Pourquoi ce Blog ?

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Lieu d’information et de discussion, ce blog a pour seule ambition d’inciter à réfléchir et échanger des idées. . . et parfois à agir !

Vous y trouverez plusieurs catégories de contenu :

–  Croire : articles abordant le thème du divin, croire ou ne pas croire, l’espérance, la religion…

Société  : grands et petits problèmes de la Société,  la précarité, des moyens pour s’en sortir… et toutes les idées que nous pouvons développer ensemble sur ce sujet…

– Photos : photos sur le blog et liens avec des galeries hébergées hors du blog

– Evénements : Annonce de concerts, signatures, rencontres et tous autres événements

Voir, lire, écouter :  coups de cœur nouveaux ou anciens, livres, films, œuvres qui peuvent nous émouvoir ou nous agacer, textes qui contribuent à construire l’être humain.

Contes : Publication en ligne de contes et autres textes

– Divers : pour tout autre sujet inclassable ci-dessus.

Vos commentaires seront les bienvenus dans la mesure où ils respecteront les règles normales de bienséance. Seront rejetés tous les commentaires porteurs de haine raciale, politique ou religieuse, de polémique ou de pornographie.

Jean-Michel Touche

Le mystère du soleil froid

Avec Le mystère du soleil froid, Brunor ouvre sa collection « Les Indices Pensables », enquête sur Dieu !

Bigre ! Une enquête sur Dieu en BD ? Il n’y va pas de main morte, l’artiste.

Derrière les images que cet illustrateur de talent nous fait découvrir au fil des pages, le récit commence à la manière d’une BD classique, avec les représentants des grandes civilisations qui s’interrogent sur le soleil et s’apprêtent à le diviniser…

…jusqu’à l’apparition d’un petit bonhomme qui va tout remettre en question.

Alors, l’ouvrage bascule. Parce que, sous le couvert de cette enquête bon enfant, c’est une réflexion profonde qui commence. Et comme l’annonce la 4ème de couverture, « ce livre transmet à chacun des informations vérifiables, qui sont autant d’indices pour alimenter une pensée personnelle. »

Le mystère du soleil froid

Editions du Jubilé,  48 p., 13€

Invictus (un grand Clint Eastwood)

Invictus est le titre d’un poème de l’écrivain britannique William Ernest Henley, dont la lecture, jour après jour, aida Mandela à vivre durant les vingt sept années qu’il passa en prison.

Le sujet : 1994 – Libéré depuis quatre ans, Nelson Mandela est élu premier président noir de l’Afrique du Sud. Bien que le régime de l’apartheid soit officiellement aboli depuis 1991, le pays reste profondément marqué par la ségrégation raciale.
Mandela va faire le pari que la coupe du monde de Rugby, qui doit se dérouler en 1995 en Afrique du Sud, peut servir la cause de l’union nationale. Une complicité va se créer entre lui et François Pienaar, le capitaine de l’équipe des Sprinboks. Déjouant les pronostics des chroniqueurs sportifs, les joueurs, de plus en plus « impliqués » dans le challenge, vont donner la victoire à leur pays.

Evidemment, pour voir ce film, il est préférable d’aimer le rugby qui tient vraiment ici le devant de la scène !

Au-delà de l’interprétation remarquable des acteurs(1) et de la sensibilité du réalisateur (notamment la scène de l’enfant et des policemen, dans un quartier de la ville, pendant que se déroule la finale), on se prend à rêver. Et si enfin, un jour, les hommes parvenaient à se regrouper pour vivre ensemble, pour bâtir non pas une nation, comme on y assiste dans INVICTUS, mais l’humanité toute entière !

Faut-il absolument des MANDELA ou des GANDHI pour réaliser ce qui ne devrait pas être seulement un rêve d’idéaliste ? Ne possédons-nous pas, chacun d’entre nous, les qualités nécessaires pour apporter notre pierre à la construction d’un monde juste ?
C’est le genre de questions qui arrive naturellement à l’esprit après avoir vu ce film, même si l’on n’est pas un fervent supporteur de rugby.

(1) Morgan Freeman, collant remarquablement au personnage de Nelson Mandela, mais aussi Matt Damon dans le rôle du capitaine des Springboks, et l’ensemble des seconds rôles.

LA VIE DE PASSAGES…

 

Un roman pas comme les autres !

 

Étrange roman que ce premier livre de Caroll KLEIN aux éditions L’Harmattan, paru  en novembre 2016.

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Ce n’est pas tant l’histoire que l’on retient, mais la vie sociale dans les banlieues difficiles, les cités, les jeunes qui y vivent (ou, pour certains, tentent d’y vivre.)

Des personnages comme on n’a pas l’habitude d’en croiser dans les romans (en tout cas dans ceux que j’ai lus récemment). Des jeunes qui parlent le verlan, cette inversion des syllabes qui, partie comme un jeu ou une caricature, s’est peu à peu transformée en mode d’expression particulier, que certains emploient comme s’ils utilisaient un code secret, et dont d’autres ne comprennent absolument rien. Des jeunes qui s’organisent en bandes avec leurs propres hiérarchies, dans une société où le rejet semble, à leur égard, la forme la plus courante. Des adultes qui prennent conscience de leur maladresse vis-à-vis de cette génération nouvelle.

On apprend beaucoup à travers les pages de ce livre qui laisse prévoir d’autres écrits de qualité et de grand intérêt de la part de l’auteur avec qui j’ai participé durant près de huit ans à de passionnants ateliers d’écriture !

 

Un clic sur   4ème-de-couv   vous permettra d’en savoir davantage sur ce roman et, j’espère, vous donnera envie de le lire.

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JMT

 

 

 

ESI HALLE SAINT-DIDIER

Dans le cadre des articles destinés à faire
connaître les personnes en grande
précarité, voici le premier,
consacré à l’ESI de la
Halle Saint-Didier.

ESPACE SOLIDARITÉ INSERTION SAINT-DIDIER

Situé dans le 16ème arrondissement de Paris, l’ESI Halle Saint-Didier est un établissement public du Centre d’Action Sociale de la Ville de Paris, créé en 2001.

Vous trouverez en pièce jointe la fiche technique présentant cet établissement, son rôle et ce qu’il propose aux personnes en état de grande précarité (cliquer sur  FICHE TECHNIQUE ).
Comme vous pourrez le voir, il ne s’agit pas d’un endroit où l’on peut simplement s’asseoir et attendre qu’il fasse moins froid, mais bien au contraire un lieu ou professionnels et bénévoles apportent avec talent et dévouement une aide sociale, d’hygiène, médicale, juridique, psychologique, etc.

C’est également un endroit où l’on s’efforce d’apporter des moments de détente et de joie à ceux qui en manquent cruellement, comme le montrent les photos suivantes.

Merci à Nguyen Thi Tuyet Dung, la directrice de ce centre, et toutes les personnes autour d’elle qui  s’occupent de femmes et d’hommes en grande difficulté,  pour leur travail assidu et l’humanité de leur assistance.

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Merci à la Direction de l’ESI St-Didier
qui a fourni la fiche technique
et les photos.

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VŒUX POUR 2017

Comment donner de la valeur
à l’année 2 0 1 7  ?

 

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Après une année ambigüe, dramatique pour les habitants du Moyen Orient, difficile pour beaucoup, marquée par la violence de la nature et trop souvent par celle des humains, que sera l’année 2017 ?

Question à laquelle, bien sûr, il est difficile de répondre.

Alors voici une idée sur laquelle réfléchir : aider les autres à être heureux est une manière de l’être soi-même. Pour les chrétiens, cela s’appelle « Aimez-vous les uns les autres ».

Sur cette base, que 2017 soit pour tous une année d’expériences enrichissantes, de rencontres heureuses, de paix, une année avec, comme fleurs pour les jardins de nos vies, d’innombrables sourires.

Et toutes mes amitiés à celles et ceux que je ne peux plus joindre que par l’intermédiaire de ce blog car vous êtes trop nombreux pour que je sois en mesure de vous écrire individuellement !

Jean-Michel

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Photo © Jean-Michel Touche

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PASSAGE D’EPHRATA – Conte de Noël (7ème et dernier épisode)

 

Copyright 2012 JMT

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Paris, le 25 décembre au matin

Le jour se levait et donnait à la ville cet air un peu défraîchi que prend tout petit matin aux yeux des mal-éveillés.

Ils débouchèrent du passage d’Éphrata, sur­pris de retrouver les vitrines encore illuminées, les réverbères enveloppés de brume, les sans-abris couverts de vieux cartons.

Marie, la première, passa la tête, suivie d’Emmanuel qu’elle regardait avec admiration depuis qu’elle avait découvert le sens de son prénom. Le professeur venait ensuite, précé­dant de peu Geneviève et Jean-Baptiste.

– Et Samuel ? s’enquit Jean-Baptiste en re­gardant derrière lui.

– Samuel ? Il est resté là-bas, répondit le professeur.

– Pourquoi ?

– Peut-être sa mission est-elle achevée ? Peut-être même est-elle confiée à quelqu’un d’autre ?

– À qui ça ? s’étonna Jean-Baptiste.

– J’ai mon idée… murmura le professeur.

Un couple, qui avait copieusement fêté Noël, traversa le boulevard entre deux feux. La femme riait aux éclats, faisant des mouli­nets avec son sac. L’homme titubait un peu. Il avait l’alcool triste et pleurait, prononçant des propos incohérents, promettant de ne plus jamais… Et il s’arrêtait net.

– Plus jamais quoi ? interrogeait la femme en riant de plus belle.

– Non, plus jamais !…

° ° ° ° ° ° ° ° ° °

Coup de klaxon furieux. Bruit de freins. Portière qui s’ouvre.

Un homme qui se précipite vers le couple renversé, un hurlement de femme !

Des cris ! En fait, plus de peur que de mal. La voiture ne les a que frôlés.

L’homme et la femme se relevèrent péni­blement, s’appuyant sur Jean-Baptiste et le professeur arrivés en courant.

– Salaud ! hurla l’homme à l’intention du chauffeur. « On vit dans un monde de salauds, mon vieux ! » reprit-il en se cramponnant à Jean-Baptiste. « Tout le monde ment, mon vieux, tout le monde se fout de tout le monde. Mais pourquoi… pourquoi ? Je te demande un peu ! »

C’était un grand type, jeune encore, qui pesait au bras de Jean-Baptiste.

– On nous ment, mon vieux, continua-il en essuyant son manteau de la main pour effacer les traces de sa chute. « Noël ? Je t’en fous, ouais ! On nous promet la fête, le réveillon, le rêve. Mais y a rien, mon vieux après la bouffe, y a rien du tout ! Tu te retrouves tout seul. Une fois que tu as donné ton fric, tu n’intéresses plus personne. »

La femme le rejoignit, fou rire éteint, ma­quillage délavé, regard triste.

– Allez, viens. C’est Noël quand même, non ?

– Non ! C’est fini, Noël ! Il n’y a plus de Noël ! Ça n’a jamais existé, Noël. C’est fini, je te dis.

Jean-Baptiste se mit à rire. « Je crois au contraire que tout commence », confia-t-il à l’oreille de l’homme. « Venez, tous les deux ! »

Impressionnés par son calme, surpris par l’éclat presque lumineux de son sourire, l’hom­me et la femme le suivirent et marchèrent avec lui en direction de la vitrine du magasin puis du passage d’Éphrata.

– Où nous conduis-tu ? interrogea la fem­me.

– Allez, répondit Jean-Baptiste en les invi­tant à pénétrer dans la ruelle étroite. Allez, marchez tout droit et vous découvrirez la révélation de Noël. Quand vous serez parvenus à Ephrata, vous comprendrez tout.

Alors sans se retourner, sans plus rien dire, le couple, et à sa suite un flot de passants sur­gis d’on ne sait où, se mit en marche. Tous s’engagèrent dans le passage étrange au bout duquel un enfant nouveau-né, dans les bras de sa mère, les attendait.

 

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Ainsi s’achève  PASSAGE D’EPHRATA

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© Jean-Michel Touche

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Episode 1
Episode 2
Episode 3
Episode 4
Episode 5v
Episode 6

Pour en savoir davantage sur Noël

 

 

 

 

POUR EN SAVOIR DAVANTAGE SUR NOÊL

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NOËL…

POUR EN SAVOIR UN PEU PLUS…

Nous voici donc revenus de notre voyage, après cette contemplation de la Nativité qui a tellement bouleversé Jean-Baptiste : un enfant nouveau-né, posé sur une mangeoire en guise de berceau !

À travers les gestes de plus en plus festifs et commerciaux qui, de nos jours, précèdent et accompagnent Noël, il peut être intéressant de connaître le sens profond des traditions. Peut-être aurons-nous alors le désir de dépasser le simple plaisir ou l’esthétique, et d’emprunter à notre tour le passage d’Éphrata.

 

Jésus, est-ce vrai ?

Ce Jésus dont on dit qu’il est né dans une crèche à Bethléem et qu’il est mort sur une croix, a-t-il vraiment existé ?

Eh bien, oui ! Jésus, l’Emmanuel, a vrai­ment existé, il y a vingt siècles.

À l’époque où il va naître, Rome est la puis­sance dominante du bassin méditerranéen. Ses armées sont partout. Parmi les territoires qu’elles occupent figure Israël, un petit pays de rien du tout. Les Hébreux, ses habitants, for­ment un peuple remuant et difficile à gouver­ner, qui peut se soulever à tout moment pour des motifs religieux.

Or justement les Hébreux attendent un Messie (celui qui est « oint », c’est-à-dire choisi par Dieu). Plusieurs prophètes en ont annoncé la venue, en particulier Isaïe, au VIIIe siècle avant Jésus Christ (cf. Isaïe, chapitres 6 à 12). En la personne de cet envoyé de Dieu, c’est un chef au pouvoir temporel qu’atten­dent les Juifs.

Mais Jésus n’est pas venu pour cela et il se méfiera toujours que l’on puisse lui prêter un tel pouvoir. Même lorsque Pilate l’interrogera, après son arrestation, il dira : « Mon royaume n’est pas de ce monde. » On peut s’étonner que les historiens de l’époque aient si peu parlé de Jésus, mais il y a plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, sauf à ce qu’elle intervienne dans une famille royale, toute naissance était « banale ». Qui donc se serait intéressé à celle d’un enfant dans la fa­mille d’un charpentier venu se faire recenser à Bethléem sur ordre d’un empereur romain ?

Ensuite « l’information » n’était pas la pré­occupation majeure des gens de ce temps.

Ce que nous savons de Jésus provient essentiellement de sources chrétiennes. Mais dans son remarquable ouvrage intitulé « Croire », Bernard Sesboüé rappelle que trois auteurs romains l’ont également mentionné dans leurs écrits :

Pline le Jeune (112 après J.-C.), dans une lettre à l’empereur Trajan, parle de la présence de chrétiens dans la province de Bithynie dont il était le légat. Il indique à leur sujet qu’ils « s’assemblent à date fixe avant le lever du jour, et chantent entre eux des hymnes au Christ comme à un Dieu… »

Tacite (vers 116 après J.-C.) raconte dans « Les Annales » que Néron accusa les chré­tiens d’être responsables du grand incendie de Rome. « Ce nom leur vient, écrit-il, de Christ qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Pilate. »

Suétone (vers 120 après J.-C.), dans la « Vie de l’empereur Claude », mentionne que les Juifs se soulevaient continuellement à l’ins­tigation d’un certain Chrestos. Aussi, ajoute-t-il, l’empereur Claude les chassa-t-il de Rome.

Ces allusions au Christ ne constituent évi­demment pas une documentation détaillée, mais elles ont le mérite de confirmer l’existence de Jésus, centre des Évangiles, et sa condamna­tion à mort sur ordre du procurateur Pilate.

Quand a commencé la célébration de Noël ?

On a commencé à célébrer Noël, en Occi­dent, dès le IVe siècle de notre ère.

La date du 25 décembre a été retenue parce que l’on pensait que la naissance de Jésus devait marquer le début du nouveau cycle solaire. Or déjà les Romains célébraient ce jour-là la fête du dieu Soleil (Sol Invictus, soleil invincible).

En retenant cette date pour fêter la naissan­ce du Messie, l’Église conduisait les hommes de la célébration de l’astre solaire à celle du Christ, « Lumière du monde ».

Cette fête prit rapidement de l’importance, à tel point qu’en l’an 559, sur ordre de l’empe­reur Justinien, il devint interdit de travailler le 25 décembre.

 

Quelle est l’origine de la crèche ?

Dans son récit de la Nativité, saint Luc nous dit que Marie « enfanta son fils premier-né. Elle l’emmaillota, et le coucha dans une crèche parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie ».

Cette crèche était une mangeoire pour les animaux. Le sens du mot évolua pour désigner tout à la fois l’abri où avaient trouvé refuge Marie et Joseph, et la mangeoire elle-même. Aujourd’hui, lorsque l’on parle de crèche, on fait allusion à la scène de la Nativité, c’est-à-dire l’abri, la mangeoire, mais également tous les personnages. Tous, y compris le bœuf et l’âne… dont il n’est pourtant pas fait mention dans les évangiles, mais dont a parlé Isaïe dans ses propos prophétiques : « Le bœuf connaît son possesseur, et l’âne la crèche de son maî­tre… »

Dès le Ve siècle les artistes s’emparèrent du thème de la crèche et réalisèrent de vrais chefs-d’œuvre. En 1223, saint François d’Assise le premier associa la crèche et la célébration de la Nativité, mais il semble qu’il faille attendre le milieu du XVIe siècle pour voir apparaître des crèches dans les églises durant les fêtes de Noël.

Devenues très populaires, elles ont ensuite pénétré au cœur des familles chrétiennes. De nos jours, nombre d’entre elles installent une crèche dès le temps de l’Avent, pour préparer Noël avec leurs enfants.

 

D’où vient la coutume de la bûche de Noël ?

Initialement, la bûche n’était pas le gâteau que l’on connaît aujourd’hui. Il s’agissait d’une bûche de grande dimension qui devait brûler dans la cheminée durant toute la période de la fête, et dont on conservait quelques morceaux pour allumer la bûche de l’année suivante.

 

Et l’arbre de Noël, a-t-il lui aussi un sens ?

Cet arbre si joliment paré de nos jours, symbolise à la fois le Paradis et la Lumière dans les ténèbres.

Du XIe au XVe siècles, de nombreux mystères (scènes religieuses) étaient interprétés sur les parvis des églises. Ils attiraient beaucoup de monde, en particulier l’un des plus populaires, le mystère du paradis. Un arbre y représentait le paradis. Il s’agissait d’un sapin, arbre éternel puisqu’il ne perd pas ses feuilles, auquel on ac­crochait des pommes rouges pour rappeler le fruit interdit et la faute d’Adam et Eve.

Au XVIIe siècle, on commença d’installer des bougies et le sapin qui devint arbre de lumière et de salut.

La coutume de l’arbre de Noël se répandit surtout au XIXe siècle, et fut introduite en Fran­ce en 1837 après le mariage du duc d’Orléans avec la princesse Hélène de Mecklenbourg.

Aujourd’hui, les décorations rappellent encore pour certaines les pommes rouges d’autrefois, et les guirlandes lumineuses ont avantageusement remplacé les bougies, mais encore faut-il avoir à l’esprit le sens de ces décorations pour aller au-delà de la simple apparence.

Que dire du Père Noël ?

Les cadeaux de Noël proviennent sans doute de l’habitude qu’avaient les Romains de s’offrir des cadeaux pour le jour de l’an.

De nos jours celui qui est censé les appor­ter, le Père Noël, est devenu un personnage de rue avec lequel les parents aiment faire photo­graphier leurs enfants. Il a deux ancêtres. Saint Nicolas tout d’abord, un évêque très vénéré dans le nord de l’Europe, qui apportait des jouets aux enfants le 6 décembre, jour de sa fête. Le Père Janvier ensuite, imaginé sous la Révolution française, sans doute dans le but de concurrencer les fêtes chrétiennes, mais qui n’a guère laissé de traces.

Il semblerait que l’apparence actuelle du Père Noël lui ait été donnée dans les années trente par Haddon Sundblom, un dessinateur qui travaillait pour Coca-Cola.

Véritable institution en France, le Père Noël dispose d’un bureau de poste situé à Libourne, où est traité le volumineux courrier que lui adressent les enfants (800.000 lettres chaque année).

S’il reçoit une majorité de commandes de jouets, étonnamment les enfants lui adressent aussi des lettres qui constituent de véritables prières : pour la paix notamment, pour le bon­heur dans le monde, etc.

Il est dommage que ces enfants se tournent vers le Père Noël, faute de connaître Dieu, qui s’est révélé en Jésus, pour lui présenter ce qui est certainement une prière sincère et belle, venant du cœur.

 

Que faut-il en conclure ?

L’aspect festif de Noël ne doit pas masquer le sens véritable de la Nativité.

Comme l’a découvert Jean-Baptiste avec émerveillement, dans ce court récit du Passage d’Éphrata, Dieu s’est fait homme dans l’humi­lité, la simplicité, la confiance.

Benjamin a découvert avec son cœur ce que Samuel n’a pas vu avec ses yeux.

Il a fallu que Dieu Lui-même entrouvre la fenêtre de la chambre, pour que Samuel découvre dans un simple souffle d’air l’amour illimité du Créateur.

Et si à notre tour nous laissions un mo­ment le champ libre à Dieu ? Juste pour qu’Il entrouvre notre propre fenêtre et nous fasse découvrir à quel point Il nous aime ?

Le faire serait un acte d’homme libre. Ensuite, nous aurions toute la vie pour com­prendre que le nouveau-né de la crèche est réellement le chemin, la vérité et la vie. Alors sans doute aurions-nous profondément envie de L’aimer et de nous aimer les uns les autres.

 

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© Jean-Michel Touche

 

Pour retrouver les différents épisodes de Passage d’Ephrata :

Episode 1
Episode 2
Episode 3
Episode 4
Episode 5
Episode 6
Episode 7

Pour en savoir davantage sur Noël

PASSAGE D’EPHRATA a été publié en 2003 par les Editions de Fontenelle (Abbaye de Saint-Wandrille), qui ont bien voulu que ce conte soit cette année raconté sur le Blog. Je les en remercie !

PASSAGE D’EPHRATA – Conte de Noël (épisode 6)

Copyright 2012 JMT

À grandes enjambées, le professeur qui avait momentanément disparu, revint près d’eux.
– Je viens de parler avec les soldats. Ce sont des Romains, dites donc. Surprenant, hein ? Mais ce qui va vous surprendre davantage, c’est quand vous saurez pourquoi il y a tous ces gens.
– Et pourquoi ? demanda Jean-Baptiste aga­cé, qui faillit ajouter « Monsieur Je-sais-tout. »
– Je vous le donne en mille : c’est un recen­sement.
– Comment ça, un recensement ?
– Un recensement… quand on recense des gens… expliqua le professeur.
– Oui, merci, je sais ce que c’est !
– Alors pourquoi vous me le demandez ?
– Ce que je voudrais savoir, c’est un recen­sement de quoi ?
– Eh bien… un recensement de tous les gens de la région. C’est l’empereur qui l’a ordonné.
– Je ne comprends strictement rien à ce que vous racontez, fit Jean-Baptiste.
– Un recensement ? s’exclama Geneviève. Mais alors… le photographe avait raison ?
– Tu veux m’expliquer ? fit Jean-Baptiste qui s’énervait. C’est agaçant, à la fin, tes sous-en­tendus.
– Recensement… Noël… Ça ne te rappelle rien ?

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Il faisait nuit à présent, et les étoiles tapis­saient le ciel. Se penchant pour poser un châle sur Marie et Emmanuel, Geneviève aperçut une lueur sur sa droite. Elle se leva et voulut se diriger vers cette lumière tremblotante, mais elle heurta quelqu’un.

Interdite plus encore qu’effrayée, Geneviève recula et s’assit à même le sol. À quelques pas de là, deux formes humaines, courbées pour se faire aussi petites que possible, avançaient tout doucement vers la lueur qu’elle avait aperçue. La première tenait l’autre par la main et sem­blait la guider.

– Dépêche-toi, fit une voix d’enfant. Tu traî­nes toujours. Je te garantis qu’on ne va pas res­ter longtemps. Si les parents s’aperçoivent de notre absence, tu vas voir ce qu’on va prendre.
– Quand ils sauront ce qui se passe, les pa­rents, ils ne diront rien, répondit l’autre dont la voix indiquait qu’il n’était guère plus âgé.

Il y eut un silence durant lequel les deux formes demeurèrent immobiles. Puis l’une des voix reprit : « Allez, Benjamin, accélère au lieu de raconter des idioties comme d’habitude. C’est pas tes affaires d’interpréter les prophè­tes. On n’a même pas fait Bar-Mitsva. On n’a rien à dire. Et j’aurais jamais dû t’écouter, avec tes idées folles. Il y en a partout, des gens. Pourquoi tu veux voir ceux-là plutôt que les autres ? »

– Parce que la mère va avoir un bébé, c’est toi qui me l’as dit.
– Et alors ? C’est pas le premier. Nous aussi on a été bébés. Et Rachel, elle n’attend pas un bébé, peut-être ?
– Oui, tu as raison, Samuel. Mais là, je pense que c’est lui, l’envoyé, le Messie, celui que l’on attend.
– Tu m’agaces, Benjamin, à pressentir toujours quelque chose. Si tu continues, on rentre à la maison et tu ne sauras rien du tout. Voilà !

On entendit un profond soupir, signe d’une certaine lassitude, puis l’autre enfant s’excusa : « Ce n’est quand même pas ma faute si je devine les choses au lieu de les voir. »

Cette remarque énerva le premier garçon qui tira son frère brusquement par la main. Le jeune aveugle perdit l’équilibre et s’affala de tout son long. Sa tête heurta sans doute une pierre, car il se mit à pleurer doucement. Geneviève distingua nettement l’aîné. En plus jeune, il ressemblait à s’y méprendre à Samuel, le photographe.

– Pardon, Benjamin, murmura la première voix.

Geneviève ne vit pas la suite. La fatigue et les moments intenses qu’elle venait de vivre eurent raison de ses forces. Revenant vers Jean-Baptiste, elle s’assit à côté de lui et s’endormit, la tête contre son épaule, tout près de Marie et Emmanuel.

Il n’y avait plus que Jean-Baptiste à rester éveillé. Même le professeur dormait, rythmant ses songes par un ronflement ample et sonore.

Penché en avant, les coudes sur ses genoux et la tête entre ses mains, Jean-Baptiste regar­dait droit devant lui. A vrai dire il ne regardait rien. Il cherchait à comprendre la raison de ces événements.

À l’image de Geneviève et des autres, tout Bethléem dormait : les voyageurs, venus de partout, éreintés par une route longue et fati­gante ; les habitants du village que ces arrivées successives avaient épuisés ; et même les sol­dats de l’occupant détesté, qui n’en pouvaient plus d’avoir tantôt canalisé les groupes venus se faire recenser, tantôt surveillé les plus bruyants et chassé les marauds en quête de rapine.

Pourtant dans une grotte éloignée, seul endroit qui autorisât l’intimité dont il avait besoin, le petit couple que cherchaient Benja­min et Samuel ne dormait pas. Lui, le mari, il se sentait gauche et presque étranger devant sa jeune épouse qui allait enfanter. Elle, une jeune femme, encore presque une enfant, tenait ses mains posées sur son ventre. Et pourtant « Elle sourit, n’est-ce pas ? » demanda Benjamin que son frère avait caché derrière un épineux.

– Mais comment le sais-tu ? Ce n’est pas possible, tu vois, ma parole !
– Non, Samuel, tu le sais bien. Comment t’expliquer ? Peut-être que le Tout-Puissant attend de moi quelque chose et me permet de voir… ce que toi tu ne vois pas ?
– Arrête, prétentieux ! Tu te rends compte de ce que tu dis ?

Benjamin tourna la tête vers son frère, l’air navré. Depuis ses premiers souvenirs, il savait que son Dieu attendait quelque chose de lui.

Mais il ignorait quoi. Et la remarque acerbe de Samuel le blessait, lui qui se voulait ouvrier et rien d’autre. Ses yeux sans regard étaient un océan noir qui ne reflétait rien. Mais ses lèvres… ses lèvres ! Le sourire qu’elles por­taient donnait à son visage la beauté du ciel, l’espérance de la lumière, la grâce de la vie. Benjamin rayonnait, lui qui disait si souvent que nous ne sommes rien mais que l’amour de Dieu a formé l’homme à partir de la poussière de la terre et de son propre souffle.

– Pourquoi parles-tu ainsi, lui demandait parfois sa mère qui serrait contre son sein cet enfant si fragile dont l’éclat du sourire mas­quait l’ingratitude du visage.
– Je ne sais pas, répondait-il. Mais la brûlure que je sens, vient du Seigneur. Cela, j’en suis certain.
– Tais-toi, tonnait Moshé, le père. Tu vas t’attirer les foudres d’Elohim.

Tournant vers son père ses yeux sans vie, Benjamin le regardait avec son âme. Et il l’aimait.

Or ce soir-là, il était persuadé qu’il allait se passer quelque chose de très important. Quel­que chose qui allait changer la face de la terre. Et il se lamentait de constater que son frère tant aimé ne voyait rien, ne comprenait rien.

– Tu te rappelles, Samuel, ce qu’il a lu, Ya­cob, à la synagogue ?
– D’abord, on est trop jeunes pour aller à la synagogue.
– Oui, évidemment qu’on est trop jeunes pour entrer avec les autres. Mais rien n’empê­che de s’installer à côté et d’écouter, crétin !
– Et qu’est-ce qu’il a entendu, près de la synagogue, Monsieur Je-sais-tout ?
– Eh bien, Yacob, il a lu dans le rouleau le passage de Michée, le prophète : « Et toi, Beth­léem Éphrata, petite entre les milliers de Juda, de toi sortira pour moi Celui qui dominera sur Israël. » Et même qu’après il a dit que nous pouvions être fiers d’habiter ici, parce que c’est chez nous que naîtra Celui que les prophètes ont annoncé.
– D’abord, tu es trop petit pour compren­dre.
– Je suis peut-être trop petit, mais c’est bien Bethléem Éphrata, ici, non ? Et je te dis que le bébé qui va naître, c’est lui. La preuve, Yacob a conclu avec une phrase d’Isaïe : « La jeune fille deviendra enceinte, elle enfantera un fils, et elle lui donnera le nom d’Emmanuel. »
– Et alors, ricana Samuel, tu sais peut-être son nom à ce bébé qui n’est pas encore né ?
– Eh bien, on verra, tu seras peut-être bien étonné.

Ébranlé par l’assurance de son frère, Sa­muel se tut.

Tandis que les deux enfants approchaient de la grotte, il se fit brusquement une grande lumière, et l’ange du Seigneur qu’ils n’avaient jusqu’alors jamais rencontré, se tint près d’eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa clarté.

Samuel s’arrêta net et tomba les genoux à terre, pendant que Benjamin s’avançait en courant vers la source de cette lumière qui illuminait son âme.

De l’endroit où ils se tenaient, Marie et Emmanuel s’éveillèrent ainsi que leurs pa­rents, pendant que s’élevait dans la campagne une voix puissante et musicale qui annon­çait : « Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie. Aujourd’hui un Sauveur vous est né, le Messie de Dieu. Vous le trouverez enveloppé de langes et couché dans une crèche. »

– Venez, on va voir, s’écrièrent Emmanuel et Marie en tirant leurs parents par la main.

Geneviève se leva, intriguée mais confiante. Jean-Baptiste, de son côté, commença par résister. Tout cela ne lui disait rien qui vaille. Pourtant, devant l’insistance de ses enfants, il accepta de les suivre en précisant cepen­dant : « On restera à l’écart. »

Déjà plusieurs voyageurs, éveillés égale­ment par la voix majestueuse qui annonçait la grande joie, avaient quitté leur campement de fortune pour se diriger vers la grotte qu’éclai­rait une lumière douce et vive à la fois. Ils formaient un arc de cercle devant la grotte, et la plupart d’entre eux s’étaient accroupis. Tout devant se trouvaient Samuel et Benjamin. Le petit aveugle s’était assis familièrement sur les genoux de la jeune mère.

– Benjamin ! souffla Samuel. Faut pas te gêner ! Reviens !…
– Approche, toi aussi, Samuel, proposa l’époux de la jeune mère, qui se tenait à côté d’elle. Viens le voir. Et vous aussi, dit-il à la petite Marie et à Emmanuel qui avaient laissé Geneviève et Jean-Baptiste pour venir contem­pler l’enfant radieux.
– Comment il s’appelle ? demanda Samuel.
– Emmanuel, Dieu-avec-nous, répondit Marie, le visage illuminé. On l’appelle aussi Jésus, le-Seigneur-sauve.

À ce nom, Benjamin se tourna vers Samuel qui s’était accroupi à côté de lui. Il faillit lui ti­rer la langue, mais il sentit monter en lui une si grande vague de bonheur qu’il chercha la main de son frère et la prit dans la sienne. La petite Marie ne put retenir une exclamation. « Em­manuel ! Ça alors ! Comme mon frère ! »

Un peu à l’écart sur un petit tertre, Jean-Baptiste ne comprit pas pourquoi des larmes lui montaient aux yeux. Des larmes toutes simples, chaudes et douces sur ses joues. Un vrai bonheur. Il s’avança à son tour, prit place parmi les nomades, et s’assit, toute réticence vaincue.

Lui, l’esprit fort, le sceptique, lui qui sou­riait devant la foi (naïve, disait-il) de sa mère, lui qui estimait que si Dieu existait, il faudrait lui demander des comptes pour toutes les souffrances du monde, voilà qu’il rendait les armes sans combattre. Car ce que voyait Jean-Baptiste allait bien au-delà du nourrisson dans sa mangeoire. Ébloui, il contemplait une fres­que largement ouverte et suivait du regard cet enfant, fils de l’homme, Jésus Christ, dont le parcours terrestre s’achevait sur une croix. Ce qu’il ressentait, Jean-Baptiste ne l’avait encore jamais éprouvé. Aucune joie, aucun plaisir, même le plus intense et le plus fou, ne pouvait se comparer à cette émotion d’une extraordi­naire profondeur qui transcendait son être et le faisait vibrer sur des notes jamais entendues, imperceptibles à l’oreille humaine, et sur des lumières d’un éclat extrême… Jean-Baptiste, le temps d’une seconde, peut-être plus, peut-être moins, se sentit pris par Dieu et transporté dans l’extase.

Émerveillés qu’ils étaient, tous, par l’enfant de la crèche, personne ne vit Jean-Baptiste illuminé de l’intérieur, personne ne vit son corps devenir translucide pour s’effacer devant son âme qui répondait à Dieu. L’enveloppe se transfigurait pour laisser passer l’essence même de l’être, comme la chair d’une mère s’efface devant l’enfant qui vient au monde.

Le temps de cette extase, Jean-Baptiste comprit que l’homme est appelé à plus grand que lui-même. Au-delà de l’enfant minus­cule, d’une faiblesse extrême, il fut pénétré par l’amour, devint amour, uni à l’infinie puis­sance du Créateur qui ne demande qu’à aimer et être aimé.

Alors tout prit un sens. La naissance, la vie, la mort, le sourire d’un mendiant, l’éclat de lu­mière dans la prunelle de l’incroyant, l’ombre qui recouvre l’épaule du pêcheur et la folie de l’orgueil devant la vacuité de l’homme quand il se prend pour Dieu.

Durant ce temps infiniment petit par rap­port à l’infiniment grand, Dieu se glissa dans l’âme de Jean-Baptiste ; l’infiniment grand se faisant humble et aimant.

– Dis, murmura le souffle discret de Dieu, je t’invite. Répondras-tu à mon invitation ?
– Comment en serais-je capable ? s’entendit répondre Jean-Baptiste.
– Il suffit que tu le désires. Ton désir te don­nera des ailes.
– Alors oui, je le veux, répondit tout à la fois le commissaire, le mari et le père.

A suivre….

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© Jean-Michel Touche

 

Épisodes précédents :

Episode 1
Episode 2
Episode 3
Episode 4
Episode 5
Episode 6
Episode 7

Pour en savoir davantage sur Noël

PASSAGE D’EPHRATA – Conte de Noël (épisode 5)

Copyright 2012 JMTCopyright 2012 JMT.

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– Venez et vous comprendrez, avait pro­posé Samuel, de cette voix à la fois gutturale et douce qui paraissait venir de très loin.
– Comprendre quoi, avait rétorqué Jean-Baptiste, découvrir comment un homme peut tomber de la coupole d’un grand magasin et se transformer en un peu de terre ?

Samuel dont le rôle n’était sans doute pas d’expliquer mais seulement de montrer la voie, s’était contenté d’écarter les bras en signe d’impuissance à répondre. Après une courte hésitation il avait toutefois recommandé de ne pas s’éloigner les uns des autres, précisant qu’il ne fallait pas risquer de se perdre quand on remontait le temps. Puis il s’était dirigé vers la venelle et s’y était enfoncé, sans regarder en ar­rière, sans s’assurer que les autres le suivaient.

Décidément, l’affaire prenait un tour qui dérangeait les habitudes de Jean-Baptiste. La veille, il avait décidé d’explorer la ruelle, et maintenant que Samuel l’invitait à y pénétrer à sa suite, il se sentait comme angoissé. En lui se disputaient le commissaire qui refusait l’irrationnel et l’homme qui se découvrait un attrait insoupçonné pour le mystère, mâ­tiné cependant d’une certaine inquiétude. La crainte vague d’une découverte à laquelle il ne serait pas préparé. Le photographe lui inspirait de la sympathie. C’était un point acquis. Mais tout de même, cette expression, « remonter le temps »… Il fallait être Emmanuel, ou à la rigueur Marie, pour s’enthousiasmer à cette idée ! Jean-Baptiste avait haussé les épaules, prétextant qu’il se faisait tard et qu’il fallait coucher les enfants. Pourtant, devant les cris de ces derniers et l’insistance de Geneviève, il avait fini par céder.

– C’est Noël, avait plaidé Geneviève, tu peux bien leur laisser cette joie.
– D’accord. Mais dix minutes, pas plus, avait-il pris soin d’ajouter.

Ils marchaient donc les uns derrière les autres, dans cet étroit passage privé de lumière. Samuel ouvrait le chemin, tenant Marie par la main. Celle-ci donnait à son tour la main à Emmanuel. Puis venaient Geneviève, Jean-Baptiste et le professeur dont Jean-Baptiste ne comprenait pas pourquoi Samuel l’avait invité à se joindre à eux.

Depuis combien de temps avançaient-ils ? Maritti n’en savait rien. Il commençait d’ailleurs à se demander s’il ne serait pas plus sage de revenir à leur point de départ, mais curieusement, chaque fois qu’il se retournait, il lui semblait que le passage se refermait der­rière eux au fur et à mesure qu’ils avançaient, coupant définitivement tout contact avec le boulevard et la vitrine du magasin. Avait-il eu tort d’emmener avec lui femme et enfants dans une aventure à laquelle il ne comprenait rien ? Était-ce raisonnable de s’être engagé dans ce passage dont il ignorait où il conduisait ?

Passage d’Éphrata ! Encore une curiosité ! Bien qu’opérant souvent dans ce quartier, il n’avait jamais eu l’occasion d’y pénétrer. A vrai dire, il n’avait même pas remarqué cette ruelle qui ne voyait sans doute jamais le soleil, et que Samuel leur avait fait emprunter « pour comprendre la vérité ». Quel drôle de type, ce Samuel. De toute sa carrière Maritti ne se sou­venait pas d’en avoir croisé de semblable.

Soucieux, le commissaire passa en revue les différents éléments de l’affaire. Un bien maigre butin : une tentative de suicide ; un Père-Noël soi-disant aveugle qui se précipite pour sauver un désespéré et qui fait une chute mortelle… mais on ne trouve que du sable, de la terre et de la poussière dans son vêtement rouge ; un photographe de rue qui raconte des choses invraisemblables ; et maintenant lui-même et sa famille en train de marcher dans une ruelle plongée dans l’obscurité… presque à l’écart du monde.

Il y avait dans tout cela quelque chose d’irrationnel qui le contrariait, lui le policier rigoureux, « le roi de la logique », comme l’ap­pelait Leclerc, lui qui ne croyait que ce qu’il voyait. Ce qui aurait dû se traiter comme un simple fait divers, s’enlisait petit à petit dans le mystère.

La main de Geneviève rejoignit celle de son mari et le tira de ses pensées. C’était tout Geneviève, ça ! Être présente lorsqu’il le fallait, sans bruit, rien qu’en exerçant une pression affectueuse des doigts. Dans l’obscurité quasi totale, elle n’avait rien pu lire sur le visage de son mari. Elle avait deviné, simplement, ma­nifestant de la sorte que l’amour n’a pas besoin de preuve mais seulement d’attention. Jean-Baptiste lui fut reconnaissant de ce contact et exerça à son tour une pression des doigts.

– Ça va ? murmura Geneviève.

Jean-Baptiste se mit à sourire. Voici peu, il se demandait depuis combien de temps ils avaient quitté le boulevard. Et grâce à ce tout petit signe de Geneviève, la question devenait sans objet. Qu’importait le temps ! Geneviève se trouvait là, avec ses petites phrases toutes simples qui parfois l’agaçaient, lui, le commis­saire attaché à la précision et à l’efficacité, mais des phrases qui allaient bien au-delà des mots, justement. C’est cela qui avait tant séduit Jean-Baptiste autrefois, cette façon d’aller au fond des choses avec des mots qui n’avaient l’air de rien et qui pourtant atteignaient l’âme.

Il serra davantage la main de sa femme. L’angoisse qui l’avait agité quelques instants auparavant, avait à présent disparu et il sou­rit de nouveau sans rien dire. Marchant tout contre lui à présent, Geneviève se souvenait avec nostalgie du jeune Jean-Baptiste qui lui avait fait la cour. Avec ses gestes maladroits, son sourire coincé, ses phrases trop longues et trop savantes, il l’avait agacée les premiers temps. Jusqu’au jour où elle avait découvert que derrière ces airs de professeur, se cachait une grande timidité qu’il tentait de masquer par une certaine raideur. Peut-être y avait-il un soupçon de mère dans l’affection qu’elle lui avait peu à peu portée ?

– Qu’est-ce qui te fait rire ? demanda Jean-Baptiste.
– Je ne ris pas, mentit Geneviève dont le rire redoubla.

Devant eux allaient leurs enfants. Marie tenait toujours la main de Samuel, pendant qu’Emmanuel lui glissait à l’oreille qu’ils en­traient dans un jeu vidéo. Quand il poussa un retentissant « Waaahouuu ! », elle fut prise de hoquet et se mit à bégayer, incapable de s’ar­rêter. Geneviève demanda que l’on fît halte un moment afin que Marie puisse retrouver sa respiration.

– Le professeur, où est le professeur ? s’écria brusquement Samuel. J’avais bien dit qu’il ne fallait pas se séparer. J’espère qu’il ne s’est pas perdu ?
– Il y a donc d’autres chemins que nous ne voyons pas ?
– Non, répondit Samuel. Mais nous allons vers le passé. Si quelqu’un s’arrête en cours de route, où vais-je le retrouver?

Un grognement rassura tout le monde. Le professeur avait profité de la halte pour s’arrê­ter à quelque pas de là, et il attendait en silence que le groupe reprenne sa marche.

– C’est encore loin ? demanda Marie qui avait retrouvé le calme.
– Non, Marie, nous sommes tout près maintenant. Nous allons bientôt découvrir la joie de Noël.

À Emmanuel qui voulait savoir s’ils allaient recevoir des cadeaux, Samuel répondit que oui, mais pas forcément comme il l’entendait.

– Eh bien, chez nous, les cadeaux c’est autour de la crèche qu’on les trouve. Le matin de Noël. C’est le meilleur moment de l’année. Pas vrai, Marie ?

Marie sentait qu’il se passait des choses autrement plus sérieuses que de simples ca­deaux, et elle ne répondit pas.

Devant le silence de sa sœur, Emmanuel la traita de pimbêche et voulut expliquer à Samuel le rituel des cadeaux. Il n’en eut pas le temps.

Une voix s’éleva, qui demanda : « Samuel, c’est toi ? »

– Oui, répondit Samuel.

Interdits, les autres s’étaient immobilisés.

– Tu as mis du temps, tu sais, reprit la voix.
– Oui, j’ai mis du temps. Mais je ne savais plus comment faire. J’étais un peu désorienté après ton départ.
– Ils sont avec toi ?
– Oui.
– Et le professeur, il est venu ?
– Oui, il est là lui aussi.
– Ah ! C’est bien ! approuva la voix.

Maritti s’approcha de Samuel. « Où som­mes-nous ? » lui demanda-t-il.

– Mais… je croyais que vous aviez com­pris… Notre rôle, à mon frère et à moi, c’est d’aider les hommes à retrouver la vérité de Noël. Alors j’ai voulu vous amener à la Nati­vité. Parce que c’est ça, la vérité de Noël.

Maritti retrouva sa nature de policier et éclata de rire, en dépit des coups de coude que lui donnait Geneviève. La vérité de Noël ! Il entreprit d’expliquer à Samuel qu’à son âge, il savait quand même ce qu’était Noël, avec ses traditions, ses chants, ses réveillons, ses cadeaux…

– Jean-Baptiste ! intervint la voix venue de l’obscurité. C’est vraiment pour des gens comme toi que nous avons été envoyés en mission.
– Et qu’est-ce qu’ils ont de particulier, les gens comme moi ? protesta Maritti.
– Les gens comme toi, ils ont des yeux pour voir mais ils ne regardent rien. Voilà ce qu’ils ont !

Cette remarque eut le don d’énerver Jean-Baptiste qui se serait mis en colère si Geneviève n’avait pas poussé un cri de surprise.

Pendant qu’ils parlaient ainsi, le ciel s’était progressivement rempli d’étoiles. Le ciel ? Mais alors… cela signifiait qu’ils étaient sortis de l’étroit passage d’Éphrata ? Jean-Baptiste cons­tata qu’ils se trouvaient dans un endroit qu’il ne connaissait pas. Il faisait très chaud. Em­manuel venait d’ailleurs de retirer son anorak qu’il avait accroché à la branche d’un arbre, tandis que Marie s’apprêtait à l’imiter.

– Où sommes-nous ? demanda de nouveau Jean-Baptiste.
– Au bout du passage d’Éphrata, répondit Samuel.
– Et il y a quoi, au bout de ce passage ?
– Éphrata !

Jean-Baptiste allait s’énerver, mais une fois encore Geneviève lui prit la main, et une fois encore cela suffit à l’apaiser. Elle ne disait rien. Comme si c’était naturel de quitter les abords des grands magasins, une nuit de Noël, d’em­prunter le passage d’Éphrata et de se retrouver en pleine chaleur, dans un endroit totalement inconnu. Imitant les enfants, elle avait retiré son manteau qu’elle portait à présent sur les bras, et se tenait toute droite, immobile, les yeux tournés vers le ciel. Une myriade d’étoi­les emplissait la voûte sombre. L’une d’elles brillait plus intensément que les autres.

– Éphrata ! murmura-t-elle. Qu’est-ce que cela peut bien être ?
– Éphrata, répondit le professeur que l’on n’avait guère entendu jusque-là, si mes souve­nirs sont exacts, c’est un nom lié à Bethléem. Je crois même me rappeler que c’est l’un des noms de Bethléem.

Il s’interrompit quelques instants, comme s’il réfléchissait, puis il prononça quelques mots à voix basse, pour lui seul : « Mais alors… Benjamin a tenu sa promesse ?.. »
– Que voulez-vous dire ? interrogea Gene­viève.

Le professeur ne répondit pas.

*     *

*

Ils se trouvaient assis, tous les cinq, auprès d’un arbre rabougri dont les branches tentaient vainement de s’élever vers le ciel. Aucune auberge n’avait voulu d’eux et ils avaient dû subir le regard méfiant des gens. Dame ! Ils portaient d’étranges vêtements et parlaient une langue qui n’était même pas celle des occupants. D’ailleurs, les Romains aussi les regardaient d’un drôle d’œil, ces trois adultes et ces deux enfants qui ne s’exprimaient ni en hébreu, ni en araméen. Le centurion avait posé une question en latin, pour voir… Et l’un des adultes, un homme qui avait pourtant sale mine, lui avait répondu de façon parfaite. Mais le centurion se méfiait. Ça devait être des intellectuels, ces gens-là. Il ferait un rapport au camp, ce soir. Histoire de ne pas avoir d’en­nuis. Après, s’il arrivait quelque chose, il s’en laverait les mains. Il aurait fait son rapport. Mais pour l’heure, il ne pouvait pas intervenir. Ces gens ne dérangeaient personne. Il aurait pourtant aimé savoir de quelle province de l’empire ils arrivaient.

Les gamins du vieux Moshé, l’aveugle et son frère, avaient l’air de les connaître. De la mauvaise graine, ces deux-là. Toujours à met­tre leur nez là où il ne fallait pas. Surtout l’aveu­gle ! C’est fou, ce gosse, il voit rien mais il sait tout. Sont peut-être pas si bêtes que les gradés le disent, ces Juifs.

Dans la chaleur de fin d’après-midi, un nouveau groupe apparut. Juchée sur un âne, la femme s’efforçait de garder l’équilibre. L’homme, en silence, marchait à côté d’elle. Les traits tirés, la femme semblait épuisée mais elle ne se plaignait pas. À son allure et à la main qu’elle posait sur son ventre, le centu­rion comprit qu’elle attendait un enfant. En son for intérieur, car il était brave homme, il plaignit cette femme que les cahots du chemin devaient incommoder.

Au soldat qui voulut arrêter le couple, il fit signe de laisser passer. La femme se retourna et lui sourit. Ce regard lumineux qui contenait à lui tout seul à la fois le bonheur et la souf­france du monde, emplit le centurion de joie. Mais il ne fallait pas le montrer. Il était chef. Alors il fronça d’épais sourcils pour donner à ses yeux ce surcroît de sévérité que démentait son cœur .

– Allez, allez ! fit-il en ronchonnant.

Le couple se dirigea vers l’auberge, se frayant un chemin au milieu de tous ces voyageurs qui parlaient fort, attachaient leurs ânes en préparation de la nuit, s’apostrophaient, parfois se lançaient des injures.

Un coq, la crête orgueilleuse et la queue en panache, sema la terreur chez quelques poules égarées qu’il ramena vers un enclos.

Çà et là, des groupes se formaient. Ceux que l’auberge ne pouvait loger. Déjà cinq ou six clans avaient choisi de s’installer, chacun nettoyant l’endroit où il passerait la nuit, et préparant le feu. À la taloche quand il le fallait, les femmes rassemblaient les enfants. Tout le village bruissait des cris des voyageurs, et de temps à autre, une exclamation de joie mar­quait des retrouvailles. L’accent indiquait les origines. De longues files de nomades conti­nuaient d’arriver, qui s’installaient à leur tour. Les femmes cherchaient les puits pour emplir leurs outres. Elles échangeaient les ragots de la route et se demandaient pourquoi les Romains les avaient obligées à venir jusqu’ici.

Assis à distance sur une longue roche plate, incrédules, Geneviève et Jean-Baptiste contemplaient Bethléem dont les abords se transformaient en auberge de plein air. Éten­dus à leurs pieds, Marie et Emmanuel s’étaient endormis, épuisés par leur marche. Geneviève se laissait envahir par l’atmosphère de ce vil­lage oriental. Elle semblait avoir accepté sans étonnement ce déplacement dans l’espace – et peut-être dans le temps – auquel se refusait à croire son mari. Jean-Baptiste se rappelait qu’elle n’avait fait aucune objection à la pro­position de Samuel. Peut-être, à l’image de nombre de témoins qu’il avait eu l’occasion de questionner, attendait-elle inconsciemment une aventure, quelque chose de fou, qui vous dépasse, vous emporte loin de tout et d’abord de votre ordinaire, vous plonge dans une sorte de bonheur indescriptible et vous donne l’im­pression que vous reconstruisez le monde. Comme lorsque vous êtes adolescent.

Commissaire et mari, cela pouvait-il faire bon ménage ?

Dans le crépuscule, Jean-Baptiste observa sa femme. Geneviève regardait droit devant elle, guettant quelque chose qui allait se pro­duire mais dont elle ignorait tout.

D’un geste lent, comme pour ne rien brusquer, elle posa la main sur l’épaule de son mari. « Ça va ? » interrogea-t-elle. Jean-Baptis­te ne répondit pas et se contenta de hocher la tête. Sa raison ne parvenait pas à établir un lien entre tous les événements de ces derniers jours. Depuis la chute d’un individu dont personne n’avait pu donner une description correcte, jusqu’à l’incroyable équipée qui venait de les conduire dans ce village d’un autre monde, tout échappait à la logique.

Lorsque ce type, Samuel, le photographe, les avait abordés devant la vitrine, il émanait de lui une sorte d’autorité naturelle qui avait pris le dessus sur les réticences du policier. L’autorité de ceux qui savent. Et quand il avait dit « Je voudrais vous faire connaître la vérité sur Noël », Jean-Baptiste avait inconsciem­ment accepté. Comme un gamin, se repro­chait-il. « Moi, un policier chevronné, je me mets à suivre un type que je ne connais pas. Et en plus, avec Geneviève et les enfants ! »

La voix d’Emmanuel le tira de ses réflexions. « Où est Samuel ? » demandait le garçon.

C’est vrai, où avait-il bien pu passer ? « Res­tez là, et voyez, » avait recommandé le photo­graphe avant d’ajouter tout doucement : « Par­fois je m’interroge pour savoir si Benjamin n’a pas raison lorsqu’il suggère de fermer les yeux pour mieux voir. »

Samuel s’était ensuite dirigé vers Bethléem-Éphrata autour de laquelle la foule des noma­des avait établi ses quartiers.

 

 

A suivre….

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© Jean-Michel Touche

 

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