juré y lire de l’espérance. L’autre était déjà mort mais en s’approchant de la toile on pouvait voir une sorte de sourire sur son visage émacié.

Au dessus du rocher se détachait ce qui pouvait passer pour une étoile. A mieux y regarder on pouvait reconnaître le satellite “Espoir”, anneau lumineux aux reflets multiples et colorés qui brillait dans le ciel comme pour attirer les regards vers les croix.

Sur la droite du tableau Thétis Khan dansait, filait à vive allure vers des groupes éloignés puis revenait vers le calvaire. Il sifflait une mélodie que reprenait un violoniste aux cheveux longs dont les vêtements portaient encore la poussière de la longue route de sa vie. La tête penchée, le musicien conduisait son archet dans une course folle sur les cordes de son violon.

Le reste du tableau, c’était un peu toute l’humanité qui se dirigeait vers le rocher. Au loin, tout à droite, Gotol Tuluk et sa tribu suivaient la route indiquée par Thétis Khan. H’umban les avait devancés pour s’approcher du calvaire, après avoir pris grand soin de faciliter leur chemin et d’isoler Rouarou, le grand dévoreur. Ils se sentaient un peu perdus au milieu de grands Africains qui marchaient en se déhanchant tandis que l’un d’entre eux rythmait le mouvement sur un balafon qui s’accordait à la mélodie du violoniste et de Thétis Khan.

Au centre de la toile passait Pietro Gozzoli qu’accompagnait un valet portant à bout de bras le portrait de Bellissima Feliccia. Le prélat courait toujours après le jeune Florentin. C’est qu’il avait la rancune tenace, le chapelain de la chapelle des Espagnols. Il était condamné à continuer de courir ainsi jusqu’à ce que des sentiments de pardon pénètrent dans son cœur. Quant au Duc Pazzani, il avait depuis longtemps oublié l’affront. Sans doute parce que la belle Bellissima, si elle avait eu la faiblesse de montrer son corps au jeune peintre, n’avait plus jamais failli dans sa fidélité au Duc son époux.

Certains personnages, bien que présents sur le tableau, échappaient au regard. C’étaient les habitants d’ “Espoir”, les descendants du germe d’espérance qu’Abban un jour, découvrira dans le satellite. Ils portaient la tenue virtuelle du futur sur laquelle glissaient les yeux sans s’y accrocher.

Enfin tout devant, juste au bord du tableau et se donnant la main, se trouvaient Umberto, Abban, H’umban et bien d’autres qui se ressemblaient. Et moi, Hubert, tout au bout de la chaîne. Le plus petit, le plus jeune.

Bien qu’Umberto eût répondu à ma place, c’est à moi que la voix avait demandé si j’étais en mesure de faire mon choix. C’est à moi qu’elle s’adressa quelques instants plus tard pour dire : “Puisque tu en connais suffisamment, va à présent, Hubert. Je te rends à la vie.”

 

° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° ° °

Dans le bureau de Gervais toute la famille était rassemblée devant le tableau.

René Félicien, alerté je ne sais comment, avait rejoint ce petit monde et murmurait : “C’est incroyable, vraiment incroyable…” Comble de la surprise, en regardant Felicity il fut frappé de sa ressemblance avec le visage de Bellissima Feliccia tel qu’il figurait sur le portrait que portait à bout de bras le valet de Pietro Gozzoli. Et il trouva ceci plus incroyable encore que tout le reste.

Quittant le tableau, je me retournai et souris à Umberto. Il faisait de grands signes dans ma direction comme s’il voulait me dire quelque chose. Mais je venais de sortir de cette toile dont j’avais partagé avec lui l’essence même, et sa voix ne me parvenait plus.

Cela fait des années que je regarde ce tableau dont j’ai hérité à la mort de Gabriel, et je m’interroge en vain sur ce qu’Umberto a cherché à me dire.

 

Jean-Michel Touche

 

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Commentaire de l’auteur

Sans doute trouverez-vous étonnant un conte de cette sorte en période de l’Avent. Rien à faire avec Noël, penserez-vous.

C’est voulu.

Ce conte a pour simple intention de nous ouvrir à une pensée différente de toutes celles auxquelles nous nous sommes habitués, à réfléchir sur le temps, sur l’espace, sur les différences, un peu comme pour nous nettoyer l’esprit, le vider de tout ce qui l’encombre, et nous permettre de nous approcher de Noël à jeun, si l’on peut dire, comme si nous en faisions enfin la découverte !

Celles et ceux qui ne partagent pas cette idée m’excuseront (j’espère…) Les autres se tourneront, tout ragaillardis, vers l’enfant qui va nous rejoindre dans quelques jours.

A tous, par avance, Joyeux Noël !


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ouche

LE TABLEAU RETOURNÉ (5)

Liens pour retrouver les épisodes précédents :

Episode 1 :  LA DÉCOUVERTE DU TABLEAU

Episode 2 : UMBERTO

Episode 3 : LE TABLEAU CHEZ GABRIEL

Episode 4 : VOYAGE D’UMBERTO DANS L’ESPACE ET DANS LE TEMPS

 

 

V

VOYAGE AU TEMPS DU SATELLITE ESPOIR

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Le soleil brillait au zénith quand la tribu s’ébranla. Thétis Kahn, qui savait tout depuis longtemps, s’efforçait de la conduire au rythme des plus lents pour la mener de l’autre côté des montagnes, là-bas, très loin, où elle découvrirait son humanité. H’umban avait deviné le sens de cet appel. Regardant les hommes et les femmes de sa tribu, il vit combien il était différent d’eux, et il comprit qu’en dépit de cela il les aimait.

                        ° ° °

Le vaisseau achevait les manœuvres d’accostage rendues délicates par le balancement rapide du sas dans lequel il devait se placer.

De loin l’équipage avait pu voir “Espoir”, un anneau monumental éclairé par le soleil, qui tournait sur lui-même dans sa course folle à travers l’espace. Le plus beau satellite jamais conçu par l’homme prenait tour à tour une couleur orangée, puis ocre, puis brune, pour virer insensiblement au bleu turquoise, au vert émeraude, enfin au jaune safran, selon le rythme des spirales que dessinait sa trajectoire incertaine.

Le commandant avait annoncé sur le panneau de contrôle que l’approche risquait d’être brutale, et rappelé les consignes de sécurité. Tirés de leur torpeur, les passagers, tous volontaires, avaient refermé sur eux leur combinaison de survie – mais quelle survie peut-on espérer en cas de collision et de projection dans l’espace et le temps ? – et avaient regardé le spectacle qui s’offrait à eux.

Après que le vaisseau eût lentement contourné “Espoir”, l’équipage et les passagers s’étaient extasiés devant la beauté des jeux de la lumière et de la nuit. Sur un fond largement tapissé d’étoiles, ils avaient vu l’anneau d’ “Espoir” se détacher en noir, à contre jour du soleil. Puis, au fur et à mesure de leur approche, le satellite avait pris des dimensions de plus en plus vastes, jusqu’au moment où les rayons du soleil en avaient caressé le cercle intérieur.

Abban, comme les autres, restait à présent silencieux, le cœur agité par un mélange d’angoisse et d’excitation. Lorsqu’il s’était porté volontaire pour l’expédition, on l’avait mis en garde contre tous les dangers de la mission, risques pour lui-même, risques pour les habitants d’Espoir s’il y en restait quelques uns, risques peut-être aussi pour les habitants de la terre, on ne savait pas trop. Mais il y avait au fond de lui une voix qui appelait, une voix qu’il entendait de plus en plus fréquemment. Lorsqu’il en avait fait mention devant la commission médicale chargée de trier les volontaires, le médecin chef s’était borné à sourire. “L’appel de l’espace, avait-il dit, vous savez…” sans achever sa phrase.

Oui, une voix d’enfant, lancinante, chavirante, qui appelait Abban par son nom

A cette même époque un étrange oiseau s’était introduit au plus secret de ses rêves. Ses plumes réfléchissaient la lumière en myriades d’étincelles qui se réunissaient pour former un cercle lumineux très semblable au satellite dans lequel le jeune homme allait à présent s’introduire.  L’oiseau revenait chaque nuit et recommençait son mystérieux ballet. Abban éprouvait alors une curieuse sensation de déjà vu, déjà vécu, quelque chose de furtif, d’insaisissable.

° ° °

Abban faisait partie du petit nombre auquel “Espoir” s’était adressé. Il lui avait été donné de connaître l’incroyable histoire de cette création virtuelle qui avait échappé à ses créateurs, les emmenant à la frontière de l’univers, aux confins de ces zones où la lumière n’avait plus accès.

“Espoir” le mal nommé s‘évadait au gré des fluides de l’infini, du temps et de l’espace. Il se perdait dans l’imaginaire, prenait ses racines dans le futur et se déplaçait en amont puis en aval du temps.

En amont et en aval du temps… C’est ainsi que s’exprimaient les hommes de science qui n’avait pas trouvé mieux pour parler de ce phénomène.

Car, voyez-vous, “Espoir” n’existait pas. Enfin… pas dans le sens que l’on entend habituellement quand on parle d’existence. Aucun livre, aucune base de données, aucune réserve d’archives magnétiques, aucune bibliothèque concrète ou virtuelle, ne possédait le moindre renseignement sur lui. On ne le connaissait pas, tout simplement.

Mais Dieu, prenant pitié du mal qui rongeait “Espoir”, avait frappé au coeur des plus fous comme des plus sensibles pour les alerter sur le drame qui se jouait – tout en les laissant libres d’intervenir ou non, comme à son habitude : attirer l’attention mais laisser libre.

 

Dans une période troublée du grand futur, un futur incroyablement éloigné des jours que nous vivons, des hommes et des femmes avaient décidé de créer un espace virtuel. Tout ce que la terre connaissait – il faudrait peut-être dire “connaîtra” –  d’intelligences hors du commun s’était lié dans cette aventure peu banale. Philosophes, hommes et femmes de science, penseurs de tous bords, ils s’étaient retrouvés pour former la plus prodigieuse concentration d’esprits jamais réalisée.

Ce qu’ils firent, ou plutôt ce qu’ils feront et comment ils s’y prendront, nul ne saurait encore l’expliquer dans l’état actuel de nos connaissances.

Toujours est-il qu’ils mirent au monde (comment le dire autrement ?) une “chose” d’une extrême beauté et d’un niveau technologique largement en avance sur leur propre époque. Pourtant “Espoir”, puisqu’ils l’avaient ainsi baptisé, “Espoir” n’existait pas. Il appartenait au monde virtuel.

Enivrés par leur création, atteints d’un narcissisme exubérant, les grands esprits décidèrent de se fondre au sein d’ “Espoir”… et de quitter la terre.

Rien de moins.

° ° °

L’anneau de lumière se désagrégea un soir d’automne, au moment où le soleil quittait l’horizon, emportant dans un flux irréel les grands esprits de son temps. Sans déclaration préalable, sans témoin. Les quelques familles qui habitaient la contrée isolée où les grands esprits avaient fait prendre corps à leur projet, s’étaient bien sûr étonnées de ne plus voir l’immense cercle de lumière, sur la montagne, en face de leur domaine. Sans trop chercher  à en savoir davantage.

“Espoir” s’était donc lancé dans une incroyable odyssée durant laquelle un fol orgueil s’empara de ses créateurs, jusqu’à les faire s’imaginer qu’ils étaient Dieu.

C’est à l’époque où, dans sa course incohérente, sorti du sens dans lequel s’écoule normalement la vie, “Espoir” allait revenir vers le soleil, que Thétis Khan vint troubler les nuits d’Abban. Rejoignons celui-ci au moment où il va quitter le vaisseau pour s’introduire dans le satellite.

 

L’équipage, invisible depuis le départ de la terre, avait manifesté son amitié aux volontaires en écrivant sur l’écran géant un énorme “Bonne chance”. La porte du vaisseau s’était ouverte sur l’ordre du commandant et les volontaires étaient sortis. Très rapidement le sas s’était refermé derrière eux puis le vaisseau avait commencé les manœuvres de départ.

Le responsable de la mission avait tout expliqué à l’avance. Chacun savait qu’il ne fallait pas s’éterniser dans le sas qui pouvait se rompre à tout instant. Ils ignoraient tout de ce qu’ils allaient découvrir et, comme avait dit le responsable, ç’allait être chacun pour soi et Dieu pour tous. A la manière de l’équipage du vaisseau, il souhaita bonne chance aux membres de la mission et déchira la protection du sas. L’aventure commençait.

 

Abban pénétra le dernier dans le satellite. Une curieuse impression s’empara de lui. Comme s’il connaissait déjà l’univers qu’il allait explorer. Il y avait… comment dire ? Il y avait à la fois tout et rien. Un paysage impressionnant, fait d’éclats de lumière et de sons cristallins, s’étendait d’un bout à l’autre de l’horizon. L’on apercevait la terre, entourée de son halo bleu célèbre dans toute la galaxie, mais comme réfractée par les angles d’un prisme, présentée en tranches successives. Abban ferma les yeux. A sa droite un membre de l’équipe, une femme, s’écria “Dieu que c’est beau”. Et elle disparut, comme engloutie par les éclats de lumière. Une cloche sonna. C’était étrange, cela ressemblait au glas qui résonne encore dans les campagnes lorsqu’on enterre un mort. Abban frissonna. Il chercha la femme et ne rencontra rien. Elle avait totalement disparu. Il pensa que c’était dommage car il l’avait trouvée sympathique durant la traversée de l’espace.

On l’avait pourtant prévenu lors de la mise en condition pour la mission : “Dites-vous que tout peut arriver, que nous ignorons tout de ce satellite. Nous ne savons même pas s’il existe vraiment. Nous ne décelons aucune trace de matière, qu’elle soit vivante ou inerte.”

“Ne vous attachez surtout pas à vos compagnons de mission. Ils pourraient se perdre et vous perdre avec eux.”

° ° °

Abban de nouveau ferma les yeux. Il les rouvrit, étonné, pour les fermer à nouveau. Surpris, il constata que le paysage qu’il découvrait lorsqu’il rouvrait les yeux était plus précis, plus complet que quelques minutes auparavant. Et qu’il ressemblait à ce qu’il venait d’imaginer. Il s’essaya plusieurs fois à cet exercice. Oui, c’était bien ça, les détails du paysage se dessinaient au fur et à mesure qu’il les rêvait. C’était comme si une énergie latente s’appuyait sur ce qu’il imaginait et concrétisait le tout dans les  moindres détails.

Abban se souvint de la maison de sa jeunesse. Elle prit forme aussitôt devant lui, aussi mal entretenue que par le passé. Il se dit qu’elle eût été plus belle avec un perron devant l’entrée principale. Immédiatement un perron se dessina. Et quand il voulut la revoir telle qu’elle était réellement, il n’y parvint pas. Il renouvela l’expérience à plusieurs reprises et constata qu’il ne pouvait jamais revenir en arrière : il pouvait créer, il ne pouvait pas supprimer. Et plus il pensait, plus le monde prenait forme sous ses yeux, les bâtiments se pressant les uns contre les autres.

Il s’efforça de ne penser à rien, mais plus il faisait d’efforts dans ce sens et plus les souvenirs remontaient de sa mémoire. Il n’osa bientôt plus regarder devant lui. Quand enfin il ouvrit les yeux, Abban se trouvait au centre d’une ville dont il connaissait tous les éléments puisqu’ils provenaient de sa mémoire. Mais avec le même degré de flou que lorsque l’on pense revoir dans sa tête quelque chose que l’on connaît bien. On l’appelle, on l’assemble, mais on ne voit pas sa réalité matérielle.

Abban cria. Le son de sa voix lui revint, rebondissant sur des millions, des milliards de cristaux lumineux. Au-dessus de lui, dans un ciel d’encre, il vit la terre. Cette fois elle apparaissait dans son entier, énorme boule sur laquelle se dessinait l’Amérique avec à droite une partie de l’Europe et de l’Afrique.

“Mon Dieu, pensa-t-il, Nous fonçons droit dessus.”

Un froissement d’ailes attira son attention. Il chercha d’où cela provenait et reconnut Thétis Khan, l’oiseau qui avait hanté ses nuits. Il était à présent mille fois plus beau que dans les songes.

Thétis Khan dessina des arabesques puis entreprit de partir sur la gauche. Il revint près d’Abban, fila de nouveau sur la gauche, et recommença plusieurs fois son manège, jusqu’au moment où Abban se décida à le suivre.

Une longue errance à travers l’irréel devait commencer. L’oiseau quitta la ville élaborée par Abban et vola longtemps, tout droit, au milieu d’éclats de lumière qui formaient des courants, des rivières de bleu, d’ocre, de vert. Lorsqu’ils se croisaient, formant des tourbillons, des pétales lumineux se mêlaient les uns les autres. Ainsi unis l’on eût dit qu’ils constituaient des grains de matière. Ils prenaient alors des formes diverses, bras qui se tordaient, se dressaient vers le ciel, océans dont la houle se mettait à murmurer  le chant du vent sur des vagues de plus en plus énormes. Ou bien cela semblait prendre vie, à la façon d’animaux étranges, terrifiants ou doux comme des biches.

Et puis tout se désagrégeait. Les éclats de lumière regagnaient le lit de leur torrent, une musique irréelle se mettait à danser autour d’Abban, comme si la vie succédait sous cette forme aux mouvements désordonnés de la lumière.

“Où suis-je ?” demanda Abban.

– Tu es dans la pensée des hommes,” répondit une voix, “et tu accomplis ton voyage dans l’espace et le temps. Souviens-toi, je t’ai naguère annoncé un long périple qui t’amènerait à découvrir le vrai sens de la vie. Aujourd’hui tu viens de pénétrer dans l’absolu de l’esprit. “Espoir” est encore incréé mais la lumière au sein de laquelle tu te déplaces est l’embryon de la pensée des hommes qui, un jour, dans très longtemps, créeront cet univers irréel. Leur pensée est déjà présente, ici, à l’état de promesse.”

– Mais que suis-je venu y faire ?

–  Y découvrir un germe d’espoir.

Abban, étonné, voulut prolonger la conversation, mais la voix ne lui répondit plus.

Ayant perdu tous ses repères, il ne savait plus depuis combien de temps il se trouvait dans le satellite. Bien qu’il eût à plusieurs reprises tenté de retrouver les autres membres de la mission, Abban restait seul avec ses pensées. Depuis sa conversation avec la voix, il tentait de les maîtriser pour s’efforcer d’imaginer ce que pouvait être ce fameux germe d’espoir dont lui avait parlé la voix.

 

– Viens.

Abban leva la tête. Thétis Khan dansait dans les airs comme il savait si bien le faire quand il voulait attirer l’attention de quelqu’un.

Rien ne pouvant plus maintenant le surprendre, Abban se redressa et le suivit. Sa marche ne ressemblait pas à celle qu’il avait faite auparavant. Il voyait maintenant le dessin d’une côte, le mouvement de la mer et le vol de ce qui ressemblait à des oiseaux migrateurs, un saule pleureur dont les branches retombaient sur une prairie parsemée de pâquerettes, des bouquets de fleurs dont le parfum sauvage parvenait jusqu’à lui.

Thétis Khan se mit à danser un véritable ballet, montant, descendant, s’approchant d’Abban autour duquel il tournait, puis repartant toujours vers le même endroit.

Arrivé à proximité de la côte, Abban vit au milieu des herbes folles que semblait caresser le vent, posé à même le sol, nu et criant, un petit d’homme qui gesticulait en mouvements désordonnés des jambes et des bras.

Interdit, il se baissa et prit l’enfant dans ses bras. C’était un tout petit enfant, un nouveau né, qui écarta les paupières comme pour regarder le visage d’Abban. Puis, laissant sa tête tomber sur l’épaule du jeune homme, ce magnifique germe d’espoir s’endormit doucement.

 

La suite dans quelques jours.

© Jean-Michel Touche

 

Liens pour retrouver les épisodes précédents :

Episode 1 :  LA DÉCOUVERTE DU TABLEAU

Episode 2 : UMBERTO

Episode 3 : LE TABLEAU CHEZ GABRIEL

Episode 4 : VOYAGE D’UMBERTO DANS L’ESPACE ET DANS LE TEMPS

 

 

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